Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer, à "RTL" le 21 décembre 2004, sur les mesures prises par le gouvernement contre l'insécurité routière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer, à "RTL" le 21 décembre 2004, sur les mesures prises par le gouvernement contre l'insécurité routière.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer

ti : Bonjour G. de Robien.

Bonjour J.-M. Aphatie.

Q- On va improviser ce début d'interview. Christine Clerc, chiffres à l'appui - c'était assez convainquant - dit "l'insécurité, ça n'a pas été réduit", alors que c'était le thème de campagne de J. Chirac. Quand on est ministre du Gouvernement, comment on ressent cet édito ?

R- Je ne suis pas tout à fait d'accord. C'est vrai que l'horreur des crimes de cette semaine, enfin de ces derniers jours, a tendance à nous montrer que véritablement, il y a beaucoup d'agressivité et ce sont des actes tout à fait exceptionnellement horribles. Mais, je crois que la délinquance sur la voie publique a quand même diminué, c'est-à-dire toutes les petites agressions dans la rue, dans toutes les villes. On a parlé des vidéos, on a parlé de la présence des polices nationales, des polices municipales, de la gendarmerie... Tout ça a fait qu'on se promène quand même plus facilement dans la rue avec moins d'appréhension. Deuxièmement, je voudrais quand même dire que les Français ont fait beaucoup d'efforts pour baisser, aussi, la délinquance routière.

Q- Ca, c'est une autre forme de délinquance...

R- C'est une forme d'agressivité, c'est une forme de délinquance qui a fortement baissé, parce que les Français se sont pris par la main, se sont raisonnés et, aujourd'hui, les victimes sont beaucoup, beaucoup moins nombreuses.

Q- Est-ce que l'idée ne va pas s'installer que ce Gouvernement, comme d'autres, hélas a échoué sur ce terrain très sensible ?

R- Avec les deux exemples que je vous ai donnés, non. Il y a véritablement moins, aujourd'hui, de violences, généralement, même s'il y en a encore beaucoup trop. Et je pense qu'on peut encore faire des progrès. Il y a encore des marges de progrès.

Q- Une autre question : sommes-nous prêts à faire face aux intempéries ? Cette question était à la Une de RTL ce matin. On se souvient des 60 km de bouchons, il y a à peu près...

R- ... au mois de janvier 2003...

Q- ...deux ans, c'est ça, c'était sur l'autoroute A 10. Vous étiez sur le terrain, hier dans l'Essonne, G. de Robien, pour vérifier, que les services de l'Etat sont prêts à faire face au verglas, à la neige ?

R- Les services de l'Etat et aussi le partenariat entre les services de l'Etat et les sociétés d'autoroute. Parce qu'il est très important qu'ils travaillent ensemble. Au mois de janvier 2003, c'est vrai qu'une société d'autoroute, qui avait, peut être, insuffisamment informé d'abord, les gens des dangers qu'ils prenaient en allant sur l'autoroute. Et une fois qu'ils étaient sur l'autoroute, les gens étaient privés d'une information en temps réel pour savoir comment sortir, ou dans combien de temps ils pourront sortir. Et on a tous tiré les conséquences de ça - y compris d'ailleurs la société d'autoroute - de façon extrêmement positive. Et de cette épreuve, on en a fait au contraire, des recettes, j'allais dire, pour que ça n'arrive pas de nouveau. Evidemment, devant les intempéries, on peut être un jour, quand même, désarmé, parce qu'il y a intempérie et intempérie ; il y a des cas de force majeure. Mais aujourd'hui, il y a un bon partenariat entre les services de l'Etat, c'est-à-dire de l'Equipement, et je voudrais vraiment que l'on fasse très attention à cet évènement-là, que les services de l'Equipement travaillent très bien avec les sociétés d'autoroute. Ce sont souvent des services auxquels on ne fait pas très attention sur le bord des routes, qui prennent beaucoup de risques, aussi. Il y a eu l'année dernière, dans les Yvelines, un agent de l'Equipement qui a été tué par un automobiliste, qui l'a fauché alors que l'agent de l'Equipement était en train de porter secours à une voiture accidentée. Donc, ce sont des gens extrêmement dévoués, qui ont travaillé toute cette nuit, encore, et qui par le salage, par le sablage, par des mises de barrières, des mises de signalétiques, font un travail tout à fait extraordinaire. Je peux vous dire que les progrès de coordination, une nouvelle organisation par zone de défense, devraient permettre d'avoir une bien meilleure efficacité qu'il y a deux ou trois ans.

Q- Donc, les crises ça sert parfois à quelque chose, on en tire des leçons ?

R- Il faut en tirer des leçons, parce que sinon on attend la suivante de façon passive. On en tire des leçons, on essaie à chaque fois de s'améliorer. La même chose pour Météo France, qui a fait d'énormes progrès scientifiques et qui, aujourd'hui, prévoit mieux, prévoit plus juste, et peut donner des alertes qui sont mieux calibrées.

Q- La semaine dernière, dans le Parisien, J.-P. Delevoye, médiateur de la République, a poussé un "grand coup de gueule" - ce sont les mots qu'il a lui-même choisis - contre un système de recouvrement, je le cite "des amendes trop compliquées et même illégales dans certains cas". Allez-vous chercher à comprendre les raisons de ce coup de colère, G. de Robien ?

R- Oui, je crois que ça part d'un bon sentiment, d'une bonne idée. J.-P. Delevoye constate, notamment, pour les amendes de stationnement. Il a raison, il y a beaucoup d'amendes qui ne sont pas payées. Lorsque vous faites des réclamations, semble-t-il, il y a des réclamations qui ne sont pas prises en compte. Donc, il demande - c'est un "coup de gueule", je crois que c'est comme ça qu'il l'appelle - il demande qu'on simplifie les procédures de recours lorsqu'on reçoit une amende et qu'on estime qu'elle est vraiment injuste.

Q- Soutenez-vous sa demande et les choses vont-elles changer ?

R- Je crois qu'on peut toujours simplifier, qu'on peut toujours donner au citoyen des possibilités de recours lorsqu'une amende est vraiment, vraiment injuste. Il ne faut pas abuser d'un système qui fait...

Q- ...on peut, mais est-ce qu'on va le faire ?

R- Oui, on va le faire.

Q- L'Etat va modifier ses pratiques ?

R- On va voir s'il est possible de modifier les pratiques. Seulement, il ne faut pas donner non plus l'impression aux gens, par démagogie - et c'est pas le cas de J.-P. Delevoye, mais ça pourrait être une pensée secrète de beaucoup d'auteurs d'infraction - en disant "ah bien si on me donne des moyens de poser un recours, je ne vais plus payer mes amendes". Je crois que quand on est citoyen, le réflexe citoyen c'est d'accepter la conséquence de l'infraction qu'on a commise.

Q- l'avis à tiers détenteur qui permet au fisc de bloquer les comptes des gens qui n'ont pas payer des amendes. Il dit "ça c'est illégal, parce que, voilà c'est réservé à ceux qui ne paient pas d'impôt et ça n'a rien à voir avec les amendes".

R- Eh bien, dans un Etat de droit, il doit y avoir des modes de recours devant des pratiques illégales de la part de l'Etat. Vous avez le Tribunal administratif et vous avez la Cour de cassation.

Q- Mais enfin, ce serait mieux que l'Etat ne se mette pas dans l'illégalité, ce serait beaucoup plus simple.

R- Tout à fait, je partage votre pointe de vue.

Q- Est-ce que vous en avez discuté avec votre collègue de Bercy, votre collègue de l'Intérieur, pour que les choses changent, ou est-ce que voilà, ce matin, au micro, vous faites des réponses qui, au fond... bon, ne vous engagent pas beaucoup ?

R- Non pas encore, parce que d'abord, c'est le problème effectivement du ministre de la Justice, du ministre de l'Intérieur. Mais je demande que d'y participer. Nous aurons certainement un Conseil interministériel de la Sécurité routière dans quelque temps. Mais aujourd'hui, je m'attache à ce que, par exemple, les radars automatiques puissent être installés d'une part, que les amendes qui sont envoyées soient le plus justes et vraiment vérifiées au niveau de la netteté de l'image par exemple, et que, notamment, les 30 ou 40 % des gens qui échappent justement à l'envoi de cette sanction, parce qu'ils ont des plaques étrangères par exemple, eh bien, n'échappent plus, justement, à cette exonération et je passe des conventions avec les pays voisins. Alors vous voyez, chacun dans son domaine, on essaie de faire au mieux pour qu'à la fois dans un Etat de droit, la loi soit appliquée et que la sanction soit équitable c'est à- dire juste et appliquée à tous...

Q- ...que la loi soit appliquée et que l'Etat respecte la loi.

R- ...Et bien entendu, que l'Etat montre l'exemple pour respecter la loi.

Q- Il y a du boulot. De qui vous vous sentez le plus proche, G. de Robien : de J. Chirac qui assure que la Turquie a une vocation européenne ou de F. Bayrou, président de l'UDF, votre parti, qui disait à ce micro, jeudi dernier, sa colère de voir J. Chirac décider d'ouvrir les négociations pour l'adhésion de la prochaine.

R- Je ne comprends pas la colère quand on ouvre des négociations. Quand on ouvre des négociations, il est bien clairement exprimé que cette ouverture de négociations ne préjuge en rien de ce qui se passera dans dix ou quinze ans. Deuxièmement, c'est le peuple français qui aura le dernier mot, car le peuple français sera appelé à se prononcer. Mais je ne suis pas trop d'accord pour dire à l'avance, quinze ans à l'avance, "non ce pays ne sera pas dans l'Europe". Si on avait dit ça, il y a 25 ans, à propos de l'Union Soviétique, est-ce qu'on aurait imaginé un moment qu'une partie de l'Union Soviétique ferait partie de l'Union Européenne. On aurait dit, il y a 25 ans, attendez c'est l'Union Soviétique, surtout pas eux ! Il se trouve qu'elle s'est disloquée, qu'elle s'est amendée, je vais dire ça comme ça, qu'elle a évolué et que une grande partie de l'Union soviétique fait maintenant partie de l'Europe, et ça nous semble naturel. Alors, je sais bien que sur le plan géographique, il ne faut pas confondre la Lettonie avec la Turquie, mais c'est la limite, et la limite dedans ou la limite dehors ? Moi, je suis, en tout cas, réservé aujourd'hui, et je suis ouvert pour l'avenir.

Q- F. Bayrou est trop nerveux ? Il a des arrière-pensées ?

R- Pas du tout, F. Bayrou il a raison d'exprimer ses points de vue, surtout
comme président d'une grande famille qui a toujours été à la pointe de
l'avancée européenne.

Q- G. de Robien, qui ne veut se fâcher avec personne, était l'invité de
RTL.

R- Mais pourquoi voulez-vous qu'on se fâche toujours.

Q- Parce que c'est rigolo ! Bonne journée.

R- Moi, ça ne m'amuse pas, je préfère rassembler !

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 21 décembre 2004)

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