Interview de M. Julien Dray, porte-parole du PS, à "RTL" le 31 décembre 2004 sur les réactions françaises après la catastrophe naturelle dans l'Asie du Sud-Est, sur la tentative de Didier Julia de libérer les otages français en Irak, sur le débat politique national autour de la Constitution européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Dray, porte-parole du PS, à "RTL" le 31 décembre 2004 sur les réactions françaises après la catastrophe naturelle dans l'Asie du Sud-Est, sur la tentative de Didier Julia de libérer les otages français en Irak, sur le débat politique national autour de la Constitution européenne.

Personnalité, fonction : HAMON Benoît, ARZT Richard.

FRANCE. PS, porte-parole

ti : Q- Bonjour J. Dray. Jacques Chirac n'a donc pas parlé depuis la catastrophe qui s'est produite en Asie dimanche dernier. Les traditionnels voeux radiotélévisés du 31 janvier devraient ce soir lui permettre de se rattraper.

R- Oui j'espère, parce qu'il y a eu effectivement - mais ce n'est pas l'esprit de la polémique que je veux avoir ce matin - un petit retard à l'allumage ! On aurait aimé que la France parle plus vite, et que ses hautes autorités, je pense au Premier ministre et au président de la République, soient tout de suite je dirais à la tête de la croisade internationale qu'il faut mener, et d'une bonne croisade internationale pour sauver tout ce qui peut être sauvé, et pour reconstruire ces pays. Mais je crois que face à un drame comme ça, l'esprit polémique doit s'effacer.

Q- D'autant que l'Elysée explique que Jacques Chirac s'est tenu informé, a supervisé l'action de la France depuis le début de la semaine.

R- Oui, on a l'impression à chaque fois que Jacques Chirac est en vacances qu'il a du mal à interrompre ses vacances. On l'avait déjà vu sur la canicule. Mais franchement, ce matin je ne veux pas chercher la polémique. Moi ce qui m'importe aujourd'hui, c'est que la France et toutes ses autorités soient toutes mobilisées, parce que je crois que ça relativise bien des polémiques, bien des drames que nous vivons les uns et les autres quand on regarde ce qui est en train de se passer dans ces pays-là.

Q- Alors prenons les quelques mesures concrètes annoncées. Est-ce que vous approuvez la proposition de report des échéances sous forme d'un moratoire de la dette des pays, qui sont touchés par ce raz-de-marée ?

R- Ca, c'est un peu l'effet d'annonce. Vous savez comme moi que ces pays là n'auraient jamais remboursé. Donc c'est de la monnaie de singe. Donc ça ne coûte rien de le faire. Je crois que ce qui est important aujourd'hui c'est qu'on arrive à coordonner les efforts de solidarité, parce qu'il ne faut pas qu'on se trouve dans une sorte de compétition d'annonces.

Q- C'est un peu ce qui se passe, même au-delà de la France...

R- Voilà. Chacun essaie d'en rajouter parce que tout d'un coup il y a une sorte de culpabilité qui s'établit et dont on ne sait pas d'ailleurs si tous ces engagements seront tenus. Donc il me semble qu'il y a besoin d'une coordination. Je pense, par exemple que si la France disait : nous sommes en train de nous mobiliser pour mettre 150 millions d'euros -ce qui est à peu près 10% de ce qui est demandé par les Nations Unies- ce serait un chiffre, ce serait un exemple, et il faudrait qu'il y ait une sorte de semaine nationale qui permettrait de coordonner l'action publique et l'action de tous les élus de toute la population, parce qu'on le sait, les Françaises et les Français ont le coeur généreux lorsqu'il s'agit d'être solidaires. C'est quelque chose qui est très fort dans notre Histoire.

Q- Concrètement, ce serait quoi cette mobilisation nationale ?

R- Je crois que ce qu'il faut éviter, c'est un petit peu cette compétition. Parce que cela donne parfois le sentiment que chacun veut faire un peu plus que l'autre pour dire "moi j'ai fait plus". Donc je crois qu'il faudrait qu'il y ait - peut-être que le président de la République peut l'annoncer ce soir, en tous les cas c'est ce que nous souhaitons - qu'il y ait une coordination de toutes ces actions de solidarité, avec un objectif chiffré. Qu'on se dise : je reprends ce chiffre de 150 millions d'euros parce que je crois qu'il serait symbolique pour la France d'être en tête des pays qui tirent justement cette croisade internationale...

Q- ... pour l'instant on en est à 41 millions je crois...

R- Oui et je crois qu'on peut arriver à ce chiffre-là¿

Q- Et le Parti socialiste y participerait par l'intermédiaire des régions ?

R- Oui, nous avons déjà commencé. Nous avons, dès lundi, fait un don en tant que Parti socialiste, en augmentant les cotisations de nos militants pour l'année 2005, nous avons donné 50.000 euros à la Croix Rouge. Tous nos conseils municipaux, dirigés par des socialistes, vont se réunir dans les jours qui viennent. Ils vont participer à cette mobilisation. Ils vont organiser aussi toute une série de brigades volontaires qui vont aller aider à reconstruire le pays - parce qu'il ne faut penser simplement à l'urgence mais il faut penser à l'avenir qui va être très important- et donc je sais que le président de la région Ile-de-France s'apprête à le faire. Nous allons essayer de le faire dans la semaine qui vient, décider une organisation commune de toutes ces initiatives dans la semaine qui vient, avec cet objectif de 150 millions d'euros.

Q- Vous avez la sensation que vous prenez un peu la place, pour cette coordination, du gouvernement ?

R- On essaie de jouer notre rôle, c'est-à-dire un peu d'aiguillon pour donner le sentiment qu'on est pas simplement dans de l'effet d'annonce. Ce qui m'inquiète un petit peu, si vous voulez, c'est qu'il y a les initiatives individuelles - on voit bien qu'il y a une très grande générosité qui est en mouvement ; il y a les associations, les ONG, mais il faut que tous les responsables politiques, et les partis politiques surtout - parce que c'est leur rôle, ils ne sont pas là simplement pour les campagnes électorales, ce sont des militants qui ont de la générosité au coeur - organisent cela, et donnent le sentiment qu'on a une France totalement mobilisée, unie vers cet objectif.

Q- Je change de sujet, mais c'est aussi dans l'actualité : la tentative du député Julia pour libérer les otages Malbrunot et Chesnot en septembre, provoque une polémique à droite avec des développements judiciaires. Qu'est-ce que vous en dites ?

R- Il y a une chose qui est vrai. Monsieur Julia a raison quand il dit que l'ouverture d'une information judiciaire empêche la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire. Et il reste quelque chose de bizarre dans cette affaire. On aimerait bien savoir ce qui s'est passé. Et le sentiment - mais c'est un sentiment - c'est qu'on a certainement laissé Monsieur Julia faire, en se disant que peut-être il allait y arriver, et comme il s'est planté maintenant, évidemment, tout le monde s'acharne sur lui. Mais en même temps c'est vrai que cette opération semblait un peu une opération de Pieds nickelés.

Q- Vous pensez que c'est comme cela qu'on peut qualifier Didier Julia ?

R- Elle semblait bizarroïde, quand même, cette histoire ! avec des contacts, avec des gens, avec des services secrets, bon... On a été plus dans le roman policier que dans le sérieux !

Q- Le Parti socialiste, pour le référendum qui aura lieu cette année. Vous avez voté "oui" en interne. Il faut absolument désormais que le Parti socialiste parle d'une seule voix ?

R- Il ne s'agit pas de mettre tout le monde au pas. Il s'agit simplement qu'il y ait effectivement une certaine homogénéité. On ne peut pas avoir je dirais une sorte d'armée mexicaine où chacun fait ce qu'il veut. Donc il y aura une mobilisation très forte du Parti socialiste. Parce que, y compris dans le drame que nous sommes en train de vivre, nous voyons l'importance que peut prendre l'Europe, parce qu'on a quand même vu les Etats-Unis traîner les pieds au point de départ. Ils sont plus obsédés par la guerre en Irak que par la misère qui touche tous ces pays, et par les drames. Et donc l'Europe a une place particulière à jouer. C'est pour ça que le débat que nous allons avoir en 2005, c'est pas simplement un débat constitutionnaliste, c'est la possibilité de faire que l'Europe soit une force motrice à l'échelle de la planète, y compris pour qu'il y ait des organismes internationaux qui puissent mettre en place une nouvelle politique de développement. Face au drame que nous avons connu, on se rend compte que s'il y avait plus d'argent consacré à la solidarité internationale, au développement, à l'organisation des recherches pour prévenir ces risques-là, les choses ne se passeraient pas de la même manière. Et donc pour qu'il y ait plus de générosité et plus d'humanité, il faut une Europe forte.

Q- Si les partisans du "non" - j'y reviens - à la Constitution, les partisans socialistes, continuent dans ce sens-là, il peut y avoir des sanctions ?

R- Ce n'est pas la tradition du Parti socialiste. Et donc je ne crois pas que le premier secrétaire du Parti socialiste ait envie de jouer au caporal. Il rappellera simplement la règle, qui a été celle qui a été fixée au point de départ. Il y a eu un débat, tous les militants et les militantes ont été consultés. Il y a eu une position. Il faudra effectivement s'en tenir là.

Q- Du côté de la droite, il faut que J. Chirac désigne le meilleur chef de campagne, comme disait tout à l'heure C.Clerc pour le "oui" ? C'est très important, très utile ?

R- Je crois que le président de la République a intérêt à ce que le débat politique autour de la Constitution soit déconnecté du débat national. Et de ce point de vue là, le Premier ministre devra être en retrait. Parce qu'à partir du moment où il est en première ligne, tout le monde comprendra qu'il essaie de tirer partie de ce référendum là. Il s'agit de laisser chaque famille politique, en fonction de ses convictions, faire sa campagne, mais il faut bien donner le sentiment qu'on débat de l'Europe, et pas d'autre chose, pour que ce référendum ne soit pas dénaturé.

Q- Vous êtes optimiste pour le "oui" ?

R- Je suis optimiste parce que je pense que chaque jour qui passe montre le besoin d'Europe, et que si l'Europe était en panne, ce serait pour l'échelle de la planète une mauvaise nouvelle.

Merci Julien Dray.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 4 janvier 2005)

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