Interview de M. Laurent Hénart, secrétaire d'Etat à l'insertion professionnelle des jeunes, à BFM le 23 novembre 2004, sur le débat parlementaire sur la loi de cohésion sociale qui débute à l'Assemblée nationale et la lutte contre les discriminations au sein de l'entreprise. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Hénart, secrétaire d'Etat à l'insertion professionnelle des jeunes, à BFM le 23 novembre 2004, sur le débat parlementaire sur la loi de cohésion sociale qui débute à l'Assemblée nationale et la lutte contre les discriminations au sein de l'entreprise.

Personnalité, fonction : HENART Laurent, LUNDY Fabrice.

FRANCE. SE à l'insertion professionnelle des jeunes

ti : Q- Les députés entameront aujourd'hui l'examen, en première lecture, du projet de loi de cohésion sociale, 13 milliards d'euros sur cinq ans, un projet qui vise à agir à la fois sur l'emploi, le logement, l'égalité des chances, avec notamment la création d'un contrat d'avenir, la réforme de l'apprentissage, la mise en place de maisons de l'emploi, un projet déjà adopté par les sénateurs. Pour l'UDF, c'est une bonne idée, son groupe devrait le voter, mais ce n'est pas un texte de cohésion sociale, c'est un texte de "solidarité", explique F. Vercamer, pour qui la vraie cohésion sociale c'est de mettre les personnes les plus défavorisées dans l'entreprise et dans l'emploi pérenne. Vous, vous voulez attaquez à l'ascension sociale : c'est une sorte de logique d'assistance ?

R- Non, mais je pense que le débat parlementaire permettra de dissiper les doutes du député Vercamer. Justement, quand il parle des publics les plus éloignés de l'emploi, c'est qui ? Ce sont les personnes au RMI, en fin de droits, l'allocation spécifique de solidarité. Un million de contrats d'avenir pour ces publics-là, je pense que c'est justement s'attaquer aux personnes les plus éloignées de l'emploi. Même chose pour les jeunes : contrairement à ce qui s'est fait avant, quand on dit que l'on va proposer 800 000 contrats de travail à des jeunes sans qualification, on s'attaque aux jeunes les plus éloignés de l'emploi, ceux qui n'ont aucune qualification, qui sont sortis en échec scolaire. Donc je crois justement que c'est bien un plan de cohésion sociale, je dirais même un plan de cohésion nationale, parce que cela veut surmonter la fracture de deux France : une qui travaille peu, pas, qui est vraiment coupée de l'emploi, qui n'a aucune chance d'y accéder si on ne met pas en place de nouvelles passerelles ; et puis une autre France, active, mais qui a l'impression de toujours être finalement celle qui entraîne, celle qui paie et qui se sent isolée.

Q-Débat parlementaire certes, mais pensez-vous qu'il y aura vraiment une bataille d'amendements, comme il y en a eu sur d'autres grands textes ? Ou est-ce un texte qui fait non pas l'unanimité évidemment, puisque l'opposition socialiste est très remontée - elle parle de "confusion sociale -, mais un projet consensuel ?

R- J'ai l'expérience du Sénat pour l'instant, même si les deux assemblées ne se ressemblent pas. Il y avait eu beaucoup d'amendements au Sénat, un peu de plus de 600. Je pense donc que comme au Sénat, on aura beaucoup d'amendements, parce que c'est un texte qui pose plein de questions, qui imagine des dispositifs nouveaux. Au Sénat, on avait réussi, en prenant presque un amendement sur deux - le Gouvernement était donc très ouvert aux initiatives parlementaires -, à justement décaricaturer le débat. Et par exemple pour la partie dont je m'occupe, tout ce qui concerne l'emploi des jeunes et l'apprentissage, on a beaucoup d'amendements qui sont passés à l'unanimité de tous les groupes parlementaires. Par exemple, le contrôle du financement par les régions de l'apprentissage, la transparence de la collecte de la taxe ou, plus important, la création d'une carte nationale d'apprenti sur le modèle de la carte d'étudiant.

Q-Fait-on vraiment tout contre les discriminations ? Parce qu'apparemment, c'est un texte qui est assez absent en la matière. Et justement, je voulais vous interroger sur ce rapport de C. Bébéar sur "L'égalité des chances, mieux intégrer les minorités visibles", avec toutes sortes de mesures, comme l'anonymat des CV, l'aide au recrutement, le contrat de confiance. Il y a des mesures qui concernent directement les entreprises et puis d'autres qui concernent les institutions publiques, l'Education nationale notamment, avec la proposition de développer les écoles de la deuxième chance. Pensez-vous que c'est un rapport alarmiste ou que c'est un rapport encourageant ?

R- Je pense que c'est un rapport encourageant, d'abord parce qu'il prouve que les chefs d'entreprises ont conscience de cette réalité et la jugent, comme nous, inadmissible. Sur la lutte contre les discriminations, le plan de cohésion sociale prévoit un programme entier sur le sujet. Ce qui veut dire que l'on a décidé de se battre contre, et pas seulement avec des bonnes intentions. Le système repose sur trois idées simples. D'abord que les services publics soient exemplaires : c'est le parcours d'accès aux carrières de la territoriale, de l'hospitalière et de l'Etat ; c'est l'intégration de jeunes ou de chômeurs de longue durée, victimes de discriminations, dans la fonction publique, par des contrats d'apprentissage publics et quand la personne obtient sa qualification, elle est titularisée. Deuxièmement, le plan de cohésion sociale veut aider - ce que propose d'ailleurs le rapport Bébéar - la multiplication de chartes de la diversité dans les entreprises. Pour revenir à l'appui de leurs initiatives - je visitais, jeudi dernier, PSA à Sochaux. C'était intéressant de voir justement tout ce qu'il avait fait depuis cinq ans pour intégrer les personnes victimes de discriminations, qui sont maintenant des collaborateurs chez PSA. Et puis, troisième chose, c'est la mise en place, au 1er janvier, de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, qui aura pour but d'intervenir en médiation, mais si cela échoue, de faire en sorte qu'il y ait des poursuites et des sanctions pénales contre des discriminations.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 25 novembre 2004)

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