Interview de M. François Fillon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans "Le Parisien" du 11 janvier 2005, sur la présentation du projet de loi sur l'école, la laïcité et la réforme du baccalauréat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans "Le Parisien" du 11 janvier 2005, sur la présentation du projet de loi sur l'école, la laïcité et la réforme du baccalauréat.

Personnalité, fonction : FILLON François, LE FUR Laurence, SAINT SAUVEUR Charles de.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti : Q - A la veille de la présentation de votre loi sur l'école en conseil des ministres demain matin, une loi déjà critiquée, dans quel état d'esprit êtes-vous ?

R - Serein. Il y autant d'avis sur l'école que de Français mais j'ai la conviction qu'avec ce projet le fil de l'intérêt général est tenu ! Face à ce projet, je n'ai entendu que des critiques vagues et souvent contradictoires. Il y a urgence à agir, les performances de nos élèves baissent, le système s'essouffle. Et, il faut le moderniser. Il y aura des moyens pour financer les mesures nouvelles comme les aides individualisées pour les quelque 200 000 élèves qui ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux mais aussi pour le dédoublement des classes de langues au lycée.

Q - Dans votre projet, une des parties les plus attendues concerne le bac. Ce " monument " du système éducatif va-t-il évoluer ?

R - Tout à fait. Je propose que cette décision de principe soit inscrite dans la loi pour que cette réforme fondamentale ne soit pas renvoyée aux calendes grecques. Les jeunes qui entreront en terminale en septembre 2006 inaugureront ce nouveau baccalauréat dès juin 2007. Au lieu d'une douzaine d'épreuves écrites finales, ils n'en passeront plus que six, regroupées à la fin du mois de juin, sur une période beaucoup plus courte qu'aujourd'hui. Les autres épreuves seront évaluées sous forme de contrôle continu ou de partiels en cours d'année, comme à l'université.

Q - Personnellement, vous préférez quelle formule ?

R - Je n'ai pas tranché. Je vais installer, la semaine prochaine, un groupe de travail pour fixer les modalités exactes de cette réforme. En avril, il rendra ses conclusions. D'ici à trois mois, la décision sera prise et le bac modernisé.

Q - Ne craignez-vous pas toutefois que le bac perde sa valeur ?

R - Toutes les études montrent que le nombre d'épreuves ne détermine pas le niveau de l'élève ni la valeur de l'examen. Pour les lycéens, notamment ceux qui préparent le bac dans des conditions difficiles, ce sera un avantage de ne pas avoir à affronter toutes les matières en même temps à la fin de l'année. Trop d'épreuves, c'est souvent trop de stress et beaucoup de bachotage, au détriment d'un travail régulier, plus approfondi. Mais, il y a des peurs chez certains parents et professeurs, et je vais y répondre : le bac restera un examen national. Pour garantir un niveau de notation homogène, partout en France, il faudra mettre des garde-fous. Je compte sur ce groupe de travail pour les préciser.

Q - Mais pourquoi revoir un examen qui finalement fonctionne plutôt bien ?

R - Parce que le bac actuel provoque une réelle paralysie des établissements scolaires au troisième trimestre. Cette année, vu le calendrier, l'année va s'arrêter le 7 juin ! Pendant deux ou trois semaines, ceux qui ne planchent pas sur le bac sont priés de rester chez eux. Ce n'est plus admissible d'autant que les élèves du secondaire perdent déjà chaque année en moyenne 7 % de leurs cours, des heures non remplacées à cause d'absences de courte durée de leurs enseignants.

Q - Votre projet de loi ne revient pas sur un des enjeux majeurs de l'école aujourd'hui, le respect de la laïcité. La partie est gagnée ?

R - La laïcité a gagné sa première bataille. La loi sur l'interdiction des signes religieux à l'école, entrée en application en septembre, n'a pas posé de problème majeur. Sur les 660 cas problématiques à la rentrée, il y a eu 48 conseils de discipline qui ont abouti à des exclusions. Ce qui démontre que la majorité des conflits se sont réglés grâce au dialogue. Tout le monde a compris que les valeurs de la République étaient bien au service de l'école pour tous.

Q - Pourtant, un rapport de l'Inspection générale de l'Education nationale montrait en juin une " montée en puissance du phénomène religieux " à l'école avec notamment le refus de certaines disciplines, le rejet de cours d'histoire ou de sciences naturelles...

R - D'après les informations que je viens de recueillir auprès des recteurs, ces comportements ne semblent pas être en augmentation. Mais, il faut absolument rester vigilant. Je compte relancer la question de l'enseignement du fait religieux à l'école. Nous préparons, à la suite du travail de Régis Debray (auteur d'un rapport sur la question) un texte qui sera communiqué dans les prochaines semaines pour aider les enseignants à éclairer les élèves sur le fait religieux.

Q - Votre intransigeance sur la laïcité n'a-t-elle pas rendu l'école plus tolérante vis-à-vis de ces comportements ?

R - Pas du tout. Je le répète : un élève ne peut contester l'enseignement d'un professeur, le choix d'un auteur étudié en français voire la présence d'un sapin de Noël ! L'école de la République ne doit pas céder sur ses principes.

(Source http://www.u-m-p.org, le 11 janvier 2005)

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