Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de LO, dans "Lutte Ouvrière" les 3, 10, 17, 24, 27 décembre 2004 sur les manifestations en Ukraine après les résultats électoraux, la réouverture des Restaurants du coeur, sur l'assouplissement de la loi des 35 heures, l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, l'aide humanitaire aux victimes du raz-de-marée dans les pays d'Asie du Sud Est. | vie-publique.fr | Discours publics

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Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de LO, dans "Lutte Ouvrière" les 3, 10, 17, 24, 27 décembre 2004 sur les manifestations en Ukraine après les résultats électoraux, la réouverture des Restaurants du coeur, sur l'assouplissement de la loi des 35 heures, l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, l'aide humanitaire aux victimes du raz-de-marée dans les pays d'Asie du Sud Est.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte-parole

ti : 3 décembre 2004

La révolte en Ukraine


En Ukraine, ce pays à l'est de l'Europe, issu de l'éclatement de l'Union soviétique, dominé par des clans politiques de l'ancienne bureaucratie, une partie de la population n'a pas accepté les résultats d'élections manifestement truquées. Elle est descendue dans la rue et, depuis une dizaine de jours, des centaines de milliers de personnes occupent en permanence le centre de la capitale, Kiev, et refusent que le candidat du pouvoir soit reconnu vainqueur.

Comme le montre l'affolement du milieu dirigeant, ces députés et ces médias auparavant pro-gouvernementaux qui tournent leur veste, l'intervention de la rue a été efficace. Elle démontre en tout cas que, quand une population est déterminée à s'opposer à un pouvoir corrompu, elle a les moyens de le faire.

L'homme qui cristallise sur son nom la force venant de la rue ressemble cependant par toute sa carrière politique au candidat du pouvoir en place. Les deux sont issus de l'ancienne bureaucratie soviétique. L'un est le Premier ministre en exercice; l'autre, le candidat de l'opposition, a été Premier ministre il y a quelques années. Ils ont tous les deux servi le même président et ont participé à son pouvoir corrompu. Leur seule différence, c'est que, pendant que l'un cherche le soutien de la Russie, l'autre a choisi, dans sa campagne électorale, de se présenter pro-occidental et pro-européen.

A en juger par ce que montrent les télévisions d'ici et à ce qu'en rapporte la presse, toutes très favorables à ce qu'elles appellent la "révolution orange", la population mobilisée a bien des illusions. Illusions dans le candidat de l'opposition. Illusions dans la perspective de l'intégration dans l'Union européenne qu'il promet.

L'espoir des manifestants est que, si leur candidat est proclamé élu, cela ouvrira le chemin vers une évolution démocratique du régime, avec moins de corruption, moins de censure, avec aussi l'espoir que les changements politiques apporteront un niveau de vie qui se rapproche de celui de l'Europe occidentale. Ils risquent d'être malheureusement déçus pour l'une comme pour l'autre.

On se souvient de l'enthousiasme avec lequel une partie de la population russe avait naguère porté au pouvoir Boris Eltsine qui, pour parvenir au sommet, avait joué sur les mêmes sentiments sur lesquels joue le chef de l'opposition en Ukraine. Eltsine avait réussi à évincer du pouvoir son rival Gorbatchev. Il n'avait pas apporté la démocratie, mais seulement un pouvoir aussi faible que corrompu et l'éclatement de l'URSS. Il n'avait pas apporté la liberté pour tous mais seulement celle pour les hauts bureaucrates de piller les richesses du pays. Et l'économie de marché, qui avait été alors présentée comme la condition même de la démocratie, si elle a rempli de produits nombre de magasins, n'a pas donné à la majorité de la population les moyens de les acheter et a empiré la situation de beaucoup.

Les dirigeants de l'opposition ukrainienne se disent pro-européens. Mais l'Union européenne n'envisage que la vassalisation de l'Ukraine, pas son intégration. Et la lutte pour le pouvoir des deux candidats rivaux est lourde, de surcroît, de la menace de l'éclatement du pays en deux États. Ce qui serait un recul considérable, même s'il ne s'accompagnait pas d'un conflit armé.

Alors, l'espoir pour l'Ukraine n'est certainement pas dans la politique des deux clans rivaux pour le pouvoir. Il n'est pas non plus dans les man¿uvres politiques de leurs protecteurs respectifs, les dirigeants russes d'un côté et les dirigeants du monde occidental de l'autre.

L'espoir est dans la mobilisation elle-même. Il est dans le fait que ces centaines de milliers de femmes et d'hommes qui, dans leur lutte contre le pouvoir corrompu, se sont rendus compte de la force que représente la population mobilisée, prennent aussi conscience qu'ils peuvent aller au-delà du choix entre deux cliques politiques que finalement pas grand-chose ne sépare, et parvenir à la conscience que la population elle-même peut contrôler le pouvoir et prendre en mains la gestion de l'économie, au lieu de laisser des clans bureaucratiques la piller et une petite minorité s'enrichir.

10 décembre 2004

Les Restaurants du coeur, dans une société sans coeur !


Les Restaurants du coeur ont rouvert cette semaine, pour la vingtième année consécutive, et les chiffres annoncés par cette association sont une dénonciation de la manière dont une grande partie de la population ne cesse de s'appauvrir. Il y a vingt ans, durant l'hiver 1984-1985, les Restaurants du coeur avaient servi huit millions et demi de repas. L'hiver dernier, c'est huit fois plus, 66 millions de repas, qui ont été distribués. Combien en faudra-t-il cette année? Les Restos du coeur craignent de ne pas faire face.

Officiellement, le taux de chômage n'est pas plus élevé aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Mais il s'agit des statistiques officielles. Des milliers de travailleurs sans emploi ont été effacés des listes de l'ANPE. Et surtout le montant des indemnités de chômage, la durée pendant laquelle elles sont versées n'ont cessé d'être revus à la baisse. Le résultat, c'est que le nombre de ceux qui n'ont pour vivre que le RMI est passé en seize ans de 400000 à 1,2 millions. À quoi il faut ajouter deux millions de personnes qui n'ont pour toute ressource qu'un des autres minima sociaux, tel que l'Allocation de solidarité spécifique, tout aussi insuffisants.

Cette paupérisation croissante ne touche d'ailleurs pas que les sans-emploi. On a vu apparaître dans les statistiques la catégorie des "travailleurs pauvres", salariés victimes le plus souvent d'un temps partiel imposé, mal payé, qui n'en fait pas des chômeurs mais les conduit à la misère, et parfois à la rue.

Pourtant, la quantité de richesses produites dans le pays n'a pas diminué. Sur les dix dernières années, la croissance a été de 22 %. Mais ces nouvelles richesses produites ne profitent qu'à une minorité de privilégiés, pendant que l'ensemble de la population laborieuse voit son niveau de vie diminuer.

Les grandes entreprises affichent des bénéfices confortables. Si leurs PDG ont vu leurs salaires augmenter en moyenne de 10% au cours de l'année écoulée, c'est parce que les gros actionnaires de ces sociétés, ceux qui emploient ces PDG, sont contents de leurs services... et qu'ils ont vu leurs propres revenus augmenter au moins dans la même proportion.

La baisse du niveau de vie de la population laborieuse, l'augmentation du nombre de pauvres d'une part, et la richesse insolente qu'affichent les privilégiés de la fortune de l'autre, ne sont que les deux faces d'une même médaille. C'est parce que les seconds accaparent une fraction toujours plus grande du produit national que les classes laborieuses voient leur niveau de vie reculer.

Cette âpreté au gain de la bourgeoisie, la classe ouvrière la paie de toutes les manières imaginables. Par le chômage, parce que c'est pour pouvoir faire produire autant, voire plus, avec moins de salariés que le patronat multiplie les plans de licenciements. Par des conditions de travail dégradées, des horaires parfois déments, par l'augmentation des maladies liées au travail, justement parce que les patrons demandent plus à ceux qui ont gardé un emploi. Par des salaires qui, non seulement stagnent, mais sont de plus en plus amputés par les dépenses liées à la maladie, de moins en moins bien prises en charge par une Sécurité sociale pillée pour permettre à l'État de multiplier les cadeaux au patronat. Par des services publics laissés à l'abandon pour les mêmes raisons.

Dans cette société où règne la course au profit individuel, règle de conduite des capitalistes, les Restaurants du coeur, comme d'autres associations, jouent un rôle indispensable en permettant à une partie des plus exposés de ne pas sombrer. Mais le fait que, vingt ans après leur fondation, la misère continue de progresser prouve bien que ce n'est pas une solution suffisante.

Ce qui est nécessaire, c'est que le monde du travail contraigne le patronat et l'État à reculer. C'est possible. Cela s'est déjà fait dans le passé. Et il faudra bien le faire un jour ou l'autre.

(Source http://www.lutte-ouvriere.org, le 9 décembre 2004)

17 décembre 2004

Qu'ils donnent donc du travail et un salaire correct aux chômeurs !

Il a suffi que le Medef gronde le gouvernement, l'accusant de ne pas faire suffisamment de "réformes" allant dans le sens des intérêts du patronat, pour que Raffarin se dépêche de montrer sa bonne volonté. Voilà qu'il vient de décider un nouvel assouplissement de la loi des 35 heures. Déjà la loi Aubry avait fait la part belle au patronat. En contrepartie d'une réduction à 35heures de l'horaire légal de travail, elle avait accordé au patronat un certain nombre d'avantages, avec le blocage des salaires, l'annualisation de l'horaire de travail, des baisses de charges sociales.

Le patronat, voulant conserver les avantages sans rien concéder en contrepartie, n'a jamais cessé de mener une campagne contre cette "France qui travaille peu et qui prend du retard dans la compétition internationale". C'est un mensonge grossier, parce que l'horaire réel moyen en France est supérieur à celui de l'Allemagne ou de la Grande-Bretagne. En outre, la loi Aubry elle-même prévoyait un régime dérogatoire pour les petites entreprises, ce qui fait qu'un grand nombre de travailleurs n'ont jamais vu leurs horaires de travail réduits.

Les lois Fillon ont déjà rogné le peu de choses positives dans la loi Aubry.

Le nombre des heures supplémentaires autorisées par la loi passe désormais à 220 par an. "Les salariés qui souhaitent travailler plus pourront gagner plus", a martelé Raffarin. Mais, en autorisant que les heures de RTT puissent être payées, au lieu d'être prises en journées de congé, Raffarin a trouvé un système ingénieux permettant aux patrons de faire faire des heures supplémentaires qui ne seront même pas majorées. Les patrons pourront faire travailler plus en donnant moins.

Raffarin a le culot de présenter le choix entre la prise des journées de RTT ou leur paiement comme une liberté supplémentaire pour les salariés. Comme si c'étaient les salariés qui fixaient leurs horaires, et pas leurs patrons !

Et puisque les ministres et les médias aux ordres prétendent que l'on ne travaille pas assez dans ce pays, pourquoi donc n'y a-t-il pas de travail pour les plus de deux millions de chômeurs, sans parler de ceux, à peu près aussi nombreux, qui n'ont qu'un travail précaire ?

Leur cynisme frise cependant la sincérité, en reconnaissant indirectement que le pouvoir d'achat des salaires ne cesse de baisser et qu'un travailleur ne peut espérer s'en sortir qu'en travaillant plus.

Le plus lourd de conséquences de ce que propose Raffarin n'est cependant même pas l'allongement du temps de travail. Nombre d'entreprises n'utilisent pas le contingent d'heures supplémentaires autorisées par la loi. Mais vider une loi sociale de tout contenu au profit des négociations par branche, par entreprise, voire entre un patron et son salarié, donne en fait aux patrons le droit de faire ce qu'ils veulent sans être freinés un tant soit peu par une loi. C'est livrer encore plus une partie des salariés, ceux qui se trouvent dans le rapport de forces le plus défavorable, notamment dans les petites entreprises, au pouvoir absolu de leur patron.

Interrogé à ce sujet, François Hollande, le premier secrétaire du Parti Socialiste, a critiqué les mesures de Raffarin. Il s'est bien gardé cependant d'en promettre l'annulation en cas de retour de la gauche au gouvernement. Les dirigeants socialistes se contentent de promettre seulement que "la gauche rouvrira les négociations syndicales et professionnelles", ce qui est une façon d'entériner la démarche de Raffarin. Et lorsqu'ils parlent sur un ton catastrophé de la disparition définitive de la loi des 35 heures, cela signifie seulement que les travailleurs n'ont rien à espérer d'un retour de la gauche au pouvoir, si tant est qu'elle revienne dans trois ans.

Mais que les uns et les autres se méfient: ils finiront par convaincre tous les travailleurs que seule une réaction collective du monde du travail peut faire reculer le patronat et le gouvernement, et les contraindre à supprimer toutes les lois, toutes les mesures antiouvrières, quel que soit le gouvernement qui les a prises !

(Source http://www.lutte-ouvriere.org, le 16 décembre 2004)


24 décembre 2004

La main tendue aux travailleurs turcs

De Sarkozy à de Villiers, toute une partie de la droite est partie en guerre contre l'idée que la Turquie pourrait entrer dans l'Union européenne... dans quinze ans. Mais manifestement, s'ils parlent beaucoup de l'Europe, ces gens-là se préoccupent surtout des rivalités entre les politiciens de droite.

Puisque Chirac s'est déclaré favorable à l'entrée, un jour, de la Turquie dans l'Union européenne, Sarkozy s'en déclare adversaire. Quant au vicomte de Villiers, qui cherche comme toujours à séduire la fraction la plus réactionnaire de l'électorat de droite, celle qui pense que l'Europe devrait affirmer qu'elle est chrétienne, et qui s'effraie à l'idée qu'elle puisse s'associer un État dont la majorité de la population est musulmane, il a trouvé des accents à la Bush pour dénoncer un pays qui "a une frontière avec l'axe de l'épouvante", comme si le voisinage de la Turquie avec l'Irak avait quoi que ce soit à voir avec le problème!

Mais tout cela n'est que poudre aux yeux, car ce ne sont ni Sarkozy, ni de Villiers, ni Chirac, qui décideront de l'entrée ou non de la Turquie dans l'Union européenne. Ni le "peuple français" dont ils prétendent que c'est lui qui doit trancher.

Si les quelques grandes familles, les grandes sociétés, en passant par celle de Sellière, qui dirigent vraiment ce pays, estiment (après avoir depuis longtemps supprimé les droits de douane avec la Turquie, et y avoir beaucoup investi) que l'entrée de ce pays dans l'Union européenne est bonne pour leurs profits, alors tous les hommes politiques qui aspirent à gérer leurs affaires, de Fabius à Sarkozy, remettront dans leur poche leurs discours d'aujourd'hui, comme le feraient en sens opposé ceux qui se déclarent aujourd'hui favorables à l'entrée de la Turquie dans l'Europe, si la bourgeoisie française n'y trouvait pas son compte.

Quant au "peuple souverain", on lui demandera ou pas son avis, on en tiendra compte ou pas, suivant les mêmes critères.

Mais les travailleurs, eux, n'ont de toute manière aucune raison de s'inquiéter d'une éventuelle entrée de la Turquie dans l'Union. Certes, si les bourgeoisies européennes s'emploient laborieusement à supprimer les frontières qui morcellent ce vieux monde, c'est dans leur propre intérêt, parce qu'elles ont besoin d'un marché à l'échelle de celui des États-Unis. Mais même ainsi, la disparition des frontières, la monnaie unique, la possibilité pour les hommes de circuler librement, sont des progrès. Et la disparition des frontières peut être une chance pour tous les travailleurs d'Europe, en leur permettant de mieux prendre conscience que, de Paris à Istanbul, ils constituent une même classe ouvrière.

Ce n'est pas l'Union européenne qui est responsable de la crise, du chômage, de l'exploitation. Quand les hommes politiques de la bourgeoisie accusent "Bruxelles", ils mentent. Car les décisions prises dans les instances européennes ont été approuvées par les gouvernements de tous les pays concernés. Mais évidemment, plutôt que de reconnaître que si on oblige les travailleurs à se serrer la ceinture c'est pour permettre à leurs patrons de faire toujours plus de profits, il est plus facile de les appeler à faire des sacrifices pour faire face à la concurrence internationale!

Mais le problème que se posent nos exploiteurs, ce n'est pas la concurrence des capitalistes des autres pays. C'est de réduire encore la part des travailleurs, pour augmenter leurs profits. Par rapport à la disparité des niveaux de vie de la classe ouvrière, leur solution c'est l'alignement vers le bas. Alors que la seule solution acceptable pour la classe ouvrière, c'est de faire évoluer les choses pour que son niveau de vie, ses conditions de travail, s'améliorent dans tous les pays.

Pour cela, l'union de tous les travailleurs d'Europe est une nécessité. C'est pourquoi les travailleurs de ce pays doivent tendre la main aux travailleurs turcs, comme à tous ceux qui de par le monde vivent de leur travail.

(http://www.lutte-ouvriere-journal.org/ le 23 decembre.2004)

27 décembre 2004


La misère et le mépris des pauvres tue encore plus que les raz-de-marée

Les séismes, comme celui qui a provoqué le raz-de-marée qui vient de causer des milliers de victimes dans le sud-est asiatique, font partie de ces phénomènes naturels que l'homme est encore incapable de prévoir. Mais on ne peut pourtant pas, devant ce désastre, se contenter d'invoquer la fatalité.

Une fois de plus, ce sont des pays où la plus grande partie de la population vit dans la misère qui ont été touchés. Ce n'est pas étonnant, car en ce XXIème siècle où la science et la technique permettent d'envoyer une sonde, après un voyage de sept ans, explorer la banlieue de Saturne à plus d'un milliard de kilomètres, il y a malheureusement dans le monde plus de régions où la population connaît le plus grand dénuement que de pays riches. Et bien évidemment le fait que des populations entières soient contraintes de s'entasser dans les baraques misérables que l'on a pu voir à la télévision, dans des villages dépourvus de moyens d'accès modernes, n'a pu qu'augmenter le nombre des victimes au moment du raz-de-marée et freiner l'arrivée des secours ensuite.

D'autant que si le séisme sous-marin qui a provoqué ce raz-de-marée ne pouvait pas être prévu, il a été enregistré par les scientifiques deux heures avant que celui-ci ne vienne ravager les côtes qui bordent cette partie de l'Océan Indien. Deux heures, cela aurait pu être un délai suffisant pour évacuer une grande partie des populations menacées, et diminuer d'autant le nombre des victimes. Mais encore aurait-il fallu qu'existent des moyens de transmission et de communication. Encore aurait-il fallu que la prévention de ce genre de drames soit une préoccupation, non seulement pour les gouvernements locaux, plus préoccupés de sauvegarder les privilèges des riches que du sort de leurs peuples, mais aussi pour les grandes puissances, qui disposent pourtant de moyens techniques considérables dès qu'il s'agit de défendre, n'importe où dans le monde, les intérêts des grands groupes financiers qu'elles protègent.
Oh, ces grandes puissances ne sont pas restées sans rien faire. La commission européenne a débloqué trois millions d'euros destinés à "couvrir les besoins initiaux vitaux"... c'est-à-dire à peine plus de la moitié de ce que l'UMP a déboursé à elle seule il y a quelques semaines pour le sacre à grand spectacle de Sarkozy ! Et que penser de la manière dont les grands moyens d'information s'étendent, sans la moindre décence, sur le sort des touristes occidentaux surpris par le raz-de-marée sur les plages jusque-là paradisiaques. Leur sort est certes tragique, mais pas plus que celui des milliers de victimes qui n'étaient pas en vacances. Un grand journal du matin s'est même offert le ridicule de publier sur une demi-page une carte de la région touchée... avec les emplacements des clubs de vacances français !

Alors, une fois de plus, comme lors de chaque grande catastrophe, on nous rappelle l'adresse des différentes organisations caritatives, des ONG, auxquelles le public peut adresser ses dons. Et c'est bien que des millions de gens (généralement pas parmi les plus riches) se sentent concernés par ce drame, c'est bien que ces organisations existent, puisque ceux qui par leur puissance économique, ou leur pouvoir politique, gèrent le monde se préoccupent si peu de ce genre de problèmes.
Mais, puisqu'il ne sera sans doute jamais possible d'éliminer toutes les catastrophes naturelles, il faudrait que la solidarité soit la préoccupation de tous, à commencer par ceux qui ont le pouvoir de décision. Et c'est vrai qu'un autre monde est possible. Un monde où la course au profit individuel ne soit pas la loi suprême, où ceux qui possèdent d'immenses richesses ne répètent pas, comme s'il s'agissait d'un titre de gloire, que leur entreprise "n'est pas une entreprise philanthropique !". Ce monde fraternel, solidaire, c'est ce que le mouvement ouvrier, lorsqu'il est né, appelait le socialisme, ou le communisme.

(Source http ://www.lutte-ouvrière.org, le 27décembre.2004)

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