Interviews de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à RTL le 6 décembre 2004 et dans "Les Echos" du 17, sur les mesures d'assouplissement des 35 heures et les aménagements des heures supplémentaires. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interviews de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à RTL le 6 décembre 2004 et dans "Les Echos" du 17, sur les mesures d'assouplissement des 35 heures et les aménagements des heures supplémentaires.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti : RTL Le 6 décembre 2004

O. Pouget : Cette semaine, on va beaucoup parler de l'assouplissement des 35 heures. J.-P. Raffarin annoncera jeudi toute une batterie de mesures. Parmi les pistes déjà évoquées, la possibilité d'échanger ses jours de RTT contre de l'argent ou de l'épargne retraite. Qu'en pensent les syndicats ? Pour F. Chérèque, le patron de la CFDT, c'est une très mauvaise idée, d'autant plus que cette possibilité existe déjà, mais qu'elle est très compliquée...

F. Chérèque (CFDT) : Cette possibilité existe déjà dans la loi. On n'a très peu d'accords dans les branches professionnelles ; je crois bien qu'on n'en a même pas. Tout simplement, parce que la volonté des entreprises, c'est de faire travailler les gens plus sans les payer plus ; c'est la remise en cause des 35 heures. Et le Gouvernement veut nous faire croire, par une démarche comme ça, qu'on va donner la possibilité aux gens de travailler plus pour gagner plus. Et on n'y arrivera pas. Deuxièmement, cette possibilité ne s'adresserait qu'aux salariés qui ont une réduction du temps de travail en jours, et en particulier aux cadres, qui eux, veulent garder leur réduction du temps de travail. [...] Pour ceux qui sont autour du SMIC, la meilleure façon de leur donner plus de pouvoir d'achat, c'est d'augmenter les salaires pour tout le monde, alors que le Gouvernement veut simplement sélectionner une partie des personnes. Donc cette mesure, qui est possible, elle n'est pas utilisée, parce que les entreprises ne veulent pas et les salariés veulent garder leur réduction du temps de travail.

RTL - Edition de 8h00
J. Godefroy : La semaine sociale va être marquée par les propositions de J.-P. Raffarin jeudi pour l'assouplissement des 35 heures. Parmi les pistes explorées, il y a la possibilité de placer sur un compte épargne temps des journées de RTT, ce qui aurait pour effet de travailler davantage en gagnant plus ; une façon de faire face à la baisse du pouvoir d'achat. Sur RTL, le leader de la CFDT, F. Chérèque, interrogé par C. Mangin, estime que le Gouvernement, en utilisant ce genre de méthode, fait fausse route...

F. Chérèque (CFDT) : Le Gouvernement est totalement en échec sur le problème des salaires, du pouvoir d'achat. Il nous a fait croire qu'il allait pouvoir baisser le coût du panier de la ménagère par une diminution des prix ; il est en échec, on voit bien que les effets sont limités. Maintenant, il nous fait croire qu'il va donner la possibilité aux gens de travailler plus pour gagner plus. Or les entreprises ne sont pas d'accord. Donc là aussi, il va être en échec. La nécessité sur les salaires, c'est d'avoir des négociations salariales dans les branches professionnelles - et là, nous, on est toujours à la demande -, mais aussi dans la fonction publique - et là, dans la fonction publique, il n'a pas de propositions à faire. Donc le Gouvernement, sur ce problème du pouvoir d'achat et de consommation, est en total échec et cherche des artifices qui ne sont pas à la hauteur des enjeux.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 7 décembre 2004)


Les Échos le 17 décembre 2004

Les Échos - La CFDT tire à boulets rouges contre la nouvelle réforme des 35 heures. N'exagérez-vous pas un peu l'ampleur du boulversement ?
François Chérèque - Nous n'avons pas un mais quatre sujets de conflit avec le gouvernement. D'abord, il a fait le choix du chômage plutôt que celui de l'emploi en favorisant les heures supplémentaires plutôt que les embauches.
Ensuite, il accentue les inégalités avec les salariés. Il y aura, d'un coté, les salariés des grandes entreprises où les syndicats sont présents qui conserveront les 35 heures et négocieront des hausses de salaires et, de l'autre, les salariés des petites entreprises qui n'ont déjà pas le droit aux 35 heures et n'auront comme hypothétique perspective de travailler plus pour gagner plus.
Troisièmement, le gouvernement ne respecte pas le contrat passé lors de la réforme du dialogue social, qui engage à négocier tout changement, puisque le projet encourage la négociation de gré à gré entre l'employeur et le salarié.
Enfin, Jean-Pierre Raffarin remet en cause une avancée sociale que les salariés ont déjà payée par un gel des salaires sur plusieurs années et par une intensification du travail.
tout cela est innacceptable pour la CFDT. En période de faible croissance, on peut espérer que ces mesures ne produiront pas beaucoup d'effet. Mais tout va changer quand la situation économique va s'améliorer.

Vous n'aviez pas réagi aussi violemment lors de la première remise en question des 35 heures en 2003...
Elle n'allait pas aussi loin. Même si nous étions en désaccord sur certains points, le dispositif nous semblait plutôt équilibré. Il donnait plus de souplesse aux entreprises mais il était encadré par des négociations de branche. À l'époque, le gouvernement s'était engagé à s'en tenir là. Il a pourtant ensuite supprimé le lundi de Pentecôte et il se livre maintenant à une attaque en règle contre les 35 heures que les parlementaires voudront sûrement amplifier encore. La CFDT, qui est à l'origine de cette réforme sociale majeure, et qui l'a négociée parfois bien seule, ne laissera pas faire.

Le Premier ministre affirme que sa réforme va permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus pour gagner plus. En quoi est-ce choquant ?
Derrière ce slogan se cache un marché de dupes, un leurre ! jamais dans notre pays un employeur n'acceptera que les salariés décident de leur temps de travail. En réalité, la réforme vise à contourner les organisations syndicales pour mieux contraindre les salariés.

Dans la déclaration adoptée mercredi, votre bureau national appelle à une action. Concrètement, que comptez-vous faire ?
Nous souhaitons construire, avant la fin de l'année, une stratégie commune avec les autres confédérations pour dénoncer le projet. Mais nous ne pourrons nous contenter de contester pour contester. Il faudra définir clairement les objectifs communs, se mettre d'accord avec les autres syndicats sur ce que nous voulons voir modifier dans le projet du gouvernement. C'est vrai que ça ne va pas forcément être facile.

Même unis, pensez-vous vraiment pouvoir mobiliser les Français sur les 35 heures ?
Notre tâche ne sera pas facile. La méthode du gouvernement est perverse, mais peut malheureusement porter ses fruits. Les plus directement menacés par sa réformes sont les salariés des PME, pour qui c'est le plus difficile de se mobiliser. La fonction publique et le secteur public, où la réaction pourrait être la plus forte, ne sont pour l'instant pas concernés.n

" L'égalité de l'accès aux soins est menacée "

Trois syndicats de médecins et l'assurance-maladie sont parvenus à un accord mercredi. Êtes-vous satisfait ?
Ce qui aurait dû être au coeur de la négociation avec les médecins, c'est la sauvegarde de l'aassurance-maladie par une amélioration des parcours de soins. Nous avons à la CFDT toujours soutenu l'idée du médecin référent qui a largement inspiré la mise en place du médecin traitant. Au final, la négociation débouche sur un accord qui porte plus sur la rémunération des professionnels que sur l'organisation des soins. C'est de ce point de vue une occasion manquée. En permettant aux spécialistes de pratiquer des dépassements d'honoraires bien au-delà delà du tarif de reboursement par la Sécu si le patient n'est pas passé par le généraliste, c'est l'égalité de tous face à l'accès aux soins qui est menacée. Ce n'est donc pas " la grande victoire " que revendique Philippe Douste-Blazy !

(Source http://www.cfdt.fr, le 20 décembre 2004)

Rechercher