Interview de M. Eric Woerth, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat, à RTL le 8 septembre 2004, sur la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP et sur les mandats politiques d'Alain Juppé, en procédure d'appel dans l'affaire des emplois fictifs du RPR. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Woerth, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat, à RTL le 8 septembre 2004, sur la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP et sur les mandats politiques d'Alain Juppé, en procédure d'appel dans l'affaire des emplois fictifs du RPR.

Personnalité, fonction : WOERTH Eric, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. SE à la réforme de l'Etat

ti : Q- J.-M. Aphatie : Bonjour E. Woerth. A. Juppé, dont vous êtes l'un des proches amis, a créé la surprise hier. On avait compris qu'il souhaitait se présenter devant la Cour d'appel de Versailles qui doit rouvrir le dossier des emplois fictifs du RPR à partir du 13 octobre, vierge de tout engagement politique. Il a confirmé hier qu'il abandonnait son mandat de député de Gironde, mais il a dit qu'il demeurerait maire de Bordeaux, au moins jusqu'à la décision de la Cour d'appel, ce qui sous-entend que si la Cour d'appel ne confirmait pas la peine d'inéligibilité, Alain Juppé continuerait à faire de la politique. C'est comme ça qu'il faut lire cette prise de position E. Woerth ?

R- E. Woerth : Ecoutez, Alain Juppé a fait ce qu'il avait dit. Il se présentera devant la Cour d'appel au mois d'octobre. Il ne sera plus président de l'UMP, il ne sera plus non plus député.

Q- Il sera maire de Bordeaux.

R- Il sera maire de Bordeaux. C'est son choix. Je crois aussi que c'est la volonté des Bordelais. Il faut la respecter.

Q- Elle ne s'est pas exprimée la volonté des Bordelais...

R- Non mais on le sent bien. Vous savez quand on se promène dans Bordeaux, on s'aperçoit qu'A. Juppé a fait beaucoup et qu'il est très populaire à Bordeaux. Je crois que l'essentiel a été fait. Il souhaitait se présenter avec une grande virginité politique, lors de cet appel. Ce sera le cas.

Q- Vous qui le connaissez bien, vous pensez qu'il veut continuer à faire de la politique, s'il le peut, si la justice lui en laisse la possibilité ?

R- Oui, moi je crois qu'A. Juppé est un homme politique et que la politique c'est une affaire de convictions, c'est aussi un énorme engagement personnel. On ne peut pas rayer ça d'un trait de plume. L'engagement politique d'A. Juppé est très très fort, est très ancien, et basé sur des convictions profondes. Donc s'il a les moyens un jour - c'est à lui de le dire - de revenir dans la vie et dans le jeu politique, il le fera sans doute. Mais on verra... On a le temps pour en parler.

Q- On a le temps. Quand il a quitté la présidence de l'UMP, c'était en juillet, vous avez signé vous-même une tribune dans Le Figaro.

R- Oui.

Q- Que vous avez intitulée "Hommage à un mal-aimé". Ca dit un peu votre proximité avec lui. Est-ce que vous avez eu l'occasion de parler ces derniers jours avec lui justement de cette décision qu'il vient de prendre?

R- Non, je n'ai pas parlé de sa décision. On en avait parlé il y a quelques mois. J'ai parlé évidemment avec lui - je parle avec lui assez régulièrement, on échange un certain nombre d'idées - il est très présent. Maintenant il a pris un peu de recul. Il n'est pas dans l'actualité politique, et je crois qu'au contraire il faut qu'il prépare ce procès, cet appel au mois d'octobre. C'est pour ça justement qu'il s'est démuni de tous ses mandats.

Q- Depuis deux ans, vous étiez à ses côtés. Lui était président de l'UMP, et vous, vous en étiez - vous en êtes encore - le trésorier. Alors en novembre prochain, il y aura un nouveau patron à l'UMP, N. Sarkozy. Alors vous ne pourrez pas être le trésorier de N. Sarkozy, E. Woerth?

R- Ecoutez, je ne crois pas. L'UMP c'est une grande diversité hein. C'est banal de le dire, mais encore faut-il la faire vivre. N. Sarkozy a plusieurs fois appelé au rassemblement, encore une fois à Avoriaz, il a fait un très bon discours, que je partage sur l'idée qu'il faut intégrer toutes les sensibilités politiques, toutes les origines politiques à l'UMP. Si on ne le fait pas, on affaiblit l'UMP. Donc je ne vois pas pourquoi dans l'organisation de l'UMP, on ne donnerait pas vie à ces sensibilités. Il ne peut pas y avoir de chasse aux sorcières à l'UMP. Et je ne crois pas non plus que ce soit de la part de N. Sarkozy, quelqu'un d'intelligent, je ne crois pas non plus que ce soit véritablement son intérêt. Je ne crois pas non plus qu'il ait envie de le faire. L'UMP gagnera si elle est rassemblée.

Q- Etre Chiraquien, être Juppéiste à l'UMP aujourd'hui, c'est risqué d'être victime d'une chasse aux sorcières?

R- Pas du tout. C'est un engagement politique, qui n'est pas un engagement contre quiconque. Moi je n'ai pas d'ennemis à l'intérieur de l'UMP, bien au contraire. J'ai beaucoup d'adversaires politiques, mais à l'extérieur, au Parti socialiste par exemple, et c'est à cela que je veux consacrer mon énergie. Donc, on est bien comme Chiraquiens et comme Juppéistes à l'UMP. Et je pense que d'ailleurs la nouvelle direction de l'UMP en tiendra compte. Elle ne peut pas faire autrement. Il ne peut pas être question de faire autrement.

Q- Mais un président de l'UMP peut avoir envie, parce que c'est un poste de confiance, de nommer un trésorier sur lequel il peut s'appuyer, pour ses projets.

R- Oui, mais qu'importe les gens. Si vous voulez on n'est pas en train de répartir les postes. Moi je crois que, d'une manière générale, ce qui compte c'est de pouvoir gérer l'UMP en respectant les uns et les autres, et en respectant la diversité et l'origine politique des uns et des autres. Sinon il ne fallait pas faire l'UMP entre nous.

Q- C'est un pactole l'UMP hein. C'est 33 millions d'euros de subventions annuelles. C'est ça?

R- C'est ça, oui oui. Puisque c'est lié directement au résultat que nous avons eu aux élections législatives...

Q- De 2002.

R- Donc c'est évidemment beaucoup d'argent. 33 millions d'euros. Vous êtes bien renseigné. C'est la dotation publique, mais tout ça est très transparent.

Q- Ah c'est très public hein.

R- C'est public, c'est dans le Journal Officiel !

Q- Si on est bien renseigné, c'est parce qu'on l'a lu. Et évidemment, 33 millions d'euros, chaque année, pour une présidentielle en 2007, eh bien c'est intéressant de les gérer et peut-être d'en mettre un peu de côté pour le grand rendez-vous politique.

R- Oui mais je pense que réduire une présidentielle à un budget. Je crois que ce n'est pas du tout le cas. Je crois qu'on peut gagner une présidentielle sans nécessairement dépenser beaucoup d'argent. Je ne suis pas du tout sûr que ce soit la meilleure façon de voir les choses. Évidemment ça facilite les choses d'avoir un parti, de bénéficier des moyens d'un parti politique, mais ce qui compte finalement dans une présidentielle, c'est quand même la capacité à convaincre les Français. Et ce n'est pas nécessairement à coup d'euros qu'on y arrive !

Q- Mais vous, si vous étiez le trésorier de N. Sarkozy, vous l'aideriez à mettre un peu d'argent de côté pour préparer cette confrontation parce que la présidentielle ça ne se réduit pas à ça, mais c'est quand même une donnée qu'il faut prendre en compte.

R- Oui, il est normal que les partis politiques fassent un peu d'économies pour prévoir les scrutins, c'est-à-dire les dépenses, comme tout un chacun, comme les ménagères, comme les familles et comme les entreprises. Donc ce sera le cas pour 2007, l'UMP aura la capacité d'aider le candidat qui aura son soutien.

Q- Vous savez que si N. Sarkozy prend la tête de l'UMP en novembre, c'est quand même pour être candidat à l'élection présidentielle de 2007. Donc vous allez l'accompagner dans cet effort?

R- Ecoutez, ça d'abord il ne l'a pas dit.

Q- Il ne l'a pas dit ?!

R- Non, pas vraiment. Je veux dire on verra... 2007 c'est 2007. 2007 c'est 2007. Moi ce qui compte d'abord c'est le mois de novembre. Il y aura une élection, et entre nous il n'y a pas eu encore d'élection à l'UMP. Donc N. Sarkozy sera certainement, évidemment élu.

Q- Vous voterez pour lui?

R- Bien sûr, je voterai pour lui. Et puis on verra... une haie après l'autre. Notre coureur au 110 mètres/haie s'en est malheureusement aperçu. Une haie après l'autre...

Q- Et vous qui êtes membre du Gouvernement, vous espérez, vous pensez, vous souhaitez que par exemple J. Chirac aussi puisse être candidat en 2007? Vous avez une réflexion là-dessus?

R- Oui, enfin moi je crois à la fidélité en politique, je crois aussi aux convictions, je crois à cette façon de faire les choses. Et ma fidélité évidemment va vers J. Chirac, et ce sera à lui de dire les choses. Je crois que l'autorité du président de la République n'est évidemment pas contestée, ne peut pas l'être, et que l'autorité du président de la République c'est la clef de voûte de l'efficacité du pays, l'efficacité de la France, à l'intérieur comme à l'extérieur. Donc à Jacques Chirac aussi de mener le temps de cela. Mais le moment n'est vraiment pas venu.

Q- Vous pensez que ça peut marcher entre Sarkozy et Chirac?

R- Oui, je pense que tous ceux qui essaient de compter sur un affrontement entre N. Sarkozy et J. Chirac se trompent lourdement!

Q- Eh bien vous êtes optimiste ce matin.

R- Il faut l'être de temps en temps, non? Vous ne trouvez pas qu'il y a un peu de grisaille un peu partout ?

Q- Un mot sur l'information de la journée. P. Gadonneix va sûrement, très sûrement être nommé PDG d'EDF au conseil des ministres. Il a 62 ans, son mandat est de cinq ans, et la limite d'âge pour un patron d'entreprise publique c'est 65 ans. Il y a quelque chose qui ne colle pas là! Vous qui êtes Secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat.

R- Il y a une comptabilité un peu compliquée.

Q- 62 ans et cinq ans. Ca nous amène à 67 ans. Voilà, c'est tout simple.

R- Oui, oui, oui. Eh bien écoutez on verra. Le conseil des ministres se réunit dans deux heures, donc je pense que ce dossier.

Q- Vous n'allez pas anticiper?

R- Non voilà, je ne vais pas anticiper sur ces deux heures qui viennent.

Q- Vous pensez qu'il faut relever le plafond de l'âge pour les présidents des entreprises publiques?

R- Je ne sais pas. Je crois que d'une certaine manière, il faut mettre les hommes compétents là où ils doivent l'être. Les hommes et les femmes.

Eric Woerth, optimiste, était l'invité d'RTL ce matin. Bonne journée.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 8 septembre 2004)

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