Interview de M. Christian Jacob, ministre délégué aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l'artisanat, aux professions libérales et à la consommation, dans "Le Figaro Entreprise" du 6 septembre 2004, sur la simplification du statut juridique de l'entreprise, la formation permanente du chef d'entreprise, l'accès aux financements. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christian Jacob, ministre délégué aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l'artisanat, aux professions libérales et à la consommation, dans "Le Figaro Entreprise" du 6 septembre 2004, sur la simplification du statut juridique de l'entreprise, la formation permanente du chef d'entreprise, l'accès aux financements.

Personnalité, fonction : JACOB Christian, DUCROS Christine.

FRANCE. Ministre délégué aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l'artisanat, aux professions libérales et à la consommation

ti : Le Figaro-Entreprises -Il y a quelques mois à peine entrait en vigueur la loi Dutreil destinée à faciliter la création d'entreprise, or vous travaillez déjà sur de nouveaux dispositifs législatifs en direction des entreprises, la loi Jacob va-t-elle succéder à une loi Dutreil qui se révèle déjà insatisfaisante ou même insuffisante ?

Christian Jacob : La loi que je prépare depuis le 15 juin n'est pas la voiture-balai de la loi Dutreil. Elle ne s'appellera pas loi Jacob. C'est tout simplement une loi en faveur de l'entreprise. Le but c'est que les créateurs se l'approprient. Cette loi est là pour faciliter leur travail et le fonctionnement de leurs sociétés.

Depuis le début, il était d'ailleurs prévu qu'une autre loi vienne compléter le dispositif d'initiative économique mis en place par mon prédécesseur. Celui-ci a beaucoup travaillé sur la création d'entreprise, la simplification des démarches du créateur. Je travaille aujourd'hui sur des choses différentes : les statuts juridiques de l'entreprise et leur simplification ; une assurance pour les créateurs qui se retrouvent sans activité après un échec; la formation permanente du chef d'entreprise pour limiter les risques d'échec dans les premières années post-création; ou encore l'accès des TPE aux financements.

Q - Comment procédez-vous ?

R - Pour répondre concrètement aux besoins des entrepreneurs, j'ai mis en place deux groupes de travail d'une quarantaine de personnes. Ils sont composés de représentants de chambres consulaires, d'organisations patronales, de parlementaires. Nous nous réunissons ensemble au ministère, une fois par semaine. Le premier groupe travaille sur les statuts, l'autre sur le financement. Ce sont des forces de propositions très dynamiques qui vont nous permettre de coller aux préoccupations quotidiennes des chefs d'entreprise. Le projet de loi devrait passer en Conseil des ministres avant la fin de l'année, et être présenté au Parlement au premier trimestre 2005. Par ailleurs, un plan pour les PME destiné à entretenir la dynamique de création d'entreprise, sera lancé au printemps prochain. Le Président de la République et le Premier ministre y sont très attachés.

Q - Pour faciliter l'accès au financement, Renaud Dutreil avait créé des fonds d'investissements de proximité (FIP), vous semblez vouloir les modifier pourquoi ?

R - Les FIP existent depuis un an; ils commencent seulement maintenant à se développer; il faut aller plus loin pour favoriser leur essor, par exemple en assouplissant les règles d'investissement et en élargissant leurs bases géographiques. Je travaille par ailleurs avec la Fédération bancaire française, la BDPME et certains réseaux bancaires pour avancer sur le sujet plus général de l'accès au crédit pour les TPE-PME. Il y a en France un réel problème de financement des petits projets. Je force un peu le trait mais parfois il peut être plus facile de décrocher 500 000 euros que 5 000. Dans le premier cas, le directeur d'une agence bancaire va vous recevoir et s'intéresser à votre projet, si le contact est bon, les choses peuvent évoluer dans le bon sens. Dans le second cas, personne ne s'intéressera à votre petit dossier et vous risquez d'attendre bien longtemps avant de dénicher vos quelques milliers d'euros nécessaire au démarrage.

Q - Côté statut de l'entreprise, sur quoi travaillez-vous ?

R - Je suis favorable à la formule sociétaire ; mais pour les petites entreprises, il faut trouver des formules qui répondent mieux aux attentes des créateurs. Nous travaillons en ce sens à un toilettage du statut de l'EURL et à la création d'un vrai statut de l'entreprise personnelle.

Q - Quelles mesures pourraient figurer dans le plan PME du printemps prochain ?

R - Avec François Loos, nous voudrions notamment mettre l'accent sur l'aide des PME à l'export. Il y a 100 000 PME en France, seules 5 % exportent. Ca doit changer. Nous rencontrons en ce moment des patrons de grandes sociétés, nous voudrions qu'ils fassent profiter des PME de leur expérience. Par exemple, qu'ils portent les projets de petits entrepreneurs, que des groupes comme Accor, Bouygues ou Carrefour mettent à disposition leur réseau pour aider des créateurs à s'implanter en Chine ou ailleurs.

Q - Vous êtes vous-même entrepreneur, vous avez une exploitation agricole, quelle est à votre avis la mesure qui fait défaut et qu'il faut immédiatement mettre en oeuvre pour faciliter les créations et les reprises d'entreprises ?

R - Je ne crois pas plus aux hommes providentiels en politique qu'aux idées géniales en économie. Les lois ne créent pas d'emplois. Elles ne modifient pas les choses du jour au lendemain. Ce qui me paraît important, c'est de créer un contexte favorable, un environnement qui donne envie à des entrepreneurs de se lancer. C'est indispensable car dans les 10 ans qui viennent 500 000 entreprises vont chercher un repreneur.

Q - Il y a bien une mesure qui vous semble plus importante que les autres ?

R - Sans doute l'accompagnement du créateur. Car je crois que ce qui est le plus difficile pour un chef d'entreprise qui se lance, c'est le premier choc qu'il va inévitablement subir. Ca peut-être la première panne d'une machine, le premier impayé, le premier marché perdu. Ce premier pépin, c'est souvent celui qui sonne le glas de l'entreprise car un entrepreneur qui se lance n'a pas de fonds de roulement. Il n'a évidemment pas non plus la confiance de ses banquiers. Il se retrouve donc immédiatement le couteau sous la gorge. Pour éviter ça, il faut créer un accompagnement du créateur, il faut que dès que les premiers ennuis apparaissent, des spécialistes des chambres consulaires ou des intervenants spécialisés tels que les centres de gestion agréés entourent les entrepreneurs, et leur permettent de profiter de leur savoir-faire. Les statistiques le prouvent, l'entreprise d'un créateur entouré a deux fois plus de chance de survie que celle d'un entrepreneur qui ne sera pas épaulé.

Q - Quelle est à votre avis la qualité première d'un chef d'entreprise ?

R - La passion, le goût du risque. Quand on est passionné, on a toutes les chances de transmettre son énergie, son envie à ses interlocuteurs. Passionné, on peut convaincre plus facilement ses banquiers.

Q - Quel est le profil du créateur d'entreprises aujourd'hui ?

R - Une majorité de créateurs ont moins de 40 ans, ce sont des femmes pour 30 %. Dans un tiers des cas, il s'agit de chômeurs mais ce chiffre est stable au cours du temps. Leur motivation première pour créer une entreprise est de devenir indépendant mais aussi de réaliser leur envie d'entreprendre. Le renouveau de la création d'entreprise traduit cette recherche d'autonomie mais également d'implication plus grande dans le travail. Il faut naturellement encourager cet état d'esprit.

Q - Vous gérez une exploitation agricole, est-ce compatible avec votre emploi du temps de ministre ?

R - Non, c'est très difficile, j'avais 80 vaches laitières, 100 hectares de céréales, on ne gère pas une entreprise par téléphone Je l'ai louée car je ne pouvais plus la gérer. Il n'y a que 24 heures dans une journée.



(Source http://www.pme.gouv.fr, le 11 octobre 2004)

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