Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la commémoration du génocide des juifs et de l'évacuation par les nazis du camp d'extermination d'Auschwitz Birkenau en 1945, Paris le 18 janvier 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la commémoration du génocide des juifs et de l'évacuation par les nazis du camp d'extermination d'Auschwitz Birkenau en 1945, Paris le 18 janvier 2005.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. UMP

Circonstances : Inauguration de l'exposition "2251 - Mémoire de Déportés" de Raphaël LÉVY, au Sénat le 18 janvier 2005

ti : Mesdames, Messieurs,


Après notre exposition sur les grilles consacrée au processus de libération de la France et de restauration de la République, en 1944 et 1945, le calendrier de l'Histoire nous conduit aujourd'hui à une étape tragique, celle du camp d'Auschwitz-Birkenau libéré le 27 janvier 1945.

Certes, AUSCHWITZ ne fut pas le seul camp de déportation nazi mais il est aujourd'hui devenu un double symbole : celui de l'horreur de la " solution finale ", celui de la " banalité du mal ".

C'est la raison pour laquelle sa libération fera l'objet de célébrations nationales et internationales dans quelques jours.


A travers cette commémoration, nous entendons nous adresser à l'ensemble de tous ceux, compatriotes ou étrangers, qui sont morts dans les camps de concentration de la Deuxième Guerre mondiale, sans espoir et pour beaucoup sans comprendre.

La déportation et le génocide juif constituent la page la plus sinistre de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale et, à l'évidence, de l'humanité.

Cette horreur demeure une interrogation et une angoisse pour la conscience de chaque homme et de chaque femme d'aujourd'hui.

Au-delà de la responsabilité des dirigeants nazis, une question se pose : celle des limites de l'homme ordinaire, celles du " conformiste ", celles des lâchetés quotidiennes.

Rappelons, pour ceux d'entre nous qui l'auraient oublié, que cette libération d'AUSCHWITZ-BIRKENAU fut précédée d'une épreuve aussi effroyable qu'inutile : l'évacuation du camp, par les nazis, le 18 janvier 1945, pour tenter de masquer l'horreur.

Il y a soixante ans aujourd'hui même, les terribles " marches de la mort " menèrent, à pied ou dans des wagons à ciel ouvert et par un froid glacial, des convois de déportés déjà épuisés dans d'autres camps situés plus à l'ouest.

Les retardataires étaient systématiquement abattus.

Sur près de 60 000 personnes évacuées, plusieurs dizaines de milliers succombèrent lors de ces marches.

Ne restaient plus dans le camp que les déportés trop malades pour marcher et une poignée d'hommes et de femmes plus déterminés qui avaient réussi à se cacher.

Parmi eux, Primo LEVI, hospitalisé comme malade infectieux depuis le 11 janvier, a laissé un récit de cet épisode dans le dernier chapitre de " Si c'est un homme ".

Il y décrit les incursions meurtrières de quelques SS retardataires, le spectacle de l'armée en déroute défilant devant le camp, le manque de vivres, l'amoncellement des cadavres, la solidarité renaissante entre les déportés...

Lorsque l'armée soviétique libère le camp, le 27 janvier 1945, elle ne trouve, si j'ose dire, que 7 500 détenus ; à peine 2 000 d'entre eux devaient survivre plus de quelques jours.

Il convient de relire régulièrement le récit de ces horreurs afin que notre vigilance ne faiblisse pas.

Sur près de 76 000 juifs déportés de France, il n'en revint a peine plus de 2 000.

2 251 exactement, c'est le titre du livre de M. Raphaël LÉVY.

Ce bilan désastreux doit être systématiquement rappelé lorsque des voix s'élèvent pour tenter de minorer, voire de nier, la réalité de l'extermination.


Nous avons choisi d'évoquer le souvenir des déportés d'une manière simple et digne, comme il convient au Sénat de la République.

C'est donc une approche modeste mais qui nous touche profondément que nous propose ici M. Raphaël LÉVY, à travers ces portraits de quelques-uns des survivants.

Je m'incline respectueusement devant ceux d'entre eux qui ont tenu à être présents lors de cette cérémonie du souvenir.

Approche modeste, disais-je, mais incontestable : un visage avec pour seul commentaire, un nom, une date de naissance, la date de déportation, parfois le matricule, la date de libération.

Cinquante parcours, tous différents mais si semblables, combien plus éloquents que les plus longs discours.

Et puis il y a cette rose, la rose de la mémoire qui fait l'objet d'une nouvelle de M. Henry BULAWKO insérée dans le livre, et que M. LÉVY a voulu symboliquement reproduire en ouverture et en clôture de son exposition.

Dans la nouvelle, la rose de la mémoire, recueillie par un rescapé près des ruines d'un four crématoire, après avoir survécu inexplicablement pendant des années, meurt avec le dernier témoin.

Nous sommes ici rassemblés pour que cette rose ne meure pas.

Soyons des témoins et faisons en sorte que nos enfants et petits- enfants, leurs enfants, leurs petits-enfants, et au-delà, le soient aussi.

Ajoutons à nos vies ce sentiment de dignité conquis par ceux qui ont aujourd'hui disparu et dont le souvenir nous confère une part de leur dignité.

Souvenons-nous que le devoir de mémoire est aussi un devoir de respect, un devoir de vie, un devoir de " plus jamais ça ".

Cette exposition est modeste mais elle a un autre avantage, auquel je suis personnellement toujours très attentif, en tant que Président de l'Assemblée des Territoires français : c'est une exposition qui ne se limitera pas à Paris. Elle va partir pour un tour de France à travers, notamment, les lieux de mémoire que sont les musées de la déportation à Lille, Lyon, Besançon... C'est la raison pour laquelle nous avons accepté qu'elle intervienne en début d'année pour lui laisser le temps de diffuser son message...

Sincères remerciements à M. LÉVY et, très simplement mais du fond du coeur, merci à tous, merci de votre présence.

(Source http://www.assemblee-nationale.fr, le 21 janvier 2005)

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