Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier Ministre, à RTL le 28 octobre 2004, sur son action gouvernementale notamment la politique économique, la situation politique en Polynésie française, les élections présidentielles aux Etats-Unis et sur la nomination des commissaires européens. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier Ministre, à RTL le 28 octobre 2004, sur son action gouvernementale notamment la politique économique, la situation politique en Polynésie française, les élections présidentielles aux Etats-Unis et sur la nomination des commissaires européens.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, APHATIE Jean-Michel, DUHAMEL Alain.

FRANCE. Premier ministre

ti : Propos recueillis par Jean-Michel Apathie et Alain Duhamel


QUESTION : Avant de vous interroger sur votre action, parlons de C. CHESNOT, G. MALBRUNOT, M. AL JOUNDI qui sont détenus en otages en Irak depuis 70 jours maintenant. Quelles nouvelles pouvez-vous nous donner ce matin à leur sujet ce matin, Jean-Pierre RAFFARIN ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je suis obligé de rester réservé. Je reste confiant. J'ai des informations qui me permettent de l'être mais la situation de l'Irak est terriblement chaotique, la violence fait rage. Donc je reste néanmoins toujours inquiet et tant qu'ils ne seront pas libérés, je serai inquiet.

QUESTION : Parlons maintenant de votre action gouvernementale et la première question vous est posée par Alain DUHAMEL.

QUESTION : Oui monsieur RAFFARIN, le gouvernement a bâti son budget 2005, celui qui est examiné en ce moment, sur une hypothèse de croissance ferme 2,5 %. Est-ce que avec la hausse du prix du pétrole et avec le niveau actuel de l'euro, la croissance ne risque pas d'être plus faible que ferme ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je ne le pense pas. Nous avions prévu pour l'année 2004, 1,7 et nous sommes sur un rythme qui dépasse les 2,5. Je pense que 2,5 c'est aujourd'hui raisonnable. Nous sommes aujourd'hui à mi-parcours de la législative. Nous avons connu une période très difficile, une croissance même négative au début du quinquennat. Malgré ces difficultés, nous avons réussi à mener des grandes réformes : l'Assurance maladie, la décentralisation, les retraites. Nous avons engagé des travaux importants pour moderniser la société française et permettre le retour de la croissance. Aujourd'hui, nous sommes à un niveau de croissance qui est supérieur de 1 point au niveau de la zone euro. Il nous faut maintenant entrer dans la deuxième phase, c'est-à-dire transformer la croissance en emploi, l'emploi est la priorité, je suis mobilisé du matin jusqu'au soir sur ce sujet. Je pense que nous réussirons avec 2,5. En tout état de cause, je tiens à dire aux Françaises et aux Français qui nous écoutent que nous aurons une croissance bien plus forte pour la deuxième partie du quinquennat que la croissance que nous avons eue, trop faible, dans la première partie du quinquennat. Nous avons fait le plus dur.

QUESTION : Ca fait plus d'un an que le gouvernement annonce que le chômage va diminuer, quand est-ce qu'on peut vraiment espérer que ça va se produire ? Il doit y avoir des chiffres demain par exemple ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Le gouvernement - et Jean-Pierre RAFFARIN -, dit la vérité, je vous le dis entre les yeux. Nous sommes face à face. Je vous avais dit : nous aurons le retour de la croissance. J'entendais les belles consciences, les critiqueurs de tout poil, nous dire ça ne viendra pas. Eh bien ! C'est venu au moment où on l'a dit, au niveau où on l'a dit.

QUESTION : Et le chômage ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je vous dis qu'il y a forcément un décalage entre le retour de la croissance et le retour de l'emploi. Nous avons eu une première partie du quinquennat qui était une croissance du chômage. Depuis 2001 le chômage est reparti en France. Nous avions 4 % de croissance en l'an 2000, et depuis 2001, la croissance s'est effondrée et le chômage est reparti. Depuis quelques mois maintenant, plus de six mois, nous avons stabilisé le chômage. Juillet, août : stabilisation. Je pense que nous aurons la démonstration dans les mois qui viennent, qu'en fin 2004 nous engagerons la tendance à la baisse du chômage et nous pourrons en 2005 avoir véritablement l'objectif qui est le nôtre et je fais tout pour cela, c'est-à-dire une baisse durable du chômage. Durable et significative pour 2005 grâce à la création d'entreprises, grâce au plan Borloo, grâce à l'ensemble des décisions que nous prenons, nous atteindrons cet objectif. C'est au coeur de mon engagement avec les Français pour l'année 2005.

QUESTION : Ce matin, diriez-vous que la flambée du prix du pétrole ne remet pas en cause votre prévision de croissance ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Ce matin, je dis que la flambée du pétrole cause un certain nombre de problèmes notamment dans la vie quotidienne des Françaises et Français. Mais si vous regardez bien l'ensemble des indicateurs économiques, notamment un indicateur très important qui est le moral des investisseurs qui sont confrontés pour l'emploi directement à la hausse des prix du pétrole, ce moral reste fort. Cela veut dire que nous continuons à investir. Naturellement, je préférais avoir un niveau de dollar plus élevé et un niveau de pétrole plus bas. Depuis que je suis Premier ministre, j'ai dû affronter un grand nombre de difficultés, je les affronte avec détermination, je crois pouvoir vous dire aujourd'hui que le rythme de la croissance sera tenu.

QUESTION : Accorderez-vous, Jean-Pierre RAFFARIN, aux dirigeants d'EDF et de GDF, la hausse de l'électricité et du gaz qu'ils vous réclament ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) :
Il faut distinguer le gaz et l'électricité.
Distinguons. Deux sujets très différents, puisque le gaz nous l'achetons, l'électricité nous le produisons. Donc le gaz naturellement, son prix est fonction de ses achats puisque par définition, c'est une action commerciale d'importation.

QUESTION : Donc il va augmenter ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je laisse donc, là, les milieux économiques, j'attends la proposition de Bercy sur ce sujet, il y a une équation économique. Ce n'est pas une décision de nature politique, c'est lié aux achats de gaz que nous avons fait. En revanche sur l'électricité...

QUESTION : Attendez ! Sur le gaz, finissons, pas d'augmentation au 1er novembre ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je n'ai pas de proposition économique aujourd'hui qui soit formulée. Donc j'attends que l'équation économique soit calculée. Il s'agit, là, d'une équation qui est liée aux importations, qui ne dépendent pas directement de nous. En revanche, l'électricité nous produisons, et nous produisons notamment grâce au nucléaire, et je suis vraiment très heureux que la France ait fait du nucléaire une stratégie fondamentale de sa politique énergétique, donc de son avenir et je peux vous dire que l'une des décisions les plus importantes que j'ai eu à prendre en 30 mois, c'est ce nouveau réacteur qu'on va installer à Flamanville, l'EPR qui nous permet d'envisager l'avenir avec plus d'indépendance encore et une électricité mois chère qu'ailleurs. Sur le coût de l'électricité, puisque c'est nous qui la produisons, c'est nous qui en fixons le prix. Je tiens à dire comme je l'ai déjà dit dans le passé, je ne souhaite pas l'augmentation des prix pendant les périodes de froid, donc il faudra attendre une autre saison pour pouvoir augmenter les prix.

QUESTION : Alors il y a eu hier un accord important à la SNCF de prévention des grèves, Est-ce que ça signifie que le gouvernement va renoncer à l'idée d'une loi sur un service minimum dans les transports publics terrestres ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Jusqu'à cet accord, je vous aurais dit : la loi reste la perspective probable. Je souhaite vraiment que nous puissions diminuer le nombre de conflits sociaux dans les transports publics car nos concitoyens ne peuvent pas se rendre à leur travail ou à l'école dans de bonnes conditions de régularité quand il y a trop de conflits. Donc, il faut limiter les conflits. Pour cela il faut une alarme sociale, c'est ce que nous avons demandé aux différentes entreprises, de négocier et d'essayer d'obtenir un résultat par le dialogue social. Je suis très attaché au dialogue social. Je suis heureux de voir qu'à la SNCF, le dialogue social se montre fertile et qu'on a pu avoir la perspective d'un accord qui va dans la bonne direction, c'est-à-dire limiter les conflits, c'est-à-dire limiter les grèves, c'est-à-dire limiter les inconvénients pour les usagers.

QUESTION : Alors est-ce que la loi devient inutile ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Si les autres entreprises devaient suivre l'exemple de la SNCF, si ce dialogue social à la SNCF devenait contagieux, alors à ce moment-là, la loi ne serait pas une nécessité.

QUESTION : Il n'y a pas dans le protocole d'accord quelque chose sur le service minimum. C'est juste "on dialogue avant le conflit". On est loin d'avoir réglé le service minimum, nous sommes d'accord ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : La question est de limiter les conflits. Si vous limitez les conflits, vous limitez les grèves.

QUESTION : Pas d'introduire un service minimum ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Si vous voulez, dans la société française, il faut regarder les choses en face. La société française est très complexe. Je vois ici ou là toujours des donneurs de leçons qui voudraient nous faire croire que la réforme tout de suite, c'est possible, c'est facile, des gens d'ailleurs en général qui pendant 20 ou 30 ans n'ont pas fait de réforme, qui donnent des leçons comme ça au travers des pages de journaux avec souvent une arrogance, une suffisance de gens qui ont été immobiles des années et des années, qui viennent donner des leçons. Eh bien la réforme en France c'est toujours difficile parce qu'il y a ceux qui sont pour, il y a ceux qui sont contre, et il faut éviter que la France ne se bloque, il faut éviter les Mai 68, il faut éviter les secousses, il faut gouverner la France avec finesse, avec sensibilité. La France est très sensible ; quand on la brutalise, elle se bloque, c'est pour ça que je suis un partisan farouche du dialogue social et que je veux encourager le dialogue social pour éviter les blocages. La grève est un blocage, quand on peut s'en passer, c'est utile pour tout le monde. C'est un droit, mais c'est aussi un blocage, c'est pour cela que ce qui se passe à la SNCF, c'est du bon pour l'ensemble du fonctionnement de notre République.

QUESTION : Ernest-Antoine SEILLIÈRE a dit à plusieurs reprises la semaine dernière sa déception vis à vis de votre politique économique, Ces critiques des représentants des chefs d'entreprise, comment les recevez-vous, est-ce que cela complique votre action
gouvernementale ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : C'est une déception réciproque. Je regrette beaucoup que le Medef n'ait pas fait aimer les entreprises aux Français parce que les Français ont besoin d'aimer leurs entreprises. Il y a tellement d'entrepreneurs actifs, il y a tellement de petites et moyennes entreprises qui sont indispensables à la vie quotidienne de la France. Donc je souhaite vraiment que le mouvement entrepreneurial pense à faire aimer, à faire partager la cause de l'entreprise.

QUESTION : Et est-ce que jusqu'à présent, il ne s'est pas le faire ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Non je pense que pas suffisamment puisque les Français n'aiment pas suffisamment l'entreprise. Il faut revaloriser l'entreprise. Nous ne pouvons pas développer la France sans l'énergie des entrepreneurs, sans la mobilisation des personnels, sans la qualité des entreprises. Et donc plutôt que de faire de la politique, je souhaite vraiment qu'on fasse du dialogue social. Ce que je n'ai pas aimé, c'est quand j'ai demandé à ce que les partenaires sociaux négocient pour une nouvelle loi en matière de restructurations. Je leur ai donné deux ans, et pendant deux ans, il n'y a eux que blocage, qu'impasse, que de voies sans issue.

QUESTION : La faute au Medef essentiellement ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Ecoutez ! Quand ça ne marche pas tout le monde est responsable. En tout cas, il n'est pas dispensé de responsabilités, lui comme les autres, puisque ça a échoué. Et quand, au bout de deux ans, la négociation ne fonctionne pas, il ne faut pas attendre que l'Etat donne la revanche à l'un des partenaires sur les autres. L'Etat ce n'est pas un intérêt particulier. Je vois et j'entends beaucoup de remarques qui sont toujours celles des intérêts particuliers, la politique ce n'est pas le lobbying, la politique, Matignon, c'est le lieu de l'intérêt général, c'est là où il faut trouver la voie juste, c'est-à-dire en ce qui concerne les restructurations pouvoir anticiper pour permettre aux entreprises de faire face à l'emploi, mais aussi donner accès notamment aux salariés des PME à des droits de reconversion, à des droits à reclassement. C'est un progrès équilibré. Alors je ne souhaite pas que le Medef fasse échouer une négociation puis après fasse un rapport de force avec l'Etat pour dire : ce que je n'ai pas gagné par la négociation, je le veux par la loi. Je dis la même chose tout le temps : je préfère la négociation à la loi. Quand il y a négociation, je prends l'accord, quand il y a échec je fais la loi, mais une loi juste, une loi d'équilibre, pas la loi des uns contre les autres.

QUESTION : Alors à propos de lobbying, justement, les députés - essentiellement les députés UMP il faut dire -, ont voté un, amendement facilitant la publicité en faveur du vin. Alors ça a suscité beaucoup d'émotions. Est-ce que le gouvernement maintenant va bloquer comme il en a les moyens cet amendement ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Le gouvernement n'est pas favorable à cet amendement, il l'a dit et redit. Je comprends la crise de la viticulture française, elle n'est pas seulement liée à ce texte de la loi Evin. Elle est liée aussi au problème des exportations, au problème des prix, au cours du dollar et c'est un sujet très important pour notre économie. En ce qui concerne la santé publique, il n'y a pas d'ambiguïté : l'alcool n'est pas un facteur santé publique.

QUESTION : Donc le gouvernement va bloquer l'amendement ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Donc le gouvernement prendra des décisions législatives nécessaires pour qu'on puisse faire entendre cette voix de la santé publique.

QUESTION : Vous refusez de dire si vous refuserez l'amendement, vote bloqué ou pas au Sénat, C'est la question d'Alain ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Nous verrons le moment venu la procédure. Je vous dis que nous nous y opposerons. Et quand on s'y oppose, on dit clairement les choses, je m'opposerai.

QUESTION : C'est dit.

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je m'opposerai parce que la politique c'est celle de la santé publique.

QUESTION : Les écoles, seront-elles ouvertes ou fermées lors du prochain lundi de Pentecôte Jean-Pierre RAFFARIN ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Le lundi de Pentecôte sera un jour travaillé. Pourquoi d'abord ce lundi de Pentecôte ? Le lundi de Pentecôte, c'est une journée nationale de solidarité. Pourquoi la solidarité ? Parce qu'il faut que la France se souvienne de cet été 2003, cet été de la canicule. N'oublions pas tous ces morts parce que la société n'avait pas été suffisamment prévoyante. N'oublions pas le vieillissement de la population. N'oublions pas cette aide personnalisée à l'autonomie qui avait été créée pour les personnes âgées et qui n'avait pas été financée. Nous avons une part importante de notre société qui vieillit, qui aura besoin de soins, et nous n'avons pas prévu les moyens financiers pour être à la hauteur de cet enjeu social majeur. Je n'ai pas voulu assumer cette irresponsabilité. Donc j'ai demandé aux françaises et aux français de travailler une journée, une journée de solidarité pour financer plus de 2 milliards d'euros par an pour les personnes dépendantes. Cet argent ira directement aux personnes âgées, aux personnes handicapées.

QUESTION : Travail dans les entreprises et dans les écoles alors, qu'est-ce qui va se passer ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Dans les entreprises comme dans les écoles, la même règle : le lundi de Pentecôte, sauf s'il y a un accord. Pour les entreprises, c'est le lundi de Pentecôte, sauf si dans l'entreprise, il y a un accord qui choisit un autre jour. Dans l'Education Nationale, lundi de Pentecôte, sauf si - décret de 1990 - le recteur décide que dans tel département pour des raisons locales traditionnelles fortes, je pense au département du Gard par exemple, on peut, par décret du recteur, choisir une autre journée dans l'année. La règle générale c'est le lundi de Pentecôte, sauf si un décret pour tenir compte de quelques réalités locales qui font qu'on doit aménager, comme ça a toujours été le cas dans l'Education Nationale. Je reste sur ce qui a été voté. Vous savez, j'entends ici ou là que le gouvernement hésiterait, que le gouvernement aurait des humeurs, qu'il avance ici et qu'il n'avance pas là. Eh bien le gouvernement, il applique les lois qu'il fait voter et la loi elle dit : lundi de Pentecôte, sauf si.

(Source : http://www.u-m-p.org, le 29 octobre 2004)
(Suite de l'interview)

QUESTION : Alors en ce qui concerne justement les excès de vitesse - pas gouvernementaux -, les excès de vitesse des conducteurs. Vous aviez dit "gros dépassements, grosses amendes, petits dépassements, petites amendes". Et puis on a l'impression, maintenant, que c'est "petits dépassements, moyennes amendes".

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Nous avons une décision qui a été prise tout récemment pour faire en sorte que les petits dépassements aient droit à des petites amendes, et donc la promesse est tenue...

QUESTION : C'est-à-dire ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : C'est-à-dire que nous veillerons à ce qu'il y ait plusieurs tarifs en fonction du dépassement. Et donc suivant la marge de dépassement, l'impact de l'amende sera plus ou moins élevé. Ce qui compte, c'est surtout que les Françaises et les Français roulent moins vite, non pas par peur de l'amende, mais par sens des responsabilités. Il y a encore beaucoup trop de morts sur nos routes, c'est je crois un des résultats parmi les meilleurs de l'action gouvernementale que d'avoir réussi à baisser le nombre de morts sur nos routes. Nous n'avons pu le faire que parce que les Françaises et les Français ont accepté de changer de comportement. C'est ce que nous leur demandons de continuer à faire.

QUESTION : Et comment comptez-vous faire pour que vos ministres donnent le bon exemple ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Eh bien chacun doit respecter le code de la route et chacun reçoit les instructions pour ce faire. Je pense que les ministres, comme tous les autres, doivent respecter les règles du code de la route, c'est quelque chose d'essentiel.

QUESTION : Donc Dominique PERBEN va payer une grosse amende !

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je suis là pour vous dire, monsieur Duhamel, qu'il n'y a pas d'exception, que je ne fais pas sauter de PV, que je n'ai jamais fait sauter de PV, que je suis très attentif à cela et que je veux que tout le monde respecte, y compris les ministres, et surtout les ministres. Et je leur dis dans bien des cas, et je leur dis même devant vous que je veux qu'ils mettent leur ceinture à l'arrière de leur voiture, parce que trop souvent j'en vois qui n'ont pas leur ceinture, et que je pointe.

QUESTION : Message transmis. Selon vous Jean-Pierre RAFFARIN, l'Assemblée de Polynésie peut-elle continuer à fonctionner ou bien faut-il la dissoudre ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Ecoutez, l'Etat de droit m'a l'air à ce jour respecté. La motion de censure était prévue, elle a été votée. Une autre élection a eu lieu, il y a quelques recours, voyons ce que vont donner les recours au Conseil d'Etat. Jusqu'à maintenant le Conseil d'Etat a considéré la situation juridique comme stabilisée.

QUESTION : Il n'y a pas que le légalisme. Vous voyez le climat en Polynésie, on parle de grève générale, il y a des jeûnes. Le climat est mauvais en Polynésie, pouvez-vous rester passif et simplement en appeler à la légalité ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je ne souhaite pas que des forces politiques dans le pays puissent appeler à ce climat. Je souhaite que tout le monde appelle plutôt à l'apaisement. Nous sommes et nous avons la chance de vivre dans une démocratie. Il y a des élections, ces élections se sont déroulées, semble t- il, normalement. Les élections ont débouché sur une Assemblée qui a son règlement, que le règlement soit appliqué, que chacun assume ses responsabilités et nous sommes dans un Etat de droit. Ce que je souhaite, c'est le respect du droit. Et je demande à tous de faire appel au respect du droit.

QUESTION : Alors le futur président de la Commission a dû renoncer hier à présenter l'ensemble de ses commissaires devant les députés du Parlement européen en raison de l'affaire Buttiglione. Je voudrais savoir, d'abord sur les propos à la fois homophobes et misogynes du commissaire désigné italien, Buttiglione, comment vous Jean-Pierre RAFFARIN, qui êtes catholique et homme politique, vous avez réagi.

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je n'accepte pas l'homophobie, je n'accepte pas l'insulte, je n'accepte pas l'arrogance. Je trouve que nos sociétés sont d'une brutalité, d'une violence extrême. Le respect de l'autre. Et donc je souhaite vraiment que l'homme politique donne l'exemple et qu'il ne pratique pas ni l'insulte ni l'injure. C'est pour ça que je crois que dans ses propos, il y a eu des excès.

QUESTION : Alors comment est-ce qu'on sort de cette situation maintenant ? Puisque J.-M. Barroso va se tourner vers les gouvernements, donc vers vous.

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Eh bien, il va proposer des aménagements de la Commission, et il va retourner devant le Parlement européen. D'abord je voudrais dire que nous vivons la démocratie... Je voyais dans la presse ici ou là : " recul de monsieur Barroso ". Mais la démocratie, c'est de tenir compte d'un Parlement. On est en train de découvrir qu'il y a un Parlement européen, et que ce Parlement il a des convictions. Alors, il est bien, il est mal, il est la démocratie européenne, et il faut l'écouter, et donc on ne passe pas en force directement, systématiquement, tout le temps. Il faut faire en sorte que le Parlement puisse s'exprimer. Monsieur Barroso il a besoin d'un accord du Parlement, il faut donc qu'il discute avec le Parlement. Il va discuter avec les Etats, il doit discuter avec le Parlement, c'est ça les démocraties modernes. Moi je suis obligé aussi en permanence d'écouter mes parlementaires, d'écouter ma majorité. Et je suis obligé de tenir compte de leur avis, c'est ça le débat moderne. Il faut écouter d'abord, décider ensuite. Il faut décider avec fermeté, mais auparavant il faut écouter et je souhaite que, là, le président de la Commission écoute, et les Etats, première source de sa légitimité, et le Parlement, deuxième légitimité dont il a besoin.

QUESTION : Ce qui veut dire concrètement que ce n'est pas monsieur Buttiglione qui peut demeurer le commissaire désigné justement pour les affaires de justice et de respect des droits des minorités.

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Il vous est bien apparu cher Alain DUHAMEL que j'avais assez de soucis comme ça pour ne pas aller prendre les soucis des autres. Donc que M. BARROSO règle ses soucis, moi j'ai les miens, j'ai ma dose.

QUESTION : Alors en ce qui concerne justement, vos soucis je ne sais pas, mais vos responsabilités sûrement...

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Ça va de paire souvent.

QUESTION : Le référendum européen, il aura lieu quand ? Avant ou après les grandes vacances prochaines ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je ne peux pas vous le dire pour le moment parce que la procédure est longue. Il faut, par exemple pour faire un appel d'offre européen, pour envoyer la brochure, le texte à tous les français, il faut plus de six mois. Donc nous avons des délais techniques. Il y a des délais politiques. Il va y avoir la révision constitutionnelle au Parlement, puis un congrès, donc il y a des délais..

QUESTION : Mais votre préférence.

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je pense qu'il est très difficile de le faire dans les six mois. Je souhaite que le débat ait lieu le plus rapidement possible, mais sans que les étapes soient bousculées. C'est une échéance très, très importante. Je vais à Rome vendredi avec le président de la République, nous allons signer ce traité avant sa ratification. Je crois que c'est un moment historique. C'est un grand traité, c'est un trait qui nous donne une nouvelle perspective pour l'Europe. Très longtemps, on s'est battu pour savoir s'il fallait que l'Europe soit fédérale, c'est-à-dire intégrée, au contraire que ce soit l'Europe des peuples et une Europe seulement marchande. Là il y a un équilibre juste qui est fait, double majorité. Pour prendre une décision, il faudra la majorité des peuples, les peuples sont respectés, la majorité des Etats, les nations sont respectées. C'est à la fois l'Europe des peuples et l'Europe des nations. C'est ce que nous voulions, c'est dans le texte, c'est une perspective d'avenir très importante, je souhaite que ce référendum permette aux Français d'exprimer leur conviction d'avenir.

QUESTION : Dans moins d'une semaine maintenant les américains auront choisi leur président. Vous êtes plutôt BUSH ou plutôt KERRY, Jean-Pierre RAFFARIN ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : J'ai mes préférences au fond du coeur...

QUESTION : Vous allez nous les dire.

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Elles sont toujours les mêmes, en tant que responsable d'un gouvernement je travaillerai avec le gouvernement américain quel que soit celui que le peuple américain aura choisi.

QUESTION : Si George BUSH était réélu, est-ce que ce serait une difficulté pour la France, pour l'Europe ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Ecoutez, nous avons connu des difficultés dans le passé. En tout état de cause, j'espère que la nouvelle présidence, quel que soit celui qui l'assume, nous permette de sortir d'un certain nombre de crises pour lesquelles nous avons de graves inquiétudes, c'est le cas au Proche- Orient, c'est le cas en Irak.

QUESTION : Alors en France, dans un mois Nicolas SARKOZY va quitter le gouvernement et vous devrait le remplacer. D'abord, est-ce que vous éprouvez plutôt du regret ou du soulagement à le voir partir ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Du regret. J'ai bien travaillé avec Nicolas SARKOZY, on se comprend bien, on n'a pas le même tempérament, c'est un secret pour personne, mais on se respecte et on se connaît. Et donc j'ai bien travaillé avec lui, aussi bien à l'Intérieur qu'à l'Economie et aux Finances. J'apprécie son énergie, j'apprécie son volontarisme, et donc entre son volontarisme et mon réformisme, ça fait une bonne entente.

QUESTION : Et son successeur, celui qui doit le remplacer aux Finances et à l'Economie, appartient déjà au gouvernement ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je ne vous le dirai pas.

QUESTION : C'est dommage !

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Je comprends, mais le moment n'est pas venu. J'ai une idée précise de qui sera le successeur et..

QUESTION : Et l'accord de J. Chirac là dessus.

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Et le moment venu je vous le dirai, mais le moment n'est pas encore venu. Ce ne serait pas élégant vis-à-vis de Nicolas SARKOZY de parler de son successeur alors qu'il n'est pas encore parti.

QUESTION : Le dernier baromètre Ifop/JDD signalait que seulement 29% des Français ont une opinion - des sondés du moins...

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Vous avez décidé d'être aimable ce matin.

QUESTION :... Ont une opinion positive de votre action, c'est votre plus mauvais résultat depuis que vous êtes à Matignon. Vous avez commencé à répondre à la question que je voulais vous poser, ça fait mal quand on voit ce résultat ?

Jean-Pierre RAFFARIN (Réponse) : Ecoutez, il est évident qu'on écoute les Français, quand les Français sont en difficulté et qu'ils expriment leur mécontentement, il faut les écouter. Je comprends bien le mécontentement des Français. Je vois la montée du prix de l'essence, je vois la situation internationale et ses conséquences sur la vie quotidienne, je vois l'évolution d'un certain nombre de prix et je vois donc évidemment la vie quotidienne des Français, j'en mesure les difficultés. Nous avons connu une période particulièrement difficile, notamment par cette montée du chômage dans la période récente, après donc cette rupture de croissance dont je parlais tout à l'heure. Donc les difficultés sont réelles. Nous avons les moyens de lutter contre ces difficultés. Nous viendrons à bout de la courbe du chômage qui s'infléchira durablement en 2005. J'avais dit : "la croissance reviendra" ; elle est là, je dis : "la baisse du chômage sera là en 2005" ; elle sera là. Et c'est je crois ce qui nous permettra de retrouver ce lien avec les Français parce que les Français nous demandent l'emploi. C'est la priorité des priorités. Je m'engage avec le contrat 2005, avec la réforme de l'école, avec le pouvoir d'achat et avec l'emploi, je m'engage sur ces trois objectifs, j'ai des objectifs clairs, j'ai une méthode claire, je suis déterminé à répondre à l'attente des Français. C'est là mon combat et mon seul combat. Ce n'est pas un combat personnel, c'est un combat pour les Français.

(Source : http://www.u-m-p.org, le 29 octobre 2004)

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