Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à France 2 le 28 octobre 2004, sur les attentes de la FNSEA concernant les charges des exploitations agricoles, les biocarburants, la recherche sur les OGM, la PAC et l'élargissement de l'Europe. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à France 2 le 28 octobre 2004, sur les attentes de la FNSEA concernant les charges des exploitations agricoles, les biocarburants, la recherche sur les OGM, la PAC et l'élargissement de l'Europe.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel, LECLERC Gérard.

FRANCE. FNSEA, président

ti :
Q- Les jeunes agriculteurs annoncent qu'ils ont levé les blocages des raffineries ; ils annoncent d'autres types d'action. Ils demandent au Gouvernement un signe fort de baisse des charges. Ils ont pourtant déjà obtenu 4 % de moins sur le gasoil ; c'est insuffisant ?

R- Non, pas 4 %. Nous avons obtenu, à la FNSEA et aux Jeunes agriculteurs, 4 centimes, c'est-à-dire, en fait, le remboursement de la part française de la taxe intérieure sur les produits pétroliers. Nous attendons encore des décisions concernant le fioul lourd, et notamment le gaz, puisque l'on parle d'une augmentation importante aussi pour le gaz. C'est important pour les productions sous serre, l'horticulture, les légumes et aussi pour les productions de volaille. Donc on attend encore des décisions de la part du Gouvernement cette semaine. Et puis, nous attendons également la concrétisation d'engagement sur les biocarburants. Je rencontre ce midi à nouveau le ministre de l'Agriculture, parce qu'il nous aller plus loin, et les jeunes qui ont effectivement tenu à manifester en début de semaine, ont raison d'alerter au-delà du Gouvernement même, l'opinion publique sur l'évolution des charges, sur nos exploitations agricoles, et chez les jeunes en particulier. Evidemment, quand on est jeune agriculteur, on a des charges beaucoup plus importantes, en matière d'installation, de modernisation de son exploitation. C'est vrai que ces charges ne cessent d'augmenter à un moment où les prix agricoles ne cessent de baisser. Et cela, en termes de revenu, c'est très dangereux.

Q- Donc, parlons clair : sur les charges, ils veulent des engagements concrets. Par exemple, qu'est ce que cela peut être ?

R-Sur les charges, parce que cela dépasse évidemment l'aspect de l'énergie. Le président de la République, la semaine dernière, a annoncé la réforme de la taxe foncière sur le foncier non bâti, une taxe française. Donc, c'est vrai que je crois qu'il faut prendre le Gouvernement à ses propres engagements, en tout cas dans les discours, puisque le président de la République lui-même a dit qu'il nous faut intervenir sur tout ce qui est de la responsabilité du Gouvernement français. Donc, je crois que dans les semaines et les mois qui viennent, on va demander au Gouvernement vraiment d'alléger les charges, parce que c'est la seule façon de défendre leurs revenus.

Q- Vous évoquiez les biocarburants. Le Président J. Chirac a annoncé le triplement des superficie d'ici 2007, ça, c'est un engagement, cela doit vous satisfaire ?

R-Oui, mais il était temps ! Parce que la France prenait un tel retard par rapport à ses voisins - je pense à l'Allemagne, notamment. Il est un peu dommage d'avoir attendu que le prix du baril flambe pour se rendre compte de l'intérêt qu'il y avait à développer dans notre pays les biocarburants. Il y a la dépendance énergétique, bien évidemment, mais il y a aussi tout simplement le fait de soutenir une énergie qui participe aussi à la lutte contre l'effet de serre, qui est une énergie renouvelable, qui s'inscrit parfaitement dans le développement durable et notre agriculture peut parfaitement s'inscrire dans ce développement. J'ajoute que c'est un secteur économique qui peut être créateur d'emplois et de ce point de vue, il faudra d'ailleurs, dans les jours qui viennent que le Gouvernement concrétise, là aussi, ses engagements. Pourquoi ? Parce qu'il y a un débat avec les firmes pétrolières. Le diester ne pose pas problème, mais pour l'éthanol, il y a une vraie décision politique à prendre pour que [inaudible].

Q- En clair, contraindre les compagnies pétrolières à mettre du ...

R-Oui tout simplement. Il faut imposer aux compagnies pétrolières d'incorporer un peu d'éthanol parce que je crois que nous pouvons participer à cette énergie.

Q- Autre sujet : les OGM. Le Président Chirac a annoncé une loi pour clarifier les choses en matière de recherche. Clairement, vous êtes pour ou contre les OGM ? On sait que la Confédération paysanne est très, très contre ; et vous ?

R-Oui, mais la question ne se pose pas sur le pour ou contre les OGM. J'ai pris position depuis longtemps au regard de la recherche. Je constate qu'à Murat, la semaine dernière, le président de la République a pris un peu une position qui était proche de celle de la FNSEA.

Q- Donc vous êtes pour que l'on fasse des recherches sur les OGM ?

R-Absolument. Moi, j'ai toujours défendu les chercheurs. Et quand je reprends le vocabulaire du président de la République que j'ai sous les yeux, "il faut évaluer, sélectionner, expérimenter, autoriser, interdire, contrôler". Il propose d'ailleurs un projet de loi ; ça, c'est pour se mettre en règle avec les décisions européennes. J'ajouterais qu'il faut aussi prendre des décisions pour informer les consommateurs. Ce qui est important, c'est toute l'information au niveau du consommateur, soutenir la recherche, informer les consommateurs parce que nous savons que dans le monde, il y a des productions OGM. Nous ne sommes pas au stade de la production OGM en France, nous sommes au stade de soutenir la recherche. Le scientifique va pouvoir travailler, le politique décider, et surtout, bien informer le consommateur.

Q- Le projet de traité constitutionnel, qui sera signé demain, le référendum... Un certain nombre de gens s'inquiètent, ou en tout cas s'attendent à ce que beaucoup d'agriculteurs votent contre lors de ce référendum. Est-ce que c'est votre sentiment ?

R-Depuis les réformes successives de la politique agricole, l'ambiance, dans les campagnes est relativement morose. Elle est morose parce que la principale question est qu'il y a un manque de lisibilité en matière de politique agricole. Et c'est vrai que l'on a tendance, aujourd'hui, à mettre cela sur le dos des dernières décisions européennes. C'est vrai que nous avons condamné la dernière réforme de la politique agricole. Ceci étant, nous devons aussi reconnaître que l'Europe a beaucoup apporté à la profession agricole, notamment aux agriculteurs français, il ne faut pas l'oublier. Nous avons participé nous-mêmes à la construction de l'Europe ; la politique agricole européenne a un peu plus de 40 ans. Je pense que nous avons besoin - on ne va pas revenir en arrière, on ne va pas demander à repenser le marché agricole à l'échelle de la métropole - d'une Europe qui fonctionne, où les règles du jeu sont claires entre les différentes institutions, le Conseil des chefs d'Etat et des chefs de Gouvernement, les Conseils des ministres, la Commission, le Parlement européen. De ce point de vue, sans engager évidemment, parce que la FNSEA a toujours laissé libre les agriculteurs de leurs choix, à titre personnel, je voterai pour le projet de Constitution.

Q- Vous ne craignez pas les conséquences de l'élargissement, parce qu'on sait qu'il y a de moins en moins d'argent pour l'Europe, le budget est bloqué. Ce que l'on va donner aux nouveaux pays, ce sera d'autant moins pour les pays comme la France.

R-La crainte la plus importante au niveau de l'élargissement, ce sont les distorsions de concurrence qui pourraient perdurer dans le fonctionnement d'une Europe à 25. J'ai d'ailleurs demandé au Gouvernement, notamment au ministère de l'Economie et des Finances, de faire une étude fine sur les distorsions de concurrence en Europe. Je pense en particulier aux aspects sociaux, parce que l'on a un problème d'harmonisation, notamment de la main d'oeuvre. Je ne demande pas que l'on aligne par le bas, mais plutôt par le haut. Donc, de ce point de vue, il y a peut-être des craintes à avoir. Mais je pense que l'on a plus à gagner de cette Europe élargie, à tout point de vue, notamment au plan du marché agricole.

Q- D'un mot sur la réforme de la loi Galland, la baisse des seuils de vente à perte pour faire baisser les prix. Est-ce que ce ne sont pas, à l'arrivée, les agriculteurs qui risquent d'en faire les frais ?

R- Il y a un énorme risque. On ne peut pas être les victimes, une nouvelle fois, de la guerre des prix que pourraient se faire les fournisseurs entre eux et les enseignes de distribution entre elles. Donc, nous serons vigilants. Il est hors de question de revenir sur le seuil de revente à perte.

(Source http://www.fnsea.fr, le 29 octobre 2004)

Rechercher