Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur la mobilisation des forces de sécurité contre la violence et la criminalité, Meaux le 29 novembre 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur la mobilisation des forces de sécurité contre la violence et la criminalité, Meaux le 29 novembre 2004.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

Circonstances : Déplacement à Meaux (Seine-et-Marne), le 29 novembre 2004 ; mise en place du Conseil local de sécurité et de prévoyance de la délinquance

ti : Mesdames, Messieurs


Je suis très content de me trouver parmi vous aujourd'hui, ici à Meaux, une ville dont Jean-François Copé me parle chaque jour ou presque.

Content d'abord parce que je suis venu mettre en place un nouveau Conseil Local pour la sécurité et la prévention de la délinquance.

Content ensuite parce que Beauval et La Pierre Collinet participent au programme-pilote des 24 quartiers : après Mulhouse, Tourcoing, Vitry-le-François et Saint-Dizier, j'ai voulu faire avec vous un point d'étape pour évoquer les prochaines échéances. Je suis venu à la rencontre des habitants, des élus et des travailleurs sociaux pour être à l'écoute de leurs attentes et de leurs propositions. Je veux faire aboutir rapidement ce programme, qui constitue l'une de mes priorités au Ministère de l'Intérieur.

Content enfin parce que nous sommes engagés, aux côtés du Ministère de la Justice, dans la dernière ligne droite de la préparation du projet de loi pour la Prévention de la délinquance.

Ici à Meaux, comme sur l'ensemble du territoire, les Français ont pu voir les effets de la mobilisation sans précédent de nos forces de sécurité contre la violence et la criminalité. Mais il ne saurait être question de relâcher nos efforts. Le 8 novembre dernier, le président de la République nous a demandé de franchir une nouvelle étape dans la lutte contre la délinquance. Cela implique bien entendu d'ancrer ces résultats dans la durée. Cela implique surtout d'amplifier la baisse de la délinquance en prenant le problème à la racine pour empêcher les comportements délictueux.

Ce n'est pas la première fois que l'Etat s'engage sur la question de la prévention. Mais nous avons voulu tirer les leçons des erreurs passées pour avancer avec trois principes simples :
·* Tout d'abord une doctrine renouvelée : la prévention n'est pas seulement une politique sociale, une politique d'éducation. C'est aussi une politique de sécurité. Nous devons tirer toutes les conséquences de ce constat.
·* Ensuite une méthode innovante qui repose sur l'expérimentation : beaucoup d'initiatives existent dont certaines, comme ici à Meaux, ont fait leurs preuves. Pourquoi se priver de ce qui existe et de ce qui marche ? C'est pourquoi j'ai demandé à mes services de reprendre ces expériences dans un guide des bonnes pratiques du programme.
·* Enfin nous allons travailler dans un véritable esprit de concertation : vous le savez mieux que quiconque, la prévention est au carrefour de plusieurs champs d'action, qu'il s'agisse de l'école, de la sécurité, du travail social, de l'urbanisme, du logement ou de la Justice. C'est aussi un domaine dans lequel l'Etat et les collectivités locales doivent travailler côte à côte, chacun dans le secteur où il peut être le plus efficace. C'est pourquoi nous avons voulu établir un partage des tâches très clair, afin de mieux utiliser les compétences et le talent de chacun.

Cet esprit de concertation c'est celui que je mets en ¿uvre au Ministère de l'Intérieur, avec mes collègues ministres, mais aussi en incitant les maires et les Préfets à travailler davantage ensemble. Nous faisons face à des situations de plus en plus complexes : personne ne peut prétendre y trouver seul la solution. Aujourd'hui la clé de l'action politique c'est la capacité à rassembler toutes les énergies autour d'un projet. C'est ce que fait Jean-François Copé dans son action comme maire de Meaux, c'est ce que vous faites au sein du CLSPD.


1. Dans les quartiers de la Pierre Collinet et de Beauval il n'y a pas de fatalité :

Ici l'ensemble des habitants, des élus et des acteurs publics se mobilisent pour faire respecter l'autorité de l'Etat et renforcer la cohésion nationale autour des valeurs républicaines de tolérance, de respect et de solidarité.

Je veux leur rendre hommage, car la situation est souvent difficile, notamment lorsque les problèmes s'accumulent :
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La violence, d'abord qui mine le pacte social. Et la violence, ce sont bien sûr les atteintes aux personnes, les vols et les agressions contre lesquelles les forces de sécurité luttent pied à pied. Mais ce sont aussi les violences urbaines, les affrontements entre bandes, les incendies qui ont affecté le bâtiment " La Champagne " ou les locaux de l'association CARED. Alors bien sûr, il ne s'agit pas de stigmatiser un quartier ou une ville, car nous le savons, la délinquance existe partout. Il s'agit de faire en sorte que les habitants de La Pierre Collinet ou du quartier de Beauval, déjà confrontés à tant de difficultés, n'aient pas à endurer en plus l'incivilité, les petites vexations quotidiennes, qui finissent par nourrir la peur. Ici l'Etat doit être plus présent encore qu'ailleurs, pour que les habitants puissent, comme partout, sortir le soir, rentrer chez eux et vivre dans la tranquillité.
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Vous faites face également à des difficultés économiques, avec un taux de chômage de près de 20 % dans les quartiers de Beauval et de la Pierre Collinet, alors qu'il est de 13 % pour l'ensemble de Meaux.
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A cela s'ajoutent les difficultés sociales, dans des quartiers où coexistent des personnes venues de tous horizons. Il est d'autant plus important de faire vivre le pacte républicains, en réaffirmant l'autorité de la loi, la tolérance et la laïcité. Nous devons être particulièrement vigilants pour prévenir l'émergence de tout repli communautaire qui pourrait être source de conflits, comme cela a été le cas au mois d'août dernier.

Et pourtant je sais combien les quartiers de Beauval et de la Pierre Collinet sont animés d'une même volonté: la volonté de sortir de la spirale de l'échec ; la volonté de construire un avenir partagé par tous. Jean-François Copé me parle souvent des liens de solidarité et d'entraide qui font si souvent défaut dans d'autres villes. Il me parle de la vitalité, du sens de la fête et de l'optimisme que l'on retrouve ici. J'ai pu moi-même le constater, en vous rencontrant et en parlant avec vous. Je sais qu'il n'est pas question pour vous de partir. Votre quartier, vous y êtes attachés, comme vous êtes attachés à Meaux, à son passé historique et à son dynamisme. Cette capacité de rassemblement, cette détermination à aller de l'avant, c'est votre atout le plus précieux.

Chacun apporte sa pierre dans cette reconquête républicaine :
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Les forces de sécurité font reculer la délinquance : à Meaux, la délinquance générale a diminué, en particulier les faits de voie publique, qui ont reculé de 10 %. Nous n'allons pas relâcher nos efforts : chaque fois que la Seine-et-Marne bénéficie de renforts, nous n'oublions pas les quartiers pilotes. Mais la baisse de la délinquance concerne le département tout entier : depuis le début de l'année ce sont 2791 faits de voie publique en moins par rapport à 2003.
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Les élus de la ville ont lancé une politique de rénovation urbaine de grande ampleur. Avec votre équipe, vous avez réussi à abattre des cloisons qui n'étaient pas visibles, et pourtant profondément ancrées dans les esprits : d'une part la beauté et la tranquillité du c¿ur historique, de l'autre les constructions des années 1960 où s'accumulaient les difficultés. 5 tours ont été démolies entre 1995 et 2004, 7 autres tomberont dans les prochaines années. A la place ce sont des pavillons et des immeubles à taille humaine qui accueillent de plus en plus souvent les habitants. En réunifiant deux villes, vous avez réunifié deux univers. Aujourd'hui La Pierre Collinet et Beauval font partie intégrante de Meaux.
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Les acteurs économiques ont offert de nouvelles perspectives à la jeunesse

Mais vous avez aussi voulu construire l'avenir. Votre ville a été pionnière dans la mise en ¿uvre d'une politique de prévention, puisque c'est ici qu'a vu le jour le premier contrat local de sécurité. Chaque semaine, les services de l'Etat et les collectivités locales se réunissent pour traiter ensemble des situations concrètes. Malgré cela, certains problèmes subsistent. Alors il ne s'agit pas d'abandonner ces initiatives, mais bien de les renforcer, de mieux les associer pour plus d'efficacité.


2. Le nouveau CLSPD permettra de coordonner tous ces efforts.

Pour le mettre en place, nous avons pris pour exemple un modèle qui a donné de bons résultats à Mulhouse, où je me suis rendu il y a quelques mois, mais aussi à Châlon-sur-Saône et à Aulnay-sous-Bois. Vous le voyez, nous sommes véritablement partis du terrain.

Certains d'entre vous ont dû se dire : encore un comité, une nouvelle structure qui finira par être abandonnée. Je sais combien la multiplication des conseils, comités ou contrats a pu par le passé vous décourager. Ma conviction, c'est que ce CLSPD rénové constituera un outil efficace :
·* D'abord parce qu'il se fixe des objectifs chiffrés dans les domaines qui inquiètent le plus nos concitoyens : faire baisser de 30 % en 4 ans le nombre de faits de voie publique, réduire le nombre d'incendies à Beauval et à La Pierre Collinet de 5 % par an ; réduire de 20 % la violence et l'absentéisme scolaires. Ces objectifs, vous les communiquez aux citoyens, qui peuvent ainsi mesurer les efforts accomplis.
·* Ensuite j'ai confiance dans l'efficacité du CLSPD, parce qu'il permettra au maire de jouer pleinement son rôle. Sa connaissance du terrain, sa proximité avec les habitants font de lui le principal acteur de cette politique. A lui d'animer et de coordonner localement la politique de prévention dont les priorités sont fixées au niveau national.

Je souhaite que tous les acteurs de l'Etat de la prévention travaillent en étroite coopération avec le CLSPD :
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Les forces de sécurité d'abord, doivent jouer pleinement leur rôle au sein de cette instance : la Police s'est engagée à mieux surveiller les lieux les plus sensibles, à cibler les actes de délinquance les plus violents et à rechercher davantage le flagrant délit. Je souhaite que les Centres de Loisirs Jeunes de la Police et les Brigades de Prévention de la Délinquance juvénile de la Gendarmerie soient mieux associés à la politique locale de prévention. Je mesure, à chaque fois que je rencontre les hommes et les femmes qui animent ces actions, la disponibilité et le dévouement qui est le leur.
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La Justice ensuite, s'est impliquée de façon remarquable. Je remercie le président du Tribunal de Grande Instance, le Procureur et l'ensemble des magistrats pour leur présence ici : elle témoigne de leur engagement sans faille au sein du CLSPD avec, là encore, des priorités claires : une plus grande fermeté à l'encontre des multiréitérants, et une mobilisation prioritaire contre les violences urbaines. Vous le savez, du bon fonctionnement de la chaîne pénale dépend la confiance que nos concitoyens accordent à l'action de l'Etat. Les élus ici présents pourront témoigner des dégâts causés au contraire par toutes les formes d'impunité, même pour les faits moins graves ou les incivilités. A travers vous la République a pu rétablir toute son autorité. Sur l'ensemble du département, les résultats témoignent de vos efforts communs : depuis le début de l'année les faits élucidés ont progressé de plus de 15 %. Le nombre des gardes à vue a augmenté de 23 % et celui des mis en cause de plus de 15 %.
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L'Education enfin, joue pleinement son rôle au sein du CLSPD: des actions importantes ont déjà été menées en directions d'élèves en rupture scolaire. Il faut maintenant que chaque établissement élabore un plan de prévention de la délinquance et de sécurité, afin d'identifier clairement les problèmes spécifiques et de préparer leur résolution.

Avec le CLSPD, les acteurs de la prévention disposent d'un interlocuteur plus performant. Je veux saluer la présence ici des représentants du Conseil Général et du Conseil Régional, dont l'implication est indispensable pour le bon fonctionnement du dispositif. Les acteurs économiques pourront également prendre toute leur part à ce plan d'action. En partenariat avec les entreprises et notamment Disney, le CLSPD a mis en place un programme ambitieux afin de donner une deuxième chance à 300 jeunes sans qualification. Le programme "Défi 40" permettra d'accompagner de manière individualisée 40 jeunes vers l'emploi. Vous avez également voulu faire un effort envers les jeunes diplômés qui sont confrontés au chômage : 60 d'entre eux bénéficieront de votre aide cette année. C'est un signe fort pour encourager et remotiver des jeunes souvent guettés par la frustration, parce qu'ils ont l'impression que la société ne récompense pas leurs efforts.

Enfin, les associations participeront pleinement à ce dispositif. Vous tous travaillez à leurs côtés depuis longtemps : vous connaissez la qualité de leurs projets, leur connaissance du terrain et la confiance dont elles bénéficient de la part des habitants. Vous savez le dévouement de tous ceux qui sont confrontés chaque jour à la détresse sociale et humaine et qui pourtant ne baissent jamais les bras. Je veux ici leur délivrer un message de confiance : nous avons besoin de toutes les énergies et de tous les talents pour remporter ce combat. Pour cela, nous devons dépasser les clivages et les idées reçues, qui voudraient que la Police et les acteurs sociaux n'aient pas vocation à travailler ensemble. Mais il faut bien sûr respecter les domaines de compétence de chacun : les forces de sécurité n'ont pas vocation à se substituer aux associations. C'est bien la raison pour laquelle j'encourage, dans l'ensemble du pays, la présence de travailleurs sociaux dans les commissariats ou les brigades de gendarmerie. Grâce à eux nous pouvons mieux accueillir et mieux écouter les victimes, notamment les plus traumatisées, comme les mineurs ou les femmes victimes de violences conjugales.

C'est une évidence : à Meaux, le CLSPD est le maître d'¿uvre d'un plan d'action cohérent et coordonné pour la prévention. Les initiatives que vous avez su prendre et les solutions que vous avez su mettre en place sont un exemple pour d'autres villes. Ce que vous avez réussi ici nous voulons l'étendre à d'autres endroits en France.


3. L'Etat entend appuyer ces efforts, par une nouvelle politique de prévention de la délinquance.

Après les lois d'orientation et de programmation de 2002-2003 pour la sécurité intérieure et la Justice, nous avons voulu élaborer une loi-cadre qui refonde de manière claire et efficace la prévention de la délinquance.

Cette loi repose sur une approche pragmatique.
·* D'abord elle répond à des attentes très claires et très concrètes des Français : endiguer la délinquance des mineurs, qui a augmenté de plus de 80 % en dix ans ; combattre la progression des violences à l'école ( +12 % cette année) ; sécuriser davantage l'habitat et le cadre de vie ; lutter contre la banalisation de l'usage d'alcool et de cannabis; protéger les mineurs de la violence véhiculée par les nouveaux médias.
·* Ensuite, elle s'appuie sur les réalités du terrain, et notamment le plan pilote "24 Quartiers" : j'organiserai dans les toutes prochaines semaines un séminaire associant l'ensemble des acteurs de ce dispositif.
·* Enfin, elle prend en compte les propositions formulées par les rapporteurs des chantiers que j'ai engagés au ministère de l'Intérieur : le rapport sur la sécurité des mineurs, remis par Madame le Sénateur HERMANGE, le rapport sur la lutte contre la cybercriminalité présenté par M. Thierry BRETON, le rapport sur la lutte contre la drogue remis par M. le Député Jean-Luc WARSMANN.

La politique de prévention que je veux mettre en ¿uvre associe trois niveaux qui jusqu'ici fonctionnaient de manière séparée :
·* D'abord une action menée le plus en amont possible, pour éviter l'apparition de comportements qui peuvent encourager le "passage à l'acte". C'est la protection des mineurs et l'éducation au respect de la loi ;
·* Ensuite, la dissuasion, qui vise directement les comportements les plus criminogènes : il s'agit de renforcer les conditions de sécurité dans notre cadre de vie quotidien, par exemple à travers des réseaux de vidéosurveillance dans les lieux publics. Ce niveau de la politique de prévention concerne en particulier les Polices municipales dont la mission de prévention et de sécurité mérite d'être valorisée.
·* Enfin, lorsque le passage à l'acte n'a pas pu être évité, nous devons empêcher la retombée dans la délinquance. La sanction doit alors être conçue comme un moyen de dissuasion renforcée. Avec le Garde des Sceaux nous proposerons une gamme de réponses pénales diversifiées, afin de pouvoir sanctionner chaque infraction de manière adaptée. Ce dispositif, qui sera complété par la proposition de loi sur le traitement de la récidive, nous permettra à la fois de lutter contre l'impunité qui encourage la délinquance, et de mieux préparer la réinsertion des individus concernés.

Cette politique, vous le voyez, vise en priorité les plus jeunes, qui sont aussi les plus vulnérables de nos concitoyens : vulnérables aux comportements délinquants, avec une surreprésentation des jeunes dans la criminalité, mais vulnérables aussi à la violence qui les menace à l'école ou ailleurs. Le président de la République a rappelé la priorité absolue de lutter contre les violences à l'école. Nous avons signé, avec François Fillon, un protocole d'accord afin de faciliter la coopération entre la communauté éducative et les forces de sécurité : désormais chaque établissement disposera d'un correspondant auprès des forces de l'ordre. Mais nous voulons aller plus loin, en luttant plus efficacement contre l'absentéisme scolaire, qui constitue souvent le premier signe d'une rupture de l'adolescent avec son milieu.


Mesdames, Messieurs,

Nous sommes dans un nouveau temps de l'action politique : les Français attendent des solutions aux problèmes concrets qu'ils rencontrent chaque jour ; mais ils attendent aussi des réponses à l'inquiétude qui les saisit devant un avenir de plus en plus incertain.

Face à ces attentes, chacun doit prendre ses responsabilités : dans le domaine de la prévention, comme ailleurs, la clé du succès c'est l'implication de tous les acteurs de la vie sociale.

Ensemble, nous devons réaffirmer l'autorité de l'Etat et des principes républicains sur l'ensemble du territoire : car la cohésion nationale c'est l'égalité des citoyens, l'égalité des villes et des quartiers, le refus d'une République à deux vitesses.


Je vous remercie.




(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 30 novembre 2004)

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