Interview de M. Jean-François Copé, ministre délégué à l'intérieur, porte-parole du Gouvernement, à RMC le 29 novembre 2004, sur notamment les idées politiques et l'action de Nicolas Sarkozy ainsi que son élection à la présidence de l'UMP, le remaniement ministériel, la situation en Côte d'Ivoire notamment les accusations iroiriennes de tirs de soldats français dans la foule des manifestants, les chiffres de la délinquance, la Constitution européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, ministre délégué à l'intérieur, porte-parole du Gouvernement, à RMC le 29 novembre 2004, sur notamment les idées politiques et l'action de Nicolas Sarkozy ainsi que son élection à la présidence de l'UMP, le remaniement ministériel, la situation en Côte d'Ivoire notamment les accusations iroiriennes de tirs de soldats français dans la foule des manifestants, les chiffres de la délinquance, la Constitution européenne.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre délégué à l'intérieur, porte-parole du gouvernement

ti : QUESTION : Merci d'être là. Votre question ? La question que vous avez envie de poser aux auditeurs de RMC ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : C'est une semaine où on va commencer à parler beaucoup d'Europe, parce qu'il y a, comme vous le savez, le référendum interne du PS, qui nous intéresse quand même, et puis derrière cela, la volonté pour les partisans du "oui", dont je suis, de bouger. Moi, j'ai une question très ouverte à poser à vos auditeurs : est-ce que vous êtes pour le "oui", ou est-ce que vous êtes pour le "non" et j'aimerais en discuter avec vous.

QUESTION : [...] Franchement, connaissez-vous le nom du futur ministre de l'Economie et des finances ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Non. Je vous réponds clairement.

QUESTION : Vous ne le connaissez pas, vous porte-parole du Gouvernement ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Non. D'abord, parce que c'est une décision qui appartient au président de la République sur proposition du Premier ministre, comme le prévoit la Constitution. Donc, à l'heure où nous parlons, je n'ai pas cette information. D'ailleurs, formellement, j'appelle votre attention sur le fait que N. Sarkozy n'a pas encore présenté sa démission au président de la République et au Premier ministre. Ce ne serait pas très convenable d'en parler avant quand même.

QUESTION : Est-ce que c'est un ministre actuellement en place qui tiendrait la corde ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Ne vous battez pas J.-J. Bourdin, je connais votre pugnacité mais elle sous-estime la mienne. Je vous le dis très amicalement et très directement, je n'ai pas l'information.

QUESTION : Alors on ne va pas insister. Autre question, vraiment sérieuse : oui ou non, est-ce que l'armée française a tiré sur des manifestants en Cote d'Ivoire à balles réelles ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Là-dessus, M. Alliot-Marie a eu l'occasion de s'exprimer sur ce point, d'indiquer qu'il y avait eu des tirs de sommation dans un contexte qui était un contexte très tendu. Je n'ai évidemment rien d'autre à ajouter sur ce point.

QUESTION : Ce qui veut dire que l'armée française a tiré ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Il y a eu, encore une fois, je le répète, par rapport à cela, une situation qui était une situation difficile et l'armée française avait vocation - a toujours eu vocation - à assurer la protection des ressortissants français et étrangers. Dans cette situation, l'armée française était présente. Je n'ai rien d'autre à ajouter sur ce point.

QUESTION : Parce que des enquêtes sont en cours...

Jean-François COPÉ (Réponse) : Voilà, c'est exact.

QUESTION : De nombreux journalistes sont en train de travailler dessus, et que la vérité pourrait éclater... Imaginons que les enquêtes confirment que des soldats français ont tiré, sur la foule, est-ce que cela remettrait en cause beaucoup de choses ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Je crois que les choses ne peuvent pas être évoquées en ces termes. Vous savez que l'armée française est présente en Côte d'Ivoire sur la base d'un mandat, qui est le mandat de l'ONU et, encore une fois, avec le soutien unanime du Conseil de sécurité. L'ONU et puis, également, les pays de l'Union africaine. Donc, encore une fois, je crois que chacun doit bien comprendre que cette mission est une mission de paix, une mission qui vise à protéger les ressortissants, je l'ai dit, mais aussi à favoriser sous toutes les formes possibles la mise en ¿uvre d'un processus politique. Je crois que c'est ce qui est important.

QUESTION : Nous verrons. Vous ne faites pas de la langue de bois là ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Ce n'est pas de la langue de bois. Ce serait vraiment, je trouve, assez indigne de parler ainsi, compte tenu, pardon de le dire ici, que l'armée française est dans une mission de paix. Le mandat de l'ONU, c'est ce qu'il y a de plus puissant dans les autorités internationales pour essayer de faire en sorte que notre monde fonctionne de manière plus apaisée. Je crois que c'est tout l'honneur de la France que d'y participer.

QUESTION : Est-ce que l'élection de N. Sarkozy à la présidence de l'UMP rajeunit la vie politique française ? C'est lui qui le dit...

Jean-François COPÉ (Réponse) : Ce qui est vrai, c'est que l'on a vécu hier une journée formidable, parce que c'était un parti dont on disait qu'il était en difficulté, qui a accueilli 40 000 militants. C'est un parti qu'on disait inaudible et dont tout le monde parle aujourd'hui et dans un sens très positif, celui de l'unité, du rassemblement, et le tout dans une atmosphère que vous avez vue sur les images, si vous n'y étiez vous-même, c'est-à-dire une atmosphère qui était celle de l'envie de faire bouger les choses.

QUESTION : "On va rajeunir la vie politique, elle en a besoin. On peut apporter du sang neuf, des idées nouvelles, un peu de joie", [a dit] N. Sarkozy.

Jean-François COPÉ (Réponse) : Vous comprendrez que pour ce qui relève du rajeunissement, je ne saurais dire le contraire me concernant. Je serais mal placé pour le faire.

QUESTION : Même le jour où J. Chirac a 72 ans ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Oui, mais ça, écoutez, très franchement, j'ai bien compris, je vous ai vu arriver avec vos gros sabots, je commence à vous connaître ! Simplement, vous voyez aussi que dans cette affaire-là, ce qui est important, c'est que la nouvelle génération qui est née de son engagement pour J. Chirac - j'en suis, donc j'en parle en connaissance de cause, puisqu'on m'avait même surnommé l'un des "bébés Chirac", avec mon ami F. Baroin, donc, vous voyez. Evidemment, l'idée c'est nous soyons en situation, les uns et les autres, de renforcer notre engagement, et c'est ce qui est important.

QUESTION : N. Sarkozy, un homme de droite : il a vraiment revendiqué, hier, une politique de droite. Et puisque l'on est dans le concret - et c'est ce qui compte finalement au-delà du show Sarkozy, peu importe, ce n'est pas ce qui nous intéresse -, ce qui nous intéresse, c'est ce qu'il va faire de ce parti et la politique qu'il propose. Vous l'avez écouté cette politique ? Etes-vous d'accord avec lui sur tous les points ? La réforme profonde des 35 heures, par exemple...

Jean-François COPÉ (Réponse) : Ce que j'ai trouvé très intéressant dans la démarche qui est la sienne, c'est qu'il ouvre tous les débats et je dois dire, d'une manière générale, c'est la marque de fabrique de notre équipe. Car le moins que l'on puisse dire, c'est que depuis deux et demi, il n'y a plus aucun tabou. On aborde tous les sujets...

QUESTION : Réforme profonde des 35 heures : oui, non ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Attendez : réforme des 35 heures, on a bougé beaucoup !

QUESTION : "Réforme profonde des 35 heures", il dit. Profonde !

Jean-François COPÉ (Réponse) : Oui, c'est ce qu'il dit, mais on peut en débattre. Cela fait partie des pistes qu'il a ouvertes sur lesquelles on va continuer de travailler. Mais pour ce qui concerne ce point, il y a déjà eu des réformes très importantes qui ont été accomplies, y compris sous sa houlette, puisque, vous le savez, les allégements de charges sociales sur les 35 heures ont contribué à les financer. Tout ce qui concerne les assouplissements des 35 heures, qui permettent à ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus de pouvoir le faire, tout cela, c'est notre Gouvernement qui l'a mis en oeuvre.

QUESTION : Faut-il aller plus loin ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : A ce stade, cela ne fait pas partie des choses qui ont été inscrites dans l'immédiat.

QUESTION : C'est lui qui le dit, ce n'est pas moi...

Jean-François COPÉ (Réponse) : Très bien sur le débat. Encore une fois, comprenez-moi : je vois bien la démarche qui est la vôtre et elle est tout à fait légitime...

QUESTION : Mais non, moi je veux savoir comment vous vous positionnez par rapport à ce programme. On va l'entendre N. Sarkozy, vous allez l'entendre.

Jean-François COPÉ (Réponse) : Bien sûr, cela me paraît même excellent.

QUESTION : Et l'écouter...

Jean-François COPÉ (Réponse) : Cela fait partie des choses qui sont absolument indispensables, qu'il y ait ici et là, partout, en toutes circonstances, un débat public qui permette aux uns et aux autres de s'exprimer sur tous ces sujets. Donc, c'est très bien, c'est passionnant. Et sur tous ces points, on va bouger. Vous me dites "les 35 heures" ; les 35 heures, cela fait partie des sujets récurrents dans notre famille politique, c'est tout à fait légitime que l'on ne parle. Comprenez que dans l'action gouvernementale, ce qui compte, c'est de faire quelque chose qui corresponde aux besoins et aux attentes de notre pays.

QUESTION : Oui mais ça, on est d'accord.

Jean-François COPÉ (Réponse) : Aujourd'hui, on a fait l'assouplissement qui permet la baisse de la Sur- taxation et on a relevé le plafond des heures supplémentaires.

QUESTION : Pour vous, cela suffit, plus besoin de réforme profonde ? C'est une réponse que vous apportez à N. Sarkozy ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : La réponse c'est que l'on évalue tous les jours les résultats d'une politique. Au jour d'aujourd'hui, les assouplissements que l'on a mis en oeuvre permettent de répondre à cette question essentielle : les gens qui veulent travailler plus pour gagner plus peuvent le faire.

QUESTION : Il défend aussi la discrimination positive ; vous êtes pour ou contre ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : C'est encore un autre débat. Là-dessus, lui-même a évolué ; maintenant, il parle de "volontarisme républicain". L'idée, c'est quoi ? L'idée, c'est de dire qu'il doit y avoir l'égalité des chances partout sur le territoire. Et cela, me paraît absolument essentiel. Cela veut dire en clair, - et j'en parle en connaissance de cause étant élu à Meaux, une ville où beaucoup de mes concitoyens ont des difficultés majeures, qui, pour beaucoup d'entre eux sont issus de l'immigration, mais ils n'y a pas qu'eux qui sont dans des difficultés - ; l'objectif, c'est que par exemple, dans un quartier donné, on ne soit pas pénalisé parce que les situations sociales sont plus précaires. Donc, oui, des moyens supplémentaires dans les écoles, oui, des chances nouvelles données pour que l'on rétablisse l'égalité des chances.

QUESTION : La réforme de la loi de 1905 doit être engagée, sur la laïcité, dit-il.

Jean-François COPÉ (Réponse) : Je suis plus réservé parce que je pense qu'il y a de quoi trouver, telle de la loi de 1905 s'applique aujourd'hui, des tas de formules pour prendre en compte la question essentielle, comme vous savez, qui est celle du financement des lieux de culte musulman. Effectivement, la communauté française musulmane est plus récente. Mais sur ce point, je voudrais vous dire une chose, c'est qu'il y a beaucoup de problèmes qui se posent. Parmi ces problèmes, il y a celui, par exemple, de la formation des imams, il y a, en fait, la mise en place en France d'un islam de France. Et cela, c'est pour nous le sujet majeur. La loi de 1905, telle qu'elle existe aujourd'hui, permet tout à fait de travailler ces questions.

QUESTION : Il est contre l'entrée de la Turquie dans l'Europe, alors que J. Chirac est pour...

Jean-François COPÉ (Réponse) : C'est plus nuancé que ça.

QUESTION : Il est plutôt pour...

Jean-François COPÉ (Réponse) : Vous faites un métier très difficile mais comprenez que la vie n'est pas uniquement toute blanche ou toute noire au seul motif que...

QUESTION : Je suis d'accord.

Jean-François COPÉ (Réponse) : Donc, allons jusqu'au bout de la démarche. L'idée est assez simple : il y a un processus qui est initié, dont chacun a bien compris qu'il nécessitait un peu de temps, dix ou quinze ans, avant que tout cela soit décidé. Le point ultime, c'est l'appel au référendum, puisque c'est par référendum que les Français diront ce qu'ils souhaitent pour ce qui concerne la Turquie. Plusieurs formules sont possibles, et tout au long du processus de négociation, c'est là que le les choses se décideront.

QUESTION : Il ne s'agit pas pour moi d'opposer N. Sarkozy à J. Chirac sans élément. Je remarque simplement que dans le discours de N. Sarkozy sur les 35 heures, il n'est pas d'accord avec le Gouvernement, sur la discrimination positive non plus, sur la réforme de la loi de 1905 non plus, et sur l'entrée de la Turquie dans l'Europe moins plus. Cela fait beaucoup !

Jean-François COPÉ (Réponse) : Ils sont d'accord sur beaucoup de choses. Le fait d'exprimer sur ces différents points des différences ne signifie pas pour autant une opposition, ce n'est pas le but.

QUESTION : N. Sarkozy veut être un homme libre !

Jean-François COPÉ (Réponse) : Oui, mais je ne vois pas ce que cela a de choquant.

QUESTION : Mais ce ne me choque pas.

Jean-François COPÉ (Réponse) : Nous sommes les uns et les autres tenus aussi par l'engagement politique qui est le nôtre, et l'engagement politique, c'est le débat.

QUESTION : Il devra être tenu par son engagement politique ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Personne n'imagine - il l'a dit lui-même - que le parti principal de la majorité ne soutienne pas le Gouvernement, et de la même manière qu'il est tout à fait normal que le Gouvernement écoute le parti et réciproquement. Tout cela se fait en bonne intelligence. Hier, vous avez quand même vu des hommes et des femmes qui avaient envie de gagner ensemble. De ce point de vue, il n'y a pas eu, à aucun moment, dans aucun des discours, ni d'ailleurs dans celui de N. Sarkozy ni dans celui de J.-P. Raffarin, le sentiment d'autre chose que de la volonté de gagner ensemble. Parce que le but, c'est quand même de tirer les leçons de notre propre histoire, et donc, de nos propres divisions, et puis, accessoirement, des divisions actuelles à gauche qui montrent bien aussi que tout cela est un jeu mortel pour ceux qui veulent défendre les valeurs qui sont les nôtres, auxquelles nous sommes très attachés.


[ Deuxième partie - 8h45 ]


QUESTION (d'un auditeur, professeur de science politique) : Quel numéro d'équilibriste allez-vous faire pour soutenir l'action du Gouvernement et de J. Chirac, qui est objectivement un homme un peu du passé, et mourir d'envie d'aller dans les bras de N. Sarkozy et de le soutenir pour l'élection présidentielle de 2007 ? Parce que l'on sait quand même que si l'UMP a un avenir, c'est avec N. Sarkozy... Comment allez-vous faire pour traverser ces deux ans très difficiles ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Je ne sais pas si moi je "meurs d'envie", mais vous, vous me donnez le sentiment de mourir d'envie ! Je crois qu'en réalité, tout ça est peut-être plus simple qu'il n'y paraît. En réalité, ce que l'on a vu hier - et je ne sais pas si vous y étiez en tant qu'observateur -, c'est une ambiance assez extraordinaire de gens qui, toutes générations confondues, avaient envie de se retrouver ensemble. Il y avait une espère d'ambiance de fraternité, on verra si elle durera. Mais ce qui est vrai, c'est que chacun a bien compris qu'il ne peut pas réussir sans l'autre. J.-P. Raffarin a eu une phrase dans son discours, qui résumait assez bien les choses : "Chacun est désormais à sa juste place". En clair, et selon une vision qui est indispensable pour faire marcher la Vème République, il y a l'importance de l'exécutif - le président de la République, le Premier ministre du Gouvernement -, le parti, le Parlement et l'opposition. Eh bien, tout cela fait une sorte de carré, qui fait que les choses doivent bien fonctionner ensemble, sinon cela veut dire que l'on perd, divisés. Je crois que ce message-là était audible pour tout le monde.

QUESTION (J.-J. Bourdin) : On se demande quand même comment fera N. Sarkozy, qui veut être un homme libre et rassembleur, alors que son programme de futur chef d'Etat bouscule complètement celui de l'Elysée et de Matignon réunis ? Enfin, on verra au fil du temps...

Jean-François COPÉ (Réponse) : "Bouscule complètement", il ne faut pas non plus exagérer ! Tous les sujets qu'il a abordés hier sont des sujets que nous traitons tous les jours. C'est vrai pour la sécurité, c'est pour les questions de religion, c'est vrai pour les questions économiques... Sur tout ça, on est quand même sur la même ligne.

QUESTION : On va parler de la sécurité, puisque vous êtes ministre délégué à l'Intérieur aussi, il ne faut pas l'oublier. Deux actualités : la première, c'est ce qui s'est passé sur les Champs-Elysées. Avez-vous des informations ? Est-ce que les deux bandes qui se sont affrontées - il y a quand même eu la mort d'un jeune homme de 18 ans - se connaissaient ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Actuellement, cela m'est difficile de vous faire des commentaires particuliers là-dessus, parce que l'enquête est en cours. D. de Villepin, naturellement, suit cette question de très près, mais une enquête est en cours. Ce que chacun doit bien comprendre, c'est que dans ces questions de sécurité et de délinquance au quotidien, la mobilisation est permanente. Et s'il est vrai que l'on a obtenu de bons résultats ces derniers mois, puisqu'il y a une baisse continue, eh bien, un drame comme celui que nous avons connu aux Champs-Elysées, un autre à Pantin il y a deux jours, tout cela montre...

QUESTION : Mais la baisse se calme : cela dépend comment on regarde les derniers chiffres...

Jean-François COPÉ (Réponse) : Quelle que soit la manière dont on les regarde, c'est une baisse. Je ne veux pas en rajouter ni vous gâcher la journée, mais je vous rappelle que la dernière année de Jospin, c'était plus 16 % et que là, on est à moins 5 %, moins 8 % ou moins 9 % selon les cas depuis le début de l'année, en fonction des critères que l'on retient.

QUESTION : Est-il normal que sur l'avenue la plus surveillée du monde, on puisse trouver la mort, un samedi soir ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Malheureusement, cela fait partie de ces drames sur lesquels nous devons, nous aussi, travailler, car c'est bien la démonstration que la mobilisation, si elle est très forte depuis deux ans maintenant, et notamment sur le terrain, eh bien c'est vrai qu'il y a sur ces sujets l'exigence d'une très forte action. Que voulez-vous que je vous dise ? C'est dramatique, cela exige une mobilisation renforcée. Les Champs- Elysées ont connu, depuis plusieurs mois maintenant, une baisse de la délinquance considérable, mais c'est vrai qu'il continuer de travailler bien sûr.

QUESTION : Est-ce que la Corse est raciste ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Non, mais les actes qui se sont répétés, ces dernières semaines, montrent des attitudes qui sont inqualifiables, inacceptables et qui exigent naturellement d'être sanctionnées. Et cela fait partie, là encore, d'un chantier prioritaire du ministre de l'Intérieur, celui de la lutte contre le racisme et de l'antisémitisme sur l'ensemble du territoire national. Et je peux vous dire que dans ce domaine, les lois seront appliquées avec la plus grande fermeté.

QUESTION : Les auteurs de ce qui s'est passé à Sartène sont-ils Corses ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : A ce stade, je ne peux pas vous en dire plus.

QUESTION : 400 personnes bloquées à la Réunion s'apprêtent à passer leur deuxième nuit à l'aéroport. Elles sont bloquées parce que le tour operator, Air Bourbon, qui les a transportées à la Réunion, est en faillite. Deux vols sont affrétés pour les rapatrier, mais on demande 346 euros par personne à ces naufragés ?!

Jean-François COPÉ (Réponse) : Pour tout vous dire, cette situation est un peu surréaliste. C'est une situation que l'on n'avait pas rencontrée jusqu'à présent et qui montre quand même que dans ces domaines, on ne peut pas continuer comme le font certaines compagnies...

QUESTION : Mais est-ce que l'on ne peut pas les aider ? Parce que 346 euros par personne, si on est quatre, on calcule...

Jean-François COPÉ (Réponse) : Cela fait beaucoup d'argent, je suis d'accord avec vous. Cela fait partie des sujets sur lesquels il faudra certainement réfléchir en termes de solidarité nationale.

QUESTION : Question de Claude, un auditeur : Etes-vous attaché à votre liberté d'expression ? Et trouvez-vous normal que cette liberté d'expression soit totalement absente du texte de traité de Constitution européenne, qui nous laisse la liberté de penser mais aucun cas la liberté d'expression ? Et que vaut une pensée si elle ne peut être exprimée ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Je vais répondre à vos questions dans l'ordre. D'abord, vous me demandez si je suis attaché à la liberté d'expression. J'y suis totalement attaché sinon, cela n'aurait vraiment aucun sens de s'engager en politique, dans une grande démocratie. Vous me demandez si c'est prévu en Europe, que voulez-vous que je vous dise ? La réponse est "oui". Oui, c'est prévu, ne serait-ce que parce que, dans un certain nombre de domaines, on renforce la proximité entre l'Europe et les citoyens. Notamment à travers une répartition des compétences qui est plus claire, à travers le fait que le Parlement européen, élu au suffrage universel, voit ses pouvoirs énormément renforcés. Si ça, ce n'est pas la possibilité pour nous de nous impliquer plus...

QUESTION (Intervention de Claude, l'auditeur) : Dans l'article 2-70, il est bien précisé que nous avons la "liberté de penser, de religion et de conscience", mais en aucun cas la liberté d'expression.

Jean-François COPÉ (Réponse) : La liberté d'expression, dans une grande démocratie, c'est le droit de vote. Je rappelle quand même que de ce point de vue, c'est un élément majeur. Je rajoute un autre point : c'est que, par ailleurs, est prévu dans ce texte un droit d'initiative citoyenne, c'est-à-dire que si un nombre donné de citoyens de l'Union européenne, en l'occurrence un million, de différents Etats membres, veulent soumettre une proposition législative à la Commission, ils pourront désormais le faire. Cela n'existe dans aucun autre pays du monde que dans les pays de l'Union européenne. Et c'est grâce à ce traité, si il est adopté.

[...]

QUESTION (J.-J. Bourdin) : Vous vous demandez, Claude, si le texte de cette Constitution va se substituer aux lois de la République française ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Encore une fois, les choses sont parfaitement claires : ce traité vise à rendre l'Europe plus démocratique et plus efficace. Donc à l'évidence, c'est un traité qui devrait permettre de faire bouger les choses dans le bon sens. Si on ne le fait pas, que se passe-t-il derrière ? Eh bien, on reste au traité de Nice, c'est-à-dire un traité qui n'est pas tout à fait adapté, c'est le moins que l'on puisse dire, au fonctionnement d'une Europe à 25 ou 27.(...)


Réponse des auditeurs à la question posée par J.-F. Copé :
Richard du Loiret : "Je suis contre le référendum sur la Constitution, pour deux raisons. Le texte est trop long et trop compliqué pour que chaque Français le lise ; et puis les Français ont pris la fâcheuse habitude de ne pas répondre aux questions qu'on leur posait".
Florence, des Yvelines : "Je réponds à la question. Ma réponse est non".
Ghylaine de l'Ardèche : "Il y a vingt ans, je n'étais pas favorable à l'Europe, sans savoir ce que ça serait aujourd'hui. C'est non, en connaissance de cause".
Pierre de Gironde : "Difficile de se prononcer. On ne sait pas ce que contient cette Constitution européenne".


Jean-François COPÉ (Réponse) : Voilà la démonstration qu'il va falloir mettre les bouchées doubles, encore que, méfions-nous quand même, ça n'est pas forcément un sondage. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il faudra mettre les bouchées doubles, parce que moi je veux absolument être de ceux qui vont convaincre les Français que voter "non", c'est quelque part revenir à un traité antérieur qui n'est pas efficace, alors que l'on a besoin d'une Europe efficace, qui parle d'une seule voix sur les grands sujets internationaux et qui, surtout, renforce la lutte contre l'insécurité, y compris entre nos pays membres.

QUESTION : J'ai lu que N. Sarkozy allait engager le premier grand débat au sein de l'UMP sur cette question-là...

Jean-François COPÉ (Réponse) : Absolument et je pense qu'il a totalement raison. Nous sommes d'ailleurs vraiment très mobilisés, les uns et les autres, là-dessus.

QUESTION : Vous allez regarder attentivement le résultat du référendum au Parti socialiste. Y aura-t-il un référendum à l'UMP ? Le souhaitez-vous, serait-ce nécessaire ?

Jean-François COPÉ (Réponse) : Non, je ne crois pas, parce qu'aujourd'hui, nous avons un engagement très fort en faveur de l'Europe au sein de l'UMP. Notre objectif, c'est comment convaincre les Français.


(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 30 novembre 2004)

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