Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, dans "France-Guyane" du 17 septembre 2004, sur la coopération régionale en Guyane, la lutte contre l'orpaillage clandestin, les relations avec le Brésil et l'aide aux jeunes Guyanais. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, dans "France-Guyane" du 17 septembre 2004, sur la coopération régionale en Guyane, la lutte contre l'orpaillage clandestin, les relations avec le Brésil et l'aide aux jeunes Guyanais.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Brigitte, KWATEN Adams.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

ti : FRANCE-GUYANE : Entre autres domaines, la coopération régionale sera au centre de votre visite. Quel bilan tirez-vous des échanges de la Guyane avec ses voisins ?

BRIGITTE GIRARDIN : 2004 aura été une année importante pour la coopération régionale en Guyane, grâce à une excellente implication des élus et des services de l'Etat. Les crédits des fonds de coopération régionale, à hauteur de 700 000 Euros, mis à disposition par mon ministère, ont été mieux consommés et ont été utilisés pour de vrais projets de coopération économique.

Avec les Etats frontaliers, comme le Suriname, nous approfondissons nos liens dans les domaines de la santé, de l'éducation et de la Francophonie. Mais au-delà de ces liens traditionnels, des partenariats prometteurs se sont engagés, notamment en matière de police et de justice. En matière de contrôle de l'immigration, un accord bilatéral de réadmission a été négocié avec succès avec Paramaribo et sera signé très prochainement.

Avec le Brésil, la coopération est incontournable. Elle se fait essentiellement avec l'Etat de l'Amapà frontalier. La construction du pont sur l'Oyapock est bien entendu fondamentale dans le développement de cette coopération, qui s'élargit aux autorités fédérales, notamment dans le domaine du contrôle de l'immigration et de la lutte commune contre les fléaux de l'orpaillage clandestin.

L'inauguration du pont sur l'Approuague, le 17 septembre à Régina, participe aussi à cette volonté de désenclavement réciproque vers le Brésil, et est le maillon essentiel de ce grand projet transfrontalier.

2004 a marqué également la reprise des discussions sur le projet de parc national de Guyane et des perspectives de "parc transfrontalier" avec notre grand voisin.

La Conférence de coopération régionale du 20 septembre, tenue en Guyane précisément, a pour objectif de définir les orientations et les projets des DFA (Départements français d'Amérique) en matière de coopération régionale pour les mois à venir. Concernant la Guyane, cela pourrait se traduire notamment par l'affirmation de l'influence de la Guyane dans la zone de la Grande Caraïbe par une plus grande implication de sa part dans les organisations régionales, qu'il s'agisse du Cariforum ou de l'AEC par exemple, où nos îles antillaises ont, peut-être, une longueur d'avance.

L'invitation toute récente du ministre des Affaires étrangères du Brésil faite à la France de participer comme observateur, à travers la Guyane, à la prochaine réunion de l'organisation du Traité de coopération amazonienne, témoigne de l'implication de la Guyane dans le renforcement de la coopération régionale.

FRANCE-GUYANE : S'agissant de l'orpaillage clandestin, n'est-il pas temps de mener une politique partenariale entre les collectivités territoriales, l'État et le Brésil ?

BRIGITTE GIRARDIN : Lors de mon premier déplacement en Guyane, j'ai constaté les ravages de l'orpaillage clandestin. Le rétablissement de l'Etat de droit est alors devenu, pour moi, une priorité absolue. Des efforts sans précédent ont été réalisés.

Aujourd'hui les forces de sécurité comptent plus de 1 200 hommes, deux escadrons de gendarmerie mobile sont en permanence affectés en Guyane pour lutter contre l'orpaillage clandestin.

En 2003, 35 opérations Anaconda ont été réalisées. Sur les seuls 8 premiers mois de l'année 2004, 36 nouvelles opérations ont été menées à bien.

La même année, 4 800 personnes en situation irrégulière ont effectivement été interpellées et reconduites à la frontière, soit une augmentation de 63 % par rapport à 2001, et de 14,3 % par rapport à 2002. Plusieurs dizaines de tonnes de matériel, de nourriture et de carburant ont été saisis et détruits.

Il faut que les commanditaires de l'orpaillage clandestin comprennent que la détermination de l'Etat ne fléchira pas. Les pertes que leur font subir les forces de sécurité deviennent décourageantes pour les délinquants engagés dans ce type d'opération.

La coopération avec le Brésil est totale. L'accord de réadmission conclu entre nos deux Etats, permet de rapatrier sans difficultés les orpailleurs interpellés en situation illégale, et ce dans des conditions conformes aux règles de droit.

J'ajoute que les autorités brésiliennes sont parfaitement conscientes du fait que la lutte contre l'orpaillage clandestin est un défi que nous devons relever conjointement. La perspective d'un pont international sur l'Oyapock renforce cet impératif.

Les collectivités locales, régions, départements et communes, sont d'ores et déjà associées à la structuration de la filière aurifère dans son ensemble. Elles participent à la commission des mines qui délivre les titres d'exploitation.

Elles peuvent utilement contribuer aux efforts de formation des salariés de ce secteur, et de modernisation des équipements qu'ont engagés les opérateurs miniers.

L'un de mes premiers actes en arrivant en Guyane sera d'ailleurs de signer une charte de modernisation avec les professionnels de la filière aurifère.

FRANCE-GUYANE : Quel message entendez-vous délivrer à la jeunesse ?

BRIGITTE GIRARDIN : Je souhaite délivrer un message d'espoir et de confiance à la jeunesse de Guyane. L'exemple de la réussite sportive de Malia Métella en est, sans doute, la meilleure illustration. La Guyane doit faire face à un formidable défi qui est celui de la formation de sa jeunesse. Au cours des dix dernières années et malgré une démographie scolaire dynamique en progression de 4 % par an, l'Etat a affecté dans ce département 1 200 emplois d'enseignants en 6 ans. Il poursuivra cet effort.

Autre dispositif qui aujourd'hui porte pleinement ses fruits en faveur de la jeunesse : Le passeport mobilité. Si la mobilité n'est pas une fin en soi elle est source d'enrichissement personnel, et doit être vécue, avant tout, comme un autre moyen de formation et d'acquisition d'expérience dans la perspective d'accéder à un emploi durable ou à un emploi mieux qualifié. C'est dans cet esprit que j'ai créé le " passeport-mobilité ".

Depuis le début de l'année 2004, 400 jeunes Guyanais : 280 étudiants et 120 jeunes en formation professionnelle, en ont bénéficié.

Par ailleurs, 650 billets d'avion ont été financés pour permettre à des jeunes sportifs ou membres d'associations de participer à des épreuves sportives hors de Guyane.

Au total les actions en faveur de la mobilité des jeunes représentent un engagement de 660000 Euros de l'Etat depuis le début de l'année. D'autre part, il m'est apparu très vite nécessaire de chercher les moyens d'améliorer les conditions du logement des jeunes d'outre-mer en métropole. Ainsi, j'ai passé une convention avec l'Agence nationale pour l'insertion et la promotion du travail d'outre-mer (ANT) en juin 2004 afin de réserver, dès cette rentrée universitaire 800 chambres en métropole au profit des jeunes ultramarins engagés dans une formation professionnelle ou des étudiants présentés par le réseau des CROUS. Ce dispositif complète les filières classiques du logement étudiant.

Tous ces efforts poursuivent un but unique, permettre à la Guyane de valoriser au mieux le meilleur de ses atouts qui pour moi reste sans conteste sa jeunesse.

Propos recueillis pas Adams Kwaten



(Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 22 septembre 2004)

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