Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "Le Progrès de Lyon" du 14 novembre 2004, sur la situation en Côte d'Ivoire, les prévisions de croissance de l'économie pour 2005, les infrastructures routières et ferroviaires en région Rhône-Alpes et sur le Parti radical au sein de l'UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "Le Progrès de Lyon" du 14 novembre 2004, sur la situation en Côte d'Ivoire, les prévisions de croissance de l'économie pour 2005, les infrastructures routières et ferroviaires en région Rhône-Alpes et sur le Parti radical au sein de l'UMP.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

ti : Q - Que peut faire la France pour s'extraire du piège de la Côte d'Ivoire ?

R - Ce n'est pas un piège. La France intervient à la demande de l'ONU et de la Communauté internationale pour apporter son soutien aux forces de l'ONU qui essaient d'empêcher la guerre civile. Nos soldats sont dans une mission de paix. Je ne cesse de penser à ceux qui ont été tués ou blessés dans l'exercice de cette mission, je me sens proche de leurs familles.

Je suis très attentif à la situation de nos ressortissants. J'espère aujourd'hui qu'une issue politique par le ferme engagement des autorités ivoiriennes dans la ligne des accords de Marcoussis permettra d'éviter la guerre civile.

Q - Des Françaises ont été violées. Comment comptez-vous réagir ?

R - " Nos compatriotes ont été victimes d'une propagande très violente qui a conduit à des exactions inacceptables. Notre pays est profondément choqué. Nous sommes décidés à agir sur tous les leviers qui sont à notre disposition, y compris judiciaires, pour punir leurs auteurs.

Q - Une évacuation de tous les ressortissants français n'est-elle pas devenue impérative ?

R - Le Gouvernement a mis en place un dispositif très renforcé pour accueillir tous les rapatriés volontaires qui le souhaiteraient. Je remercie les fonctionnaires et les bénévoles qui participent à ce dispositif. Nous suivons heure par heure la situation. Pour le moment, l'apaisement relatif nous laisse penser que le flux de retours pourrait se réduire. En tout cas, nous sommes prêts à faire face à toutes les hypothèses.

Q - La croissance, qui a fléchi au 3ème trimestre, ne remet-elle pas en cause votre estimation d'une croissance à 2,5 % pour 2004 et votre engagement de baisser de 10 % le nombre de chômeurs ?

R - Non, je maintiens fermement notre prévision de croissance (2,5 %) et de baisse du chômage. Je ne suis pas surpris des résultats du 3ème trimestre car plusieurs indicateurs ont déjà montré que juillet et août avaient été des mois de fléchissement. Mais je dispose aujourd'hui d'indicateurs très positifs : par exemple, la production industrielle a augmenté de 3,2 % en septembre, c'est la plus forte hausse depuis avril 1997. La croissance en 2004 sera nettement supérieure à notre prévision budgétaire de 1,7 % ; fin septembre, elle avait déjà atteint 2 %. La croissance en 2005 sera sensiblement plus forte que le rythme moyen que nous connaissions depuis 2002. Je le maintiens, le plus dur est derrière nous. C'est pourquoi je me suis engagé à ce que le nombre de chômeurs diminue de 10 % l'an prochain. Nous multiplions les initiatives dans ce but. C'est en particulier l'objet du plan Borloo.

Q - Vous restez un Premier ministre très optimiste ?

R - " Je reste seulement lucide. La France est en meilleure forme qu'il y a deux ans : le chômage était alors à la hausse. Depuis près d'un an, nous sommes dans une phase de stabilisation. Nous entrons maintenant dans une phase de baisse. Le dialogue social est beaucoup plus vivant. L'accord national sur la formation continue, l'accord conclu à la SNCF sur la prévention des conflits sociaux en sont la preuve. Nous venons encore de réussir des réformes importantes notamment pour l'assurance maladie. Globalement, il y a des difficultés internationales, mais sur le plan national, la perspective économique et sociale est meilleure qu'il y a deux ans.

Q - L'Etat est-il prêt à faire un geste pour améliorer les infrastructures routières et ferroviaires dans la région ?

R - La loi de finance rectificative qui sera votée en décembre comportera l'attribution de 300 millions d'euros supplémentaire pour assurer le respect des engagements de l'Etat envers les régions et honorer notamment les contrats de plan. En outre, de nouveaux moyens vont être mobilisés dès 2005 pour le financement des infrastructures de transport. En Rhône-Alpes, des travaux seront lancés l'an prochain pour la modernisation de la ligne ferroviaire du Haut-Bugey, qui est importante pour la liaison Paris-Genève, et pour la réalisation de l'A41 Annecy-Genève. Nous mettrons également les moyens nécessaires, soit 20 millions d'euros, pour la préparation du projet Lyon-Turin pour tenir les engagements pris avec l'Italie.

Q - Et L'autoroute A 45 entre Lyon et Saint-Etienne ?

R - Je me suis engagé sur ce projet auprès de Pascal Clément. Pour moi, cela fait partie des priorités nationales, le calendrier doit être respecté. Après la décision de mise en concession, prise en décembre dernier, l'avant-projet sommaire sera établi au premier semestre 2005. L'enquête publique sera lancée au second semestre 2005.

Q - Les transports Lyonnais vont-ils donc récupérer les 50 millions de crédits prévus, puis annulés ?

R - J'ai dit que nous nous donnons les moyens de tenir la parole de l'Etat. Ce qui a été signé dans le contrat de plan sera respecté. Le retour de la croissance, rendu possible par l'action conduite depuis 2002, permettra d'augmenter les crédits d'investissement pour les opérations prévues dans les contrats de plan.

Q - C'est votre cagnotte ?

R - " Ce n'est pas une cagnotte. C'est le résultat de notre politique : favoriser le retour de la croissance sans appliquer une politique de rigueur qui l'étoufferait. Cette politique était la bonne. La France aujourd'hui est l'un des pays qui se tienne le mieux dans la zone euro.

Q - Que peuvent attendre la Loire et Saint-Etienne, où vous allez visiter le biennale du Design, pour sortir du marasme économique ?

R - " L'Etat est aux côtés de tous les acteurs économiques et sociaux de la Loire. Le projet de développement de la ville de Saint-Etienne est sérieux ; sur le plan culturel, la ville a demandé le soutien actif de l'Etat. Je confirme que nous allons aider pour 6,3 millions d'euros la construction de la Cité du design sur l'ancien site du GIAT. L'Etat va accompagner Saint-Etienne et la Loire dans leurs initiatives pour que Saint-Etienne soit dans le peloton des grandes villes européennes de France sur le plan culturel, mais aussi pour les infrastructures de communication ou la formation. Je réponds ainsi à l'enthousiasme de Michel Thiollières pour sa ville.

Q - Vous allez intervenir au congrès du Parti radical, parti associé à l'UMP. Son maintien signifie-t-il l'échec d'une UMP rassemblant la droite ?

R - Non : l'UMP est une union, l'esprit radical lui est nécessaire. L'UMP ne doit pas être représentative d'une sociologie mais d'un idéal, et dans l'histoire du parti radical, il y a une place importante pour l'idéal. L'esprit radical, c'est l'idéal plutôt que l'idéologie. Les partis de gauche ont voulu enfermer le débat politique dans l'idéologie, et l'idéologie, fait souvent du mal. Le parti radical, porteur d'un humanisme pensé par le philosophe Alain ou pour Emmanuel Mounier, c'est l'ouverture sur la société plutôt que le repli partisan. Je me sens proche de cette philosophie du respect de l'autre. Le radicalisme, c'est l'opposé du sectarisme. Dans une union comme l'UMP, il faut que l'esprit radical s'exprime et puisse vibrer.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 15 novembre 2004)

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