Entretien de M. Xavier Darcos, ministre délégué à la coopération, au développement et à la francophonie, avec "Le Monde" le 31 octobre 2004, sur la coopération culturelle franco-algérienne et les liens entre l'Union européenne et les pays du Sud de la Méditerranée. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Xavier Darcos, ministre délégué à la coopération, au développement et à la francophonie, avec "Le Monde" le 31 octobre 2004, sur la coopération culturelle franco-algérienne et les liens entre l'Union européenne et les pays du Sud de la Méditerranée.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre délégué à la coopération, au développement et à la francophonie

Circonstances : Voyage de Xavier Darcos en Algérie les 13 et 14 octobre 2004

ti : Q - Quel était le but de votre deuxième voyage en Algérie, les 13 et 14 octobre ?

R - Il s'inscrivait dans la série de déplacements du président de la République et de plusieurs ministres, avec, en ligne d'horizon, le traité d'amitié avec l'Algérie, en 2005. Chacun apporte sa brique. Nous avons mis en place le Haut Conseil franco-algérien pour la coopération universitaire et de recherche, que j'avais porté sur les fonts baptismaux en novembre 2003.

La création de l'Ecole supérieure algérienne des affaires a été entérinée en juillet. Derrière tout cela, il y a le choix très volontariste de l'Algérie d'entrer dans une économie de marché et de promouvoir la francophonie. C'était une ambiance très euphorique. J'ai senti une véritable "demande de France" de la part de l'Algérie.

Q - Pourtant, bien peu d'élèves et d'étudiants maîtrisent la langue française...

R - Quand je suis allé à la faculté de médecine de Dergana, à 40 km d'Alger, une étudiante m'a dit en anglais : "j'aimerais bien poser une question, mais je ne comprends rien de ce que vous dites". Il est vrai qu'elle venait d'un pays du Golfe. Mais l'Algérie a désormais fait un choix radical en rendant, dès septembre, l'enseignement en français obligatoire dès la deuxième année de l'école primaire. C'est un défi formidable qui entraîne un besoin d'enseignants "immédiat et urgent", comme me l'a dit le ministre de l'Education, Boubakeur Benbouzid.

Malgré un ralentissement, la démographie est encore très lourde. On attend un doublement du nombre d'étudiants d'ici à 2008. L'Algérie doit former 400 professeurs et plus de 20.000 maîtres de conférence. Dans le primaire et le secondaire plus de mille établissements nouveaux doivent ouvrir dans les quatre ans qui viennent !

Nous aiderons l'Algérie - qui est en train de modifier sa législation pour accueillir des professeurs étrangers - en faisant aussi, sur place, de la formation des maîtres. Ce n'est pas une demande d'assistance mais bien d'accompagnement.

Q - N'est-ce pas vécu comme une "recolonisation" ?

R - Mais l'Algérie ne renonce à rien de ce qu'elle est ! Il n'y a aucun abandon de sa culture. Et ce sont les Algériens eux-mêmes qui demandent cette aide de la France. Ils sont dans une logique euro-méditerranéenne, qui n'exclut absolument pas le contact avec les autres pays. Il y a un privilège, mais pas d'exclusivité.

Q - L'entrée éventuelle de la Turquie pose la question des frontières de l'Union européenne. Celles-ci s'étendent-elles vers la Méditerranée ?

R - On voit bien que le débat sur l'entrée de la Turquie nous empêche de la poser sérieusement. Le dialogue avec les pays de la Méditerranée est essentiel. Ils ont un potentiel de développement économique, culturel, des infrastructures, qui ne sont pas ceux de l'Afrique subsaharienne. La France s'est développée par la Méditerranée, c'est notre histoire naturelle. Ce sont des pays tenants d'un islam modéré avec lesquels on peut parler sans se heurter à des difficultés majeures.

Q - Cette politique est-elle de nature à favoriser l'intégration en France ?

R - Elle sert bien sûr aussi la politique nationale. C'est évidemment ce que nous souhaitons. Les Algériens qui ont réussi en France sont les meilleurs acteurs de la coopération avec leur pays d'origine. En leur proposant de jouer ce rôle, on les reconnaît comme Algériens de France ou Français d'origine algérienne.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 novembre 2004)

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