Interviews de M. Laurent Hénart, secrétaire d'Etat à l'insertion professionnelle des jeunes, dans "Le Moniteur" du 2 juillet 2004 et dans "Valeurs Actuelles" d'août 2004, sur les mesures en faveur de l'apprentissage annoncées dans le plan de cohésion sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. Laurent Hénart, secrétaire d'Etat à l'insertion professionnelle des jeunes, dans "Le Moniteur" du 2 juillet 2004 et dans "Valeurs Actuelles" d'août 2004, sur les mesures en faveur de l'apprentissage annoncées dans le plan de cohésion sociale.

Personnalité, fonction : HENART Laurent, LE ROUX Dominique, MADOUAS Fabrice.

FRANCE. SE à l'insertion professionnelle des jeunes

ti : Article paru dans LE MONITEUR

du 2 juillet 2004


Le 30 juin, Jean-Louis Borloo a présenté en Conseil des ministres son plan national de cohésion sociale. Laurent Hénart, secrétaire d'Etat à l'Insertion professionnelle des jeunes, détaille pour " Le Moniteur " le volet emploi de ce plan.

Le Moniteur (LM) : Quels sont les objectifs du plan emploi ?

Laurent Hénart (LH) : En finir avec la persistance du chômage des jeunes âgés de 16 à 25 ans sortis du système scolaire sans diplôme ni qualification. 40% sont sans emploi, et ce durant plusieurs années. C'est notre cible prioritaire et l'une des ambitions majeures du plan national de cohésion sociale engagé sous l'autorité de Jean-Louis Borloo. Nous nous sommes donné comme objectif d'accompagner 800 000 jeunes dans les 5 ans.

LM : Comment allez-vous faire pour accompagner ces jeunes ?

LH :Deux règles : tout jeune bénéficiera à la fin de son accompagnement d'un contrat de travail comprenant soit une formation alternée (contrat d'apprentissage ou de professionnalisation) soit une formation différée (dans le cadre du contrat jeune par exemple).

Seconde règle : chaque jeune bénéficiera d'un accompagnement individuel. Dès l'instant où il a défini son projet, un professionnel l'aidera et le suivra jusqu'au terme de la période d'essai suivant son embauche. Ce sera son référent. A côté des professionnels issus des missions locales, des agences locales pour l'emploi et des permanences d'accueil, d'informations et d'orientation (PAIO), nous allons lancer un plan de recrutement de 3000 personnes, notamment auprès de seniors qui ont une expérience en la matière. Chaque accompagnant pourra suivre une cinquantaine de jeunes maximum.

LM : Allez-vous de nouveaux contrats de travail ?

LH : Non, pas pour le secteur marchand. Nous optimisons les contrats existants que sont les contrats d'apprentissage, les nouveaux contrats de professionnalisation ou le contrat jeunes en entreprise. Ce dernier dispositif est bien accueilli par les entreprises : depuis 2002 il a permis 160 000 embauches, dont plus d'une sur cinq dans le BTP. Nous voulons le recentrer sur les jeunes sans qualification, en leur accordant, via le nouveau Dif (droit individuel à la formation), un droit accru à la formation.

LM : Les nouveaux contrats de professionnalisation s'appliquent bien le 1er octobre 2004 ?

LH : Oui. Nous avons simplement accordé un délai supplémentaire pour la signature de contrats de qualification, jusqu'au 15 novembre 2004. Les entreprises auront le choix durant six semaines entre les deux dispositifs. Là encore, notre souhait est que les partenaires sociaux, branche par branche, adaptent le contrat de professionnalisation aux jeunes sans qualification.

LM : Et l'apprentissage ?

LH : Nous voulons le développer avec Christian Jacob, ministre délégué aux Petites et moyennes entreprises, au Commerce et à l'Artisanat. Le projet de loi emploi contiendra des dispositions visant à améliorer les conditions de vie des apprentis (aide au logement, au

transport, création d'une carte d'apprenti). Nous voulons également améliorer les conditions d'accueil des apprentis dans l'entreprise. C'est vital si nous voulons diminuer le taux de rupture de contrats.

La loi prévoira un entretien de positionnement obligatoire avant l'embauche de l'apprenti, puis une évaluation pendant la durée du contrat à l'issue de celui-ci. Nous réfléchissons à un avantage fiscal pour les entreprises qui forment des apprentis. Cette aide sera assise sur le nombre d'apprentis formés. Enfin, en accord avec les partenaires sociaux, nous souhaitons revaloriser la rémunération des apprentis.
LM : Dans la fonction publique, vous créez un nouveau contrat ?

LH : Oui. Après consultation des trois conseils supérieurs de la fonction publique (Etat, territoriale et hospitalière), un projet de loi créera un parcours d'accès aux carrières de la territoriale et de l'Etat pour les jeunes de moins de 26 ans sans qualification : c'est le Pacte (Parcours d'Accès aux Carrières de la Territoriale de l'Etat) auquel Renaud Dutreil et moi-même travaillons.

C'est une adaptation du contrat d'apprentissage. Ce nouveau contrat d'une durée comprise entre un et deux ans, comprendra une période de formation en alternance à l'issue de laquelle le jeune pourra bénéficier d'une voie d'accès spécifique à la fonction publique sur la base de ses aptitudes professionnelles.

LM : Quand ces mesures entreront-elles en vigueur ?

LH : Nous allons présenter prochainement au Conseil des ministres le projet de loi mobilisation pour l'emploi qui sera discuté au Parlement à partir de cet automne ; pour autant certaines mesures relevant de la fonction publique obéissent à des contraintes particulières (la saisine de leur conseil supérieur respectif).


Propos recueillis par Dominique LE ROUX

(Source http://www.emploi-solidarité.gouv.fr, le 16 décembre 2004)


Entretien dans Valeurs Actuelles avec Monsieur Laurent HENART,
Secrétaire d'Etat à l'Insertion professionnelle des jeunes

Le (08/2004)


Valeurs actuelles (VA) : Pourquoi ce plan ?
Laurent Hénart (LH) : Pour trois raisons. D'abord pour favoriser l'emploi des jeunes : c'est l'une des priorités du plan de Jean-Louis Borloo. Or l'apprentissage est l'une des voies d'accès à l'emploi les plus directes et les plus sûres.
Ensuite, pour rapprocher l'offre de la demande d'emploi. Le paradoxe, c'est qu'il y a 2,5 millions de chômeurs et 400 000 postes ne sont pas pourvus, faute de candidats : trop de personnes sans boulot et trop de boulots sans personne ! On doit réduire l'écart en valorisant l'apprentissage.
Enfin, et surtout, parce que les entreprises nous le demandent. Elles veulent contribuer à la formation des jeunes parce qu'elles ont besoin de collaborateurs qui connaissent bien le monde du travail, et parce que la moitié des dirigeants d'entreprises (TPE, PME) ont plus de 50 ans : il leur faut préparer leur succession !

(VA) : Mais ça fait au moins trente ans que l'Etat essaie de valoriser les métiers manuels et techniques. N'est-ce pas surtout une question de mentalité ?
(LH) : C'est vrai, beaucoup de jeunes font encore ce choix par défaut. C'est pourquoi la loi de cohésion sociale prévoit un ensemble de mesures destinées à améliorer la vie des apprentis. L'idée, c'est de faire de l'apprenti un " étudiant des métiers ". Une carte nationale d'apprenti sera instituée, ainsi que des aides pour le logement et la mobilité.
Des séquences d'apprentissage dans d'autres pays de l'Union européenne seront proposées. Dans chaque région, sera créé un campus des métiers valorisant ces filières, du CAP au diplôme d'ingénieur. Enfin, pendant que le Parlement examinera ce texte, une négociation s'ouvrira avec les partenaires sociaux sur tout ce qui touche au contrat de travail, notamment sur la rémunération des apprentis : aujourd'hui, 25% du SMIC la première année pour les jeunes, ce n'est pas beaucoup...

(VA) : Et côté entreprises ?
(LH) : Pour elles, nous allons créer une incitation fiscale, qui sera fonction du nombre d'apprentis accueillis. Nous voulons encourager les entreprises de plus de cent personnes à porter le nombre d'apprentis à 2% de leur effectif.
Il faut aussi prévenir les ruptures de contrat, qui dissuadent les entreprises de reprendre un apprenti. D'une part en vérifiant par des entretiens et des tests qu'il y a bien concordance entre le projet du jeune et le métier choisi, d'autre part en resserrant les liens entre le CFA et le maître d'apprentissage, à qui sera proposée une formation pédagogique très courte, d'un jour ou deux.
Au total, l'Etat mettra 600 millions d'euros dans ce plan, notamment en incitation fiscale.
(VA) : Quel est le calendrier législatif ?
(LH) : La loi sera discutée au Parlement à l'automne car Jean-Pierre Raffarin veut qu'elle s'applique dès 2005.

(VA) : La meilleure solution pour que les entreprises embauchent, n'est-ce pas de créer les conditions de la croissance ?
(LH) : Sans doute, mais je vous ferai remarquer que nous avons connu une nette rupture de croissance en 2002 et 2003. Or, le nombre de contrats d'apprentissage est resté stable, ce qui veut dire que l'apprentissage est relativement à l'abri des ressacs de croissance. Il y a des entreprises et des branches qui ne trouvent pas de main-d'oeuvre.
Notre but, c'est que les ressources humaines soient au rendez-vous des carnets de commandes.

Propos recueillis par Fabrice MADOUAS

(Source http://www.emploi-solidarité.gouv.fr, le 16 décembre 2004)

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