Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur la création culturelle, la diffusion et le décloisonnement de la politique culturelle, Grenoble le 17 septembre 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur la création culturelle, la diffusion et le décloisonnement de la politique culturelle, Grenoble le 17 septembre 2004.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Inauguration de la maison de la culture de Grenoble le 17 septembre 2004

ti : Madame la Ministre,
Messieurs les Ministres,
Monsieur le Député-Maire,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,


C'est un grand honneur pour moi, de marcher après vous dans les pas de mon illustre prédécesseur, le créateur du ministère dont j'ai aujourd'hui la charge et des Maisons de la culture.

Oui, ce soir, à Grenoble, une nouvelle Maison renaît, à la rencontre de la culture d'aujourd'hui et de l'Histoire.

Ce lieu est un lieu mythique, surgi d'un rêve, d'une vision prophétique d'André Malraux, d'une promesse, que l'on a pu qualifier d'utopique lorsqu'elle fut formulée la première fois. L'utopie est sortie de terre, le rêve s'est construit, les artistes et le public ont au fil du temps, transformé le songe en succès.

Je tiens à rappeler les dimensions de ce succès qui nous rassemble aujourd'hui pour un nouveau départ, une nouvelle génération, une nouvelle énergie (un physicien génial dirait : " e = mc2 "). Un succès architectural d'abord qui prolonge le geste initial, et nos pensées vont ce soir vers le premier architecte qui a créé ce lieu, André Wogensky, malheureusement décédé cet été. Il avait fait partie du jury qui a choisi l'architecte de cette rénovation, Antoine Stinco auquel je tiens à rendre hommage.

Il s'agit à dire vrai plus que d'une rénovation : une renaissance. Et je tiens à dire tout ce qu'elle doit à l'engagement d'Edouard Balladur et de Jacques Toubon.

Cette Maison de la deuxième génération met à nouveau en pleine lumière ce bâtiment, mais aussi le projet qu'il porte, le rayonnement qu'il permet, les hommes et les femmes qui l'animent et celles et ceux, vous tous, à qui il est destiné.

Car ce lieu est un lieu vivant. Et si Baudelaire a dit que la forme d'une ville change plus vite que le c¿ur d'un mortel, nous assistons ici à une métamorphose. Au nouvel état d'un même être vivant, où bat un c¿ur, où souffle un esprit, où les âmes vibrent à l'unisson.

Cette métamorphose ne rend pas seulement cette maison plus belle, plus grande, plus claire. Elle diffuse une lumière nouvelle. Celle-ci n'est pas surgie brutalement de l'ombre, dont aucune frontière ne la sépare. Elle est faite de toutes les couleurs du spectre de celles qui l'ont précédée ici même. Et elle est plus rayonnante encore, pour cette raison même. Parce qu'aux hommes et aux femmes qu'elle réunit, elle propose non seulement une alternative aux " usines à rêves ", mais un lieu d'assemblage de leurs propres songes et de leurs projets, dans la confrontation et la rencontre avec ceux des créateurs et des artistes.

Car ce lieu, pensé à l'origine comme une moderne cathédrale n'est pas un sanctuaire ni un lieu de culte, mais un lieu de culture au sens où nous l'entendons aujourd'hui, c'est-à-dire un lieu où l'¿uvre est non seulement accessible ou à la portée de tous, un lieu où la distance même qui séparait hier l'¿uvre et son public est abolie.

C'est la deuxième dimension du succès. Ce que l'on a appelé la " démocratisation culturelle ", cette " culture pour chacun ", elle s'épanouira ici. Grâce à tous ceux qui ont conjugué leurs efforts pour faire aboutir ce projet et lui donner un élan nouveau. De liberté. D'indépendance. De création. De générosité.

On sait, à Grenoble, l'une des rares cités " compagnon de la Libération ", qui s'est retrouvée tout au long de l'Histoire au carrefour des civilisations européennes, dans la violence comme dans la fécondité de leurs confrontations, quel est le prix de la liberté de l'esprit.

Lorsqu'il fallut fêter le premier anniversaire de la Libération, c'est par une pièce de Luigi Ciccione, intitulée Un peuple se retrouve, et qui rassembla 40 000 spectateurs, que cela se fit.

Et je n'oublie pas que c'est à Grenoble, au sortir de la seconde guerre mondiale, que Jean Dasté décida, parmi les premiers, d'implanter une troupe permanente. Ayons ce soir une pensée pour ce grand pionnier de la décentralisation dramatique qui aurait eu cent ans demain.

C'est à Grenoble que dès sa création, la Maison de la culture attira les plus grands talents : Maurice Béjart, Pierre Henry, Michel Butor, Beckett, Le Corbusier, Giorgio Strehler ou Ariane Mnouchkine.

C'est à Grenoble que les passionnés et les militants de la culture vinrent éprouver leurs idées au contact du réel et de la création.

Je ne peux citer tous ces pionniers qui frayèrent les chemins des possibles de la culture. Je tiens à citer Catherine Tasca qui vint ici faire ses premières armes en succédant à Didier Béraud.

Je veux évoquer aussi Henri Lhong, Bernard Gilman qui fit admettre que toute la culture d'une cité ne pouvait plus se concentrer entre ces seuls murs, si prestigieux soient-ils.

C'est ici aussi que se trouvent les racines de Georges Lavaudant, l'actuel directeur du Théâtre National de l'Odéon, dont les portes rouvriront bientôt, non pas sur la rue Paul Claudel, qui est celle de cette maison, mais sur la Place Paul Claudel à Paris. Georges Lavaudant qui commença au Rio, un petit théâtre dont je sais, Monsieur le Député-Maire, que vous suivez avec attention le renouveau du projet artistique.

C'est à Grenoble que Roger Caracache voulut " recharger la Maison d'une nouvelle utopie ".

C'est à Grenoble enfin que Jean-Claude Gallotta, Laurent Pelly et Marc Minkowski échafaudent leurs projets, répètent et créent des ¿uvres qui feront ensuite le tour de France et parfois du monde.

Et si vous me permettez cette confidence, il me coûte d'attendre que La Grande Duchesse de Gerolstein vienne à Paris, dans le spectacle que le Châtelet accueillera après Grenoble. Spectacle qui est le fruit de la collaboration entre le centre dramatique national, le centre chorégraphique national et l'orchestre en résidence.

Cet exemple parmi tant d'autres montre à quel point l'ambition initiale des créateurs de cette Maison est atteinte, et même bien au-delà. Il ne s'agit plus, selon les mots prononcés ici même par André Malraux, que " ce qui se passe d'essentiel à Paris " se passe " en même temps " à Grenoble.

Il s'agit bien aujourd'hui que ce qui se passe d'abord à Grenoble, en termes de création et de diffusion culturelle, puisse aussi, et je l'espère le plus vite possible, se passer à Paris, puis en Europe et dans le monde.

Geste architectural exceptionnel, symbole d'une démocratisation culturelle en marche, cette maison est exemplaire aussi du meilleur de la décentralisation culturelle. Ici, l'engagement ancien conjoint de l'Etat et des collectivités territoriales, permet de proposer le plus haut niveau d'exigence artistique à la portée de tous.

Oui, ici l'Etat est présent, tutelle et partenaire, pour bâtir, de concert avec les collectivités, au premier rang desquelles la ville, un foyer de rayonnement universel de la culture, aux antipodes de ce que l'on appelait encore en 1968, d'un mot " hideux ", " l'esprit de province ".

Car c'est à Grenoble, précisément, que, pour la première fois, en un même lieu, sont réunis un centre dramatique national, un centre chorégraphique national et un orchestre en résidence.

Je sais, bien sûr, que cette expérience magnifique ne réussira pas sans le soutien affirmé de l'Etat et je suis venu vous dire, Monsieur le Président, Monsieur le Directeur, que vous pouvez compter sur lui, aujourd'hui comme au lancement de ce beau projet.

Je sais ce que cette expérience a d'unique.

Une expérience unique en France, qui ne doit pas nous faire oublier que le réseau des établissements culturels de notre pays est très diversifié et riche d'une histoire chaque fois singulière.

Fier de voir cette Maison permettre à des artistes, différents et complémentaires, de créer en toute indépendance des ¿uvres qui rencontreront, je l'espère, toujours plus de spectateurs, je veux vous faire partager mon désir le plus vif : que les murs parfois dressés entre les métiers du spectacle vivant et les autres secteurs de la société s'abattent, comme se sont ici abattues les frontières entre musique, danse et théâtre, dans l'acceptation de leurs différences et dans le respect des missions que chaque structure s'est vue confier par l'Etat et les collectivités territoriales.

Ce décloisonnement que vous allez réussir ici, est exemplaire de la nouvelle ambition que le gouvernement entend donner aujourd'hui à la politique culturelle. Cette nouvelle ambition est fondée sur l'alliance du patrimoine, cet indivisible héritage que nous avons en partage, et de la création.

Oui, l'alliance est non seulement possible entre la fierté de l'histoire, du patrimoine, de la culture et le souci de la création contemporaine la plus novatrice. Elle est féconde. Rare. Prometteuse. Porteuse non seulement d'émotions esthétiques, mais d'espoirs concrets d'activités, de richesses et d'aventures spirituelles à partager. Dans des lieux d'exception, comme ici, mais aussi dans tous les lieux de proximité qui font la richesse et l'attrait de nos territoires.

Ce lieu est né dans une sorte d'embrasement lyrique.

Il renaît aujourd'hui, métamorphosé, avec cette nouvelle promesse, en laquelle je crois, et que je vous invite à faire advenir tous ensemble, tandis que résonnent toujours les mots immémoriaux de la petite princesse thébaine vêtue de noir, aux pieds de l'Acropole : " je ne suis pas venue sur la terre pour partager la haine, mais pour partager l'amour ".


Je vous remercie.

(Source http://www.culture.gouv.fr, le 21 septembre 2004)

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