Tribune de Mme Michèle Alliot-Marie, dans "Le Figaro" du 27 décembre 2004, sur la coopération européenne concernant l'utilisation militaire de l'espace. | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de Mme Michèle Alliot-Marie, dans "Le Figaro" du 27 décembre 2004, sur la coopération européenne concernant l'utilisation militaire de l'espace.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Lancement du satellite Hélios II, à Kourou (Guyane) le 18 décembre 2004

ti : En cette fin d'année 2004, le lancement réussi du satellite d'observation Hélios IIA par le lanceur Ariane 5, le samedi 18 décembre, constitue un symbole fort de la coopération européenne en matière de défense.

Trois pays - la France, l'Espagne et la Belgique - se sont associés pour ce programme spatial : dix ans d'efforts, pendant lesquels gouvernements et industries ont travaillé ensemble. Avec le satellite de télécommunications longue distance Syracuse III, dont le lancement est programmé pour mars 2005, Hélios IIA est un élément essentiel de la capacité européenne d'évaluation autonome des situations et de conduite des opérations. Hélios IIA répond aux besoins opérationnels croissants des forces armées de nos trois pays. En complément de son prédécesseur Hélios IA, en service depuis plus de neuf ans, il permettra d'augmenter considérablement le nombre de prises de vues effectuées par le système et de réduire le délai d'acquisition des images.

Les satellites Hélios sont conçus par plus de trente groupes industriels français, espagnols et belges qui symbolisent tous ensemble une coopération technologique paneuropéenne en plein essor.

La mise sur orbite réussie d'Hélios IIA est non seulement un événement majeur pour la communauté spatiale, mais aussi un moment important pour l'Europe de la défense. Hélios IIA est un véritable outil politico-militaire de gestion des crises, de par sa contribution décisive aux capacités européennes de renseignement. Nos forces armées respectives peuvent ainsi bénéficier de capacités supplémentaires, d'images plus précises, de plus de réactivité.

Forts de ce succès, nous devons poursuivre dans cette voie : alors que les Etats-Unis conduisent la révolution de l'espace avec détermination et avec des moyens impressionnants, et que la Chine s'est mise à investir dans la maîtrise des systèmes, les Européens doivent en ce début de XXIe siècle relever ensemble le défi de la maîtrise de l'espace. L'importance des technologies de l'espace aujourd'hui appelle un effort comparable à celui qui a conduit à la maîtrise du nucléaire dans les années 60.

Comme on l'a vu lors des récents conflits armés, aussi bien au Kosovo qu'en Irak, la maîtrise de l'espace est de plus en plus au coeur des dispositifs militaires modernes. Tous savent que l'espace est aussi un moyen de renforcer les capacités militaires en améliorant leur efficacité. C'est particulièrement vrai lors d'opérations loin du territoire national ; c'est surtout une condition de notre autonomie d'appréciation des situations.

Face aux menaces actuelles, diffuses et multiples, il est donc essentiel que les Européens approfondissent leur réflexion sur l'utilisation militaire de l'espace, à travers des moyens renforcés, innovants, de renseignement stratégique et de télécommunications. Nous devons également investir davantage d'autres champs d'application du spatial, comme l'écoute, l'alerte avancée et la surveillance de l'espace. Galileo, qui sera accessible aux armées, est une première réponse dans le domaine de la navigation. Mais nous devons encore progresser.

Avec sa loi de programmation militaire 2003-2008, la France s'efforce de faire partager sa vision, sa conviction, à ses partenaires européens, pour les entraîner à développer une politique spatiale plus ambitieuse. La France, par sa politique active en termes de démonstrateurs spatiaux, participe à la dynamique spatiale de l'Europe et au développement de la base industrielle et technologique européenne. L'Espagne et la Belgique sont également déterminées à faire avancer l'Europe dans ces domaines.

Inscrits dans le cadre du plan d'action européen pour les capacités, les travaux du groupe de travail sur l'espace ECAP vont dans ce sens. Nous devons à présent créer un nouvel élan. Nos efforts doivent s'inscrire dans une coopération avec nos partenaires, car seule une dynamique européenne permettra de répondre à l'ampleur des besoins. Dès maintenant, nous devons définir les programmes que nous mènerons en commun dans un proche avenir.

Cette nouvelle dynamique nécessite également de préparer les technologies dont nous aurons besoin. Notre effort de recherche nous permettra de donner une impulsion à cette démarche, qui doit être résolument européenne. C'est dans ce cadre que la France a décidé de lancer les travaux de préparation des systèmes spatiaux qui devront prendre la suite du satellite Hélios IIA. D'ores et déjà, le lancement d'un satellite Hélios IIB est prévu à l'horizon 2008.

La France, l'Espagne et la Belgique invitent leurs partenaires à les rejoindre dès les premières études qui seront menées en 2005, afin de bâtir ensemble les programmes dont l'Europe a besoin. Le succès du lancement d'Hélios II est un grand pas en avant pour notre politique spatiale, qui est source d'optimisme et qui nous engage résolument à regarder vers l'avenir. Il prouve, si cela était encore nécessaire, la détermination grandissante des Européens à relever ensemble les défis stratégiques de demain.

(Source http://www.défense.gouv.fr, le 28 décembre 2004)

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