Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer à "Europe 1" le 15 octobre 2004, notamment sur les mesures gouvernementales de compensation de la hausse du prix du pétrole pour les transporteurs, les marins pêcheurs, les agriculteurs, sur l'assouplissement de la loi Evin. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer à "Europe 1" le 15 octobre 2004, notamment sur les mesures gouvernementales de compensation de la hausse du prix du pétrole pour les transporteurs, les marins pêcheurs, les agriculteurs, sur l'assouplissement de la loi Evin.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer

ti : Q- Les Français, victimes de la hausse inquiétante et ininterrompue de la hausse du pétrole. Le Gouvernement aide chaque catégorie professionnelle, l'une après l'autre. Après les marins pêcheurs, les agriculteurs, les taxis, les bateliers, vous avez fait bénéficier les routiers de mesures d'aide particulières. D'abord, ce sont des mesures liées aux circonstances, mais est-ce qu'elles sont appliquées tout de suite et est-ce qu'elles sont durables ?

R- Non seulement elles sont appliquées tout de suite, mais elles sont rétroactives. C'est-à-dire que par exemple la baisse de la TIPP va prendre effet dès maintenant, pour toute l'année 2004. On a doublé le dégrèvement : il est passé de 122 à 244 euros ; cela devait venir à partir du 1er janvier 2005, ce sera effectif pour l'année 2004, parce que les transporteurs sont absolument stratégiques pour le développement de l'économie française, et donc, pour l'emploi.

Q- Donc, vous dites aux transporteurs et aux routiers qui voulaient manifester aujourd'hui, qu'il n'y a pas de raison ?

R- Après la longue concertation d'hier, on a fait beaucoup de conciliation. On a bien mesuré les enjeux et on est arrivé, je crois, sinon à un accord, en tout cas, à des propositions capables de les rassurer, de compenser, en partie - en partie seulement - les hausses du pétrole, dont je vous rappelle quand même, qu'elles ne sont pas de la responsabilité du Gouvernement ni de l'Etat français.

Q- Est-ce que cela veut dire que les aides de l'Etat vont augmenter avec la hausse du prix du pétrole ?

R- Cela veut dire que l'on fait des dégrèvements par exemple de taxe professionnelle à des entreprises comme les transporteurs, qui utilisent leurs camions, et dont le pétrole représente jusqu'à 20 à 25 % du prix de revient de leur activité.

Q- Cela veut dire que si le prix du pétrole continue d'augmenter, vous accompagnerez, vous suivrez ces augmentations ?

R- On ne laissera pas les transporteurs tomber, parce qu'on besoin des transporteurs pour nos marchandises et pour l'activité économique du pays.

Q- Vous le dites pour les marins pêcheurs, les agriculteurs, etc.... Plus le pétrole augmente, plus l'Etat distribue - si vous me permettez... C'est pris dans la poche de qui ?

R- L'Etat, son rôle est de faciliter l'économie et certainement pas de condamner des entreprises qui transportent des marchandises que l'on fabrique en France, que l'on reçoit en France et qui sont nécessaires à l'activité économique de notre pays. Cette profession, qui est extrêmement fragile, qui a des marges très faibles, doit être aidée, et pas seulement par l'Etat d'ailleurs, mais aussi par les chargeurs, c'est-à-dire dire par leurs clients qui doivent répercuter une partie des prix du coût du pétrole.

Q- Je parle de toutes les catégories professionnelles qui sont utiles et que l'on aide. Avez-vous évalué le surcoût général de la dépense ?

R- Je n'ai pas le surcoût général, mais ce que je sais, c'est que pour les transporteurs, c'est plus le important, puisque c'est 20 à 25 % de leurs coûts de revient, c'est le pétrole.

Q- Il y a un syndicat de transporteurs routiers que vous connaissez mieux que moi, l'Unostra, qui vous demande de rétablir la TIPP flottante, que l'Etat prenne à sa charge une partie des hausses.

R- C'était une demande avant notre concertation d'hier. Avec la concertation et les mesures que j'ai pu leur annoncer dont on a discuté pendant six heures, l'Unostra maintenant a sorti un communiqué plutôt satisfait des mesures annoncées.

Q- Pour les particuliers, même si ce n'est pas dans votre domaine, le fioul domestique qui chauffe un tiers des maisons individuelles va augmenter de 32 % par rapport au premier trimestre. Eux, les particuliers ne manifestent pas ; qu'est-ce que le Gouvernement peut faire pour eux ?

R- Vous avez raison, pour les particuliers, qui sont chauffés - et même au gaz d'ailleurs, puisque le gaz augmente dans les mêmes proportions - cela va être assez douloureux. Mais faut-il prendre dans la poche des particuliers, contribuables, de l'argent pour rembourser aux particuliers consommateurs d'énergie ? Je pense que ce serait un jeu à somme nulle. Donc, si vraiment, les Français demandent le remboursement de la hausse du pétrole dont le Gouvernement n'est pas responsable, je crains que cela coûte très cher à tout le monde, y compris aux particuliers qui demanderaient ces remboursements.

Q- Est-ce que cela peut jouer sur la baisse du prix de l'essence à la pompe ?

R- Si vous baissez le prix de l'essence à la pompe, on va le prendre dans les poches des contribuables, de toute façon. Or les contribuables sont aussi à la fois des conducteurs et des utilisateurs de véhicule. Donc, je rappelle que cette demande-là apparaît justifiée dans un premier temps, parce qu'on trouve tous douloureux la facture pétrolière, mais elle vient de l'extérieure. Et si on la compense, c'est avec de l'argent de l'intérieur.

Q- On a noté qu'Air France, par exemple, a augmenté pour la troisième fois cette année le prix des vols long courrier. Air France dit qu'on ne peut pas faire autrement : il y a peu être à demander à l'OPEP d'augmenter sa production pour faire baisser les prix. Le pétrole a augmenté de 60 % depuis janvier et je lisais, de 68 % en deux ans, et il va continuer de monter. Est-ce que c'est vrai que la France va perdre de cette manière - et puis pas seulement la France - un demi-point ?

R- Oui, si cela continue comme cela, effectivement, la hausse du pétrole joue sur la croissance ; on peut perdre un demi-point de croissance. On est, je vous le rappelle, en France aujourd'hui, dans un cycle de croissance positif et peut-être le pays le plus positif dans l'Europe ; on est nettement au-dessus de la moyenne des pays européens. Réjouissons-nous, mais on peut s'attendre, si cette hausse du pétrole est durable - et elle risque d'être durable - à une croissance moins forte que celle que nous avions prévue pour 2005 : autour de 2,4 %

Q- Je change de sujet : régulièrement, vous vous êtes flatté, et avec raison, de la réduction du nombre des morts et des blessés sur les routes. Le président de la République lui-même insiste sur la sécurité routière, un de ses chantiers. Les députés de votre majorité viennent faciliter la publicité collective pour les vins de pays, les crus étrangers, les bières, les whisky ; où la logique ?

R- C'est un mauvais coup contre la sécurité routière. Je le dis tout en respectant l'avis des représentants du peuple, c'est un mauvais coup contre la sécurité routière. Cela donne le signal exactement contraire à celui que nous essayons de donner depuis deux ans, c'est-à-dire qu'il y a trois causes qui sont mortelles ou qui entraînent des blessures très fortes et des handicaps dans la vie : c'est l'alcool, la vitesse et le non port de la ceinture de sécurité. Je vous rappelle que l'on vient de baisser le taux d'alcool permis, par exemple pour les chauffeurs de bus - on est passé de 0,50 à 0,30. Les experts nous disent qu'à partir de 0,30 - même pour un conducteur de voiture d'ailleurs - le conducteur est moins frais pour conduire ou a des réflexes qui commencent à s'émousser. Donner le signal qu'ont donné les parlementaires en libéralisant, en élargissant ou en assouplissant la loi Evin, je trouve que c'est un mauvais coup contre la Sécurité routière.

Q- Vous auriez voté cet amendement ?

R- Je ne l'aurais certainement pas voté, j'aurais gardé la loi en l'état.

Q- Souhaitez-vous que le Parlement, puisqu'il y a une dernière lecture début janvier, revienne sur ce vote ?
R- Oui. Le Parlement a donné un signal, les viticulteurs ont besoin d'être écoutés, très bien, tout cela est parfait. Seulement, le clientélisme, quelque part, ne doit pas faire oublier les grands objectifs qui sont, comme celui de la sécurité routière, de sauver des vies et d'avoir moins de blessé. S'il y a une occasion de se repêcher, je souhaite que les parlementaires la saisissent.

Q- D'une certaine façon, à travers vous, le Gouvernement va souhaiter que le Parlement revienne au moins à la loi Evin ?

R- Je vous rappelle que cet amendement a été voté contre l'avis du Gouvernement.

Q- Vous multipliez, soutenu par le président de la République, inventions et astuces pour réduire le nombre de tués sur la route. Vous le montrez. Le 31 octobre, il faudra user des feux de croisement le jour, hors agglomération. Qu'attendez vous de cela ?

R- D'abord, c'est une expérimentation, mais on en attend au moins les mêmes résultats que ceux obtenus dans tous les pays, c'est-à-dire une dizaine de pays en Europe, où cela a été essayé et maintenu d'ailleurs.

Q- La mesure est-elle obligatoire ? Durable ?

R- C'est une mesure qui est facultative. On invite les automobilistes, dès qu'ils sortent de ville, à allumer les feux de croisement, même s'il est midi ou 14 heures. On en attend des centaines de vie sauver, on en attend des milliers de blessés en moins. Je pense que c'est comme que l'on améliorera encore les résultats.

Q- Vous expérimentez jusqu'à quand ?

R- Jusqu'à la fin de la saison d'hiver, c'est-à-dire jusqu'au prochain changement horaire. Cela commence à la fin du mois d'octobre, lorsque l'on va changer d'heure. Cela se terminera six après. On fera le bilan objectivement avec toutes les parties concernées, les associations...

Q-...Et les motards ?

R- Et les motards. Nous attendons en tout de cette mesure que les motards soient un peu plus préservés des accidents, parce qu'ils identifieront mieux d'autres véhicules, des véhicules à quatre roues. [...] Ils les verront mieux, donc ils les éviteront.

Q- Vous avez un territoire ministériel immense... Vous avez accompagné le président de la République en Chine. Beaucoup qui n'y étaient pas ont estimé que les contrats n'étaient pas assez nombreux. Par exemple, dans votre domaine : pourquoi 60 trains à grande vitesse vendus avec Alstom et pas de TGV Pékin-Shanghaï.

R- On peut ajouter beaucoup de choses quand même : 128 wagons de métro pour Shanghaï, c'est quand même énorme ! En tout, Alstom a reçu 1,5 milliard d'euros de commandes pendant ce voyage ; c'est considérable. Je vous rappelle que le TGV de Pékin à Shanghaï n'en est même pas à l'appel d'offres. Comment voulez vous qu'un pays, ou qu'une entreprise, ou qu'une ville donne le marché à une entreprise alors que l'appel d'offres n'est pas lancé ? Je crois que c'était vraiment une fausse rumeur.

Q- Donc, vous êtes plutôt optimiste pour le jour où il y aura un appel d'offres, auquel participeraient les Japonais ?

R- Je reste tout a fait confiant. D'abord, parce qu'on a les meilleurs véhicules ferroviaires et les meilleurs TGV du monde. Deuxièmement, parce que l'on entretient avec les Chinois, comme l'a fait le président de la République, des liens très très étroits qui sont avant tout des liens politiques de géostratégie politique mondiale. Ensuite, parce que ces liens politiques se reflètent, bien sûr, dans nos liens commerciaux.

Q- Justement. Une dernière question : la Chine a commandé des Airbus A 330 ; est-ce que vous avez entendu les uns et les autres, et même le Président chinois promettre d'acheter des avions géants A 380 ?

R- Cela ne se passe pas tout à fait comme cela. Les compagnies aériennes sont en train de négocier avec Airbus des achats éventuels d'A 380 et les dirigeants de ce grand pays qu'est la Chine, qui ne sont pas ceux qui commandent et ceux qui signent des commandes...

Q- Mais ils ne sont pas sans influence...

R- Ils nous ont très clairement dit qu'ils recommandaient l'achat des A 380 aux compagnies chinoises. Donc, nous sommes aussi très optimistes.

Q- Vous allez encore beaucoup voyager, alors bon courage si chaque fois vous revenez avec de meilleures relations avec les pays que vous voyez et d'autre part des contrats.

R- Des contrats, parce que ce sont des emplois pour la France.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 15 octobre 2004)

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