Interview de M. François Baroin, secrétaire général délégué de l'UMP, à RMC le 17 novembre 2004, sur la situation économique et sociale de la France notamment la montée de la pauvreté. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Baroin, secrétaire général délégué de l'UMP, à RMC le 17 novembre 2004, sur la situation économique et sociale de la France notamment la montée de la pauvreté.

Personnalité, fonction : BAROIN François, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. UMP, secrétaire général délégué

ti : QUESTION : Vous n'avez pas d'information complémentaire sur les otages français, après l'information exclusive que nous donnons depuis plus de vingt minutes maintenant : leur chauffeur est libre ?

François BAROIN (Réponse) : Non, je l'ai appris en même temps que vous. Vous le savez, le gouvernement réunit tous les chefs de partis le mercredi à midi. On verra si on en saura plus en fin de matinée.

QUESTION : Avez-vous vu les images à la télévision de ce GI tirant sur un Irakien à Faludja ?

François BAROIN (Réponse) : Je les ai vues, je trouve cela évidemment hallucinant. Mais la guerre est hallucinante dans son horreur, dans sa dimension effrayante et inhumaine. Il est bon que l'administration, tout de même, prenne des sanctions.

QUESTION : Vous avez été journaliste. Est-ce qu'en tant que rédacteur en chef, vous auriez diffusé ces images ?

François BAROIN (Réponse) : Je pense que le choix qui a été fait par les rédactions était assez légitime, c'est-à-dire, montrer que cela a existé, on comprend sans voir le détail.

QUESTION : France 2 a montré le détail et TF1...

François BAROIN (Réponse) : Je n'ai pas vu le détail. Alors, vous avez compris le 20 heures que j'ai regardé !

QUESTION : J'ai compris le 20 heures que vous avez regardé ! TF1 a troublé les images et France 2 a montré les images crûment.

François BAROIN (Réponse) : C'est la guerre, que voulez-vous ! C'est le chaos, on ne respecte rien, il doit y avoir des pressions terribles. Pour autant, rien ne justifie l'inhumanité.

QUESTION : Vous ne les auriez pas montrées, si j'ai bien compris ?

François BAROIN (Réponse) : Je ne suis pas un partisan du voyeurisme. Je n'en vois pas l'intérêt. Je comprends la logique spectaculaire avec la force de l'image. Cela peut avoir son utilité. Qu'est-ce que c'est que la démonstration de cette affaire ? Voilà, un GI, énervé, qui a été blessé la veille, on l'a bien compris, et qui "flingue" un type, à terre, moribond...

QUESTION : La France s'appauvrit : ce n'est pas moi qui le dit, c'est le Secours catholique. Vous avez lu attentivement, comme tous les hommes politiques responsables, le rapport du Secours catholique rendu au Premier ministre. La France s'appauvrit-elle ?

François BAROIN (Réponse) : Je n'ai pas besoin de lire le rapport du Secours catholique, parce que comme maire, on voit bien l'évolution, non pas de la pauvreté mais des difficultés de plus en plus durables et profondes de la part de certaines familles. On a quelques capteurs qui fonctionnent bien dans une ville : ce sont les Centres municipaux d'action sociale et on voit les aides d'urgence. Et je vois que le budget que je débloque pour les aides d'urgence est plus important d'année en année, et plus long dans la durée. C'est-à-dire que ce n'est pas uniquement pendant la période hivernale, qui est toujours plus difficile pour les plus défavorisés, c'est également à la sortie de l'été ; il faut s'organiser ; plus les difficultés de logement, plus les difficultés de paiement EDF. On a donc des capteurs qui montrent bien, qu'en effet, il y a fossé qui s'accroît.

QUESTION : Pourquoi la France s'appauvrit-elle, selon vous ? Quelles sont les causes, les raisons ?

François BAROIN (Réponse) : Une tautologie assez simple : parce qu'elle n'augmente pas assez sa richesse et donc ce sont des conséquences économiques liées à la croissance. Au fond, qu'est-ce que la croissance ? C'est la décision des efforts des uns et des autres. Moins il y a d'efforts, moins il y a d'augmentation de cet effort globalement, moins vous avez de richesses, moins vous avez une croissance, donc moins vous avez d'investissements, donc moins d'emplois, donc plus de chômage, donc plus de prestations, donc plus d'impôts pour financer ces prestations de solidarité.

QUESTION : Sommes-nous en train de construire une société de plus en plus précaire ?

François BAROIN (Réponse) : On n'est pas encore dans le système à l'américaine, parce que, justement, on a cette vertu de l'Etat providence, qui permet de protéger les plus fragiles. C'est d'ailleurs l'une des difficultés au plan économique de la gestion du budget de la France. Et c'est aussi l'une des vertus de la France d'être encore à l'honneur de pouvoir permettre à des gens, par exemple, de ne jamais descendre en dessous du RMI.

QUESTION : Que faut-il faire ? Il y a urgence.

François BAROIN (Réponse) : Créer les conditions de la croissance, je crois que c'est le point de départ. Libérer les initiatives sur ceux qui créent de la richesse, c'est également un autre point de départ. Et le tout de manière parallèle. En revanche, c'est un peu le "tonneau des Danaïdes", il y a quelque chose d'assez désespérant, vous le reconnaîtrez...

QUESTION : Cela fait deux ans que j'entends le même discours !

François BAROIN (Réponse) : Non, cela fait sûrement 20 ans ! Je ne veux pas flatter votre état-civil, J.-J. Bourdin, mais cela fait 20 ans que l'on augmente les prestations sociales, et cela fait 20 ans malheureusement, qu'il y a de plus en plus de personnes en difficulté. Donc, c'est probablement le système qui n'est pas bon. C'est-à-dire que notre capacité à créer de la richesse est aujourd'hui inférieure à ce qui se passe dans d'autres pays. Donc, on est, je crois, à la croisée des chemins.

QUESTION : Et notre incapacité à transformer le système est permanente ?

François BAROIN (Réponse) : Et notre capacité à ne pas avoir le courage suffisant, gouvernement après gouvernement...

QUESTION : Et pourquoi ne l'avons-nous pas ce courage, vous et nous ?

François BAROIN (Réponse) : Je pense parce qu'il y a des éléments de blocage dans la société, qui tiennent à une volonté de ne pas proposer le "Grand soir" dans tous les secteurs, parce qu'en réalité, en logique pure, si on voulait avancer, on ferait le "Grand soir" dans le secteur social, dans le secteur du budget, dans les dispositifs économiques, à l'éducation nationale, dans la discussion avec les syndicats etc. Le "Grand soir", cela peut être aussi la révolution. C'est un pays qui l'a déjà faite, et donc c'est un pays qui a de la mémoire, donc il faut être prudent.

QUESTION : Alors, encourager la croissance. Tenez-vous le même discours que J.-P. Raffarin, qui promet une baisse du chômage de 10 % en 2005 ?

François BAROIN (Réponse) : Je suis solidaire de J.-P. Raffarin, c'est évident. S'il le dit c'est qu'il a de bonnes raisons de le croire.

QUESTION : C'est dangereux de dire cela, non ?

François BAROIN (Réponse) : Oui, il y a une part de volontarisme, une part de courage également, et une part de réalité économique. Il y a un rebond économique. La question est de savoir si c'est inscrit dans la durée ou si cela est plutôt lié à quelques phénomènes erratiques des crêtes et des creux que l'on peut observer très rapidement. On rentre aujourd'hui dans une crise beaucoup plus rapidement que précédemment, on en sort aussi beaucoup plus rapidement. Mais la durée de vie d'une crise ou d'un rebond économique est plus incertaine.

QUESTION : Doit-on, à propos de l'UMP, organiser un show à l'américaine pour l'arrivée à la présidence de N. Sarkozy, alors qu'il sera président de toute évidence ? Cela va coûter beaucoup d'argent. Est-ce vraiment nécessaire, franchement utile ?

François BAROIN (Réponse) : C'est un show à la française, avec la part de spectacle qui est naturelle d'ailleurs.

QUESTION : Mais est-ce utile ?

François BAROIN (Réponse) : Oui c'est utile, bien sûr que c'est utile, les partis politiques sont utiles, ils sont décriés mais ils sont utiles, ils sont dans la Constitution, ils ont un rôle. Et un nouveau président, avec un choix démocratique, c'est un événement important dans la vie politique. Donc, oui, on ne va pas le faire de manière confidentielle et on ne va pas se cacher sous la couette pour faire l'élection de la nouvelle direction dirigeante.

(Source http://www.u-m-p.org, le 19 novembre 2004)

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