Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "La Montagne" le 8 octobre 2004, sur les orientations du budget pour 2005, notamment l'économie, l'emploi, la fiscalité et l'agriculture. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "La Montagne" le 8 octobre 2004, sur les orientations du budget pour 2005, notamment l'économie, l'emploi, la fiscalité et l'agriculture.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

ti : Q - Comment se porte le Premier Ministre ?

R - Personnellement, très bien, d'autant plus que la France se porte mieux. Je viens de faire une cure de travaux pratiques et de démocratie dans une élection de terrain au cours de laquelle j'ai pu discuter directement des problèmes qui sont posés aux Français. Je vois donc à la fois les atouts de notre pays, mais aussi les exigences d'une mobilisation pour que la croissance soit plus riche en emplois. Le budget de 2005 est donc tourné vers l'emploi, vers la lutte contre les délocalisations et pour la cohésion sociale. Ce budget est construit pour atteindre trois objectifs principaux, qui sont au coeur du contrat que je souhaite passer avec les Français, et notamment avec toutes les forces vives, syndicats, associations, partenaires économiques et sociaux : la baisse du chômage, la réforme pour la réussite de l'école et la lutte pour le pouvoir d'achat, contre la vie chère. Le budget 2005 porte ce contrat 2005, tout comme le budget 2006 portera notre contrat 2006.

Q - S'agissant de l'emploi, les dernières statistiques sont décevantes. Maintenez- vous votre objectif d'une baisse du chômage l'an prochain ?

R - Je pense, en effet, que nous obtiendrons une baisse significative du chômage en 2005. Entre juillet et août, qui sont deux mois spécifiques, le chômage s'est stabilisé. Avec, notamment, le plan de cohésion sociale et d'autres initiatives, nous allons disposer d'outils efficaces : augmentation très importante du nombre d'apprentis (1 500 nouveaux apprentis recrutés chaque jour de l'année), développement du contrat d'avenir nous permettant d'accompagner l'insertion des demandeurs d'emplois, la création d'emplois d'entreprises, qui se situe actuellement à un bon niveau, les pôles de compétitivité contre les délocalisations...

Q - Mais la flambée des prix du pétrole n'est-elle pas une hypothèque qui pèse sur la croissance ?

R - Le coût de l'énergie est un élément important de la croissance, même si, dans notre pays, grâce à l'énergie nucléaire, nous sommes moins dépendants que beaucoup d'autres du prix du pétrole. Je maintiens notre hypothèse de croissance pour 2005 : + 2,5 %.

Q - L'augmentation à 15.000 euros du plafond de déduction de l'impôt sur le revenu pour les emplois à domicile suscite des critiques, jusque dans votre majorité. Pensez-vous revenir sur ce projet ?

R - Nous engageons le débat parlementaire de manière très ouverte. Nous avons montré que nous savions écouter les parlementaires, c'est cela aussi la démocratie. En revanche, j'entends dans l'opposition des caricatures. Il y a déjà 1.500.000 personnes qui occupent des emplois familiaux. Je ne vois pas pourquoi l'employeur familial ne devrait pas être traité comme tous les autres employeurs, et pourquoi il devrait payer ce que les autres employeurs et ne paient pas. Si nous parvenons à 2 millions d'emplois dans ce secteur des services à domicile, ce sera un très beau succès. Je rappelle que ces emplois de services ne sont pas délocalisables. Il faut les multiplier en France. Voilà une bonne mesure pour l'emploi.

Q - Certains au sein de la majorité vous incitent à réduire le poids de l'impôt sur la fortune (ISF), voire à le supprimer.

R - Le budget présenté par le gouvernement ne comporte pas de réforme de l'ISF. Elle n'est pas apparue comme une priorité compte tenu de nos autres exigences. Nous laisserons le Parlement débattre de ce sujet et nous tirerons les conclusions de ce débat.

Q - Vous assouplissez la loi sur les 35 heures, vous voulez instaurer un service minimum dans les transports publics. Ces initiatives ne risquent-elles pas d'être interprétées comme une offensive anti-syndicale ?

R - On ne peut pas dire cela. C'est un gouvernement qui, en faisant adopter une loi en mai 2004, a été le premier depuis longtemps à relancer le dialogue social. C'est mon gouvernement qui a, avec les syndicats, augmenté le plus le SMIC depuis trente ans, qui a créé le droit individuel à la formation tout au long de la vie, grâce à un accord avec les partenaires sociaux. Sur les retraites, comme sur l'assurance-maladie, nous avons discuté avec les uns et avec les autres.

Nous continuons la discussion sur l'assouplissement des 35 heures : Gérard Larcher fait un nouveau tour de table avec les partenaires sociaux, et Gilles de Robien formulera ses propositions sur le service minimum dans les prochaines semaines. Notre méthode respecte le dialogue, mais il est clair que nous refusons l'immobilisme, dont notre pays a trop souffert. Le gouvernement que je suis fier de diriger est un gouvernement de mouvement.

Q - Aurez-vous, aussi, une majorité de mouvement avec Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP ?

R - Nicolas Sarkozy a créé une dynamique politique qui sera très utile à la majorité. Nous avons, cet été, bien clarifié notre organisation, chacun jouant tout son rôle, à sa place, respectant les autres. Cette organisation est conforme à l'esprit de la Vème République, avec un parti majoritaire qui, à la fois, éclaire le débat politique, prépare les échéances à venir et soutient l'action du président et du gouvernement.

Q - La FNSEA affirme que l'agriculture n'est plus une priorité nationale. Que lui répondez-vous ?

R - C'est inexact, l'agriculture est une priorité européenne. Grâce à notre action, le budget européen, essentiel à l'avenir de l'agriculture française, est fixé jusqu'en 2013. Notre engagement est total. Sous l'impulsion du Président de la République, nous avons obtenu qu'avec 300 milliards d'euros, l'agriculture reste la première des politiques européennes. Je tiens à ce qu'il y ait une place particulière pour l'élevage dans l'agriculture française. Le métier d'éleveur est un métier de passion, qui, souvent, se passe de génération en génération, où on ne compte pas les heures, auquel on associe toute sa famille, un métier profondément admirable, qui a marqué l'histoire de France et, qui a permis de placer la France au plan des meilleurs, comme le prouve la qualité de nos races ou celles de nos A.O.C.. Dans une agriculture française forte, l'élevage doit être la colonne vertébrale.


(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 12 octobre 2004)

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