Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, à TF1 le 19 septembre 2004, sur les objectifs du gouvernement pour 2005 notamment la baisse durable du chômage, la réforme pour la réussite à l'école et la lutte contre la vie chère. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, à TF1 le 19 septembre 2004, sur les objectifs du gouvernement pour 2005 notamment la baisse durable du chômage, la réforme pour la réussite à l'école et la lutte contre la vie chère.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, CHAZAL Claire.

FRANCE. Premier ministre

ti : QUESTION (Claire CHAZAL) : Dans l'actualité de ce dimanche, l'espoir concernant les deux otages retenus en Irak. Un communiqué issu de l'armée islamique en Irak affirme qu'un accord a été passé en vue de leur libération. Les autorités françaises restent prudentes. Nous entendrons sur ce point ainsi que sur les questions économiques et politiques le Premier ministre Jean-Pierre RAFFARIN qui est notre invité ce soir. (...)
Alors Jean-Pierre RAFFARIN, merci beaucoup d'être avec nous ce soir. Qu'est-ce qu'il faut croire de ce communiqué de l'armée islamique en Irak et est-ce que la France va envoyer de nouveaux émissaires ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Nous sommes aujourd'hui très présents sur ce dossier en Irak et dans la région. Il est clair que c'est un dossier particulièrement douloureux, d'abord c'est une épreuve pour les otages, pour leurs familles auxquelles je pense, des familles particulièrement courageuses, et pour toute notre communauté nationale. Aujourd'hui, nous avons des informations qui ne sont pas authentifiées à 100 % mais qui paraissent plus sérieuses que les précédentes et donc nous avons un léger optimisme et nous sommes naturellement prudents parce que comme il vient d'être dit, la situation est complexe sur place. Il y a des rivalités religieuses, des rivalités guerrières, politiques, mafieuses et donc même les ravisseurs de nos compatriotes, sont dans l'insécurité.


QUESTION : On les connaît, on les a identifiés ?

Jean-Pierre RAFFARIN- Nous avons quelques informations mais je dois assumer mon devoir de réserve, rester prudent parce que je dois protéger la vie des otages. Je pense qu'aujourd'hui, l'issue favorable doit être notre première hypothèse mais restons prudent puisque le chaos en Irak est tous les jours de plus en plus difficile et c'est avec beaucoup d'émotion que nous suivons heure après heure l'évolution de la situation qui est particulièrement chaotique.


QUESTION : On l'a vu effectivement. Merci beaucoup, à tout de suite donc pour d'autres questions évidemment économiques et politiques. (...) Alors comme promis, nous recevons le Premier ministre, Jean-Pierre RAFFARIN, qui s'exprime à la télévision pour la première fois depuis la rentrée. Nous sommes à quelques jours de la présentation du budget 2005, ce sera mercredi prochain et nous allons pouvoir en parler donc avec vous. Sur ce point, Henri EMMANUELLI s'est exprimé ce matin sur RADIO J, il a dénoncé la politique libérale extrêmement brutale du gouvernement - je le cite. On l'écoute.

Henri EMMANUELLI, députe PS - On fait des cadeaux aux riches. Moi par exemple cette année, je vais pratiquement ne plus payer d'impôts ; parce que je peux déduire le montant des salaires de ma femme de ménage, parce que je peux déduire un tas de choses. Donc plus d'impôt sur le revenu pour ceux qui ont des moyens, plus de droits de succession pour ceux qui ont de l'argent, plus de prêt à taux zéro pour ceux qui n'ont pas d'argent et qui n'auront pas de crédit d'impôt, c'est une véritable politique fiscale de classe, il n'y a pas d'autres mots.


QUESTION : Alors Monsieur le Premier ministre, vous avez annoncé effectivement déjà un certain nombre de dispositions pour ce budget 2005 ; Henri EMMANUELLI parle de politique fiscale de classe, il fait allusion à ces dispositions pour les emplois familiaux, à ces prêts à taux zéro transformés en avantages fiscaux, est-ce que vous allez rééquilibrer ces dispositions fiscales ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je viens de voir une intervention de monsieur EMMANUELLI qui est très caricaturale. Est-ce que quelqu'un qui est propriétaire de son appartement ou de sa maison après toute une vie de travail est quelqu'un de riche ? Est-ce que ce n'est pas juste de pouvoir transmettre à ses enfants sans payer d'impôt, son appartement ou sa maison quand il s'agit du fruit du travail de toute une vie ? Ce n'est pas être riche et ce n'est pas être riche non plus que de favoriser les emplois de service...


QUESTION : Donc ceux qui ne paieront pas d'impôt, ne profiteront pas de ces dispositions, c'est-à-dire les plus bas revenus ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Bien sûr que si, la méthode des crédits d'impôt que nous développons par exemple sur le logement, c'est un crédit d'impôt pour ceux qui paient des impôts mais c'est un chèque du Trésor public pour ceux qui n'en paient pas, donc il y a une prime. Donc ce qui est dit est inexact. Nous avons, vous le savez, mené une politique qui était une politique difficile. Nous sommes à peu près à la mi-temps de la législature. Nous avons mené une politique de réformes dans une période sans croissance et aujourd'hui, la croissance est de retour, ce n'est pas un hasard.


QUESTION : Mais Jacques CHIRAC avait promis sur ce point qu'il y aurait une baisse de l'impôt sur le revenu si la croissance revenait.

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Nous sommes tout à fait ouverts naturellement à ce qu'il y ait un certain nombre d'avantages pour que la croissance profite à tous les Français. C'est ça notre ambition. Nous avons eu une première mi-temps je dirais, qui a été difficile et c'est normal que nous ayons eu quelques difficultés parce que ce n'est pas la période de la popularité quand il faut faire des réformes de nécessité comme celle des retraites ou celle de l'assurance maladie. Aujourd'hui, nous entrons dans une deuxième phase, celle où nous devons penser à améliorer la vie de chacun. C'est pour ça que je suis venu ce soir, Claire CHAZAL, proposer aux Français un contrat pour 2005, avec trois objectifs, trois résultats que je propose à tous, naturellement au gouvernement et à l'Etat mais aussi aux entreprises, aux partenaires sociaux, aux associations, à tous les partenaires qui se mobilisent pour la France. Trois résultats : la baisse durable du chômage en 2005, la réforme pour la réussite à l'école et la lutte contre la vie chère. Je m'engage, j'engage le gouvernement. Par exemple sur l'emploi, par le plan de cohésion sociale avec Jean-Louis BORLOO, un milliard d'euros. Par le plan de mobilisation contre les délocalisations avec Nicolas SARKOZY, un milliard d'euros. Tout ceci, ce sont des engagements de l'Etat. A l'inverse, je demande aux entreprises de s'engager pour l'emploi en bénéficiant naturellement des charges sociales et de l'allégement des charges fiscales, notamment je demande aux entreprises...


QUESTION : Parce que pour le moment, elles n'ont pas grand chose dans ce budget 2005.

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Il y a plus de 18 milliards d'allégement de charges sociales et fiscales que les entreprises s'engagent dans les dispositifs 2005, je pense au dispositif d'innovation et je pense surtout au dispositif de l'apprentissage. Nous voulons faire passer le nombre d'apprentis en France de 350.000 à 500.000, c'est-à-dire 1.500 apprentis de plus par jour, voilà un objectif important pour les entreprises. Je leur demande aussi de condamner comme nous condamnons tous ceux qui pratiquent les mesures ou les attitudes de chantage anti-social. Je veux vraiment que dans notre pays¿ soient condamnés tous ceux qui délocalisent brutalement. Il y a des délocalisations qui sont les investissements, je vois aujourd'hui que la situation s'améliore, je vois par exemple que RENAULT va créer plus de 14.000 emplois. Donc il y a des améliorations. Mais pour cela, il faut que les entreprises se mobilisent. Mobilisation pour l'emploi, mobilisation pour l'école, avec François FILLON, c'est notre deuxième élément de ce contrat 2005. Nous voulons que tous les talents puissent réussir à l'école...


QUESTION : Sauf que François FILLON a prévu de nombreuses suppressions d'emplois dans ses budgets futurs.

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : François FILLON a prévu par exemple une augmentation des créations d'emplois pour 2005 en terme de concours parce que nous voulons mieux répartir en fonction de la démographie. Il y a plus d'enfants dans le primaire et il y en a moins dans le secondaire, donc nous voulons mettre les professeurs là où il y a des enfants. Cette réforme de l'école, je demande à la communauté éducative de participer à sa définition. Ca fait partie de notre contrat 2005. Je leur demande aussi de mettre sur un pied d'égalité le travail manuel et le travail intellectuel et troisièmement, la lutte contre la vie chère, c'est un élément très important. Je m'engage, j'engage le gouvernement pour la hausse du SMIC, un treizième mois pour le SMIC horaire, c'est ce que nous allons pouvoir offrir en trois ans à un million de smicards avec tous les effets que cela va avoir sur la politique salariale. Je m'engage sur l'augmentation de la prime sur l'emploi mais je demande aussi aux distributeurs par exemple de revenir sur les arrondis qu'ils ont pratiqués à l'occasion du passage à l'euro, je leur demande de ne pas faire supporter...


QUESTION : C'est difficile de donner des ordres... j'allais dire des indications précises à une entreprise privée...

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : C'est cela le contrat, tout le monde doit faire des efforts dans l'intérêt national ; l'Etat s'engage pour le pouvoir d'achat. Je demande que quand un grand distributeur, quand les grandes surfaces s'engagent à baisser les prix, ils ne reportent pas sur les petits producteurs cette baisse de prix. Je demande aux assureurs de baisser leurs prix puisque la sécurité routière, on l'a vu, a fait baisser le nombre d'accidents. Je demande aux opérateurs de téléphonie mobile de baisser les prix parce qu'il y a les augmentations de productivité. Je vais engager une concertation nationale en octobre et en novembre et je proposerai avant la fin de l'année un contrat France 2005, un contrat où l'Etat s'engage, où l'ensemble des partenaires s'engagent pour mobiliser le pays, j'aurai l'équipe gouvernementale pour mener à bien cette réussite, pour que la France en 2005 entame cette deuxième mi-temps du quinquennat avec succès et pour notamment la promotion de l'emploi qui est notre objectif prioritaire.


QUESTION : Alors justement, Jean-Pierre RAFFARIN, vous parliez tout à l'heure d'usure ; c'est vrai qu'on est à mi-mandat, les sondages ne sont pas très bons, il y en a encore un ce matin dans le JDD qui indique une baisse de vous-même et de Jacques CHIRAC ; est-ce que ce contrat, c'est la même équipe quoi peut le mener à bien ? Tout d'abord vous-même est-ce que parfois, vous ne vous êtes pas senti découragé, est-ce que vous avez envie d'aller au bout ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Vous savez, un Premier ministre, ça n'a pas droit aux états d'âme. C'est forcément dans l'action. Et donc je suis engagé et je mène une action. L'action a été difficile, donc c'est normal que les sondages soient difficiles parce que faire des réformes sans croissance, c'est difficile, il fallait le faire dans l'intérêt du pays. Aujourd'hui, nous sommes face à des réformes plus gratifiantes, la réforme de l'école, la réforme de la recherche, ce sont des réformes que nous pouvons accomplir avec et grâce à la croissance. Mais la croissance, ce n'est pas du hasard. La croissance, c'est notre politique et c'est le travail des Françaises et des Français. Aujourd'hui, on peut engager la deuxième mi-temps avec confiance parce que nous avons réussi à conquérir cette croissance qui est essentielle pour le pays.


QUESTION : Alors justement cette croissance, Nicolas SARKOZY la prédisait effectivement un peu plus forte mais lui, il est censé quitter son poste à Bercy en tout cas fin novembre quand il sera président de l'UMP s'il est élu. Alors par qui allez-vous le remplacer ? Est-ce que vous avez une idée ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : J'ai une idée bien sûr...


QUESTION : Alors vous allez peut-être nous la donner...

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Non, je vais la garder pour moi mais il est évident qu'un Premier ministre ne peut pas être en situation d'improvisation...


QUESTION : Ce serait quelqu'un de la société civile, un grand patron par exemple ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je ne peux pas vous en dire plus maintenant. Ce que je vous dis, c'est que j'ai forcément anticipé cette décision. Nous avons organisé la majorité. Nicolas SARKOZY a choisi. Il a choisi de s'engager à l'UMP. Nous avons besoin d'un fort dynamisme de l'UMP et Nicolas SARKOZY a tous les talents pour diriger ce dynamisme...


QUESTION : Vous n'avez pas peur qu'il joue les trublions là où il sera ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Non, les choses sont organisées. Nicolas SARKOZY, je lui fais confiance, il est énergique, il a des idées, il est créatif, il a une relation de confiance avec le chef de l'Etat, nous avons une relation de confiance, il faut travailler ensemble. L'UMP, c'est le parti majoritaire dans la 5e République. Le parti majoritaire a un devoir de soutien de l'action du président et de soutien de l'action du gouvernement. Le gouvernement, c'est l'action ; le parti, c'est le débat et il faut travailler la main dans la main.


QUESTION : Et lui parti, est-ce qu'il y aura un remaniement, donc forcément puisqu'il sera remplacé mais est-ce que ce remaniement pourrait être d'ampleur plus importante ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je pense qu'il faudra une équipe renouvelée pour assumer ce contrat 2005 et naturellement le remplacement de Nicolas SARKOZY à lui seul est un renouvellement.


QUESTION : Alors cette année 2005 va être marquée par quelque chose de très important qui sera le référendum sur l'Europe, c'est un véritable enjeu pour Jacques CHIRAC puisque c'est peut-être l'étape la plus importante de son quinquennat. Est-ce que cette équipe, on voit bien que le non gagne dans l'opinion, est-ce que cette équipe dont vous parlez, va être capable d'aller au oui ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Cette équipe est mobilisée en effet pour le oui. L'Europe, c'est le destin de la France et donc il s'agit là d'un sujet très important pour l'avenir de notre pays. Je regrette qu'au Parti socialiste, on semble donner le sentiment que la question, c'est : est-ce que le référendum et ses réponses, ce sera bon pour 2007 pour gagner ou pour perdre. Non, la question, c'est : est-ce que c'est bon pour la France ? La réponse, c'est : oui, c'est bon pour la France, l'Europe est bonne pour la France, l'Europe est un espoir, un levier d'efficacité pour la France, l'Europe est un espace de protection des idées françaises et des produits français aussi parce que la montée de la Chine, la montée de l'Inde, tout ceci nous impose un certain nombre de réformes, donc l'Europe est positive pour la France. Je regrette qu'on y mette quelquefois un esprit partisan. Nous nous engagerons pour le oui mais nous souhaitons une campagne ouverte ; personne n'est propriétaire du référendum et donc tout le monde devra participer... je souhaite participer pour ma part et à ma place.


QUESTION : Vous vous engagerez personnellement et si le non l'emporte, est-ce que vous sentirez que c'est un désaveu pour Jacques CHIRAC, pour vous-même, pour le gouvernement ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Il ne s'agit pas d'un plébiscite, je souhaite que tout le monde puisse participer à cette campagne ; moi je tiendrai ma place et que ma place et donc il n'est pas question dans cette mobilisation nationale d'en faire un enjeu ou partisan ou personnel.


Claire CHAZAL : Merci beaucoup Monsieur le Premier ministre d'être venu nous parler et d'être venu sur ce plateau de TF1. Merci infiniment.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 20 septembre 2004)

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