Interview de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, à France-Info le 20 septembre 2004, sur le dossier concernant les deux otages français en Irak et l'identité des ravisseurs. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, à France-Info le 20 septembre 2004, sur le dossier concernant les deux otages français en Irak et l'identité des ravisseurs.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud, LAGARDE Olivier de.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

ti : Q- Il y a trois semaines, vous étiez déjà notre invité ici, mais en tant que ministre de la Communication, vous êtes l'un des ministres en charge du dossier concernant nos deux otages, C. Chesnot, G. Malbrunot, on verra avec vous ce que l'on peut dire un mois après le début de cette prise d'otages [...]. Ce matin, nous avons plus que jamais une pensée pour nos deux confrères et leur chauffeur qui sont toujours retenus en otages en Irak. Vous avez évidemment des informations que nous, journalistes, on ne peut avoir... On a entendu hier, J.-P. Raffarin afficher un optimisme prudent, mais optimisme quand même ; qu'est-ce qui motive cet optimisme aujourd'hui ?

R- Tout d'abord, c'est vrai que le temps est long et qu'au moment où je m'exprime, c'est une sorte de date anniversaire, c'est-à-dire que cela fait un mois. Donc, je comprends l'impatience des familles et la solidarité des journalistes et de l'ensemble des Français. C'est cela qui est bien, c'est-à-dire qu'il y a eu une véritable unité nationale. Le Gouvernement est mobilisé, nous sommes confiants et nous sommes prudents, parce que tant qu'ils ne seront pas là, tant qu'ils ne seront pas accueillis a Villacoublay, il y a lieu d'être prudent, parce que l'Irak est dans une situation de chaos politique et de grande difficulté qui font que toutes les étapes sont dangereuses. Le communiqué qui a créé l'espoir est en cours d'analyse. Il y a lieu, là aussi, d'être très prudent. Au fond, c'est cela la grande nouveauté dans ce genre de chose, c'est que chacun de nos propos, ici, aujourd'hui, en ce moment, est écouté, disséqué làbas. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas le culte du secret pour le secret de la part du Gouvernement, de l'exécutif, il y a la volonté, tout simplement d'être le plus efficace possible et de ne surtout rien faire qui puisse menacer le processus de libération de nos otages. Donc, ce n'est pas la langue de bois érigée en système, c'est uniquement la prudence. D'autre part, les informations sont très difficiles à vérifier, parce qu'il n'y a pas de contact direct. Donc, nous sommes obligés, à chaque fois, d'être extraordinairement prudents. Vous avez vu, à plusieurs reprises, des informations qui étaient diffusées sur Internet qui ne se sont pas trouvées vérifiées. Donc, à chaque fois, on regarde et tous les experts qui sont mobilisés en coopération d'ailleurs, les uns avec les autres, eh bien nous avançons pas à pas. Le seul pas qui vaille, ce sera celui du moment où on sera certains qu'ils seront entre les mains d'autorités françaises.

Q- J'entends bien la prudence, il n'est pas question de vous faire dire des choses qui mettraient en danger la vie des deux otages, mais vous avez la certitude qu'ils sont aujourd'hui en vie ?

R- J'aurai cette certitude le jour où on le constatera de visu et qu'ils seront placés en sécurité auprès d'autorités françaises. Nous sommes n'avons aucune information qui permette de remettre en doute ces éléments d'analyse. Ce ne sont pas des constats, ce sont des analyses fondées sur des informations. Ce n'est pas la même chose.

Q- Vous l'évoquiez d'un mot tout à l'heure : samedi, un nouveau communiqué émanant peut-être des ravisseurs, laisse entendre que C. Chesnot et G. Malbrunot auraient accepté de rester de leur plein gré auprès des ravisseurs pour couvrir la guerre. D'abord, est-ce que vos éléments vous permettent de penser que ce communiqué émane bien des ravisseurs ?

R- Non, on n'a pas tous les éléments définitifs, sinon, bien sûr, ce serait une étape de confiance renforcée. L'examen de ce texte est en cours d'analyse. S'il est vrai, cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu'on est sûr qu'ils sont vivants...

Q- C'est pour cela que je vous pose la question...

R- ...Et que deuxièmement, il y a un processus vers la libération. Je ne suis sûr ni de l'un ni de l'autre. Ce document est en cours d'analyse par les services français.

Q- Il n'y a pas que malheureusement des otages français en Irak. Pour ne parler que des Européens, il y a aussi des Britanniques, des Italiens... Est-ce qu'il y a une solidarité active européenne ? Est-ce que concrètement, au-delà des effets d'annonce, il y a des rapprochements des diplomaties, des services secrets ?

R- Bien sûr. Tous les contacts utiles ont été établis avec les services d'un certain nombre de pays. Nous sommes mobilisés mais vous comprendrez que l'on ne peut pas s'étendre sur ces questions. Mais c'est évident qu'il y a des échanges d'informations. Au-delà de l'échange d'informations, il y a l'aspect politique vis-à-vis de la région, vis-à-vis des nécessités de s'attaquer à tout ce qui constitue le terreau du terrorisme. Rien ne justifiera jamais, bien sûr, le terrorisme. Mais il y a des éléments qui concourent, évidemment, à l'effervescence terrorisme, aussi bien le problème de l'extrême pauvreté, le problème du conflit israélo-palestinien, un certain nombre de données sur lesquelles nous souhaitons intervenir et agir. Encore une fois, je le dis parce que c'est très important sur le plan politique. Pour autant, cela ne justifiera jamais le terrorisme.

Q- Et les Américains, là-dedans, parce qu'ils sont incontournables en Irak : est-ce qu'ils oeuvrent utilement pour la libération des otages ? Ils continuent à attaquer... On sait que les ravisseurs présumés sont très critiques.

R- Ceux qui sont - et c'est normal - les plus totalement mobilisés, ce sont toutes les équipes françaises, c'est le Gouvernement français et l'ensemble de nos services, parce que c'est cela l'essentiel.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 21 septembre 2004)

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