Interview de M. Yann Wehrling, secrétaire national des Verts, à RMC le 18 janvier 2005, sur le programme des écologistes, leur relations avec le PS, avec les associations et avec les institutions. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Yann Wehrling, secrétaire national des Verts, à RMC le 18 janvier 2005, sur le programme des écologistes, leur relations avec le PS, avec les associations et avec les institutions.

Personnalité, fonction : WEHRLING Yann, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Les Verts, secrétaire national

ti : Q- Vous êtes le nouveau secrétaire national des Verts. Il y a une chose que je trouve formidable dans le choix de votre parti, c'est qu'il a à sa tête, pour la première fois enfin, un vrai défenseur de la nature.

R- Pour la première fois, non : d'autres dirigeants des Verts étaient des écologistes convaincus...

Q- Moins que vous, peut-être ?

R- J'ai un engagement passé très fort effectivement dans la protection de la nature, dans la protection de l'environnement. J'en suis tout à fait fier, mais pour autant, les Verts ne m'ont pas choisi que pour cette raison.
[...]

Q- Sur le terrain purement environnemental, ne trouvez-vous pas quand même que les Verts sont absents de tous les grands combats écologiques ?

R- Il est vrai que les Verts n'ont pas été très audibles ces derniers temps, du fait de notre renouvellement de direction, qui a été long, qui nous a mobilisés beaucoup d'énergie. C'est vrai que nous avons été peu audibles. Ce n'est pas pour autant que nous n'avons pas d'opinion...

Q- Le tsunami, on ne vous entend pas... Avec tout ce qui s'est passé, partout, chaque fois qu'il y a un vrai combat, comme pour les ours, on vous entend timidement, très peu, alors que vous devriez être à la pointe de l'action !

R- On a vraiment un besoin aujourd'hui de canaliser nos efforts et nos énergies vers la communication extérieure et vers nos prises de position. Parce que nous en avons, nous avons des positions, elles sont parfois même audacieuses, peu connues. Et il est temps effectivement que les gens connaissant nos positions sur les points d'actualité forts qui remuent toute l'opinion publique.

Q- [...] Est-ce que vos accords politiques, avec le PS notamment, ne vous empêchent pas d'agir et de parler librement ?

R- Non, absolument pas, cela ne nous empêche pas de parler librement. Le fait est que le Parti socialiste n'est pas un parti écologiste - on le saurait sinon - et que bien des positions que nous prenons ne sont pas forcément partagées par le Parti socialiste.

Q- Cela vous empêche-t-il d'agir ?

R- Non, cela ne nous empêche pas forcément d'agir, mais cela limite évidemment notre action, parce que si nous étions majoritaires à nous tous seuls, nous pourrions agir sur la totalité de notre programme. Nous sommes donc dans des partenariats, dans des compositions. La démocratie est quelque chose de compliqué. Nos formons donc souvent une coalition avec le Parti socialiste...

Q- Des coalitions électorales...

R- Des coalitions électorales, mais basées sur des programmes. La plupart de nos élus aujourd'hui, qui sont dans des institutions, à des exécutifs, ont passé des contrats programmatiques avec le Parti socialiste souvent. Nous avons donc aussi des moyens d'action et nous agissons. Maintenant, le fait que nous soyons peut-être pas forcément très audibles ne veut pas dire que nous n'agissons pas. La question n'est pas là. L'auditeur qui vient de s'exprimer, qui est responsable d'une association, dit que les associations font plus que les Verts : la question n'est pas de savoir qui en fait plus. Nous sommes complètement complémentaires avec les associations sur ce terrain. Et je crois que notre action dans les institutions doit être en lien avec ce que font les associations sur le terrain.

Q- Jusqu'à maintenant, on avait l'impression que les Verts étaient inaudibles. Il va falloir changer ça si vous voulez exister vraiment. Faut-il poursuivre comme cela des alliances électorales avec des grands partis de gauche ?

R- Oui, parce que les Verts doivent aussi montrer qu'ils sont utiles à quelque chose. Il ne suffirait que l'on s'exprime, même si on était audibles ; notre expression publique dans les médias ne suffirait pas. A un moment donné, on attend des Verts qu'ils mettent la main à la pâte - et c'est ce que nous faisons d'ailleurs. Et pour mettre la main à la pâte, quand on fait de la politique, c'est aller dans les institutions, c'est prendre des responsabilités, faire voter des réglementations qui changent les choses au quotidien. Le partenariat avec des partis politiques, comme le Parti socialiste, restera donc quelque chose d'important pour nous et nous continuerons à la construire. Mais il faudra effectivement que l'on ait de fortes exigences dans le futur, pour que l'application de nos décisions soit vue.

Q- [...] Si vous étiez totalement indépendants de tous les autres partis politiques, vous pourriez peut-être fédérer toutes les associations et être porte-parole national de toutes ces associations qui défendent l'environnement.

R- Je ne mélange pas les choses. Les associations sont les associations, les partis politiques sont les partis politiques. Nous sommes un parti politique écologiste, mais nous avons un programme général, pas seulement sur les questions d'environnement.

Q- Sur les questions d'environnement, quels sont les points prioritaires ?

R- Les points prioritaires sur les questions d'environnement, c'est d'abord de répondre au défi climatique majeur qui nous touche aujourd'hui et qui nécessite des mesures drastiques par tous les gouvernements de la planète ?

Q- Que devrait-on faire en France, selon vous ?

R- La principale cause de l'effet de serre, ce sont les transports. Ils sont générateurs de pollution et de gaz à effet de serre : il faut résolument s'orienter vers des transports collectifs et des transports moins polluants, réduire l'empreinte écologique...

Q- Concrètement, quelles mesures devrait-on prendre ?

R- Par exemple, sur tout ce qui est transport de marchandises par la route, il faut le transférer vers le rail. C'est le grand chantier qu'il faut que l'on mette en place. Il faut aussi que le transport de personnes puisse s'améliorer par le train

Q- Vous allez dire ça aux usagers un jour de grève ! Vous savez ce qui va se passer ce soir et demain dans nos grandes villes ? Grèves à la SNCF ! Tout le monde va prendre sa voiture, avec des embouteillages monstres, donc une pollution énorme et donc le réchauffement de la planète...

R- Ce n'est pas parce que le Gouvernement a un dialogue social avec les entreprises publiques qui font du transport collectif que pour autant, il faut remettre en cause ce transport collectif...

Q- Mais là, que dites-vous aux grévistes ? "Faites attention à l'environnement" ?!

R- Les grévistes ont raison de faire grève pour défendre leurs intérêts, mais je leur dis aussi qu'ils ont un rôle essentiel à jouer effectivement dans notre propre projet et notre propre programme de transfert des gens qui sont dans leur voiture vers les transports collectifs.

Q- Vous seriez à la SNCF, feriez-vous grève ?

R- Je pense que oui...

Q- Malgré la pollution que cela engendre ?

R- Bien entendu, cela n'a pas de rapport.
[...]

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 21 janvier 2005)

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