Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur la sécurité internationale et européenne, sur le rôle de l'Europe pour l'édification d'un monde nouveau, sur la politique européenne de sécurité et de défense et sur la crédibilité de la France en matière de défense, Paris le 1er octobre 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur la sécurité internationale et européenne, sur le rôle de l'Europe pour l'édification d'un monde nouveau, sur la politique européenne de sécurité et de défense et sur la crédibilité de la France en matière de défense, Paris le 1er octobre 2004.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Ouverture de la 57ème session nationale de l'IHEDN à Paris le 1er octobre 2004

ti : Mesdames et Messieurs les ministres,
Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les Parlementaires,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et messieurs les auditeurs,
Mesdames, Messieurs,


Je suis particulièrement heureux d'ouvrir solennellement la session nationale de l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale pour la troisième année consécutive. Je tiens à saluer les auditeurs français et étrangers de la 57ème session nationale, leurs camarades de la 56ème session présents pour la circonstance, ainsi que les auditeurs des 158ème et 159ème sessions régionales du Havre et de l'Ile de France.

Je salue également les quelques 120 auditeurs de la session jeune de Limoges dont la présence témoigne de la vitalité de l'Institut.

Mais, puisque le général de Zuchowicz m'en a offert l'opportunité, je souhaiterais débuter mon intervention en vous félicitant : pour votre engagement tout d'abord, un engagement tourné vers le bien le plus précieux d'une nation, la sécurité et la défense de ses valeurs et de son peuple ; pour votre disponibilité ensuite, car les responsabilités que vous exercez par ailleurs vous demanderont un effort à la hauteur de l'investissement que l'Etat consent pour votre formation.

Placé sous l'autorité du Premier ministre, l'IHEDN s'inscrit dans le concept français de défense globale. Il tire sa richesse, comme nous l'avons constaté au travers de la vidéo qui vient de nous être présentée, de la diversité de vos parcours, de la qualité de vos échanges et de son ouverture internationale.

Cette année, vos travaux ont pour thème une question centrale pour la France : les défis que représentent les Etats défaillants et la reconstruction des Etats pour la sécurité internationale et européenne.

Mesdames, Messieurs,

La sécurité internationale et européenne est aujourd'hui, avec la sécurité de nos concitoyens, au c¿ur de nos préoccupations.

Elle pose la question de la place et du rôle de l'Europe dans le monde et de la place et du rôle de la France dans l'Europe.

I - LE MONDE A BESOIN D'EUROPE
A. Une Europe acteur majeur dans l'édification d'un monde nouveau

L'Europe s'affirme comme un acteur majeur dans l'édification d'un monde nouveau, aux contours encore incertains, mais dans lequel l'humanité doit être reconnue dans sa diversité.

Certes, l'aventure européenne est semée d'interrogations et d'embûches, elle peine parfois à répondre à toutes les attentes et à toutes les ambitions que nous nourrissons pour elle.

Mais l'Europe - par son exemple et par son action - contribue déjà et contribuera encore à l'évolution du monde vers plus de stabilité, plus de justice et plus de liberté. Par son exemple d'abord : celui d'une formidable réussite, unique dans l'histoire, fondée sur la réconciliation d'un demi-milliard d'hommes, autrefois divisés et déchirés, qui peuvent aujourd'hui s'enorgueillir de succès économiques, monétaires et commerciaux et qui aspirent à partager leurs idéaux de liberté, de tolérance et de fraternité.

Par son action ensuite : en s'engageant sur la voie d'une mondialisation maîtrisée, encadrée, préservant les spécificités et les idéaux européens, l'Europe contribue à corriger les déséquilibres, à régler les conflits, et à assurer un développement équitable et durable.

L'Europe sait que le respect de la diversité est indispensable pour éviter les phénomènes de crispation identitaire, la définition par le rejet, et la transformation de l'incertitude de soi en haine de l'autre.

L'Europe est le meilleur rempart contre l'idée même de choc de civilisation.

Ma conviction, vous l'avez compris, c'est que le monde a besoin de plus d'Europe.

Le monde a besoin de la conscience, de l'expérience et de la vision européenne.

B. Une Europe unie dans la diversité

Aujourd'hui l'Europe respire à nouveau de ses deux poumons, l'Ouest et l'Est.

Malgré l'espoir que représente cette Union élargie, des inquiétudes s'expriment ici et là : certains s'interrogent sur une " vieille Europe " et une " nouvelle Europe " dont les visions seraient irréconciliables et les clivages insurmontables.

D'autres s'inquiètent d'une dilution des identités nationales, d'une bureaucratie trop étouffante. Quelques-uns enfin parlent de l'essoufflement du projet européen. Qu'ils se rassurent. L'Europe de demain ne sera pas celle qu'ils décrivent.

Loin de conduire à une simple union économique sans projet partagé, loin de conduire à un creuset commun dans lequel les identités nationales se fondraient, l'Europe élargie, l'Europe rénovée que nous voulons bâtir au travers du traité constitutionnel, est une Europe unie et riche de ses diversités, une Europe humaine et citoyenne, une Europe jeune et entreprenante.

Notre responsabilité aujourd'hui, c'est d'utiliser cette force vive pour construire une zone de croissance durable propre à favoriser l'emploi et le progrès social au service des citoyens, pour renforcer l'espace de liberté, de sécurité et de justice, pour donner à l'Europe la place qui lui revient sur la scène internationale.

C. Des réponses européennes au défi de la sécurité mondiale

Le monde semble aujourd'hui désemparé face à de nouvelles menaces, polymorphes et souvent imprévisibles : terrorisme, prolifération, déliquescence des Etats, criminalité organisée, conflits régionaux.

La situation en Irak où se multiplient les attentats et les prises d'otages est naturellement très préoccupante. La libération de nos deux compatriotes, comme vous pouvez l'imaginer, est un souci permanent du Gouvernement. La crise dans le Darfour menace des milliers de vies humaines.

Le massacre de Gatumba au Burundi a réveillé certains démons.

La tragédie de Beslan, où plusieurs centaines d'enfants totalement innocents ont péri, repousse encore les limites de la barbarie dont peuvent être capables des terroristes.

Les réponses à ce type d'agressions ne peuvent pas être uniquement militaires. Il faut mobiliser, aux côtés de la force, des ressources diplomatiques, commerciales, économiques et humanitaires. La valeur ajoutée de l'Union réside justement dans sa capacité à conjuguer ces différentes facettes de l'action internationale.

L'Europe a vocation à partager la responsabilité de la sécurité internationale. Elle a l'ambition de devenir un acteur de sécurité global dans un environnement international de plus en plus complexe.

L'Europe se doit de promouvoir sa conception du monde, un projet qui offre à l'humanité de réelles perspectives de paix, de stabilité et de prospérité.

II - LA POLITIQUE EUROPEENNE DE SECURITE ET DE DEFENSE
Et tel est bien l'objectif de la politique européenne de sécurité et de défense ; une politique qui a déjà permis la mise en place d'instruments et de capacités civiles et militaires.

La PESD est déjà une réalité. Les militaires qui sont dans cette salle le savent bien, eux qui sont allés récemment en Macédoine ou en Ituri, et qui iront demain en Bosnie, cette fois au titre d'une opération de l'Union européenne.

Je tiens ici a rendre hommage, en présence de la ministre de la défense et du chef d'état-major des armées, au professionnalisme, à la disponibilité et au courage des hommes et des femmes de nos forces armées qui, partout où ils sont engagés, accomplissent un travail remarquable et suscitent le respect de tous nos alliés.

Loin d'être un processus de militarisation, la PESD constitue une véritable dynamique de la construction européenne, une dynamique souhaitée par nos concitoyens, une dynamique désormais irréversible.

Pour répondre à cette attente, la PESD doit se doter des capacités civiles et militaires lui permettant d'assumer ses responsabilités.

Elle doit également être comprise par nos alliés, adoptée par nos concitoyens ; elle doit être crédible aux yeux du monde ; elle doit continuer à progresser.

Ces objectifs seront atteints par la mise en ¿uvre d'une politique claire et cohérente, par des actions efficaces et par une démarche ambitieuse et pragmatique.

A. Clarté et cohérence

Clarté et cohérence, c'est ce double principe qui a guidé l'élaboration de la Stratégie européenne de sécurité et qui guide les relations entre l'Union Européenne et l'OTAN.

1. Clarté et cohérence au niveau européen.

Pour la première fois, au Conseil Européen de Bruxelles, le 12 décembre 2003, les chefs d'Etat et de gouvernement des 25 Etats membres définissaient ensemble leur environnement de sécurité et fixaient des objectifs stratégiques communs. C'est une véritable vision européenne du monde et du rôle de l'Union dans le monde qui a été définie.

La France fait sienne cette stratégie articulée autour d'une approche globale de la sécurité et fondée sur la construction d'un multilatéralisme efficace, sur un engagement préventif, ainsi que sur la défense et le développement du droit international.

L'Europe devient aujourd'hui un acteur global, capable de mobiliser les ressources civiles et militaires de l'action extérieure, afin de contribuer à la construction d'un monde plus équitable, plus sûr et plus uni.

C'est cette Europe, garante de paix et de démocratie, que nous voulons léguer aux générations futures.

2. Clarté et cohérence dans les relations entre l'UE et l'OTAN.

La clarté et la cohérence doivent également s'exprimer dans la définition des relations entre l'UE et l'OTAN. Dessein européen et solidarité atlantique sont et doivent rester complémentaires. Chacune des organisations a un rôle à jouer selon la situation qui se présente.

Nous défendons ainsi la cohérence dans la complémentarité :

Parce que l'Europe peut avoir besoin des moyens de l'OTAN auxquels elle contribue, nous faisons jouer les accords de " Berlin plus " entre l'UE et l'Alliance,
Parce que l'UE dispose déjà de ressources significatives dans la gestion des crises, nous pouvons aussi agir seuls et dans des délais très brefs,
Parce que, dans toutes les circonstances, nous voulons affirmer la primauté du politique et préserver l'autonomie de décision de chacune des organisations, nous veillons à maintenir le contrôle politique et la direction stratégique d'une opération au niveau adéquat.

B. Efficacité

Mais pour être crédibles et reconnues, les actions de l'Union européenne se doivent d'être efficaces. L'Union a acquis ces dernières années une crédibilité opérationnelle incontestable en menant avec succès ses deux premières opérations militaires.

Concordia a achevé de stabiliser la Macédoine et a démontré que les arrangements de coopération entre l'Union européenne et l'OTAN pouvaient fonctionner. Le succès de l'opération Artémis en République Démocratique du Congo a prouvé la capacité de l'Union européenne à répondre rapidement à un appel des Nations Unies et à agir de manière autonome à des milliers de kilomètres de ses frontières.

Dans toutes ces crises, la France a joué son rôle. Nous avons été efficaces, c'est la meilleure preuve qu'il faut aller encore plus loin.

Nous en aurons bientôt l'occasion puisque la relève de la SFOR en Bosnie sera, par sa dimension, par son double volet militaire et civil, par sa visibilité, un saut qualitatif majeur pour l'Union Européenne.

Elle sera une nouvelle occasion de démontrer notre crédibilité sur le terrain et la qualité de la coopération entre l'OTAN et l'UE.

L'Union européenne a également montré sa détermination à relever le défi du terrorisme.

Immédiatement après les attentats madrilènes, l'Union a réagi et s'est dotée d'un coordonnateur européen en la personne de M. de VRIES ainsi que d'une structure de synthèse du renseignement stratégique.

Ces dispositions témoignent de la détermination de l'Union à s'attaquer aux menaces qui pèsent sur nos concitoyens et de sa capacité à se mobiliser rapidement.

C. Ambition et pragmatisme

Et pour continuer à progresser, la PESD doit s'inscrire dans une double logique d'ambition et de pragmatisme. Sur le plan politique, l'ambition, c'est la vision d'une Europe " puissance tranquille " qui " s'affirme comme l'un des piliers de l'organisation d'un monde nouveau, plus solidaire et plus libre, plus juste et plus sûr, d'un monde qui finalement, est au c¿ur du projet européen ", pour reprendre les termes de Javier Solana. L'ambition, c'est une Europe capable de partager la responsabilité de la sécurité internationale ; une Europe ayant acquis une autonomie stratégique sur toutes les questions relatives à sa défense et à sa sécurité. Le pragmatisme, c'est l'expression d'objectifs stratégiques à la portée de l'Union européenne ; c'est la nomination d'un ministre des Affaires étrangères de l'Union chargé de concevoir et d'animer une politique étrangère commune.

Le pragmatisme, c'est l'instauration dans le traité constitutionnel d'une clause de solidarité en cas de désastre naturel ou d'attaque terroriste ; c'est l'instauration d'une clause d'assistance en cas d'agression armée contre le territoire d'un Etat membre conformément à la charte des Nations-Unies et dans le respect des engagements souscrits au sein de l'Alliance. Le pragmatisme, c'est aussi la disposition du traité constitutionnel instituant des coopérations structurées qui permettent à certains Etats d'avancer plus vite et plus loin en matière de défense.

Sur le plan capacitaire, l'ambition, c'est l'Objectif global 2010 dont l'initiative revient à la France. Il traduit la volonté de disposer à cette échéance de forces armées européennes qui puissent agir ensemble, depuis le niveau stratégique jusque sur le théâtre d'opérations ; l'ambition, c'est une Europe capable de planifier et conduire des opérations, et capable de déployer rapidement des forces inter opérables.

Le pragmatisme, c'est une approche visant à l'émergence d'organismes, de procédures, de moyens utiles et efficaces. C'est la création d'une cellule civilo-militaire et d'un noyau de centre d'opérations européen à l'état-major de l'Union européenne.

Le pragmatisme, c'est aussi la création de groupements tactiques interarmes de 1500 hommes à la disposition de l'Union européenne ; c'est la création d'une force de gendarmerie européenne à laquelle sous votre impulsion, Madame le Ministre, la France a joué un rôle moteur ; c'est un effort vers un partage accru du renseignement, notamment pour lutter contre le terrorisme ; c'est également un effort dans le domaine de la sécurité civile.

Sur le plan des ressources, l'ambition n'est certainement pas de rivaliser avec le budget de défense des Etats-Unis mais de mieux utiliser les quelques cent soixante milliards d'euros que les 25 états membres consacrent à la défense. La France a fait depuis mai 2002 un effort très important dans ce domaine.

Il n'a jamais faibli, malgré la tension budgétaire. J'espère que cet effort pourra être une source d'inspiration pour nos partenaires.

Le pragmatisme, c'est la création depuis le 14 juin 2004, de l'Agence européenne de Défense qui permettra la coordination entre les objectifs capacitaires européens, les programmes d'armement en coopération, et les aspects relatifs à la recherche et à l'industrie ; une Agence qui a vocation à devenir un des outils de l'autonomie stratégique européenne.

Sur le plan industriel, l'ambition, c'est cette autonomie stratégique que seule une industrie de défense structurée au niveau européen permettra de préserver dans le domaine des équipements.

Le pragmatisme, ce sont les restructurations qui ont déjà abouti dans le domaine aéronautique et spatial ou dans l'électronique et vers lesquelles il faut tendre dans le domaine des équipements navals et terrestres. Sur le plan de la formation, l'ambition, c'est aussi le développement d'une véritable culture européenne de sécurité et de défense.

C'est la vision d'Européens conscients de leurs responsabilités vis-à-vis de l'humanité ; des Européens prêts à s'engager, avec toute la maturité que leur confère une histoire souvent douloureuse, dans la voie d'un monde équilibré et respectueux de l'homme.

Le pragmatisme, c'est la création, là aussi sous votre impulsion déterminante, Madame le Ministre, d'un Collège européen de sécurité de défense reposant sur une structure en réseau, souple et évolutive.

Ainsi, dès cette année, le CESD démarre ses activités en s'appuyant sur l'IHEDN et les principaux instituts européens équivalents, renforçant en cela l'ouverture des auditeurs aux questions européennes.

III - LA FRANCE MOTEUR PARCE QUE CREDIBLE
Mesdames, Messieurs, l'Europe avance, l'Europe est en marche.

L'Europe constitue pour la France un formidable démultiplicateur de notre influence. L'Europe est bonne pour la France.

Dans la construction de cette Europe où seront enracinées la paix et la démocratie, la France joue, et doit encore jouer dans l'avenir, un rôle moteur. Vous devez, et avec vous l'ensemble de nos concitoyens, en être convaincus.

C'est une exigence face aux échéances historiques que l'Europe a placées devant nous.

A. La France crédible grâce à la cohérence de son outil de défense

La France ne pourra toutefois tenir ce rôle que si elle est crédible ; une crédibilité qu'elle doit en grande partie à la cohérence de son outil de défense, où se côtoient dans un juste équilibre des fonctions de dissuasion, de protection et de projection.

La dissuasion nucléaire est maintenue à un niveau crédible de stricte suffisance ; les efforts de protection de notre territoire et de notre population, ainsi que de projection, ont été accrus.

L'effort financier substantiel que représente la Loi de Programmation Militaire 2003-2008 répond à la volonté affirmée du Président de la République de permettre à la France de jouer pleinement le rôle qu'elle occupe sur la scène internationale.

En 2005, la France consacrera plus de 15 milliards d'euros aux dépenses d'équipement des armées. Les dépenses de fonctionnement connaîtront aussi un accroissement sensible, marquant le fort degré d'engagement des forces en opérations mais aussi le souci de gérer les conséquences de la professionnalisation des armées.

Cet effort soutenu place la France, avec le Royaume-Uni, au premier rang des pays européens.

L'adaptation de notre outil de défense comble en priorité les domaines dans lesquels les Européens sont aujourd'hui déficitaires comme le transport aérien stratégique, le renseignement ou les structures de commandement et de contrôle.

La France contribue ainsi à l'émergence d'une puissance européenne, en la dotant d'un outil crédible et complet au service de sa politique générale.

B. La France crédible grâce à son engagement dans la transformation de l'OTAN

Mais la crédibilité de la France dans le projet européen repose également sur notre engagement au sein de l'Alliance. Je tiens à récuser avec force les procès d'intention qui nous sont régulièrement faits : non la France n'a pas de dessein caché, non la France ne cherche pas à saper les fondements de l'Alliance en développant la PESD, non la France ne veut pas séparer les deux rives de l'Atlantique ! Bien au contraire. La France est particulièrement active dans sa contribution à l'OTAN : ainsi, la France se situe parmi les premiers contributeurs en volume de troupes et les deux opérations de l'Alliance, en Afghanistan et au Kosovo, sont actuellement commandées par des généraux français.

Nous encourageons le mouvement de transformation de l'Alliance et nous sommes un des éléments moteurs de la Force de réaction rapide de l'OTAN.

Nous sommes largement impliqués dans la mise sur pied de la nouvelle structure de commandement de l'OTAN, dans laquelle la part des officiers français sera accrue.

Les capacités dont disposeront ainsi les pays européens seront cohérentes avec le nouveau contexte de sécurité. Elles pourront aussi être employées dans des opérations de l'UE dans le cadre de la PESD.

C'est ainsi, en prouvant au quotidien notre attachement à l'Alliance, que nous pourrons continuer à inspirer la PESD.

C. La France crédible grâce à une politique de sécurité et de défense globale

Enfin, la France est crédible, car elle s'est dotée d'une politique de sécurité globale. Comme je l'avais affirmé ici même il y a un an, les terroristes ne s'arrêtent pas aux frontières.

C'est pourquoi la mobilisation de l'ensemble du Gouvernement pour la sécurité et la défense de nos concitoyens reste une priorité de tous les instants. La protection de nos ressortissants et de nos intérêts, que ce soit en France ou à l'étranger, est un impératif. Cela signifie un devoir d'évaluation, de prévention, de préparation, de protection, et de précaution. L'évaluation est un enjeu fondamental.

C'est pourquoi le Président de la République a tenu à améliorer notre dispositif par la création du Conseil de Sécurité Intérieure.

C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité dynamiser le Comité Interministériel du Renseignement. Prévention et préparation ensuite : j'ai demandé l'actualisation et la modernisation des plans gouvernementaux de sécurité.

La nouvelle planification Vigipirate permet d'associer plus étroitement la population à travers ses élus, ainsi que les opérateurs des grands services publics, partenaires privilégiés de l'Etat.

Protection et précaution enfin : sûreté aérienne et maritime, surveillance des installations nucléaires, risques NRBC, infrastructures de transport et d'énergie, grands complexes industriels et systèmes d'information : le Gouvernement a sélectionné et hiérarchisé les priorités.

Ces démarches se sont accompagnées d'une relance de la politique d'exercices et d'une systématisation du retour d'expérience.

Notre système de réponses se veut gradué, adapté, souple, opérationnel, facilitant la communication gouvernementale, formalisant les procédures et les responsabilités. Il est articulé autour de niveaux d'alerte et de risques crédibles et aisément compréhensibles des acteurs mais aussi de nos concitoyens.

Dans ce contexte, nos forces jouent un rôle essentiel, qu'il s'agisse de la police, de la gendarmerie ou de nos armées. Leur mobilisation, à hauteur de 20.000 hommes, a ainsi été décisive pour assurer la sécurité lors des cérémonies du soixantième anniversaire des débarquements en Normandie et en Provence.

CONCLUSION
A. La diffusion de l'esprit de défense à l'IHEDN doit prendre en compte la dimension européenne : Mesdames et Messieurs,

Aujourd'hui, la défense de la France ne commence pas à nos frontières, elle commence à tout le moins à celles de l'Europe.

C'est pourquoi il est essentiel que l'Europe soit au c¿ur de vos études.

La présence d'auditeurs européens, américains et représentants d'organisations internationales constitue à cet égard une chance supplémentaire d'enrichir votre perception des enjeux mondiaux.

Le concept de défense français dépasse la seule notion de défense militaire pour recouvrir une dimension globale à laquelle la société tout entière doit adhérer.

Aujourd'hui, une impulsion nouvelle est nécessaire afin de mieux impliquer le citoyen dans le processus d'intégration européenne.

Il vous appartiendra de promouvoir cet esprit de défense en prolongeant, à l'issue de cette année à l'IHEDN, votre engagement auprès de nos concitoyens français et européens. Je compte sur vous pour que cette action soit menée avec toute votre force de conviction.

C'est pour moi l'occasion de dire toute l'importance que j'attache aux travaux menés par les anciens auditeurs sur le thème de "la jeunesse et de l'engagement face aux grandes problématiques de Sécurité et de Défense". Cette réflexion, qui mobilise les réseaux nationaux, régionaux, européens, ceux des jeunes, comme ceux des trinômes académiques, alimentera le congrès des auditeurs en octobre 2005 et les secondes rencontres des auditeurs en octobre 2006, deux événements organisés par l'Union des associations de l'IHEDN et qui témoignent du dynamisme de l'Institut.

Cette mobilisation de toutes les compétences et bonnes volontés est la raison d'être de l'IHEDN, j'y suis très attaché et j'attends beaucoup de ces travaux.

B. La France progresse et se renforce dans l'Europe :

"L'Europe n'a jamais su devenir ce qui aurait pu la faire naître : une concrétisation vécue de son imaginaire ". Il y a plus de trente ans, Romain Gary faisait ce constat cruel en ajoutant désabusé : " L'Europe, pourquoi pas ? Elle n'a jamais existé et n'existera jamais : alors on peut tout attendre d'elle...".

L'histoire a démenti le romancier ; l'imaginaire européen se concrétise.

L'Europe élargie a aujourd'hui rendez-vous avec son histoire.

Elle se dote de nouveaux instruments de politique extérieure et de défense à travers le traité constitutionnel. Elle prend toute sa place sur la scène internationale et va jouer un rôle affirmé dans la solution des conflits du monde.

Nous nous engageons, pour notre part, corps et âme dans cette entreprise.

L'Union Européenne est désormais le cadre naturel et le démultiplicateur de notre influence. Elle constitue un levier d'efficacité pour la France, un espace de protection pour ses idées et ses valeurs. J'ai eu l'occasion de le souligner récemment durant la Conférence des Ambassadeurs, je le répète aujourd'hui avec force : nous devons réussir notre destin franco-européen. C'est une exigence de notre temps.

Réussir ce destin, c'est équilibrer notre impératif de souveraineté et notre ambition européenne. La Constitution européenne est aujourd'hui l'élément central de ce projet.

Il nous revient de le faire partager aux Françaises et aux Français.

Face à ce défi, nous devons veiller à ce que la France s'engage de manière active, sans prétention, mais avec force.

Dans ces conditions, nous pourrons affirmer, en corrigeant Romain Gary : "La France et l'Europe existent, alors on peut tout attendre d'elles".

Je vous remercie.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 8 octobre 2004)

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