Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur le rôle de la presse spécialisée dans la formation du débat public et dans l'éclairage des décisions publiques, Paris le 8 décembre 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur le rôle de la presse spécialisée dans la formation du débat public et dans l'éclairage des décisions publiques, Paris le 8 décembre 2004.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Trentième anniversaire de la Fédération Nationale de la Presse d'information Spécialisée (FNPS) à Paris le 8 décembre 2004

ti : Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,


Je suis particulièrement heureux de participer au colloque du 30ème anniversaire de la Fédération nationale de la presse d'information spécialisée. Et puisque vos travaux portent sur les sources de l'actualité, je ne peux pas évoquer l'actualité sans exprimer ici devant vous une pensée pour nos deux journalistes français - Georges MALBRUNOT et Christian CHESNOT -toujours détenus en Irak, pris en otages pour avoir simplement accompli leur devoir et leur passion d'informer.

Cette situation pénible, à laquelle le Gouvernement s'emploie résolument à mettre un terme, nous rappelle tout le prix de la liberté de la presse.

Il n'est pas besoin d'insister sur le rôle éminent de la presse dans la formation du débat public et dans l'éclairage des décisions publiques. Camus l'a sans doute le mieux dit dans son éditorial inaugural de Combat : " s'il est vrai que les journaux sont la voix d'une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage¿ ".

C'est moins fréquemment peut-être qu'on s'interroge sur la raison d'être de la presse spécialisée, sur le rôle spécifique qu'elle assume dans la société.

Vos échanges sur les grands enjeux d'aujourd'hui mettent ce rôle particulièrement en lumière. Au sein d'un environnement bouleversé par l'avènement des nouvelles technologies, dans un monde où les sources d'information sont devenues quasiment infinies, seules la mise en perspective de l'information, sa vérification et son authentification scrupuleuse, sa lecture critique et sa hiérarchisation permettent au lecteur de lui donner un sens et font la richesse irremplaçable de l'information écrite spécialisée. Ce travail du journaliste participe à la formation du citoyen, en lui offrant pleinement la possibilité de s'inscrire dans la vie de la cité.

Ce travail, la presse spécialisée, dans son extraordinaire diversité, dans son dynamisme, quelle soit médicale, sociale, culturelle, scientifique, économique, agricole, juridique ou politique, est particulièrement bien placée pour le mener à bien aujourd'hui.

Parce qu'elle scrute les multiples soubresauts scientifiques, éthiques, économiques, sociaux et politiques qui agitent les champs de la connaissance et de l'activité humaine.

C'est, au fond, ce qui explique son succès, son dynamisme, sa croissance, que vous avez rappelés, Monsieur le Président. Parce ce qu'elle contribue en quelque sorte à civiliser les spécialités, à rendre intelligible à tous ce qui fait l'actualité.

Dans nos sociétés complexes où les savoirs, en se multipliant et en se densifiant, risquent de devenir de plus en plus opaques, où la connaissance ne se partage jamais tout à fait, la presse spécialisée agit comme un lien nécessaire entre les spécialistes et les généralistes, entre les savoirs, les pratiques et la société dans son ensemble. Elle est donc une impérieuse nécessité démocratique. Elle contribue au progrès de la société. Elle éclaire le présent et l'avenir, comme le montrent vos débats d'aujourd'hui. Elle joue un rôle reconnu dans la nécessaire formation tout au long de la vie.

Pour toutes ces raisons et parce qu'elle accompagne, dans ses différentes facettes, notre vie professionnelle, notre vie sociale, nos passions, nos activités de loisirs, elle connaît un réel succès. Elle peut être, je tiens à vous le dire, optimiste sur son avenir, dans un paysage global, lourd d'inquiétudes et de menaces, qui a conduit le gouvernement à agir très fortement pour la presse, en y consacrant notamment des moyens budgétaires exceptionnels, en augmentation de plus de 30% l'an prochain.

Oui, vous l'avez rappelé, Monsieur le Président, riche de plus de 1 400 titres et de plus de 700 éditeurs, vendant chaque année 440 millions d'exemplaires, employant 17 000 salariés et dégageant un chiffre d'affaires de deux milliards d'euros, la presse spécialisée est indubitablement l'un des grands pôles de la presse française. Avec ses 7000 journalistes, c'est aussi un employeur très dynamique.

Et je suis très heureux que vous ayez associé à cette manifestation les étudiants des plus grandes écoles de journalisme. Je suis heureux en particulier de retrouver sans doute les étudiants de l'Ecole de Lille, dont nous avons fêté le quatre-vingtième anniversaire le mois dernier.

Je le dis souvent aux étudiants de ces écoles, à Tours par exemple, où l'IUT, comme vous le savez sans doute, forme aussi des journalistes : la presse spécialisée offre des débouchés relativement nombreux, très variés et très intéressants. Le journalisme, ce n'est pas seulement le " grand reporter " ou la présentatrice du journal télévisé. C'est aussi le journalisme agricole, économique ou scientifique. D'autant que la presse spécialisée est, comme vous le savez, très souvent à la source de maintes informations reprises par la presse dite généraliste.

Si la presse spécialisée tire relativement bien son épingle du jeu dans une période difficile, marquée par l'érosion du lectorat, la stagnation des ressources publicitaires et le maintien d'un haut niveau de coûts, elle n'en est pas moins confrontée, elle aussi, à de nombreux défis. J'en suis conscient et je suis très attentif à vos préoccupations et à vos inquiétudes.

Je tiens à rappeler ici le travail remarquable accompli dans le cadre de la négociation des accords Presse-Poste, sous les auspices de mon directeur de cabinet, M. Henri PAUL. Au terme de longs mois de discussions, où chacun a pu faire valoir son point de vue et où les préoccupations de La Poste et de chaque famille de presse ont été attentivement prises en compte, les accords que j'ai signés au nom de l'Etat le 22 juillet dernier ont jeté les bases, pour les quatre années à venir, d'un nouveau mode de relations entre les éditeurs, La Poste et l'État. Je tiens à souligner la part importante que vous avez prise à la conclusion de ces accords et je vous en remercie.

Ils permettront d'assurer l'avenir du transport postal de la presse, de garantir l'égal accès de tous les lecteurs aux publications sur l'ensemble du territoire, de préserver les conditions du pluralisme, d'améliorer la qualité du service et de tenir compte aussi des exigences de rationalité économique qui s'imposent à tout opérateur.

Les pouvoirs publics se sont tenus à vos côtés pour préparer l'avenir et l'accord auquel nous sommes parvenus est, j'en suis convaincu, un bon accord qui a préservé les intérêts essentiels de toutes les familles de presse.

L'Etat veillera au respect de cet accord par toutes les parties. Je demeure attentif, vigilant et à l'écoute de toutes vos observations sur l'application de cet accord.

Bien que 90% de votre diffusion repose sur des abonnements - c'est dire l'importance du dossier postal - je sais que vous êtes intéressé aussi par la modernisation de réseaux des diffuseurs de presse, qui fait l'objet de 3,5 M¿ de mesures nouvelles inscrites au budget de l'an prochain. Je souhaite que la redynamisation du réseau des diffuseurs, que je soutiens, soit l'occasion d'une meilleure exposition de vos journaux, qui doivent être traités de manière spécifique.

Parallèlement, mon budget maintient la dotation des autres fonds d'aide à la presse. Certains d'entre eux feront l'objet d'une modernisation importante dès l'année prochaine, je pense notamment au Fonds d'aide à l'expansion de la presse française à l'étranger dont bénéficient beaucoup des titres rassemblés aujourd'hui.

Par ailleurs, l'année 2005 verra la création du fonds d'aide au développement des services en ligne des entreprises de presse, ancien fonds presse et multimédia dont le fonctionnement était interrompu depuis 2003. Ce fonds bénéficie notamment à la mise en ligne des contenus de la presse spécialisée, qui a été pionnière et qui est toujours très active sur Internet.

Il est un sujet d'avenir qui me préoccupe et qui vous préoccupe aussi : celui des jeunes lecteurs d'aujourd'hui qui seront les lecteurs de demain.

Vous le savez, le rapport qui m'a été remis par Bernard Spitz m'a fait des propositions qui concernent la presse d'information générale et que j'ai demandé au Comité de suivi que j'ai installé la semaine dernière d'examiner. Vous m'avez écrit à ce sujet, Monsieur le Président, il y a quelques jours.

Eh bien, je veux vous dire ici que toute proposition, toute expérimentation, sera la bienvenue. Pour ma part, j'estime qu'à l'évidence, la presse spécialisée doit faire partie des outils pédagogiques qui doivent être utilisés, non seulement, dans les filières d'enseignement spécialisé, mais aussi dans l'enseignement général, dans l'Education nationale.

Voilà ce que je tenais à vous dire, avant de vous laisser poursuivre vos débats. Je compte sur vos réflexions et sur vos propositions pour continuer à nous éclairer, au moins pour les trente ans à venir, sur le monde dans lequel nous allons vivre.

Je vous remercie.

(Source http://www.culture.gouv.fr, le 14 décembre 2004)

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