Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer, à "France 2" le 9 décembre 2004, sur les mesures prises par le gouvernement pour réduire le nombre de victimes de la route et sur l'aide au transport ferroviaire, notamment en développant les lignes à grande vitesse et le transport de marchandises. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer, à "France 2" le 9 décembre 2004, sur les mesures prises par le gouvernement pour réduire le nombre de victimes de la route et sur l'aide au transport ferroviaire, notamment en développant les lignes à grande vitesse et le transport de marchandises.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer

ti : Q- On connaît les chiffres de la sécurité routière, qui sont plutôt meilleurs que l'an dernier mais vous n'arrivez pas totalement à l'objectif de réduire à 5 000 le nombre de morts.

R- On avait une petite crainte au mois d'octobre, les résultats étaient en demi teinte. Et puis au mois de novembre, c'est franchement bon, c'est presque moins 10 % du nombre de tués, alors que sur le mois de novembre 2003 était un mois excellent avec moins 29 %. Donc, moins 29 et moins 10, c'est donc exceptionnel. Malgré cela, va-t-on arriver à l'objectif des moins de 5 000 morts ? Cela va être très, très difficile.

Q- On revient de loin ! On était à 8 000 morts par an.

R- On était à 8 000 et aujourd'hui, on peut dire que chaque jour qui passe c'est neuf tués de moins sur les routes. C'est déjà très encourageant pour les Français qui ont fait des efforts. J'espère qu'ils vont les poursuivre pour passer la barre de 5 000 et peut-être être à 4 000/4 500 l'année prochaine.

Q- Décision aussi pour ce qui concerne les sanctions sur les excès de vitesse : elles seront modulées. Quel est le but ? De montrer que tout nouveau dispositif répressif n'est pas simplement pour faire entrer des PV supplémentaires ?

R- Il y a eu deux changements importants depuis un mois : d'un part, c'est l'allumage des feux de croisement ; je pense que c'est pour quelque chose dans les bons résultats du mois de novembre. La deuxième mesure que l'on a prise, c'est de moduler les sanctions en fonction de la gravité des infractions. On nous reprochait de ne faire que de la répression, ce qui était faux, mais on faisait de la répression et on en fait toujours. Mais on trouve injuste, quand on avait fait un dépassement de 40 km/h d'avoir la même sanction que quand on fait un dépassement de 10 km/h. Maintenant, on a pris une décision : pour moins de 20 km/h de dépassement, la sanction est de 45 euros, mais si on fait un dépassement de plus de 50 km/h, c'est un très grand excès de vitesse et ça peut aller jusqu'à 1 500 euros, ça peut aller jusqu'à la confiscation du véhicule et c'est six points de moins sur le permis de conduire. Cela veut dire que celui qui a un permis probatoire, c'est-à-dire qui vient d'avoir son permis, il le perd d'un seul coup s'il faut un excès de vitesse de 50 km/h. Vous voyez, c'est une sanction proportionnelle à la gravité de la faute. On pense qu'elle sera mieux acceptée parce que c'est plus juste, c'est plus équitable et si c'est mieux accepté, ce sera mieux respecté.

Q- Cela va-t-il s'accompagner d'une sorte de lissage des limitations de vitesse ? On voit que dans certains coins, entre un carrefour et un tunnel on passe de 50 à 70, et parfois, les automobilistes se sont plaints et disent ne pas bien comprendre pourquoi tout n'est pas absolument harmonisé.

R- Vous avez raison, si on veut bien faire respecter les limitations de vitesse, il faut que ces limitations soient conçues pour être comprises par les conducteurs. Et donc, au fur et à mesure, les directeurs départementaux de l'équipement, sous l'autorité des préfets, vérifient chacune des limitations de vitesse selon chaque proportion de route de façon à ce qu'il n'y ait pas d'anomalie et que la logique entraîne le respect.

Q- Autre question concernant les radars : il semble qu'un certain nombre de PV ne soient pas payés...

R- C'est vrai, encore...

Q- Parce qu'il a des motards qui ne sont pas identifiés, faute de plaques et les automobilistes étrangers, c'est ça ?

R- D'abord, il faut savoir qu'il n'y a plus d'indulgence mais il y a des automobilistes qui se font flasher et donc on ne connaît pas les adresses parce que ce sont des plaques étrangères. Par exemple, dans les Conseils transports qui réunissent les ministres des Transports en Europe...

Q- Vous y allez cet après-midi à Bruxelles, c'est le premier Conseil transport avec le nouveau commissaire français...

R- Avec J. Barrot. C'est évidemment une grande retrouvaille dans ses nouvelles fonctions. Je m'en réjouis vivement. Je suis sûr qu'il va donner, comme d'habitude, le meilleur de lui-même. On va aussi discuter de la façon dont on peut sanctionner les automobilistes étrangers qui viennent faire des excès de vitesse en France, ou les Français qui font des excès de vitesse à l'étranger. Aujourd'hui, on n'a pas les fichiers, il y aura des conventions pour échanger les fichiers, de façon à ce que tout le monde soit logé à la même enseigne. On a vu qu'il y avait quelques excès d'automobilistes étrangers en France, qui faisaient du 210 sur les autoroutes. Ou bien on les prend sur le fait, avec des gendarmes qui sont sur le bas côté et là, on peut leur confisquer les voitures, ou bien, si ce sont les radars automatiques, il faut savoir qu'aujourd'hui - mais cela ne va pas durer - ils ne recevront jamais la sanction.

Q- J'imagine qu'il y aura d'autres sujets à ce Conseil européen des ministres des Transports ?

R- Il y aura dans la domaine de la sécurité routière encore tout ce que est harmonisation des permis de conduire, par exemple, mais il y a aussi dans le domaine ferroviaire tout ce qui touche à la sécurité des transports, parce qu'il va y avoir sur les lignes françaises de trains étrangers, notamment du fret ferroviaire - c'est le deuxième paquet ferroviaire. Mais aussi dans le domaine aérien, le statut et le savoir-faire des personnels de cabine par exemple, va être évoqué. Il y a beaucoup d'autres sujets qui passent dans une journée...

Q- Qui vont évidemment dans le sens de l'harmonisation ?

R- Dans le sens de l'harmonisation, la coordination, la cohérence bien sûr, et souvent pour chercher ensemble une meilleure sécurité, par exemple, la sécurité maritime, la lutte contre la pollution. Vous savez que la France et l'Espagne sont à l'origine de très grandes initiatives pour que soient sanctionnés les bateaux pollueurs. On veut étendre cela à toute l'Europe, et que l'Europe étende cela à l'ensemble du monde.

Q- Hier, vous faisiez le bilan du CIADT qui s'est tenu il y a un an, en expliquant que vous alliez rééquilibrer un peu les transports, parce que l'on estime à 50 % l'augmentation du trafic sur notre territoire...

R- Dans les vingt ans. Dans les 20 ans, il y aura 50 % de trafic. Où va-t-on
les mettre ?

Q- Pas sur les routes, pas seulement ?

R- Le moins possible sur les routes. Jusqu'ici, le Gouvernement précédent parlait sans arrêt du fret ferroviaire, des transports propres, et finalement, n'a rien fait dans ce domaine-là. Nous, on veut reconquérir le fret ferroviaire. On veut vraiment que les canaux fluviaux servent et depuis deux ans ou trois ans, on voit le chiffre d'affaires du transport fluvial qui monte. On veut faire des autoroutes maritimes sécurisées et dans le CIADT du 18 décembre 2003, il y a 75 % des nouvelles infrastructures décidées et financées qui seront des infrastructures propres : du ferroviaire, du fluvial, du maritime.

Q- Y aura-t-il de nouvelles lignes à grandes vitesses ?

R- Beaucoup de lignes à grande vitesse. Auparavant, on en faisait une et on attendait que cela soit terminé pour en faire une seconde. Maintenant, il va y avoir plusieurs lignes à grande vitesse construites ensemble. Bien sûr, Bordeaux, Rennes, Rhin-Rhône. De nouvelles lignes sont également mises à l'étude, comme par exemple Poitiers- Limoges - très important Poitiers-Limoges. Et puis Paris-Londres direct, en passant notamment par Amiens, parce qu'il est normal de ramener Londres à deux heures de Paris et réciproquement, pour pouvoir, entre ces deux grandes capitales nationales, avoir des moyens tout fait performants de transport.

Q- Les agents de la SNCF sont un peu inquiets. Il y a un appel à un mouvement de grève le 9 janvier...

R- Ils sont inquiets parce qu'ils se demandent si le Gouvernement va vraiment pouvoir mettre les 800 millions d'euros pour le fret ferroviaire car c'est vrai que les règles communautaires ne le permettent pas automatiquement. Mais je les ai rassurés, on est en train d'agir à Bruxelles pour cela. Il faut que les cheminots sachent qu'on va aider à hauteur de 1, 47 milliards la SNCF, notamment le fret ferroviaire, ce qui n'est jamais arrivé dans l'histoire de la SNCF.

Q- Certains se sont émus du I-TGV, accessible aux internautes. Ils y ont vu l'amorce de privatisation de la SNCF...

R- Rien de tout cela, au contraire. Ce sont de nouveaux produits qui permettent à la SNCF d'être plus attractive encore, de gagner des parts de marché, de développer cette entreprise. C'est au contraire, au travers de mesures comme celle-là que l'on pérennise les emplois à la SNCF et qu'on leur assure un développement.

Q- F. Bayrou propose que les mandats présidentiels ne soient pas renouvelables ; il n'y en aurait que deux, pour dire les choses simplement, et qu'un président de la République ne puisse pas se présenter pour un troisième mandat. Que pensez-vous de cette suggestion ?

R- Vous me gênez un peu parce que je ne suis pas tout à fait de cet avis-là. Si cette mesure existe, elle existe aux Etats-Unis. C'est vrai qu'aux Etats-Unis, par exemple, on ne peut pas se représenter plus de deux fois. Résultat : on élit Bush alors que Clinton aurait été réélu s'il avait pu se représenter. Donc, c'est plutôt une culture américaine qui fait qu'on limite le nombre de mandat. Je crois, au contraire, qu'en France, qui est vraiment le berceau de la démocratie, on laisse les électeurs choisir. Et si les électeurs estiment que celui-là est trop jeune, que celui là a fait trop de mandats, que celui-là n'a pas la capacité, c'est à l'électeur de choisir. Mais au nom de quoi des élus parlementaires, pas exemple, décideraient par une loi d'interdire dans tel ou tel cas à quelqu'un de se représenter ? Autant que ce soit l'électeur, directement, qui fasse son choix le jour où il vote.

Q- On peut imaginer en effet, qu'un Président puisse faire trois quinquennats s'il en a envie ?

R- Mais bien entendu, s'il en a envie et si les électeurs lui font confiance. Il se trouve que c'est l'électeur qui doit toujours avoir le premier et le dernier mot pour choisir son Président.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 décembre 2004)

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