Interview de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, à France 2 le 17 janvier 2005, sur la lutte contre la violence, l'opération de contrôle policier dans les établissements secondaires, son appel à la "sécurité citoyenne" et la lutte contre l'immigration clandestine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, à France 2 le 17 janvier 2005, sur la lutte contre la violence, l'opération de contrôle policier dans les établissements secondaires, son appel à la "sécurité citoyenne" et la lutte contre l'immigration clandestine.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

ti : QUESTION : Avec Dominique de Villepin, ce matin, nous allons parler de la sécurité intérieure. Les chiffres de la délinquance ont été publiés, avec une délinquance globalement en baisse - moins 3,7 % en 2004, moins 8,4 % sur la voie publique -, mais ce qui vous satisfait un peu moins, c'est que la violence aux personnes diminue mais pas beaucoup, 0,2 %.

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Oui, c'est un chiffre de moins 0,25 %, c'est encore très insuffisant. C'est une tendance. Cela demande que nous parvenions à inverser cette tendance, cela reste très fragile, et il faut faire beaucoup mieux et en particulier je veux donc m'attaquer aux personnes les plus vulnérables, essayer de les préserver davantage.

QUESTION : Par exemple ?

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Par exemple, les enfants, par exemple, les femmes. Les violences conjugales restent une grande source de préoccupation, et également les personnes âgées. Il faut le faire là où elles sont les plus menacées.

QUESTION : On se souvient qu'il y a une opération devant les portes des lycées...

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Sécurisation des écoles.

QUESTION : ...où on a fouillé les cartables. Cela marche-t-il, est-ce bien accueilli, cela donne-t-il des résultats ?

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Une très grande majorité de Français - près des trois-quarts des Français - comprennent le sens de ces opérations et les soutiennent. Ma conviction, c'est qu'il n'y a pas de sanctuaire, il n'y a pas de lieu où la sécurité ne doit pas s'exercer, surtout quand il s'agit, une fois de plus, de ceux qui sont parmi les plus vulnérables dans notre société. Et cette opération avait montré, puisque nous avions retrouvé un certain nombre d'armes blanches, de drogue...

QUESTION : Les enfants, dans les cartables, pour aller à l'école, ont des couteaux... ?

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : ...avaient des couteaux, des barrettes de shit. Il est donc important que chacun connaisse la règle car trop souvent, nous le constatons, les enfants nous disent : "mais nous ne savions pas ; je ne dealais que du shit". Ce sont des comportements qui sont inacceptables, ils doivent savoir quelle est la règle. Alors même que cette opération était connue par avance, on a vu qu'il y avait malgré tout un certain nombre d'infractions. Nous continuons au quotidien des actions, discrètement, en partenariat avec l'Education nationale, tout cela fait partie d'un protocole avec F. Fillon. Et nous voulons donc le faire au quotidien pour nous assurer que les abords des écoles, les trajets scolaires, parce que les transports en commun pour les enfants, pour l'ensemble de nos concitoyens, sont une source de soucis. Nous avons fait beaucoup fait beaucoup de progrès à Paris et en Ile-de-France avec le Service régional des transports en commun d'Ile-de-France. Et nous allons dans les grandes villes créer ce même type de service régional, ou de service urbain, de façon à pouvoir lutter plus efficacement contre cette violence.

QUESTION : Vous en appelez à "la sécurité citoyenne", c'est une sorte de réflexe de bon sens qui fait que, quand on voit un gamin "y aller un peu trop fort", lui dire : "allons, ce n'est pas bien". Mais aujourd'hui, où tout est judiciarisé, le citoyen Lambda ne se dit-il pas : je n'y vais pas parce que le père ou le grand frère... va intervenir, pour dire que je me mêle de ce qui ne me regarde pas" ?

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : La principale violence à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui, c'est ce que certains appellent une violence ordinaire : c'est un passage à l'acte, c'est une désinhibition que l'on rencontre...

QUESTION : La vieille dame que l'on bouscule, le gros mot...

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : En particulier, mais qui peut aller beaucoup plus loin. Parce qu'il y a plusieurs facteurs qui se conjuguent : il y a d'abord le sentiment du virtuel, l'Internet, la télévision, tout ceci donne le sentiment que ce n'est pas grave et que cela se fait, et la confrontation à ces images violentes créent un phénomène mimétique. Il y a donc une perte de repère, il y a une perte du sentiment de l'autre, il y a le désir de l'autre, et la consommation de l'autre, ce qui explique un certain nombre d'agressions sexuelles, de comportements irrespectueux. Tout ceci doit être clairement cadré. La vigilance, l'explication, le repère. Nous avons aujourd'hui une gamme de moyens, à la fois judiciaires et policiers, qui nous permet d'essayer de corriger cela. Mais ce qui est certain...

QUESTION : Et que chacun le fasse à son...

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Chacun doit le faire à son niveau. Ce qui est certain, c'est que l'on ne peut pas s'habituer à une société où cette violence a tendance à augmenter.

QUESTION : Et où on tourne la tête quand on voit des situations comme cela ?

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Absolument. Restons malgré tout dans la réalité des choses : c'est que la France est un pays moins violent que la plupart de nos voisins - l'Allemagne, l'Angleterre, les Pays du Nord - ; nous restons un pays moins violent mais nous devons faire bien davantage, et c'est le sens de la mobilisation qui est la nôtre, y compris contre le développement du crime organisé.

QUESTION : Du terrorisme.

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Le terrorisme, vous avez raison, les grands trafics - trafic de drogues, d'êtres humains. Tout ceci appartient finalement à la même famille, ce sont des réseaux qui s'organisent avec une grande clé, c'est la recherche de l'argent, l'exploitation de l'argent, et l'utilisation de toutes sortes d'individus, jeunes et moins jeunes, pour essayer justement de développer ces filières.

QUESTION : Et vous avez notamment démantelé le groupe islamique combattant marocain, le GICM...

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Le GICM, absolument.

QUESTION : ...qui avait organisé les attentats terribles de Madrid.

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Et qui sont liés à Al Qaïda. C'est pour la France une partie importante. De la même façon en Corse, nous avons contribué à agir très efficacement contre le FLNC-Union combattants, ou encore contre une organisation raciste, "Icon Vicini Corsi" (phon.). Donc, nous marquons des points. Mais c'est évidemment des menaces qui demandent beaucoup de vigilance.

QUESTION : J'ai découvert avec stupeur, je ne vous le cache pas, que vous aviez annoncé qu'il y aurait une fusion des fichiers entre la gendarmerie et la police en 2010. Et moi, bêtement, je pensais que cela était déjà fait. Je pensais qu'il allait de soi que tous les fichiers étaient les mêmes ?

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Nous venons de prendre la décision d'harmoniser ces fichiers, et la gendarmerie comme la police peuvent aujourd'hui consulter ces fichiers. Mais je voudrais avoir un fichier commun...

QUESTION : Oui, cela tombe sous le sens...

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : ... une véritable fusion. Dès 2006, nous aurons la possibilité de consulter ces fichiers sur un Internet sécurisé. Mais ce sont des travaux extrêmement lourds, et extrêmement coûteux. Nous mettons les bouchées doubles, mais c'est un travail difficile.

QUESTION : Venons-en à la question de l'immigration. Vous préconisez un Service central de l'immigration. N. Sarkozy avait dit, si on a bien compris son point de vue, que lui souhaitait un ministère à part sur l'immigration, des quotas d'immigration, ce qui n'est pas exactement votre tasse de thé. Et puis, il a l'air de changer un peu d'avis sur cette question.

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Les points de vue se rapprochent, je suis content de voir dans son
interview qu'aujourd'hui, nous disons la même chose. C'est-à-dire,
pour ce qui concerne...

QUESTION : Vous l'avez convaincu.

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Je ne dis pas cela parce que je crois que chacun évolue et chacun précise sa pensée. Je crois qu'aujourd'hui, il faut bien distinguer deux choses : il y a l'immigration régulière, qui est celle qui est admise, préparée, encadrée, et qui doit mieux répondre aux besoins de notre économie. A condition que nous tombions d'accord, et que nous soyons convaincus que nous ne pouvons pas nous-mêmes régler ces postes vacants alors même que nous avons 2,5 millions de chômeurs. Donc, pour moi le préalable c'est de faire avec nos propres nationaux et d'essayer par un travail de formation et de planification de satisfaire ces emplois. Comme il y a une évolution démographique qui nous est défavorable et que nous aurons vraisemblablement des besoins économiques dans le domaine de l'immigration au cours des prochaines années, il se pose la question de savoir comment nous allons choisir. J'ai proposé il y a plusieurs mois une immigration choisie, comme le fait aujourd'hui N. Sarkozy. Et là, deuxième grande question : faut-il des quotas nationaux ou ethniques ? Aujourd'hui nous sommes tous d'accord, et N. Sarkozy également, pour dire que ce n'est pas la bonne solution.

QUESTION : Parce qu'au fond, les quotas c'est de dire : on laisser rentrer 200, 300, 500, et puis on ne regarde pas qui c'est ? Est-ce l'idée ?

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Non. Là, en l'occurrence, les quotas ethniques et les quotas nationaux, ce serait de dire : on prend des Caucasiens plutôt que des Maliens, ou plutôt que des Sud Américains. Cela n'appartient pas à nos grands principes républicains. Je crois donc que ce n'est pas une bonne solution. Par contre, sélectionner en fonction des métiers, après un travail de formation avec le pays d'origine, cela c'est un vrai partenariat. Et je crois que cela correspond effectivement à une philosophie raisonnable.

QUESTION : D'autant que le problème c'est l'immigration clandestine. Donc, que ce soit avec ou sans les quotas, la question est la même ?

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : Le vrai problème pour moi, la priorité, c'est l'immigration clandestine. Et je ne connais qu'une réponse face à l'immigration clandestine : c'est une politique de fermeté. Nous nous sommes dotés d'outils qui nous permettent aujourd'hui un meilleur contrôle des flux, sachant que les reconduites aux frontières ont considérablement augmenté de 40 % au cours de 2003 et 2004...

QUESTION : Combien y en a-t-il à peu près par an ?

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : ...Nous étions à 11000 en 2003, nous sommes passés à 15 000 en 2004, et je me suis fixé un montant de 20000 pour 2005, et nous constatons une baisse de la pression migratoire. Par exemple à Roissy, où nous avions en 2003, tous les jours, 540 non admis, aujourd'hui, c'est moins d'une centaine. Donc baisse de la pression migratoire. Mais nous avons des outils, je le dis. Par exemple, le certificat d'hébergement : les maires contrôleront ces certificats d'hébergement ; l'assurance maladie obligatoire pour ces immigrants. Par ailleurs, nous aurons la possibilité d'augmenter les nombres de places en centres de rétention administrative. Nous allons passer de 1100 places à 1600 places, ce qui nous permettra plus facilement d'organiser des reconduites aux frontières. Ces données-là, cet effort-là à travers ces outils ne suffit pas. Il faut que nous reformions nos structures. Et je propose deux choses : la première, c'est une véritable police de l'immigration, qui puisse agir aux frontières, mais qui puisse aussi, plus près des frontières, et en particulier sur les routes, dans les chemins de fer...

QUESTION : Surveiller ?

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : ... Surveiller et reconduire. C'est plus facile de reconduire à 50 km de la frontière italienne plutôt que d'attendre qu'il soit à Lille. Je crois donc qu'il est très important d'opérer très rapidement cette mutation. La deuxième mutation que je propose, et N. Sarkozy rejoint aujourd'hui cette préoccupation, c'est un Service central de l'immigration, c'est-à-dire...

QUESTION : Et non pas un ministère supplémentaire ?

Dominique GALOUZEAU de VILLEPIN (Réponse) : ...Oui, parce qu'un ministère supplémentaire, il aurait été un parmi d'autres. Je crois que là, il faut que dans un grand ministère, et évidemment je pense que le ministère de l'Intérieur a des atouts pour cela, mais il appartiendra au président de la République et au Premier ministre de le faire. Le Président et le Premier ministre m'ont chargé d'une réflexion dans ce domaine. Je crois qu'un pilotage unique, des moyens techniques, la vision d'ensemble de ces questions d'immigration doivent nous permettre de progresser considérablement. Mais je le redis, la grande ambition, c'est de faire reculer l'immigration irrégulière et donc de reconduire chez eux ceux qui n'ont pas vocation à être chez nous.


(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 27 janvier 2005)

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