Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre délégué à la coopération, au développement et à la francophonie, sur la recherche pour le développement, notamment le rôle de l'Institut de recherche pour le développement, à Montpellier le 9 décembre 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre délégué à la coopération, au développement et à la francophonie, sur la recherche pour le développement, notamment le rôle de l'Institut de recherche pour le développement, à Montpellier le 9 décembre 2004.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre délégué à la coopération, au développement et à la francophonie

Circonstances : Déplacement à l'Institut de recherches pour le développement (IRD), à Montpellier le 9 décembre 2004

ti :
Mesdames,
Messieurs,
Chers Amis,


Je me réjouis d'être parmi vous aujourd'hui ici à Montpellier, à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD). En tant que ministre de tutelle, il est bien naturel que j'aille à la rencontre de celles et de ceux qui travaillent à la mise en oeuvre de notre politique de coopération au développement.

Croyez bien que j'attache beaucoup de prix à cette visite, qui me permet de découvrir comment fonctionne concrètement l'IRD et, par-là même, de mesurer l'importance et la qualité du dispositif de recherche et d'enseignement supérieur de l'agglomération de Montpellier dans lequel il s'insère. Je souhaite que ce déplacement aide à bien montrer que notre activité de coopération et de solidarité internationales ne se déploie pas seulement au loin, chez nos partenaires, mais qu'elle se déroule également au coeur même de notre pays.

Je voudrais remercier le président Jean-François Girard, le directeur général, Serge Calabre et le directeur du Centre de Montpellier, Jean-Claude Prot, d'avoir organisé cette journée. Je ne doute pas que celle-ci offrira l'occasion d'échanges fructueux sur votre métier, vos activités ainsi que, bien évidemment, sur les thèmes du développement, de l'aide au développement et de la recherche pour le développement.

C'est sur ce sujet que je voudrais vous dire brièvement quelques mots.

On ignore souvent que la coopération française, et singulièrement son action en faveur du développement des pays du Sud, représente l'essentiel du budget de l'action extérieure de la France. Le président Chirac a fait de l'aide publique au développement (APD) l'une des cinq priorités de son action et cette cause avance à bon rythme : après 0,32 % du PIB en 2001, 0,42 % en 2004 sans doute, l'effort d'APD devrait atteindre 0,5 % en 2007, pour parvenir à 0,7 % en 2012. Ce qui est l'objectif auquel tous les grands pays donateurs se sont engagés.

La France est aujourd'hui le troisième donateur en volume et la priorité qu'elle donne à l'Afrique et aux pays les moins avancés (PMA) a été réaffirmée. Nous avons fait nôtres les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) adoptés lors du Sommet du Millénaire à New York en 2000 et notre dispositif de coopération a commencé de se réorganiser pour mieux y répondre.

Enfin vous le savez, la France a pris l'initiative, partagée avec le Brésil, le Chili et l'Espagne, de proposer que de nouveaux financements soient levés rapidement pour permettre d'atteindre ces OMD. Un rapport a été remis récemment au président de la République, qui propose plusieurs pistes de financement, comme la taxation des transactions financières internationales, celle des transports aériens ou du commerce des armes ou encore la lutte contre la fraude fiscale.

Fait nouveau, la Banque Mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont exprimé leur intérêt pour que cette initiative soit approfondie. Nous allons continuer à plaider pour ce dossier du financement et je formule le v¿u que l'année 2005, qui sera aussi celle de l'examen de l'avancement de la réalisation des OMD, permette que les donateurs s'accordent sur un nouveau mécanisme.

Il existe donc aujourd'hui un véritable agenda international du développement. Il faut évidemment se réjouir de cette mobilisation, qui traduit la prise de conscience que la situation des pays du Sud ne peut nous laisser indifférents.

A cet égard, je souhaite rappeler ici que la coopération scientifique avec le Sud est un élément essentiel de notre dispositif d'APD. L'Institut de Recherche pour le Développement en est l'un des instruments majeurs. C'est une institution qui n'a pas d'équivalent dans le monde. Elle permet à la France, aux côtés d'autres dispositifs, de défendre le concept de "recherche pour le développement" et d'en faire progresser la cause.

Il est bien évident qu'en matière de recherche scientifique, la capacité financière et humaine se trouve aujourd'hui dans les pays du Nord. Mais il n'est pas moins évident que les "objets de recherche" pertinents ne connaissent, pour leur part, aucune frontière.

Plus encore, le mouvement de mondialisation de l'économie et le développement exceptionnel des échanges de toutes sortes, qui en est le corollaire, contribuent à rendre les objets de recherche eux-mêmes souvent mondiaux. Désormais, il n'existe pas de barrière Nord-Sud à tous les maux que connaît notre planète, qu'il s'agisse des épidémies de SRAS, de grippe aviaire, sans oublier évidemment le sida ; qu'il s'agisse encore des effets de la déforestation ou du changement climatique.

Pire encore, la plupart d'entre eux se développent dans les régions du monde - le Sud - où les moyens de les prévenir font défaut. Certains, parce qu'ils sont exclusivement l'apanage des pays du Sud, ne sont pas des objets de recherche pertinents pour le Nord, si bien que leurs effets dévastateurs ne cessent pas. Je pense en tout premier lieu au paludisme.

Notre position est que, face à cette "mondialisation doublement inégale" - le Sud n'a ni les moyens de la recherche, ni ceux des politiques publiques de prévention pour faire face à ces problèmes - nous puissions encourager la production des connaissances scientifiques avec nos partenaires du Sud, effectuer avec eux le partage des résultats et veiller à leur exploitation pour l'action publique.

C'est bien cette philosophie qui a guidé la France et d'autres pays quand ils ont créé le groupe de travail sur les "biens publics mondiaux", la recherche étant précisément l'un d'entre eux.

Cette volonté d'oeuvrer à la production de connaissances partagées est au fondement même de l'acte de coopération. Elle vise, ni plus ni moins, à doter les pays du Sud de leurs propres capacités de recherche et à faire, quand cela est possible, les choix politiques qui s'imposent.

En ce qui nous concerne, nous avons choisi de faire l'effort d'investissement qui permet d'associer les chercheurs du Sud à l'acte même de recherche et de lutter ainsi contre la fracture des savoirs qui est, nous le savons tous, porteuse des plus grandes injustices qui soient. C'est là un aspect de la politique française d'aide au développement qui doit être mieux connu.

La recherche au service du développement ne se limite naturellement pas au partage des résultats avec le Sud. Il y a aussi les enjeux et les résultats de la recherche. Je prendrai ici l'exemple des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Personne ne contestera aujourd'hui que le chemin qui mène à la réalisation de ces Objectifs passe aussi par un effort soutenu de recherche dédiée au développement durable. Qui peut nier que, sans une information scientifique fiable, accessible, diffusée et partagée, nous puissions affronter les défis de l'accès à la santé, de la lutte contre les pandémies, de la scolarisation des enfants ou encore de l'accès à l'eau potable ? C'est bien là ce qu'on appelle la recherche pour le développement.

La France, je le rappelle, est pionnière dans le plaidoyer pour la recherche pour le développement. Et aujourd'hui, ma mission est de ne jamais manquer une occasion de défendre cette cause et de la faire partager aux autres grands bailleurs de fonds. C'est d'ailleurs dans cet esprit que la France accueillera la Conférence scientifique de haut niveau, voulue par le président Jacques Chirac, sur "Biodiversité, science et gouvernance", à l'UNESCO en janvier prochain.

Je vous invite donc, Monsieur le Président, ainsi que vos collaborateurs, à continuer à travailler pour mettre en évidence la contribution de l'IRD à la réalisation des OMD. C'est là un enjeu essentiel pour la lisibilité de votre action et, partant, pour sa crédibilité. La diversité des activités de l'Institut, l'importance de son réseau d'implantations sont indéniablement les facteurs d'une très grande richesse qu'il faut préserver.

Ce sera d'autant plus facile que l'Institut saura fédérer ses activités autour d'enjeux prioritaires et partagés et définir des axes de recherche à vocation régionale. Je sais que, là aussi, une réflexion est engagée. Je vous invite à aller vite, en étroite collaboration avec les autres organismes dédiés à la recherche pour le développement, le Centre de recherche internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) au premier chef.

La recherche pour le développement est probablement l'une des missions les plus gratifiantes de la recherche comme de la coopération. Il n'en demeure pas moins que, comme toutes les grandes activités de notre action extérieure, elle est soumise aux devoirs d'efficacité et de sélectivité. Ces nouveaux critères d'activité méritent que je m'y arrête un instant, car ils vont avoir une incidence sur votre activité de chercheurs. Je prendrai deux exemples importants.

Le premier a trait à l'efficacité et à la mise en ¿uvre de la réforme de l'État, réforme qui est engagée dans tous les domaines de l'action publique depuis quelques années. La Loi organique sur les lois de Finance (LOLF) qui entrera en vigueur en 2006, va mettre en évidence les actions dédiées à la recherche dans deux grandes missions interministérielles : "aide publique au développement", d'une part, et "enseignement supérieur et recherche" de l'autre.

Dans ces deux cas, les activités de recherche pour le développement feront l'objet d'indicateurs d'activité et de résultats. Il va donc falloir justifier au premier euro les crédits sollicités et en rendre compte. C'est évidemment une nouvelle façon de travailler qui nous est demandée. Observons toutefois que nous ne faisons pas autrement avec les pays en développement, lorsque nous leur demandons de justifier l'usage des ressources que nous leur donnons. Cette pratique est même devenue aujourd'hui un principe de bonne coopération.

De ce changement important de nos moeurs professionnelles, il faut attendre plus de transparence, une " culture du résultat " et de l'efficacité, même si nous comprenons bien que, s'agissant de la recherche, il faudra être vigilant sur le choix des critères à adopter.

Le deuxième exemple a trait à la sélectivité et plus précisément à la mise en place par le ministère de Affaires étrangères de priorités géographiques dans le choix de ses actions de coopération. Ainsi en va-t-il du choix d'établir un partenariat avec l'Afrique au sein du NEPAD, et selon ses principes. Ce choix est révélateur de la volonté de ce ministère d'accompagner l'Afrique, priorité de notre coopération, dans le cadre profondément novateur du NEPAD.

Je sais que l'IRD a été choisi comme chef de file pour porter l'offre française en matière de science et technologie de l'eau, qui est l'un des douze thèmes prioritaires retenus par le NEPAD en matière de recherche. C'est une bonne nouvelle.

En 2005, l'effort de sélectivité sera poursuivi puisque le ministère des Affaires étrangères va créer un fonds spécifique dédié aux "pays émergents", selon la même logique de sélectivité sur la qualité des projets et l'engagement des pays partenaires. L'IRD a évidemment vocation à s'inscrire dans cette logique d'intervention.

La recherche pour le développement est une spécificité française dont il faut être fier. D'ailleurs, elle nous est bien souvent enviée. Pour autant, il faut continuer de convaincre et de faire partager. La nouvelle loi d'orientation sur la recherche, et notamment l'agence qui va être créée, devra faire toute sa place à la recherche pour le développement, je vais m'y engager personnellement.

Par ailleurs, la recherche pour le développement a vocation à être partagée et développée au niveau européen. La montée en puissance de l'aide au développement de l'Union européenne doit nécessairement conduire à mettre en oeuvre une politique européenne de la recherche pour le développement. De par sa place en Europe, la vocation européenne de l'IRD doit d'ores et déjà être affirmée avec les moyens disponibles aujourd'hui. Il importe de mieux fédérer les initiatives, de remporter davantage d'appels d'offres sur le Programme cadre de recherche et développement technologique (PCRDT). En un mot, il faut prendre date. La recherche au Sud, et avec le Sud, se joue aussi au Nord, et avec le Nord.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 13 décembre 2004)

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