Déclaration de M. Luc Bérille, secrétaire général du SE-UNSA, sur l'apprentissage et le partenariat école-entreprises, Paris le 13 octobre 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Luc Bérille, secrétaire général du SE-UNSA, sur l'apprentissage et le partenariat école-entreprises, Paris le 13 octobre 2004.

Personnalité, fonction : BERILLE Luc.

FRANCE. Syndicat des enseignants UNSA, secrétaire général

Circonstances : Colloque "Ecole, entreprises : quels partenariats" à Paris le 13 octobre 2004

ti : Mesdames, Messieurs, chers collègues,


Nous voici arrivés au terme de cette journée de réflexion. Il m'appartient de la conclure en quelques mots en tant que secrétaire général du SE-UNSA.

Mes premières paroles seront pour les différents intervenants qui ont animé les deux tables rondes organisées aujourd'hui. Je souhaiterais très sincèrement leur exprimer notre gratitude d'avoir accepté de nous consacrer un moment de leur temps et de nous avoir fait profité de leurs compétences et de leur talent. Un merci tout particulier aussi aux collègues qui ont oeuvré depuis plusieurs semaines à l'organisation de ce colloque, je pense plus particulièrement à Philippe Niemec, Solange Rubeillon et, naturellement, Claude Keryhuel. Les échanges, les informations et les réflexions qui ont été collectés ici nous seront précieux pour alimenter le travail entrepris par le Syndicat des Enseignants. Notre syndicat a en effet décidé d'ajuster, au cours de cette année scolaire, ses propres propositions concernant la place et le rôle du lycée dans notre système éducatif. Cette réunion d'aujourd'hui en inaugure d'autres qui se tiendront en régions, et qui aborderont ce sujet par des entrées sur d'autres thèmes. Le travail de réflexion que nous avons déjà accompli les années précédentes sur notre approche de l'école et du collège pourra être utilement complété et notre syndicat sera ainsi à même de présenter de façon plus globale et cohérente son projet éducatif sur l'ensemble de la scolarité, de la maternelle au lycée.

Un hasard relatif fait que nous tenons ce colloque au lendemain de la remise officielle au 1er ministre du rapport Thélot. Je ne commenterai pas ce dernier dans le détail mais vous comprendrez que j'y fasse tout de même quelques allusions. A travers cette question que nous avons explorée aujourd'hui du partenariat entre Ecole et entreprises, nous avons touché à quelques sujets décisifs sur lesquels la future loi d'orientation devra amener des réponses.

Au SE-UNSA, nous nous reconnaissons dans la triple mission assignée par le rapport Thélot à notre système éducatif : former des citoyens en capacité de participer à la vie de la Cité, former des êtres humains aptes à s'épanouir dans leur vie personnelle et, enfin, former des jeunes capables de s'insérer dans la vie professionnelle.

C'est sur ce dernier aspect que l'on pourrait davantage greffer notre réflexion d'aujourd'hui, même s'il n'y aurait pas grand sens à isoler cette mission ou à l'opposer aux deux autres. Mais il faut bien dire que s'il est un sujet sur lequel notre société, et par contrecoup son système éducatif, doivent encore progresser, c'est bien celui-là. Beaucoup de chemin a été parcouru dans les dernières décennies. L'Ecole et l'entreprise ne se regardent plus en chiens de faïence mais, sur la base de leurs missions et de leurs intérêts respectifs, savent collaborer intelligemment. C'est ici que se noue le partenariat qui a été notre thème de réflexion de cette journée, un partenariat bien défini, entre des entités au clair à la fois sur leurs missions respectives et sur les objectifs qu'elles peuvent poursuivre en commun.

Mais le regard porté par la société sur les métiers, la culture dominante qui y règne restent encore marqués par une certaine condescendance à l'égard du technologique et du professionnel. La dévalorisation de ces secteurs continue à sévir. Elle imprègne toujours les mécaniques scolaires et fait des ravages dans l'orientation. Au lieu de considérer d'abord, comme nous le faisons au SE-UNSA, la richesse que peuvent receler les trois voies de formation offertes aux lycéens en leur offrant ainsi trois voies possibles vers la réussite, les unes sont encore largement hiérarchisées socialement par rapport aux autres. L'orientation vers le technologique ou le professionnel reste donc majoritairement une orientation par défaut, par l'échec, le refuge pour celles et ceux pour lesquels la voie royale, la voie générale n'était pas possible.

Alors, puisque va s'ouvrir l'opportunité d'agir avec l'élaboration d'une nouvelle loi d'orientation pour l'Education, saisissons l'occasion qui nous est ainsi offerte pour contrecarrer ces logiques dépréciatrices ! En ce début de XXIème siècle, disons haut et fort que la culture technologique doit, une bonne fois pour toute, faire partie du socle commun de connaissances et de compétences dont la scolarité obligatoire doit doter tous les jeunes. La découverte des métiers doit aussi être offerte à tous et non pas réservée, comme dans le cas de la nouvelle 3ème, aux seuls élèves en difficulté. C'est la condition pour construire avec les jeunes et leurs familles des orientations à l'issue du collège qui ne soient pas conçues d'abord en négatif. C'est la condition pour casser cette logique qui assimile encore trop automatiquement " professionnel " et échec scolaire. C'est une prise en compte aussi de ce qu'est devenue la voie professionnelle qui, à l'heure du développement des techniques, exige aussi une maîtrise suffisante de la culture générale.

Mais il faut aussi que, dans cette orientation à l'issue de la scolarité obligatoire, notre système éducatif public soit capable de concevoir des offres de formation plus lisibles et cohérentes pour les jeunes et leur famille dans les domaines technologiques et professionnels. C'est le sens de la proposition du SE-UNSA de construire des lycées polytechniques proposant, autour de grandes familles de métiers, l'ensemble des différentes voies et niveaux de formation, lesquels doivent aussi trouver des prolongements cohérents dans le Supérieur avec les BTS et les licences professionnelles.

Syndicalistes et enseignants, tout devrait nous incliner à l'optimisme. Mais nous avons quelques raisons tout de même de nous interroger pour savoir si c'est bien là la voie choisie par le gouvernement. Nous avons entendu encore récemment Monsieur le ministre de l'Education nationale, François Fillon, proclamer sa volonté de revaloriser l'enseignement professionnel. Voilà qui est doux à nos oreilles ! Mais nous avons du mal à percevoir en même temps comment cette volonté va s'accommoder du développement massif de l'apprentissage auquel le projet de loi de cohésion sociale porté par Monsieur Borloo consacre de nombreux articles. Soyons clairs à ce sujet. L'apprentissage est d'abord pour nous une voie de formation initiale qui, pour certains jeunes, peut incontestablement constituer une forme adaptée d'accès à une qualification. A ce titre, l'apprentissage doit faire partie des offres que l'enseignement public doit présenter à tous, conformément à sa mission et, pour nous, il peut parfaitement s'insérer dans le dispositif du lycée polytechnique. Pense-t-on sérieusement que l'objectif des 500 000 apprentis en 2009 sera vraiment atteint ? Mais quel qu'en soit le résultat, il y a là, et c'est le plus grave, une conception qui placera l'apprentissage, et singulièrement l'apprentissage privé, non pas en complément mais en concurrence avec les autres dispositifs de formation initiale, en particulier les lycées professionnels et les contrats de professionnalisation pour les formations d'insertion. A t-on bien mesuré les effets dévastateurs de cette politique ? J'emprunterai à Jean-Pierre Raffarin cette citation de Louis Althusser, utilisée hier dans son discours pour la réception du rapport Thélot : " l'idéologie, c'est quand la réponse arrive avant la question ". Eh bien, sauf à faire de l'idéologie, notre pays, ses entreprises ont-elles vraiment intérêt à ce que s'instaure cet affaiblissement de l'enseignement public au profit d'une nouvelle panacée baptisée apprentissage privé ? Nous ne le croyons pas au SE-UNSA, pas plus que nous ne serons prêts à accepter passivement que ce qui relève de la formation initiale, et donc en France d'un droit devant lequel chaque citoyen doit être à égalité, soit perdu dans des logiques marchandes à courte vue.

De grands défis attendent donc notre système éducatif. Nous croyons au SE-UNSA que des voies originales et pragmatiques peuvent être empruntées pour permettre à notre Ecole publique de remplir mieux sa fonction. Pour réconfortante qu'elle puisse être pour certains, nous savons la nostalgie illusoire. Elle ne peut tenir lieu de programme. Ce n'est pas avec les yeux rivés vers les années 50 que l'on résoudra les problèmes du XXIème siècle. Ce n'est pas davantage en s'ignorant mutuellement que l'Ecole et l'entreprise pourront avancer. Coopération et non subordination, collaboration et non soumission, c'est dans cet esprit que peut se construire et se renforcer un partenariat fécond entre l'Ecole et l'entreprise, respectueux des prérogatives et associant les compétences de chacun dans l'intérêt des jeunes. Pour celles et ceux qui en auraient douté, je crois que ce colloque aura permis de s'en convaincre.

Sont en jeu des questions d'orientation éducative mais sont en cause aussi des capacités d'écoute des acteurs du terrain, et je parlerai plus particulièrement, bien sûr, des enseignants. Le travail en partenariat doit-il être un supplément d'âme ne relevant que de l'énergie et de la volonté, parfois des capacités de résistance à l'usure, de quelques collègues ? Ou fait-il partie intégrante des missions des enseignants d'aujourd'hui ? Au SE-UNSA, c'est le second volet de cette alternative que nous retenons. C'est à l'évidence dans la reconnaissance de ces missions dans l'organisation-même du service des enseignants que nous revendiquons que soit trouvée la réponse. De ce point de vue, l'organisation du service des enseignants est inséparable du débat sur la loi d'orientation, non pas dans le sens d'un alourdissement comme une proposition du rapport Thélot l'évoque, mais dans le sens d'un aménagement pour une autre organisation du service.

Nous aurons donc, vous le voyez, l'occasion de nous revoir dans un avenir proche, à la fois pour continuer notre réflexion mais aussi pour essayer, sans doute, de faire entendre nos arguments.


Je vous remercie de votre attention.

(Source http://www.se-unsa.org, le 12 janvier 2005)

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