Interviews de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale à France-Inter le 1er décembre 2004 et à RMC le 8, sur la loi de cohésion sociale, notamment le contrat de travail intermédiaire, les licenciements économiques et l'apprentissage. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale à France-Inter le 1er décembre 2004 et à RMC le 8, sur la loi de cohésion sociale, notamment le contrat de travail intermédiaire, les licenciements économiques et l'apprentissage.

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis, BOURDIN Jean-Jacques, PAOLI Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale

ti : France Inter le 1e décembre 2004

L'action conjuguée du ministère de l'Economie et de celui de l'Emploi, du Travail et de la Solidarité, comme le souhaitait hier H. Gaymard en prenant ses fonctions à Bercy, suffira-t-elle à contrer les effets de la baisse annoncée de la croissance pour 2005 ? L'OCDE, c'est-à-dire l'Organisation de Coopération et de Développement Economique, ramène à 2 % l'estimation de croissance pour 2005, là où le Gouvernement escomptait 2,6 %. Invité de " Question directe ", J.-L. Borloo, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Cohésion Sociale. Bonjour.

Oui, bonjour.

Q- Il n'y a aucune raison de changer de politique économique, disait hier matin monsieur Gaymard, et je vois que ce matin, monsieur Copé, le nouveau ministre du Budget dit la même chose. Et vous ?

R- Changer de politique économique, non, mais en revanche, qu'on modifie structurellement notre accès à l'emploi en France, des jeunes, 16/24 ans, le score le plus lamentable d'Europe, l'accès au logement est un élément majeur de la mobilité et du retour à l'emploi, changer complètement nos structures... Voyez, par exemple, dans ce pays, ou vous avez un boulot, vous êtes dans une boîte, ou tout d'un coup vous êtes au chômage. Je propose aux partenaires sociaux d'ailleurs que l'on invente un contrat de travail intermédiaire, à la fin des licenciements économiques, dans le cadre d'un processus de licenciement économique, où dans un bassin industriel donné, il y a une agence qui porte le nouveau contrat de travail pendant un an ou 18 mois, aux mêmes conditions de salaire qu'avant, que l'on puisse aller travailler dans une autre entreprise publique ou privée du secteur, on garde son salaire antérieur et on a une formation et une adaptation. On y travaille avec les partenaires sociaux. J'ai déclenché une mission avec un industriel, un représentant du Conseil Economique et Social, c'est tout notre rapport au travail et à l'emploi qui est à modifier. Vous savez, en France, même quand on avait 3 % de croissance, on avait plus d'un million de érémistes, on avait le taux de chômage des jeunes le plus élevé d'Europe et même le taux de chômage traditionnel n'a jamais été en dessous de 8,5 %. Nous avons un problème structurel, et ça, on peut le modifier, c'est en partie l'objet du texte aujourd'hui, mais pas seulement, et moi j'ai de gros espoirs sur les deux ou trois ans qui viennent. La France est un pays normal, qui doit rejoindre les taux de réussite de l'emploi des autres grands pays européens.

Q- Mais monsieur Borloo, le remaniement auquel on vient d'assister, est-ce que c'est un changement d'objectifs politiques ? Est-ce qu'il y a là, qui pourrait s'exprimer, une volonté, j'allais dire, plus sociale ? Au sein du Gouvernement, on disait toujours : " Borloo c'est le pôle social du Gouvernement "... Voilà que le nouveau ministre qui arrive à Bercy dit : " Moi je travaille avec Borloo ". Qu'est-ce que ça veut dire, politiquement ?

R- Cela veut dire d'abord que l'on se connaît bien, que l'on s'apprécie. Le ministre des Finances, H. Gaymard, il a une compétence absolument exceptionnelle, c'est une compétence internationale, comme d'ailleurs souvent les ministres de l'Agriculture en France, savent négocier au plan international. Vous savez que les problèmes des finances françaises sont très interdépendants ou dépendants de ce que l'on
appelle le G8, l'Euro Groupe, la zone euro, etc. Donc, il a cette compétence remarquable. Et deuxièmement, c'est vrai qu'il y a une génération. J.-F. Copé, moi je suis allé deux fois à Meaux voir le travail remarquable qu'il a fait là bas ; Copé, Gaymard, pour moi, c'est une autre génération... les choses se font spontanément, les regards sont communs, on se connaît depuis longtemps, et comme il faut réconcilier clairement l'économique et le social, il faut que Bercy et le ministère que je dirige, travaillent ensemble. Je vous donne un exemple. Structurellement, c'est inacceptable que l'on ait aussi peu de services à la personne. Inacceptable. On a le plus mauvais taux d'Europe. Là aussi, c'est un problème d'organisation, c'est un problème structurel, c'est un problème d'agrément, il faut que l'on travaille ensemble...

Q- Oui, alors, comment vous faites, parce que 2 % de croissance, ce n'est pas du tout la même chose que 2,6 % et quand les chiffres du chômage sont tombés hier, alors, pas trop mauvais, ça ne bouge pas trop, sauf que ce que l'on mesure, et d'ailleurs Le Secours Catholique n'a pas manqué de le faire, c'est qu'il y a de plus en
plus de précarité. Or, ce qui peut porter peut-être la croissance, c'est aussi la confiance des consommateurs.

R- Il va falloir que l'on sorte de cette idée que la croissance = l'amélioration de la situation sociale de ce pays. Ce n'est malheureusement pas vrai. En 20 ans ou en 25 ans, le PIB français s'est amélioré - je n'ai plus le chiffre, mais enfin - de manière absolument considérable. On a toujours, en gros, 4 millions de personnes hors jeu. Bon, donc la croissance c'est bien, il faut...

Q- Et de plus en plus hors jeu.

R- Et de plus en plus durablement. Vous savez quel est le taux de sortie du RMI, quand vous touchez ? C'est 6 %. C'est-à-dire que l'on n'en sort pas. Donc, c'est cette organisation française, qui date de l'après-guerre. En gros, notre organisation d'allocation chômage a été conçue à une époque où c'était un accident très provisoire, pendant une période de plein emploi, c'est ce modèle français là que nous sommes en train de remettre en cause, et quel que soit le taux de croissance... évidemment, je préfère qu'il soit le plus élevé possible, mais, fondamentalement, ce n'est pas là que se joue le taux d'emploi dans notre pays.

Q- Mais les marges de man¿uvre vous les trouverez où ? Quand par exemple vous avez des organisations de lutte contre le chômage aujourd'hui, ou même la CGT qui vous vital c'est le SMIC aujourd'hui ".

R- Eh bien on est d'accord.

Q- Qu'est-ce que l'on fait ? Est-ce que l'on remonte le RMI au niveau du SMIC ?

R- Nous proposons - c'est demain, je crois, que nous allons voter, enfin, l'Assemblée va voter - : proposition à tout érémiste français d'avoir non plus une petite allocation différentielle, mais un contrat de travail, qui s'appelle le contrat d'avenir, où vous serez payé au SMIC horaire, et pendant ce temps horaire vous faites quoi ? Un vrai travail en équipe, plus une formation. On met en place des maisons de l'emploi par bassin d'emploi en France, qui définissent les prévisions de besoins publics et privés. N'oubliez pas que l'on est face à un choc démographique majeur que personne n'a préparé. Donc on a des besoins entre un an et sept ans, majeurs. Un million et demi de personnes. On a des contrats d'avenir qui vont être proposés à toute personne au RMI et à l'ASS. Je dis tout de suite...

Q- Pas de baisse de l'ASS.

R- Non, mais bien sûr que non, mais c'est une augmentation, le contrat d'avenir. C'est plus. Je dis simplement, comme il faut bien encadrer et préparer les formations, nous le faisons, là, monter, par 250 000 par an, parce qu'il faut réussir la sortie de ce contrat. Donc on va proposer à toute personne - le concept de RMI inventé il y a 15 ans par M. Rocard, qui était à l'époque une avancée sociale, s'est retourné aujourd'hui ; ce n'est plus une avancée, c'est un véritable drame, c'est une trappe à pauvreté. Nous proposons un contrat d'avenir à chaque personne au RMI. Les gens iront à la mairie, ça sera signé par le maire, le département et l'Etat, il y aura un engagement réciproque des parties : temps de formation, temps de travail.

Q- Aujourd'hui, la réalité c'est à peu près quoi ? 4 chômeurs sur 10 sont indemnisés ? Quand la CGT vous dit : il faut renégocier les conventions UNEDIC, qu'est-ce que vous lui répondez ?

R- Ces quatre chômeurs sur dix ou cinq chômeurs sur dix sont indemnisés par le système d'indemnisation UNEDIC, la convention UNEDIC, le reste c'est par l'Etat, de fait, Etat ou département. Bon, mais c'est bien plus que ça. Je vous redis que notre système - nous sommes pratiquement les derniers à avoir - : je suis au travail, il y a une allocation, enfin il y a une taxe qui est payée, je ne suis plus au travail, je touche une indemnité. C'est pour cela que je propose, je vous redis qu'il y ait à la fin du contrat de travail un nouveau contrat de travail avec de la formation au moins pendant un an, parce que tout le monde sait qu'il y a des besoins dans le bassin autour, il faut mutualiser les compétences de l'ensemble des industriels, et il faut reformer les gens extrêmement vite avant qu'on retombe dans l'isolement de l'indemnité de chômage.

Q- Alors, c'est un point important, en effet, relatif au contrat de travail, maintenant il y en a un autre aussi qui pose une vraie question et qui renvoie d'ailleurs aux chiffres donnés par l'INSEE : le prix du logement... Une augmentation ahurissante, 70 %...

R- Mais vous savez qu'il y a toujours des raisons.

Q- Oui, non mais sûrement. Mais des réponses.

R- D'abord, avant d'avancer des réponses, il faut se poser la question des motifs. Quand, dans ce pays, excusez-moi de vous dire, pendant 7 ans on a produit deux fois moins de logements que ce qu'on sait être le besoin du pays - en 1999, depuis la guerre, on n'avait pas produit aussi peu de logements, 38 500 logements sociaux, c'est une honte ! C'est pour cela que l'on est en train de doubler, puis de tripler la production de logements parce que ça crée la rareté sur tous les bouts de la chaîne. Evidemment !

Q- Mais concrètement, qu'est-ce qui a déjà été fait, là ?

R- Actuellement, on est passé à 45 % d'augmentation, on a triplé les financements d'aide à la pierre, on a une convention avec la profession. Alors, il y a des tas de problèmes techniques, sur la taxe du foncier bâti, etc. Bon. On s'est mis en situation de tripler la production d'ici deux ans, on la double pour l'année prochaine, on a déjà augmenté de 40 % cette année. C'est incroyable la crise du logement dans laquelle on est. Du coup, les logements d'urgence on n'en sort pas ; du coup, puisqu'il y a plus de places dans les logements d'urgence, il y a des familles avec des enfants à l'hôtel, 11 000 chambres d'hôtel à Paris ! C'est toute la chaîne ... Il nous faut deux, trois ans, pour débloquer ça.

Q- Mais alors, comment, parce que c'est un beau titre que celui de " Cohésion sociale ". Comment vous allez ramener en ville tous ceux qui n'y sont plus, parce qu'ils ne peuvent plus y être, ils ne peuvent plus payer ?

R- Pour faire baisser le prix des logements, il faut, un, reconquérir les logements vacants, abandonnés, il y en a pour deux millions de logements vacants en France, deux millions. On a là un programme dans le plan de cohésion sociale de 200 000. Il y a une aide -, ça s'appelle l'ANAH, l'Agence Nationale de l'Amélioration de l'Habitat, à qui on donne de l'argent - pour racheter des logements, financer des logements en centre ville. Dans la ville de Valenciennes, on en avait 1 800 ; à Tarbes, il y en a 1 100 ; à Bordeaux, il y en a plus de 30 000. Vous savez, dans tous les centres ville français, il y a des logements qui sont abandonnés, qui sont vacants. Il faut les réhabiliter, ça coûte cher. Et deuxièmement, le triplement des moyens d'aide à la pierre pour financer la construction de logements neufs conventionnés. Et troisièmement, le quasi triplement de l'aide à l'accession populaire à la propriété, le nouveau PTZ + qu'a mis au point M.-P. Daubresse. Donc on est en train de... ce que l'on est en train de faire, là, sur le logement, probablement le plus grand programme de puis Haussmann, Loucheur et 54.

Q- Et sur combien de temps ?

R- En deux ans on aura des effets efficaces.

Q- Ce que vous aviez fait, et pourquoi ne pas le dire, et réussi à Valenciennes, vous l'aviez fait en combien de temps ?

R- J'avais mis plus de temps, parce que j'avais moins d'expérience et moins de pouvoir, en réalité, et pas d'argent du tout. On avait mis 5 ans.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 1er décembre 2004)

RMC Info le 8 décembre 2004

Q- J.-J. Bourdin : Dans quatre, cinq minutes, vous êtes à ma place. Ministre de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, et journaliste ce matin pendant une heure. Vous avez déjà été journaliste, je crois, dans votre jeunesse ?

R- Oui. Quand je faisais mes études, pour gagner ma vie. C'était sur une autre radio.

Q- J.-J. Bourdin : [...] Vous proposez la création d'un contrat de travail intermédiaire. Qui va en profiter ? Je résume - vous m'arrêtez si je dis des bêtises : "Les salariés licenciés économiques, qui conserveraient leur salaire pendant douze à dix-huit
mois ; ces salariés seraient accompagnés pour trouver un nouvel emploi, et seraient formés pour trouver rapidement du travail, ils ne basculeraient pas dans le chômage. Les agences locales de retour à l'emploi s'occuperont de ces salariés licenciés économiques". C'est bien cela ?

R- C'est exactement cela.

Q- J.-J. Bourdin : Le problème, c'est qu'en France, il y a beaucoup de CDD.

R- D'abord, sur la mesure qui a été proposée et qui, manifestement, a le soutien de la plupart des partenaires sociaux, l'idée c'est quoi ? Lorsque vous avez une entreprise qui, pour des raisons d'évolution des marchés, est obligée de faire un licenciement économique, la qualité des salariés n'est pas en cause, leur talent n'est pas en cause, leur compétence n'est pas en cause. On a une vieille idée en France que l'entreprise va les reclasser, va faire une proposition à 900 km ou en Chine, si malheureusement elle a délocalisé. C'est absurde. En réalité, au même moment, dans le bassin de vie, autour à 30 km, 50 km, il y a des besoins, des besoins publics, des besoins privés, dans le commerce. Bref dans le bassin de vie, il y a des besoins immédiats. Et donc l'idée, c'est simplement de faire en sorte que cette nouvelle agence qui va porter le contrat de travail propose et mette à la disposition des employeurs publics et privés du secteur ces compétences, immédiatement, en gardant le salaire antérieur et en proposant une formation pour s'adapter. Cela permet de faire un essai dans les nouvelles activités de moins de trois mois, de quatre mois, de cinq mois. Vous savez, beaucoup de grands pays nordiques ont fait cela. Le génie de la France, c'est que dès qu'on propose un truc d'un peu de bon sens, on commence par voir tout ce qui est compliqué, qui fait que cela n'arrête pas les autres problèmes de la société, au lieu de regarder pratiquement comment cela fonctionne.

Q- J.-J. Bourdin : C'est une mesure qui est très bien accueillie.

R- Oui.

Q- J.-J. Bourdin : J.-L. Borloo, toutefois, il y a beaucoup de CDD en France. Que faire ? Supprimer le statut de CDD ? Cela flingue le statut de CDD, si je puis dire ?

R- En aucun cas. On est là sur un contrat à durée déterminée de douze ou dix-huit mois pour permettre aux gens qui ont un savoir-faire de continuer à l'exercer. Cela va être excellent pour les entreprises du bassin, c'est excellent pour les salariés. Cela reste des moments de mutation compliqués. Par ailleurs, la France a beaucoup de CDD. Les CDD, c'est la réponse au fait que notre système est un peu rigide parfois et on passe par des CDD pour atteindre des CDI. C'est comme cela.

[...]

Q- Question de Louise, auditrice du Var, spécialiste du droit du travail : Je voudrais vous faire réagir sur les contrats d'avenir que vous créez. Ce sont des CDD, qui peuvent aller jusqu'à trois ans. Ils s'appellent étrangement les TUC, les CEC, qui sont devenus ensuite des CES... enfin tous ces petits contrats qui ont favorisé la précarité du travail, puisque ce sont des emplois très mal payés. Ils avaient également une contrepartie formation, mais on sait parfaitement que ces contreparties n'étaient pas respectées. Il me semble que vous faites du travail un but politique, statistique - il faut caser des gens ; statistiquement, il n'y a plus X personnes au chômage - et non un moyen d'élaborer des projets d'avenir pour ces personnes. La question que je voulais vous poser, c'est : comment peut-on voir le travail quand il devient un but politique et non plus un moyen pour des gens ?


R- Est-ce que vous me permettez de vous dire que les TUC, comme vous dites, les CES de l'époque, n'avaient pas prévu de formation, s'adressaient d'ailleurs à un public qui pouvait être de tous âges. Le contrat d'avenir, de quoi s'agit-il ? Il s'agit, pour des gens qui sont au RMI ou à l'ASS - donc c'est un public très ciblé ; vous savez que quand on est au RMI ou l'Allocation de solidarité, en réalité, on a beaucoup de difficulté à en sortir, parce qu'on n'est pas dans le flux d'activité, parce qu'on est chez soi, on est isolé bien souvent. L'idée c'est de proposer un vrai contrat de travail et non pas un TUC, avec une formation, ce qui n'était pas le cas des TUC et des CES, et avec une rémunération au SMIC, avec un temps de travail et de formation variable allant de 26 à 35 heures. Donc, on est sur un système qui n'a rien à voir avec le système passé, pour sortir de l'isolement, pour être au travail avec une équipe de travail. Et d'ailleurs, on a déjà des demandes extrêmement importantes pour ces contrats d'avenir. Ils dureront trois ans maximum, sauf pour les plus de 50 ans pour les quels ils pourront durer cinq ans. Et ils ont une vocation à durer moins que cela. On a déjà fait cette expérimentation - ce n'est pas sorti de mon chapeau - dans le nord de la France, où sur 2 200 contrats d'avenir, cela s'appelait les contrats Jérico, 67 % au bout de deux ans avaient trouvé un emploi définitif. Quand je dis "définitif", c'est ou dans le service public ou dans le privé. Donc, certes, ce n'est évidemment pas parfait, mais c'est, me semble-t-il ; beaucoup mieux que de rester chez soi ou au RMI... C'est une main tendue. Il y a un très gros travail d'accompagnement qui est mis en place, avec des formateurs, des référents - on recrute 7 500 référents. Il faut tirer les leçons du passé. Ce que vous évoquez, les TUC et tout cela, au moment où les gens les ont inventés, ils ont cru bien faire. Mais on tire les leçons. Le RMI, ce n'est pas un vrai contrat, on n'est en fait pas au travail, on n'est pas en équipe, et la rémunération est très faible. Voilà. On tire les conséquences et on dit : il faut un vrai contrat, il faut avoir un vrai travail, en équipe, être formé et avec une durée des revenus meilleure. C'est tout simplement du bon sens.

Q- Question d'Olivier, de l'Isère : Pour enchaîner avec la précédente auditrice sur les contrats d'avenir, ne pensez-vous pas qu'il manque l'intervention de professionnels dans ce domaine ? Clairement, est-ce qu'il ne serait pas beaucoup plus simple de faire intervenir des professionnels qui ont l'expérience, d'une classe d'âge de 30 à 40 ans, qui ont déjà une réussite professionnelle, de l'expérience et qui, eux, peuvent soutenir ces jeunes, les aider et passer une espèce de contrat de "coaching"... Tous les samedis et les dimanches, il existe des entraîneurs de football qui donnent de leur temps pour faire cela. Est-ce que cette solidarité ne peut pas exister en France ? Une forme de bénévolat. Donner 10 % de son temps au bénéfice des gens ? Moi, j'ai eu cette aide à 16/18 ans. On m'a sorti d'un échec scolaire...

R- Vous proposez donc la même chose et vous avez probablement raison. Sur l'alternance, l'apprentissage - parce que les contrats d'avenir, c'est un peu différent, c'est un peu pour les Rmistes - mais pour l'apprentissage, pour les jeunes en gros, on a plusieurs sujets : un, l'idée que c'est quand même par l'alternance : mi-temps en formation, mi-temps au travail dans une entreprise, ou avec un ébéniste, ou avec un serrurier, enfin des tas de métiers. Il faut savoir que c'est ce qu'il y a de plus noble. Aujourd'hui, la moitié des patrons français, c'est-à-dire des entrepreneurs sortent de l'apprentissage. Il faut savoir qu'en Allemagne, sur les 100 premières entreprises allemandes, plus de la moitié sorte également de l'apprentissage. En France, on a cette espèce d'idée que l'apprentissage, c'est quand on n'a pas réussi à faire sociologie à Nanterre. Tout cela est absolument ridicule. C'est là qu'il y a en plus les plus grandes capacités d'emplois. Il nous manque 500 000 repreneurs d'entreprises artisanales dans les trois ans qui viennent. Donc, j'appelle les jeunes Français à aller vers ces métiers, qui sont en plus, globalement, à moyen terme, plus rémunérateurs que les autres. On a un problème d'image. Vous avez voir une campagne qui démarre demain, dans toute la presse quotidienne régionale, où on annonce le programme des 500 000 apprentis. Vous pouvez vous adresser à la chambre des métiers, au CFA, à la mairie, au Conseil général, pour voir les 250 métiers qu'on peut faire. Mais deuxièmement, le système français est moins que le système allemand. On a 0,6 % alors que les Allemands ont 6 %. Dix fois plus ! On a besoin - vous appelez cela du "coaching" par bénévolat - mais d'une manière générale, d'une organisation. Les Allemands appellent cela les "contrôleurs" ; nous, on a les appelés les "référents". On est un peu plus souple, mais ce sont ces adultes qui accompagnent l'apprenti, depuis le premier jour, au centre de formation de l'apprenti, à l'usine, avec le maître d'apprenti - quel beau mot "maître d'apprenti" ! - et qui l'accompagnent tout au long, jusqu'à son diplôme et à sa première embauche. Donc, vive l'apprentissage ! On a un programme, là, de 500 000. Regardez la presse quotidienne régionale...Vous avez raison sur le bénévolat. De toute façon, la France est un pays de bénévolat.

Q- Christine, du Loiret : Je voudrais savoir où vous allez prendre le financement pour les futurs licenciés économiques, qui pourraient prétendre à une rémunération de leur salaire pendant un an ?

R- C'est dans l'hypothèse des licenciés économiques, ceux qui n'y sont malheureusement pour rien, qui ont donc du talent et des compétences... L'agence locale - si du moins le projet va à son terme - va prendre le contrat de travail de ces gens-là, au moment de leur licenciement de l'ancienne entreprise, elle va porter ce contrat de travail et cette agence va proposer aux entreprises du secteur ces compétences-là. Vous êtes serrurier, par exemple... Dans bien des cas, il y aura du travail dans le bassin pour ce serrurier, et l'agence va facturer cette prestation à ceux qui en ont besoin, en l'occurrence l'hôpital ou une grande entreprise ou une PME, puisque les gens seraient immédiatement disponibles. Donc, ça va être une ressource de l'agence. Mais ce ne sera probablement pas suffisant. Il y aura deux compléments : il y aura évidemment une partie des fonds Unedic, puisque l'Unedic aurait payé des indemnités de chômage s'il n'y avait pas eu l'agence. Donc, il est normal qu'elle y contribue un peu. L'entreprise, qui avait licencié - ces entreprises ont des obligations de reclassement, donc, à ce titre-là - va mettre un petit peu la main à la poche. Et puis, s'il y avait un besoin complémentaire, ce sera l'Etat. On va faire tourner ce modèle pendant quelques mois pour voir exactement où on en est. Evidemment que le résultat n'est pas le même si on a 80 % de taux de réussite ou que 50 %. Mais enfin, vous voyez que, globalement, quand on utilise bien les compétences dans ce pays, ça fonctionne. Ce n'est jamais des systèmes ruineux.

Q- Christine : L'idée est très bonne, monsieur le ministre, mais ce qui me fait un tout petit peu peur, c'est qu'on radie abusivement des gens pour récolter des fonds...

R- Là, on n'aura pas à les radier, puisqu'ils n'y seront pas inscrits.

Q- Christine : Non, mais des gens qui y sont déjà inscrits, qui sont déjà poursuivis par les contrôles, pour désengorger un petit peu et c'est cela qui me fait peur... Vous m'avez rassurée en me disant que les ANPE deviendraient en quelque sorte...

R- En fait, les gens ont du talent. Dans un bassin de 500 000 personnes, on trouve forcément des gens qui sont en pleine forme, qui retrouvent un boulot rapidement par l'agence. On va y parvenir. Moi, je n'ai pas beaucoup d'inquiétude. Vous savez, cela fonctionne très bien en Norvège. Cela fonctionne un tout petit peut en Italie... Il n'y a pas de raison que cela ne fonctionne pas en France. Nous, on a un système brutal : Hop ! On est licencié, boum ! On se retrouve au chômage et on ne voit plus personne, le téléphone arrête de sonner.

Q- Christine : L'idée est très bonne... Une petite question : pourriez-vous intégrer dans ce plan la ré-humanisation des ANPE ?

R- Bravo ! Ecoutez, d'abord, deux choses. Un, l'évolution de l'ANPE est formidable depuis des années. J'étais l'autre jour dans celle de Lyon centre, par exemple. Des efforts magnifiques ont été faits par les ANPE. Néanmoins, c'est insuffisant. On va financer, là, des maisons de l'emploi pour chaque grand bassin. Et mon rêve, c'est que cela ressemble à une très belle médiathèque : on arrive, il y a [la présentation] des métiers, découvrir les 200, 300, 400 métiers qu'il y a dans le bassin auxquels on ne pense pas forcément quand on est soit en activité, ou traumatisé par un licenciement, ce qu'on peut bien comprendre. Donc, vous arrivez, vous êtes accueilli comme dans une magnifique médiathèque, puis après, il y a l'ANPE à côté, il y a le dossier unique pour les Assedic, il y a la Chambre des métiers ; comment monter sa propre affaire, les chambres de formation. Bref, découvrir tout cela... Il faut que ces lieux soient des lieux de la reconstruction personnelle et pas seulement de l'information administrative. Les gens de l'ANPE ont fait de telles révolutions dans les années qui viennent de se passer qu'il faut qu'on les soutienne. Ils auront toute leur place dans ces maisons de l'emploi. Vous avez raison : il faut humaniser à mort à ces moments de notre vie.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 décembre 2004)

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