Interviews de M. Laurent Hénart, secrétaire d'Etat à l'insertion professionnelle des jeunes, dans "Point ML" d'octobre 2004 et à RMC le 26 octobre 2004, sur les rôles des missions locales dans l'insertion professionnelle des jeunes, le chômage des jeunes et les mesures en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes dans la loi de cohésion sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. Laurent Hénart, secrétaire d'Etat à l'insertion professionnelle des jeunes, dans "Point ML" d'octobre 2004 et à RMC le 26 octobre 2004, sur les rôles des missions locales dans l'insertion professionnelle des jeunes, le chômage des jeunes et les mesures en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes dans la loi de cohésion sociale.

Personnalité, fonction : HENART Laurent, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. SE à l'insertion professionnelle des jeunes

ti :
Q - Considérez-vous, M. le ministre, les missions locales comme votre interlocuteur privilégié dans la mise en oeuvre du plan de cohésion sociale ?

R - Trois programmes concernent l'insertion professionnelle des jeunes. L'un est un programme "massif" d'accès à l'emploi de 800 000 jeunes en cinq ans, qui nécessite des professionnels de l'accompagnement, sachant traiter des questions emploi et formation et, au-delà, de l'accompagnement social des jeunes, logement, santé, famille, parentalité, transport, acquis fondamentaux. C'est la mission légale des missions locales. Nous n'allons pas nous priver de la ressource humaine qu'elles représentent, ni du travail réalisé depuis 2000 entre l'État, les missions locales et les collectivités pour faire évoluer leurs pratiques, qui offrent une vraie diversité.

Q - Pourquoi les missions locales ne sont-elles pas citées dans le texte de loi comme service public de l'emploi ?

R - L'article 11 de la loi responsabilité locale ayant été supprimé et l'État continuant à participer à leur financement, elles sont pour lui les partenaires de sa politique de l'emploi! Ensuite, la loi de programmation qui prévoit un financement équivalent à deux mille postes supplémentaires, engage l'État pendant cinq ans, sur des moyens précis, répartis dans le cadre de conventions État-Région-missions locales. En somme, elles sont confirmées comme opérateurs de la politique jeunes de l'État; elles se voient confier, dans le cadre du plan, une mission d'accompagnement des jeunes sans qualification ; l'État s'engage sur des moyens supplémentaires. On peut en effet imaginer que les missions locales, qui sont citées dans l'article 9, le soient à nouveau dans l'article 1er sur la composition du service public de l'emploi, mais ce serait plutôt une confirmation.

Q - Selon quelle articulation avec les maisons de l'emploi les missions locales vont-elles exercer leur mission d'accompagnement ?

R - Les maisons de l'emploi, qui sont un peu la généralisation des missions locales les plus opérationnelles, vont avoir cette double démarche, d'une part, de tour de table à l'échelle des bassins d'emploi, pour évaluer les besoins de recrutement et proposer aux jeunes des mises à l'emploi directes ou des formations avec des débouchés assurés ; d'autre part, de lieux d'accueil exemplaires, avec des professionnels un peu plus nombreux. C'est ce que l'Angleterre a fait avec les Job Centers. En France, la notion d'observatoire des métiers, de gestion prévisionnelle des emplois est de culture assez récente. Pourtant il faut s'y mettre. Toutes les missions locales seront, je pense, dans un réseau "maisons de l'emploi" à la fin du plan, un environnement qui les aidera à prendre appui sur les réalités professionnelles, où il s'agira de proposer des parcours, mobiliser des aides publiques, des exonérations de charges, des systèmes de formation... à condition d'être sur des métiers qui recrutent. Les missions locales que j'ai rencontrées disent préférer un accompagnement qui ne soit pas limité dans le temps, et une certaine souplesse d'utilisation des moyens, en contrepartie d'un objectif unique - l'emploi des jeunes. C'est un contrat qui me convient bien.

Q - Comment le CNML peut-il se mettre au service de l'efficacité ?

R - Trois enjeux : poursuivre le travail d'interface entre un réseau d'une grande diversité et le ministère; aider l'État à contribuer à l'animation du réseau. Il va falloir expliquer le détail des programmes, peut-être promouvoir des formations auprès de collaborateurs, qui exercent des métiers pas faciles, exigeant de se ressourcer. Et il y a le recrutement de nouveaux collaborateurs, qui est l'occasion de diversifier les profils, de rééquilibrer les âges. Troisième enjeu, les moyens mis à disposition seront utilisés de manière différente d'une mission locale à l'autre. Il va falloir déceler les bonnes pratiques et les généraliser. Ce qui va se faire dans un cadre un peu formel, puisque nous avons une convention nationale à renouveler en 2005. Elle sera l'occasion de repréciser l'objectif commun, les modalités de collaboration entre l'État et le réseau et, bien sûr, d'évaluation de ce partenariat. C'est la logique d'une convention.

(Source http://www.travail.gouv.fr, le 4 novembre 2004)


Ce matin, sur RMC, nous parlons de l'emploi des jeunes, parce qu'il y a problème en France, vous le savez, et on le souligne à chaque fois que nous découvrons les chiffres du chômage, il y a problème avec les jeunes. D'ailleurs, notre invité, L. Hénart, travaille là-dessus. Il est secrétaire d'Etat à l'Insertion professionnelle des jeunes. Bonjour, Monsieur Hénart.

Bonjour.

Est-ce que vous avez les chiffres du chômage ?

On ne les a pas encore, mais c'est vrai que ça va arriver dans les deux jours...

Vous avez quelques indications, qu'est-ce que ça donne, non ?

Il semblerait que la tendance hausse, baisse, hausse, baisse, continue. C'est-à-dire que l'on est dans cette période...

C'est-à-dire que l'on avait une hausse la dernière fois, on aura une baisse, là ?

C'est possible. On n'a pas le détail des chiffres. On est toujours, en fait, sur cette période de trois ou quatre mois et je crois que c'est l'essentiel : on a de la croissance mais elle ne se transforme pas en emplois.

Ça ne se transforme pas en emplois.

Ou en tout cas, difficilement.

Oui.

Moi, je fais le tour. Chaque semaine, je fais un déplacement en régions, il y a des branches qui sont dans le vert, qui m'annoncent qu'elles recrutent - d'ailleurs il y avait hier un papier dans un quotidien du soir, comme on dit, qui montrait toutes les grandes entreprises lancent leurs plans de recrutement...

Dans Le Monde, oui.

Et puis il y a d'autres secteurs où ils me disent : " nous, on ne sent pas encore la croissance, elle n'est pas complètement là ", ou alors, " on hésite à recruter parce qu'on n'est pas sûrs ".

Vous ne connaissez peut-être pas L. Hénart. Il a 35 ans, c'est le benjamin du gouvernement, il est secrétaire d'Etat à l'Insertion professionnelle des jeunes. 35 ans et déjà ministre, L. Hénart, c'est quand même exceptionnel. Vous le devez à A. Rossinot, le maire de Nancy, qui est votre mentor en politique. L. Hénart, on va revenir sur l'enquête du Monde, mais je voudrais simplement faire une remarque que tout le monde fait quand on regarde les chiffres avec attention : 24 % des 15/24 ans travaillent, en France, contre 44 % en Europe. Alors, il y a deux solutions : soit les Français n'ont pas envie de travailler, soit les Européens ont des méthodes de recrutement bien meilleures que les nôtres. Je ne peux pas croire que les jeunes Français n'ont pas envie de travailler.

Non, la différence essentielle c'est l'alternance, c'est le fait qu'en France, on utilise beaucoup moins que chez nos voisins la formation en alternance, un temps école, un temps entreprise, l'apprentissage en clair. La vraie différence elle est là, et puis s'ajoute aussi la pratique des emplois de vacances, beaucoup plus développée chez nos voisins que chez nous, c'est deux axes prioritaires du plan de cohésion sociale,
justement.

Alors, parlons des contrats en alternance : ils souffrent d'une
mauvaise réputation, L. Hénart, vous le savez bien.

Ils souffrent d'a priori, c'est vrai.

Les familles, les jeunes, les enseignants eux aussi, les enseignants n'y croient pas. C'est une alternative, à leur sens, à l'échec scolaire. Vous avez raison. Pourtant, quand on regarde deux chiffres, le premier c'est la réussite aux diplômes, parce qu'on oublie de dire qu'avec l'apprentissage on prépare un diplôme, c'est-à-dire que l'on ne tourne pas en rond, on prépare un CAP, un BAC, un BTS, une licence, voire un titre d'ingénieur maintenant. Le taux de réussite est le même par la voie de l'apprentissage que par la voie scolaire, donc c'est la même réussite éducative. Mais ce qui est important, c'est que l'insertion professionnelle, le taux d'emploi, une fois que l'on a le diplôme en poche, est meilleur, et c'est assez logique parce que pour l'employeur, vous avez déjà une expérience professionnelle. Votre formation initiale vous a amené à connaître le monde du travail et vous a déjà apporté une première expérience.

Mais alors, que faire pour lutter contre ces idées reçues, L. Hénart ?

Alors, on va essayer de faire plusieurs choses. D'abord, on va améliorer les conditions de vie de l'apprenti, on va essayer de les rapprocher très concrètement de celles d'un étudiant, avec une carte nationale, avec surtout des améliorations en matière de logement, de transport, parce que pour les apprentis, beaucoup reste à faire en matière de logement, de transport, d'échanges européens. Deuxièmement, on va faire en sorte surtout que l'on puisse adapter à la personne la formation proposée dans le centre de formation d'apprentis. Il y a des gens qui arrivent en apprentissage, ils sont en échec scolaire et il y a besoin de leur apporter des actions de soutien, lecture, écriture. Il y en a d'autres, ils ont déjà le BAC, BAC + 2. Moi j'en ai rencontré, qui s'orientent par l'apprentissage. A ceux là, on ne peut pas leur faire la même formation qu'aux autres, il faut leur proposer autre chose : de la gestion, une langue étrangère. Donc, tout le plan de cohésion sociale vise à permettre aux CFA d'être dynamiques, d'être innovants. Et puis enfin, il y a un crédit d'impôts pour les entreprises, 1 600 euros par an, par apprenti, qui a pour but de permettre aux employeurs de prendre des initiatives pour bien accueillir l'apprenti.

C'est-à-dire que je recrute - moi, je suis chef d'entreprise -, je recrute un jeune en apprentissage, j'ai un crédit d'impôts de 1 600 euros ...

Par an, par apprenti.

Quelle que soit la taille de mon entreprise.

Et quel que soit le diplôme que prépare l'apprenti. Et en fait, si vous l'avez embauché en 2004, vous aurez quand même ce crédit d'impôts en 2005.

C'est-à-dire qu'il est rétroactif.

Il n'est pas rétroactif. Au 1er janvier 2005, il va compter tous les apprentis en poste.

Voilà qui est très intéressant. Là, vous essayez de changer l'état d'esprit du chef d'entreprise, des parents, des jeunes qui ont envie d'entrer en apprentissage...

Et des formateurs.

Et des formateurs. Alors, les enseignants, qu'est-ce que vous dites aux enseignants ?

Sur les enseignants, ce qu'on leur dit, c'est que des choses que l'on a commencées à travailler avec eux, avec F. Fillon, comme la nouvelle 3ème qui va commencer en septembre prochain, doivent être creusées, c'est-à-dire, pendant le collège, faire découvrir les métiers et informer, pas sur les métiers en général, seulement, mais aussi sur les métiers qui recrutent. Nous, ce qui nous marque, c'est qu'il y a aujourd'hui en France 500 000 offres non pourvues. Cela veut dire qu'à un moment donné, on peut expliquer qu'il y a des métiers qui recrutent, et puis il y en a d'autres qui recrutent moins. Et ça, je crois que les familles et les jeunes attendent qu'on leur donne aussi cette information. Donc, l'idée, c'est de travailler sur le collège et leur demander de le faire concrètement, au niveau de leur agglomération, là où ils enseignent. Pas un programme national avec un manuel national et une circulaire nationale, mais un projet local qui rassemble, autour des Maisons de l'emploi, que l'on va créer dans le plan Borloo, les services d'information, d'orientation, les enseignants, et bien sûr les employeurs privés et publics, plus les collectivités locales qui souvent font le train d'union entre le social, l'éducatif et l'économique.

L. Hénart, les entreprises se plaignent de la complexité des dispositifs. C'est vrai que pour inciter à l'emploi des jeunes, il y a...regardez ça : multiplication des aides publiques en tout genre, emplois jeunes en entreprises, CIVIS, CES, CEC, CIF... On n'y comprend plus rien ! Il y a trop de contrats, franchement.

Il y a trop de contrats...

Mettez-vous à la place du chef d'entreprise.

Il y a trop de contrats. C'est la raison pour laquelle le Plan de cohésion sociale passe d'une quinzaine de contrats à seulement 4 contrats. Il y aura un contrat aidé en entreprise, pour les gens qui bénéficient des minima sociaux - c'est le contrat d'insertion du revenu minimum d'activités ; il y aura un contrat aidé en entreprise pour les personnes qui ne bénéficient pas de minima sociaux, donc qui ne sont pas au RMI, pour faire clair, ni en fin de droits, ce sera le contrat " initiative emploi ". Le contrat Jeunes en entreprise étant finalement la déclinaison pour les moins de 25 ans, de ce contrat " Initiative emploi ". Donc on va réduire le nombre de contrats, mais chaque fois la même idée : en même temps que l'on propose une aide à l'employeur, qu'il soit public ou privé, on va proposer une formation aux collaborateurs, parce que l'idée, c'est quand même à chaque fois, pas seulement de mettre au travail mais de bien vérifier que l'on connaît le métier, qu'on l'apprend et d'obtenir une qualification.

Bien sûr. Deux problèmes en France : l'emploi des jeunes et l'emploi des plus de 50 ans. Alors ça, c'est récurrent, on n'arrive pas, pour l'instant, à résoudre ces problèmes là. L. Hénart, je regardais aussi un chiffre paru hier : les trois quarts des créations d'emplois sont des CDD ou des emplois intérimaires. Vous savez qu'il y beaucoup de jeunes qui préfèrent l'intérim à un emploi CDI ?

Avant de prendre cette responsabilité au Gouvernement, j'avais l'idée que l'intérim, c'était insupportable. Et en rencontrant des jeunes en missions locales, ou en rencontrant des jeunes, tout simplement, qui étaient à l'ANPE, qui s'étaient déclarés, je leur ai demandé un peu leur avis. En fait, pour eux, cette période d'intérim - alors, il ne faut pas que ça dure toute la vie...

Non, on est d'accord.

Mais, pendant deux ou trois ans, ça leur permet de tester des métiers différents, d'être pas si mal payés que ça et de faire un tour d'horizon en fait, de choisir leur orientation, d'une certaine manière. Donc on est en train de travailler justement avec les sociétés d'intérim, puisque vous savez qu'il y a aussi des entreprises d'insertion en intérim, d'ailleurs.

Oui, bien sûr.

... pour regarder comment on peut aider les jeunes à bien utiliser l'intérim, c'est-à-dire par le biais de l'intérim à choisir un métier. Alors, après, il faut en sortir. On revient toujours à cette idée de transformer la croissance en emplois. Il faut franchir le pas avec cette simplification des contrats aidés, avec aussi le fait d'orienter les jeunes et les demandeurs d'emplois vers les métiers qui recrutent. Il faut, à un moment donné, passer aussi d'un emploi précaire ou d'un emploi à durée déterminée, à quelque chose de plus long, à un CDI.

Les jeunes qui veulent de l'authentique, ils ne veulent être ni manipulés, ni maltraités, ils sont de plus en plus exigeants, et ils ont raison, L. Hénart. Parce que pendant longtemps, le premier emploi était un emploi un peu payé, on faisait faire aux jeunes les tâches les plus ingrates. Ils n'ont plus envie de ça. C'est terminé, ça. Vous les avez entendus.

Je les ai entendus, et, pour donner deux réponses concrètes : la première c'est une réforme que d'ailleurs F. Fillon a faite, c'est de remplacer l'emploi jeune qui était quand même un emploi de durée limitée, payé au SMIC, mais jamais plus, avec un contrat précaire, par le contrat jeune en entreprise, qui est un CDI, la règle c'est surtout ça, c'est que c'est un CDI, payé selon les salaires de la branche professionnelle, et quand on paie plus que le SMIC. Deuxième exemple, l'apprentissage, ça c'est l'exemple concret de ce que vous dites. Pourquoi est-ce qu'à la fois on donne un crédit d'impôts à l'employeur, on améliore les conditions de vie de l'apprenti ? C'est pour qu'ils se sentent bien, dès le moment ils entrent en contrat d'apprentissage, qu'ils deviennent des collaborateurs à part entière, et pas café/photocopie.

L. Hénart est notre invité. Vous avez envie de l'interroger ? Je vois Amelle (phon), qui a 29 ans, qui est à la recherche d'un emploi, elle est super diplômée, Amelle, et elle a une question à vous poser, L. Hénart : " pourquoi, quand on a des supers diplômes, on n'arrive pas à trouver du travail dans ce pays ? " On va en parler.[...] Nous sommes ensemble dans deux minutes.

[Deuxième partie.]

Notre invité ce matin, le plus jeune ministre du gouvernement, L. Hénart secrétaire d'Etat à l'insertion professionnelle des jeunes, il s'occupe du travail des jeunes. Votre question, question que vous avez envie de poser aux auditeurs, L. Hénart.

L. Hénart : La question que j'ai envie de leur poser c'est : est-ce que vous seriez d'accord pour que votre enfant fasse ses études en apprentissage ? Alors il prépare un CAP, il prépare un BAC, il prépare un BTS, à la rigueur on peut préparer tous les diplômes, mais est-ce que vous êtes d'accord pour qu'il fasse ça en
apprentissage... ?

Bonne question. On va prendre Amelle, je vous l'ai promis, mais je vais lire le message Internet de Fabrice. "Il faut arrêter de dire n'importe quoi, vous dit Fabrice, L. Hénart. Les professeurs valorisent l'alternance, mais c'est la galère pour trouver des stages. Les entrepreneurs ne font aucun effort de ce côté-là, il existe des grandes écoles qui utilisent l'alternance comme celle de la parfumerie à Versailles, les candidats recrutés ne trouvent toujours pas de stages". Il y a des branches qui jouent le jeu et d'autres qui ne jouent pas le jeu, L. Hénart. Des branches professionnelles.

La réponse c'est : il y a des branches qui jouent le jeu, il y des branches qui ne jouent pas le jeu.

Et voilà !

On va donner l'exemple d'une branche qui joue le jeu - c'est tout le travail qui est fait depuis cinq ans avec le bâtiment. Le bâtiment a des problèmes de recrutement. Ils se disent on va développer l'apprentissage et l'alternance, mais la Fédération professionnelle elle-même elle exige finalement de ces employeurs qu'avant de chercher des collaborateurs, ils ouvrent des contrats d'apprentissage, ils prennent des stagiaires et même des collégiens en stages de découverte. Je veux dire, si les métiers ne font pas ce travail en amont, votre auditeur a raison, on n'y arrivera pas.

Il y a des métiers qui ne jouent pas le jeu, lesquels ? Allez-y !

On va dire qu'il y a des métiers qui s'y mettent seulement maintenant, on va dire ça comme ça.

L. Hénart, non, soyez franc.

Regardez par exemple l'accord passé dans l'hôtellerie café restauration...

Voilà, qui ne jouait pas le jeu, ou qui ne joue pas encore totalement le jeu.

En tout cas, qui s'y met, on va dire ça. Moi je les ai rencontrés, ils sont volontaires, ils s'y mettent.

Oui, timidement.

Ils augmentent les salaires, ils ouvrent des places d'apprentissage...

Ça va mieux alors.

Ça va mieux. Mais le rôle de l'Etat, c'est de les accompagner et puis de les stimuler.

Oui, de mettre en avant, votre rôle... est-ce que l'Etat donne l'exemple, tient ?

Alors l'Etat va donner l'exemple, c'est une bonne question, l'Etat ne donnait pas l'exemple, parce que l'Etat ne reçoit quasiment aucun apprenti. Je ne sais pas si vous savez, mais sur quatre millions et demi de fonctionnaires, il n'y a même pas 2500 apprentis en France.

Attendez, là je m'arrête, quatre millions et demi de fonctionnaires, 2500 apprentis dans la Fonction publique !

Les meilleures années.

Les meilleures années, ah ben oui, ça évidemment.

Donc on va créer, avec R. Dutreil, le ministre de la Fonction publique, en 2005, une nouvelle voie d'accès à la Fonction Publique, qui sera le PACTE, le "Parcours d'accès aux carrières de la territoriale, de l'hospitalière et de l'Etat".

Holà, c'est compliqué. C'est un technocrate qui a inventé ça.

C'est un contrat d'apprentissage public de deux à trois ans.

Vous souriez...

L'idée c'est simple. Le jeune arrive, il prépare une qualification, s'il obtient le diplôme ou la qualification il est titularisé, il devient fonctionnaire, c'est ouvert bien sûr à tous les jeunes sans qualification qui n'arrivent pas à passer les concours. Donc je crois que c'est en plus profondément égalitaire, on en veut pour les jeunes 20 000...

Où peuvent-ils se renseigner ?

Ils vont pouvoir se renseigner au CNFPT par exemple, dans les services de l'Etat, et dans les hôpitaux publics, puisque ce sont eux les employeurs, à partir de mi 2005 on va dire.

Mi 2005. Amelle, 29 ans, c'est ça ?

Amelle, auditrice : Oui, tout à fait. Bonjour.

L. Hénart est avec vous Amelle, profitez-en.

Amelle : Oui. En fait moi je voudrais comprendre... bon, je suis très contente pour lui, 35 ans, il a une bonne place de ministre, tout va pour le mieux, donc il y en a qui arrivent à se positionner malgré tout, donc en fait moi j'aimerais comprendre pourquoi il existe cette inadéquation entre la formation des jeunes diplômés - on nous demande de faire des études, c'est super -, pour avoir, à la sortie, le choix, c'est-à-dire son métier, et finalement on se retrouve à postuler pour les postes qu'on a
choisis. Et qu'est-ce qu'on nous oppose ? Manque d'expérience.

Amelle, très vite, on va prendre votre expérience, parce qu'il y a beaucoup d'appels. Vous êtes super diplômée, qu'est-ce que vous avez comme diplômes ?

Amelle : J'ai un D.E.S.S en droit des affaires européennes, rien que ça.

D.E.S.S en droit des affaires européennes, très bien, et vous ne trouvez pas de boulot ?

Amelle : Et je ne trouve pas de boulot. Je revois toutes mes prétentions à la baisse, Maintenant, je me dirige carrément vers d'autres postes, je suis même en train de créer ma propre boîte, tout ça parce que je ne trouve pas, et quand je revois mes prétentions à la baisse pour des petits postes, eh bien les employeurs ne me prennent pas parce qu'ils ont peur que je ne reste pas.

Parce que vous êtes surdiplômée.

Amelle : Voilà.

Que vous disent les employeurs, Amelle ?

Amelle : Je suis excellente, je corresponds tout à fait au profil, enfin je ne corresponds pas souvent au profil, mais je suis souvent trop diplômée, ils ont peur de m'engager tout simplement, et là, je viens de rater quatre, cinq, six emplois comme ça. Ça va durer jusqu'à quand ?

L. Hénart : Oui, d'abord, moi aussi j'ai été au chômage, je l'ai été
presque un an, donc...

Amelle : Un an, vous avez de la chance...

Vous avez été au chômage vous ?

L. Hénart : Oui oui, entre deux emplois. Mais en quittant Paris pour rentrer à Nancy aussi. Donc je devine ce que c'est car j'en ai encore le souvenir. Deux éléments. Le premier élément c'est sur les formations. C'est vrai qu'on souhaiterait que les étudiants qui vont s'inscrire aient un droit qui est le droit juste d'être informé sur les débouchés réels du diplôme auquel ils pensent. Alors ça ne résout pas le problème concret d'Amelle, mais ça lui aurait permis peut-être de mieux sélectionner son D.E.S.S ou son D.E.A, son Master maintenant. Deux choses : la première sur les diplômés, on sait que c'est un problème de croissance, donc là vraiment que la croissance revient, qu'il y ait un peu plus d'emplois, on va essayer de faire en sorte que le fameux contrat Initiative emploi dont je vous parlais, puisse être ciblé sur les diplômés. En 2005, on va lancer une opération de recrutement de diplômés en ciblant ces contrats sans charges, parce que comme le disait Amelle, il y a une crainte, on a l'impression que le jeune, beaucoup de diplômes, pas d'expérience professionnelle, peut être difficile finalement à mettre dans les effectifs de l'entreprise. Donc on va essayer de compenser ça par un contrat attractif. Deuxièmement, comme je l'avais fait déjà d'ailleurs pour un ou deux auditeurs dans une autre émission où j'étais venu, je souhaite qu'éventuellement elle puisse me laisser ses coordonnées, pour que je regarde un tout petit peu son parcours concret.

Amelle, vous entendez.

Amelle : Oui, ça serait le top, parce qu'en plus de ça, je n'ai même pas de réseau, parce qu'aujourd'hui, malheureusement, il faut avoir du réseau, mais quand on n'a pas de réseau, quand on n'a pas de nom, désolée il faut bien commencer un jour non ?

L. Hénart : En sachant que dans le plan de cohésion sociale, une des mesures qui passe inaperçue pour les jeunes et les adultes, c'est d'avoir un peu plus de professionnels pour accompagner individuellement les demandeurs d'emploi, et ce n'est pas le plaisir de recruter des agents...

... Des demandeurs d'emploi qui ne connaissent personne donc !

L. Hénart : Oui, mais c'est surtout qu'en France un conseiller à l'ANPE ou en mission locale accompagne 200 demandeurs d'emploi. Dans un pays comme le Danemark ou comme l'Angleterre, ce n'est pas les mêmes modèles économiques et sociaux, c'est un pour 80 ou un pour 70. A un moment donné, on a aussi besoin d'être soutenu, entraîné, vu toutes les semaines et coaché...

Merci Amelle. On va laisser vos coordonnées à L. Hénart, ne vous inquiétez pas.

Amelle : Très bien, je vous remercie.

C'est notre rôle aussi. Merci beaucoup. Au revoir. On va prendre d'autres auditeurs. L. Hénart, quand même, c'est vrai que ces jeunes surdiplômés, la surqualification à l'embauche explique-t-elle en grande partie la persistante massive du chômage des jeunes ?

L. Hénart : Non, il faut être franc, il faut toujours que des jeunes passent une qualification, un diplôme. Aujourd'hui, le chômage des jeunes c'est massivement le chômage des jeunes sans qualification. Un jeune sans qualification sur trois au chômage, et presque deux ans de durée de chômage.

Eh bien oui, mais les emplois non qualifiés sont occupés à 71% par des diplômés. Alors !

L. Hénart : Je pense que la difficulté, c'est de bien choisir sa formation. Je reviens sur ce que j'avais dit : informer sur les métiers qui recrutent. On est quand même dans un pays qui a presque un demi million d'offres d'emplois déclarées, enregistrées, non pourvues, et ça va en s'amplifiant avec les départs massifs à la retraite. Deuxièmement, l'alternance. On voit qu'un diplôme passé en alternance apporte un meilleur taux d'emploi qu'un diplôme passé complètement par la voie scolaire, parce que la première expérience, elle est comprise dans le diplôme si je puis dire, et pour l'employeur ça fait une différence.

Est-ce qu'on est trop diplômé en France ? Est-ce que les jeunes font des études trop longues ? Je renverse la question...

L. Hénart : Je pense qu'il y a une partie des jeunes qui font trop de diplômes successifs et d'ailleurs parfois différents, c'est-à-dire qu'à la fin l'employeur ne sait plus très bien quelle est la qualification qu'on a préparée. Moi j'ai vu souvent dans ma permanence des jeunes qui étaient BAC+5 plusieurs fois. A la fin, on ne sait plus d'ailleurs quelle est la spécialité et on se demande quel métier ce jeune a envie de faire et quel métier il a appris.

En 2001, salaire brut moyen annuel des jeunes diplômés, 27 000 euros, en 2001, 27 000 euros, je ne sais pas si vous avez de nouveaux chiffres. Enfin bon, on va prendre Philippe, bonjour Philippe.

Philippe, auditeur : Oui, bonjour Jean-Jacques.

Vous êtes dans le Puy-de-Dôme, vous êtes directeur commercial. Allez-y.

Philippe : Je voulais rebondir sur ce que vous disiez tout à l'heure au sujet des contrats de qualification. Je suis en train de vivre une expérience un peu dramatique, je trouve que ces contrats là ne sont pas fait pour nous aider, nous recruteurs, à employer des jeunes, pour la simple et bonne raison que j'ai embauché un jeune qui est en BTS Force de vente, qui ne correspond pas à ce qu'on recherche, et le problème c'est que si je veux m'en séparer, je n'ai pas la possibilité, parce que j'ai un contrat de 24 mois avec lui et je ne peux pas m'en séparer de ce jeune.

Oui, les contrats engagent les employeurs sur 24 mois.

Philippe : Exactement. Donc je pense que c'est déjà par-là. Monsieur Hénart disait tout à l'heure que dans l'Europe, on fait plus facilement appel aux emplois jeunes et autres, oui mais la législation est peut-être plus souple. Ce jeune, il n'est absolument pas fait pour ce métier, et je ne peux pas m'en séparer. Qu'est-ce que je fais ?

Allez-y. Alors, L. Hénart ?

L. Hénart : Quand vous avez signé un contrat de qualification, vous avez signé un contrat de travail très particulier qui est en fait un contrat aussi de formation, monsieur.

Philippe : Oui.

L. Hénart : Alors c'est vrai que vous vous engagez pour une durée donnée, si vous voulez bénéficier de l'exonération de charges par l'Etat et ne pas avoir à la rembourser, c'est surtout ça le problème en fait.

Philippe : Oui, mais...

L. Hénart : Et vous comprenez bien que du côté de l'Etat - je suis désolé de devoir le rappeler - si on exonère de charges le contrat c'est pas pour que le jeune bosse deux mois, c'est pour qu'il obtienne une qualification et qu'il apprenne un métier, c'est ce qui justifie l'exonération de charges de l'Etat. Alors, à cela, quand même, deux éléments de réponse. Le premier, c'est que si vous ne souhaitez pas prendre un jeune en formation, mais le prendre au travail, vous pouvez faire un contrat jeune en entreprise, qui lui aussi est exonéré de charges. Deuxièmement, on essaye de développer, avec la réforme du Plan de cohésion sociale, avant la signature par exemple d'un contrat d'apprentissage, pourquoi pas d'un contrat de professionnalisation, des tests de recrutement, parce qu'on estime que les ruptures de contrat c'est un double échec : un échec pour vous employeur, un échec pour le jeune aussi. Donc avant la signature du contrat, on recourt à des tests, recrutement par habileté, c'est des tests qui ont été mis en place par les agences de recrutement pour sécuriser les recrutements comme on dit, c'est-à-dire éviter les taux de rupture et les erreurs d'aiguillage. Donc on va développer ça dans des plates-formes de vocation, une par agglomération, ouvertes aux jeunes. Donc vous employeur, vous avez peut-être intérêt aussi, quand vous pressentez un jeune en recrutement, vous aurez intérêt à partir de l'année prochaine, à l'envoyer sur ces plates-formes de vocation pour qu'il fasse toute une batterie de tests et qu'on puisse vérifier que c'est bien ce métier là qu'il veut et peut faire.

Philippe : Oui, excusez-moi, mais ceci dit, vous savez bien qu'un contrat à durée déterminée, un CDD, je ne peux pas le rompre comme ça du jour au lendemain.

L. Hénart : Je sais bien, mais c'est aussi la responsabilité d'employeur que vous avez prise quand vous avez signé ce contrat. Et ce que je vous dis c'est que la sélection du jeune doit être mieux faite et qu'on va vous mettre un outil à disposition avec ces plates-formes de vocation.

Pour mieux la réussir. Merci Philippe.

Philippe : Merci beaucoup Jean-Jacques, bonne journée.

L. Hénart, j'ai deux questions encore. D'abord cette remarque de Jean-Michel. "J'interviens - je suis conseillé en insertion en mission locale -, j'interviens dans les classes de 3ème, dans les collèges, et puis dans les lycées après. Je parle des métiers qui recrutent, des outils etc. Le problème, c'est que l'Education nationale a encore du mal à nous ouvrir les portes".

L. Hénart : La difficulté de l'Education nationale elle est double. D'abord il n'y a pas de raison que plus d'un million d'enseignants n'aient pas les mêmes réticences ou les mêmes difficultés que l'ensemble des français vis-à-vis de l'apprentissage de certains métiers.

Bien sûr, là on est d'accord.

L. Hénart : Ça il faut l'admettre, on est tous humain. Deuxièmement, il y a une multitude d'initiatives locales qui arrivent vers un collège ou vers un lycée, et c'est difficile pour eux de faire le tri. Donc la logique de la nouvelle 3ème, par exemple, c'est de dire dans le temps du programme, chaque semaine on va prendre trois heures pour découvrir les métiers et le monde du travail, et on va demander aux enseignants d'utiliser ces trois heures par semaine de temps scolaire, de temps de programme, pour des projets locaux. Donc par rapport à ce conseiller d'orientation en mission locale, il va trouver cette niche au niveau de l'agglomération où il travaille dans sa mission locale, pour remplir d'initiatives concrètes ses interventions au collège.

Je change complètement. C'est une question générale sur la politique du gouvernement : est-ce que J.-P. Raffarin va changer le projet de loi sur les restructurations présenté la semaine dernière en Conseil des ministres ?

L. Hénart : Maintenant, le texte est parti au Parlement.

Donc on ne change plus rien. Vous ne faites pas plaisir au Medef, là !

L. Hénart : Il y aura peut-être des amendements au Sénat et à l'Assemblée nationale...

Vous ne faites pas plaisir au Medef, L. Hénart.

L. Hénart : Mais G. Larcher, qui a négocié ce texte l'a dit très bien, le but n'est pas de faire plaisir à tout le monde, c'est très difficile, le but c'est d'avoir un temps où on écoute tous les syndicats, on a écouté le Medef, comme les cinq centrales syndicales ou les deux autres organisations patronales, et puis à un moment donné il faut décider, c'est ce qu'a fait le Premier ministre, c'est son rôle, il doit arbitrer. Bien. Philippe Dufreigne. Des réponses à la question de L. Hénart ? Philippe Dufreigne, de RMC : [qui rappelle la question de L. Hénart] : Seriez-vous d'accord pour que votre enfant prépare son diplôme en apprentissage ? Marc de Seine-Saint-Denis, est assez favorable. "Il faut dire que l'image de l'apprentissage a changé ces dernières années, la gamme de métiers représentés est de plus en plus large alors pourquoi pas". Isa, de Haute-Vienne : "il faudrait une gamme de métiers plus large, c'est l'inverse, pour permettre à tous de passer les diplômes en apprentissage. C'est une formation qui, il y a quelques années, était plutôt vue comme une voie de garage. Je pense au contraire qu'en confrontant les jeunes plus tôt au monde du travail, ils auront toutes les chances de s'intégrer plus facilement". Et puis Louis, du Lot-et- Garonne : "le problème n'est pas de vouloir préparer un diplôme en apprentissage, le problème c'est que les entreprises ne jouent pas le jeu,

L. Hénart.

L. Hénart : D'abord, un, sur la diversité des métiers, je crois que c'est l'essentiel, on va communiquer dessus à partir du printemps. Regardez, dans une grande région comme l'Ile-de-France, c'est mieux perçu que dans le Limousin. Deuxièmement, sur les stages, je ne reviens pas sur ce que j'ai dis, c'est la priorité des négociations pour nous avec toutes les branches professionnelles que de les amener à ouvrir plus de stages et de contrats d'apprentissage.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 27 octobre 2004)

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