Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer, à "France 2" le 23 septembre 2004, sur les négociations en cours sur la continuité du service public dans les transports en commun, sur les axes du budget 2005 avec notamment, le développement des transports propres et la sécurité dans les transports, et sur l'éventualité d'un péage à l'entrée des grandes agglomérations. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer, à "France 2" le 23 septembre 2004, sur les négociations en cours sur la continuité du service public dans les transports en commun, sur les axes du budget 2005 avec notamment, le développement des transports propres et la sécurité dans les transports, et sur l'éventualité d'un péage à l'entrée des grandes agglomérations.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer

ti : Q- Bonjour à tous. Avec G. de Robien ce matin, nous allons, ô surprise ! parler transports puisque, c'est effectivement un des portefeuilles dont vous vous occupez G. de Robien avec notamment ces conversations, ces négociations - un peu des deux, sans doute -, concernant justement le service garanti dans les transports publics. On ne dit pas service minimum.

R- On dit d'abord concertation, parce que c'est vraiment des échanges et des vrais échanges et donc on dit la continuité du service public : comment organiser dans les transports publics, à la fois le droit de grève, s'il y a lieu, et puis en même temps, s'il y a droit de grève, un certain niveau de service de façon à respecter le service public et surtout de respecter les usagers.

Q- Ici même, hier, B. Thibault expliquait que le service dit garanti au minimum dans les transports en commun que c'était impossible, en gros, et qu'il faut 80% du personnel, ne serait-ce que pour faire tourner les trains pendant deux heures, donc, dit-il c'est une atteinte au droit de grève.

R- Disons que c'est un raccourci. Dans tous les pays "civilisés", on va dire, et dans tous les pays où il y a un peu un dialogue social, ça existe. Ce n'est pas parfait. Evidemment que le jour de la grève, il n'y a pas le même niveau de service que le jour où il n'y a pas grève, mais il y a un certain niveau de service avec des besoins essentiels qui sont satisfaits, ça peut-être les lignes qui vont vers les hôpitaux, ça peut être les lignes qui vont vers les centres de formation, les universités, vers les centres commerciaux le cas échéant. Donc, tout ça, ça demande à être défini et comme à la fois les cheminots, les gens qui sont dans les transports sont bien pénétrés du sens du service public et qu'à la fois les usagers réclament un niveau de service, moi je suis sûr qu'on va aboutir.

Q- Donc quand B. Thibault dit : si jamais vous touchez à la loi, c'est la grève, vous n'y croyez pas tout à fait.

R- A la fois, les syndicats et tous les syndicats disent : il faut vraiment nous aider dans le dialogue social, il faut même rendre obligatoires les échanges entre les directions et les représentants des syndicats.

Q- Mais par exemple ça se passe comme ça à la SNCF, ça n'empêche
pas qu'il y ait effectivement...

R- Cela ne se passe toujours comme ça, parce que les mêmes syndicats me disent : on a beau demander des rendez-vous on ne les obtient pas, on est obligé de déposer des préavis pour être entendus ou écoutés. Et donc à la fois les syndicats nous disent : nous ne sommes pas entendus, nous n'avons pas de concertation, et à la fois ils disent : on ne veut pas de loi. Mais une loi qui permettrait justement cette concertation, voire une loi qui obligerait direction et syndicats à se réunir pour discuter, je pense que ça, c'est une loi qui ouvre des espaces de liberté. Personne en France, qui est quand même le pays de la liberté, ne peut s'opposer à une loi de liberté.

Q- Alors, précisément, il y a un sondage qui sort chez nos confrères du Nouvel Obs qui montre que 53% des Français sont pour un service minimum - c'est effectivement très important -, mais ils sont 82% à estimer qu'il faut une négociation préalable.

R- Bien sûr.

Q- Vous, vous pensez pouvoir mettre les deux dans la loi ? Est-cela l'idée ?.

R- Non, moi je trouve que vraiment il faut passer par la négociation, il faut passer par la concertation et quand on a des systèmes qui sont bien mis en place grâce à la concertation, eh bien les couronner par une loi qui consacre dans la durée ce bon système de concertation ça n'a rien en tout cas de liberticide, bien au contraire, c'est reconnaître le travail des partenaires sociaux et c'est en même temps s'assurer de la pérennité du dispositif qui respecte surtout les usagers, c'est surtout à ça qu'il faut penser. Pensons aux usagers quand on pense et quand on parle de la continuité du service public. C'est à eux, bien sûr, que les syndicats pensent, mais c'est à eux que le ministre doit penser.

Q- Il y a aussi une disposition du rapport Mandelkern, qui était une base de discussions sur justement ce service garanti, qui était l'obligation de déclaration préalable individuelle en cas de grève. Les syndicats ont beaucoup toussé, si je puis dire, sur ces dispositions, et là dans le sondage, 75% des Français sont pour. Cela veut dire en effet que ça fait beaucoup.

R- Je suis très étonné par ce résultat parce qu'effectivement, être obligé de déclarer qu'on fait grève ou qu'on ne fait pas grève dans les 48 heures, était une proposition très, très forte, je veux dire, du rapport et de la commission Mandelkern. Moi je suis assez réservé sur cette l'état des effectifs avant la grève pour bien organiser les transports, le nombre de trains, le nombre de bus etc.

Q- Et pas de façon individuelle et personnalisée.

R- Voilà, pas forcément de façon individuelle.

Q- Le budget c'était hier. Vous êtes satisfait de la façon dont les mannes sont réparties.

R- D'abord en amont, on a très bien travaillé sur le budget, puis ensuite sur le budget des transports, tout est vraiment centré sur deux axes : le développement des transports propres et deuxièmement la sécurité dans les transports. Donc c'est vraiment deux axes que j'ai défendus, j'ai été entendu et je crois qu'avec cela, pour vous donner un exemple, les investissements dans les infrastructures en 2005 et même dans les années suivantes, eh bien les deux tiers de ces investissements vont être consacrés au transport propre, c'est-à-dire le ferroviaire, le fluvial qui remonte beaucoup et qui prend des parts de marché actuellement, les autoroutes maritimes et donc seulement un tiers vous voyez vers la route. Donc c'est une vraie inflexion qu'on ne connaissait pas dans les années 90 - 95 et même 2000 et puis ensuite la sécurité. Parce que, quand on prend les transports en commun on veut davantage de sécurité, je crois que c'est un gros effort par exemple vers les inspecteurs du permis de conduire, mais un gros effort vers les inspecteurs dans les ports, tout ça c'est de la sécurité et donc garantir cette sécurité le mieux possible aux usagers, cela fait partie du service public.

Q- Alors justement, vous évoquiez les inspecteurs du permis de conduire. Le salon de l'auto va ouvrir ses portes donc on va beaucoup parler de l'automobile. Un mot sur le code de la route. On a vu qu'il y avait eu quelques tripatouillages sur la façon dont on passait les épreuves - tout ça maintenant est sous contrôle, tout ça a été revu et corrigé.

R- Vous savez il y a toujours des tricheurs, hélas, mais ce que nous voulons, c'est améliorer la qualité du permis de conduire, avec le permis probatoire, qui est un permis pendant trois ans, qui ne donne que six points, on pense vraiment qu'il y a un apprentissage de la conduite beaucoup plus progressif. Et puis je vous rappelle qu'au changement d'horaire au mois d'octobre, à la fin du mois d'octobre, eh bien les gens seront appelés - c'est sur le plan volontaire - à allumer leurs feux de croisement dès qu'ils sortiront de la ville parce que dans tous les pays du Sud, comme du Nord, cela existe...

Q- Et pourquoi les motards français ne sont pas contents ?

R- Eh bien on comprend mal parce que les motards...

Q- En Suède, aux Etats-Unis, en Californie où pourtant il fait beau...

R- Et en Italie ! Simplement, les motards ne comprennent pas qu'avec les codes allumés, les feux de croisement allumés, ils verront mieux les véhicules à quatre roues et ainsi ils auront moins d'accident de percussion dans des véhicules à quatre roues.

Q- Sur le permis de conduire on peut envisager à un moment donné de changer l'âge, de baisser... Vous parliez justement de permis probatoire et de faire prendre en charge une partie de l'examen par les structures régionales parce que ça coûte cher pour des jeunes et c'est une bonne façon de rentrer aussi dans le marché du travail, d'avoir son permis de conduire.

R- Le permis de conduire est très cher, très cher, il coupe cette possibilité là à beaucoup de jeunes. On travaille actuellement pour savoir comment on peut réduire le coût sans abaisser la qualité et même en augmentant la qualité du permis de conduire. C'est un des objectifs. Il faut aboutir à cela pour la fin de l'année et je pense qu'en 2005 il y aura de bonnes nouvelles.

Q- Dernière question, sur le bridage des voitures, puisqu'on est là encore au c¿ur de l'actualité, effectivement vous pensez que les constructeurs aussi doivent y mettre du sein, est ce qu'il faut qu'il y ait des systèmes automatiques ?

R- D'un Mondial à l'autre, on va s'apercevoir qu'il y a d'énormes progrès au niveau de la sécurité au niveau des voitures et les constructeurs automobiles font ces progrès. Par exemple, il y a des constructeurs, et notamment français, qui généralisent les régulateurs de vitesse dans tous les modèles, bas de gamme, moyenne gamme et haute gamme. Il faut aller vers cela, donc régulateur de vitesse et puis un jour, probablement, bridage des voitures. Ceci ne peut se faire qu'à l'échelle européenne. Mais si on veut encore sauver des milliers de vies humaines, il faut savoir ce qu'on veut : ou respecter les autres et donc le code, ou continuer à être fou sur la route, en tout cas les gens sont de plus en plus sages et on peut s'en réjouir parce que les résultats sont là.

Q- Un député UDF du Lot-et-Garonne, J-D. du Séjour dit que bientôt il y aura des péages à l'entrée des villes. Cela existe à Londres, à Oslo et on n'y évitera pas à Paris.

R- A Londres avec un très grand succès, avec beaucoup moins de pollution, avec une meilleure circulation, et une offre de service public collectif bien plus importante. Ceux qui sont obligés d'y aller payent une redevance. Ceci va aux transports. Je pense, sans être devin, que dans les décennies à venir, les très très grandes agglomérations réfléchiront à cette question.

Q-R- Donc, péage à l'entrée de Paris, un jour sans doute. Merci
beaucoup d'être venu nous voir ce matin, G. de Robien très bonne
journée à vous, très bonne journée à tous.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 23 septembre 2004)

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