Tribune et déclaration de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale, dans "Le Monde" le 17 septembre 2004, sur la restauration de la cohésion sociale comme priorité du projet de loi de finances pour 2005, Paris le 22 septembre 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune et déclaration de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale, dans "Le Monde" le 17 septembre 2004, sur la restauration de la cohésion sociale comme priorité du projet de loi de finances pour 2005, Paris le 22 septembre 2004.

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis.

FRANCE. Ministre de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale

Circonstances : Présentation du budget du ministère de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale pour l'année 2005 en Conseil des ministres, Paris le 15 septembre 2004

ti : - Tribune de Jean-Louis Borloo, ministre de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale, parue dans Le Monde le 17 septembre 2004 :

La France affecte chaque année 30 % de sa richesse nationale à la protection sociale et, pourtant, nos résultats ne sont pas satisfaisants. En quinze ans, le nombre d'allocataires du RMI est passé de 422 000 à 1 100 000. Chaque année, plus de 80 000 enfants entrent en sixième sans maîtriser les savoirs fondamentaux. Le nombre de logements indécents a doublé.

Nous connaissons un chômage de longue durée élevé, peu sensible aux améliorations de la conjoncture économique, qui nous singularise en Europe, et nous ne sommes pas préparés pour le retournement démographique. Alors que l'activité est le meilleur rempart contre l'exclusion, la France rationne le travail : notre taux d'activité est inférieur de 10 points à celui des Etats-Unis, et la durée annuelle du travail est inférieure de 25 % à celle de nos principaux partenaires.

Conscients que l'on ne peut bâtir durablement une société humaine sans partager, au-delà de nos différences individuelles, un sens du bien commun, un goût pour l'initiative, un dessein pour l'avenir, les Français demandent aux responsables publics une impulsion nouvelle. A défaut, nos concitoyens, particulièrement les jeunes, pourraient perdre confiance dans l'avenir et dans leurs capacités à exprimer leurs talents.

Le gouvernement réagit avec force, par la réforme et par l'action. Il a réformé les retraites et l'assurance-maladie, il rétablit progressivement la situation de nos finances publiques et lutte sans relâche contre l'insécurité.

Par le plan de cohésion sociale, il entend apporter une contribution décisive à la préparation de l'avenir.

Nous nous sommes attachés sans relâche à cette ¿uvre de reconstruction. Plus de 300 réunions de travail ont été organisées entre début avril et mi-juin afin d'élaborer le plan, adopté le 30 juin par le conseil des ministres. Le projet de loi qui l'incarne a été rédigé dans la foulée et soumis à tous nos partenaires. Seule une mobilisation exceptionnelle de tous a permis que nous le présentions dès le 15 septembre en conseil des ministres.

A rebours de l'approche morcelée qui a longtemps prévalu, le gouvernement traite ensemble les grands problèmes qui mettent en péril la cohésion de notre pays. Parce que certaines familles, certains quartiers cumulent des handicaps qui se nourrissent les uns les autres, le plan s'attaque aux problèmes de l'emploi, aux insuffisances du logement social et à l'inégalité des chances. Le Conseil économique et social a ainsi souligné que la démarche du gouvernement était "de nature à susciter une espérance pour des millions de nos compatriotes".

Notre action prépare l'avenir : en offrant aux jeunes la chance d'obtenir un emploi, même pour ceux qui sont le plus en difficulté ; en permettant à tous les talents de tracer leur chemin par l'activité professionnelle.

Notre action s'adresse à l'ensemble des Français : nous recherchons un nouvel élan pour notre économie, source de prospérité pour tous. Par la modernisation du service public de l'emploi, la création de 300 Maisons de l'emploi, le gouvernement met en ¿uvre un effort collectif sans précédent au profit de l'accompagnement des chômeurs. C'est indispensable : avec plus de 4 millions de personnes indemnisées ou allocataires de minima sociaux, le chômage massif malmène la compétitivité de notre pays. Il faut pouvoir le maîtriser dans le cadre d'une perspective d'avenir : l'allocation-chômage est une indemnité, il faut en faire un investissement, un instrument de retour à l'activité, une étape de reconstruction.

Les jeunes doivent être les premiers bénéficiaires de cet effort national. Tous doivent pouvoir recevoir une qualification reconnue, valorisable immédiatement sur le marché de l'emploi, et être orientés vers les métiers de demain. L'apprentissage, passerelle vers l'emploi remarquablement efficace, est réformé en profondeur : les mesures d'incitation et de simplification que nous portons sont sans précédent. Elles permettront d'en faire, dans tous les secteurs, une voie vers les plus hautes responsabilités professionnelles.

Il est insoutenable, enfin, que notre pays, organisant une solidarité publique essentiellement passive, ne donne pas à chacun tous les moyens pour exprimer son talent et gagner en responsabilités. C'est pourquoi le projet de loi que nous présenterons au Parlement concrétise la priorité absolue accordée au retour à l'emploi, meilleur rempart contre l'implosion sociale et clé de la dignité individuelle. Sur la durée du plan, 2 millions de familles pourront bénéficier du "contrat d'avenir", conjuguant temps de travail et temps de formation.

Alors même que le marché est florissant, le logement social connaît aujourd'hui une crise aiguë. Les causes en sont multiples : 50 000 logements locatifs sociaux ont été produits chaque année, en moyenne, pendant la décennie écoulée, alors que le besoin était de 80 000 ; le parc de logements est inadapté ; le mouvement HLM n'a pas reçu de feuille de route ; des dysfonctionnements multiples du marché locatif privé chassent les classes moyennes des centres-villes.

Nous inversons la tendance par une relance forte de la production de logements locatifs sociaux, un rattrapage en matière d'hébergement d'urgence, des mesures, notamment fiscales, susceptibles de détendre le marché privé.

Nous y ajoutons une politique vigoureuse en faveur de la primo-accession à la propriété, par un dispositif qui va succéder au prêt à taux zéro en conservant tous ses avantages, étant désormais ouvert à l'ancien, et en favorisant les familles. Ce sont 250 000 ménages qui seront aidés chaque année, contre 100 000 aujourd'hui.

Nous aspirons enfin à réhabiliter une égalité des chances plus effective en attaquant à sa source l'inégalité : à l'école, dans les quartiers sans avenir. Car les inégalités initiales se cumulent et s'aggravent, elles figent et sclérosent notre société. Avec un ascenseur social bloqué, le pays n'est servi que par certains de ses talents et laisse les autres en marge de la société. L'égalité des chances doit cesser d'être un concept abstrait : cela passe par un soutien très précoce aux enfants les plus fragiles, par un effort en faveur de l'accueil et de l'encadrement des collégiens en difficulté, par une réforme de la dotation de solidarité urbaine, pour donner leur chance aux villes qui souffrent de charges socio-urbaines écrasantes, parce qu'elles accueillent les familles les plus nombreuses et fragilisées.

Déjà ces mesures suscitent une grande attente, et les rencontres que nous avons effectuées récemment en Alsace, en Rhône-Alpes, ont permis de conclure avec les responsables politiques locaux des accords de partenariat et de consolider nos liens avec les maires, acteurs cruciaux de la cohésion sociale.

L'¿uvre à accomplir est encore importante. Nous sommes conscients qu'il faut, durablement, donner une direction à l'ensemble des Français ; qu'il ne s'agit pas simplement d'organiser une péréquation financière plus importante, mais de faire en sorte que la redistribution ne décourage pas l'emploi.

Parce que tous les Français prendront confiance dans leur destinée, certaines évolutions, qui, à l'échelle de nos politiques sociales, sont une révolution, seront possibles : ne plus considérer l'emploi comme un stock donné à partager, mais comme le fruit sans cesse recomposé de l'activité et de l'inventivité humaines ; rompre avec tous les malthusianismes ; ne plus faire du traitement social du chômage la réponse ultime au manque de travail.

Il n'y aura pas de croissance durable sans cohésion sociale. L'avenir de notre pays, son dynamisme économique, la confiance dans ses valeurs fondatrices, dépendent de la réussite de cette entreprise.

La France n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle se rassemble. La cohésion sociale requiert cette union.

(Source http://www.u-m-p.org, le 17 septembre 2004)

- Déclaration de Jean-Louis Borloo, ministre de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale, à Paris le 22 septembre 2004 :

Le projet de loi de finances pour 2005 traduit la priorité absolue accordée par le gouvernement à la restauration de la cohésion sociale, qui est à la fois l'une des sources et l'une des conditions du dynamisme économique de notre pays.

Dans un contexte tendu pour nos finances publiques, l'effort consenti pour la mise en ¿uvre du plan de cohésion sociale est remarquable ; le budget du ministère de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale s'élève à 40,35 Mds d'euros, les crédits progressant de 2,5 % par rapport à 2004.

Cet effort retrace la volonté du gouvernement de préparer les évolutions, notamment démographiques, qui s'annoncent, de mieux exploiter les talents et les gisements d'emplois et de faire en sorte que la croissance retrouvée profite aux chômeurs. Il ne s'agit pas d'organiser une péréquation financière plus importante, mais de rendre la redistribution aussi efficace que possible, afin que l'emploi soit encouragé.

La mise en oeuvre du plan de cohésion sociale permettra de préparer l'avenir. A rebours de l'approche cloisonnée et morcelée qui a longtemps prévalu, il traite ensemble les grands problèmes qui fragilisent notre pays et malmènent sa compétitivité. Parce que certaines familles, certains quartiers cumulent des handicaps qui se nourrissent les uns des autres, le plan s'attaque aux problèmes de l'emploi, aux insuffisances du logement social et à l'inégalité des chances.

Le plan est doté, en 2005, d'un milliard d'euros de crédits budgétaires et de près de 1,5 Md d'euros dépenses fiscales incluses. Il traduit la volonté du gouvernement de mobiliser vers l'emploi toutes les ressources humaines de notre pays, jusqu'à celles qui sont aujourd'hui les plus éloignées de la vie professionnelle.

Les jeunes sont les premiers bénéficiaires de cette mobilisation : un dispositif très ambitieux est mis en place pour accompagner vers l'emploi ceux d'entre eux qui n'ont aucune qualification ; une relance de la formation en apprentissage est organisée, appuyée par des mesures de simplification et d'incitation, budgétaires et fiscales, de grande ampleur.

Pour favoriser le retour à l'emploi des chômeurs, un investissement sans précédent est consenti. Il permettra la mobilisation du service public de l'emploi autour des Maisons de l'emploi, un accompagnement plus personnalisé des demandeurs d'emploi, orientés vers les métiers de demain, l'activation des minima sociaux pour offrir une chance à tous les talents de tracer leur chemin et de s'exprimer dans un travail.

Dans le même temps, aider les entreprises à relever le défi sans cesse renouvelé de la compétitivité demeure l'un des objectifs premiers de la politique de l'emploi. A ce titre, l'Etat respecte ses engagements en garantissant la neutralité de la hausse du SMIC sur le coût du travail, afin de ne pas pénaliser l'embauche. Au-delà, diverses mesures fiscales sont inscrites au projet de loi de finances, destinées, notamment, à prévenir les délocalisations. Comme il s'emploie à le faire depuis 2002, le gouvernement encourage donc l'offre d'emplois.

Il s'engage aussi dans un programme de rattrapage inédit et indispensable de la production de logements sociaux dans le parc public comme dans le parc privé. Il s'attache à promouvoir l'égalité des chances en ciblant son effort sur les quartiers, les familles, et en particulier les enfants qui cumulent des handicaps. Enfin, il met en oeuvre une politique d'intégration dotée d'outils nouveaux.

La cohésion sociale est un investissement : rassemblés, les Français retrouveront la confiance d'entreprendre, le goût de partager, l'envie de rayonner.

(Source http://www.cohesionsociale.gouv.fr, le 23 septembre 2004)

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