Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, au journal tunisien "Le Temps" le 30 janvier 2005, sur la coopération économique franco-tunisienne, la maîtrise des flux migratoires dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen, et les programmes francophones de télévision par satellite. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, au journal tunisien "Le Temps" le 30 janvier 2005, sur la coopération économique franco-tunisienne, la maîtrise des flux migratoires dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen, et les programmes francophones de télévision par satellite.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, HLAOUI Noureddine.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Voyage officiel en Tunisie les 30 et 31 janvier 2005

ti : Questions de M. NOUREDDINE HLAOUI

1) Le partenariat avec l'Union européenne, dans lequel la Tunisie s'est engagée dès juillet 1995, doit aboutir à une zone de libre échange. Ceci implique que les pays européens favorisent les flux d'investissements vers la Tunisie mais les actes sont en contradiction avec les discours officiels. L'administration française fait notamment en sorte de dissuader les entrepreneurs français de délocaliser leurs activités. Comment expliquez vous cette contradiction ?

Les délocalisations et les investissements français à l'étranger sont deux choses distinctes. La question des délocalisations est un sujet sensible en France parce qu'il implique des fermetures d'usine et, par conséquent, des pertes d'emploi dans des secteurs vulnérables et des bassins d'emplois fragiles. Le Gouvernement français a décidé d'y répondre en améliorant la compétitivité de notre économie et en aidant les entreprises à s'adapter à l'évolution de la demande internationale.

Il ne faut pas confondre cette question avec celle des investissements français à l'étranger. Les autorités françaises n'ont nullement l'intention de mettre des obstacles à l'implantation d'entreprises françaises en Tunisie comme ailleurs, implantation qui répond à une vraie logique d'investissements à l'étranger.

Je me réjouis à cet égard de voir que les entreprises françaises sont fortement présentes en Tunisie. Celles-ci représentent 40% du total des investissements directs étrangers. Nous sommes favorables à la progression des investissements directs français en Tunisie et nous les encourageons. La présence avec moi, lors de cette visite, de responsables d'entreprises françaises de toutes tailles en est un indice particulièrement éloquent. Un Forum économique intitulé " France-Tunisie : pour un partenariat stratégique et durable " se tient le 31 janvier en marge de ma visite à Tunis. Il doit permettre d'aborder la question des entreprises et des investissements français en Tunisie. J'ai tenu à clôturer ce forum avec mon homologue tunisien, afin de témoigner de la concertation qui existe entre nos deux pays sur cette question qui est mutuellement bénéfique à nos deux économies.

Selon vous, les entreprises françaises vont-elles maintenir, diminuer ou renforcer leur présence en Tunisie ?

Le nombre des entreprises françaises en Tunisie est en augmentation constante. A l'occasion de sa visite d'Etat en décembre 2003, le Président de la République a pu constater que les entreprises françaises en Tunisie venaient de franchir la barre des 1000. Elles sont aujourd'hui au nombre de 1050.

La présence de ces entreprises en Tunisie contribue au développement d'un partenariat entre nos deux pays. Elles sont la preuve que la France, ses autorités comme ses forces vives, se tiennent aux côtés de la Tunisie dans ses efforts de développement et de modernisation.

2) Les pays de la Rive sud de la Méditerranée, notamment la Tunisie, risquent de pâtir du démantèlement tarifaire largement engagé. Que compte faire la France pour les aider à soutenir le nouveau rythme de la compétition économique ?

La coopération bilatérale française, notamment à travers l'AFD et sa filiale PROPARCO a notamment pour priorité d'accompagner la mise à niveau des économies de nos partenaires méditerranéens, en particulier des PME-PMI. L'Union Européenne, à travers les fonds considérables mobilisés dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen (1 Milliard d'euros en dons à travers le programme MEDA et 2 Mds d'euros de prêts à travers la FEMIP en 2004), agit également dans le même sens.

3) La question de l'immigration divise les pays du Nord et du Sud de la Méditerranée. Quelle serait, d'après vous, la solution la plus adéquate et la plus équitable ? La France pourrait-elle jouer un rôle modérateur au sein de l'Union européenne sur cette question ?

La Méditerranée a, de tous temps, été un carrefour de migration et de brassage humains. Notre époque n'est donc en rien différente de celles qui la précèdent et, nous le savons bien, l'échange des hommes, comme celui des biens, est source d'enrichissement mutuel. Néanmoins les Etats ont le devoir d'exercer un contrôle sur ces flux dans l'intérêt de tous. Quand je dis " les Etats ", je pense non seulement aux Etats d'accueil, les Etats européens, mais aussi aux Etats d'origine et de transit.

Il est inexact à cet égard de considérer que la question de l'immigration divise les pays du Nord et les pays du Sud. Pour des raisons de souveraineté tout d'abord et pour tenir compte des déséquilibres démographiques et économiques ensuite, les pays du Nord et du Sud ont intérêt à s'entendre quant il s'agit d'immigration. La maîtrise des flux doit donner lieu à un véritable partenariat entre les pays riverains de la Méditerranée.

Je suis heureux de constater que c'est déjà en grande partie le cas. La France est attachée à un traitement global des questions liées à l'immigration : l'accueil et l'intégration des étrangers en situation légale, la coopération avec les pays d'origine en matière de lutte contre l'immigration clandestine et le retour des immigrants illégaux. Nous accordons aussi une importance particulière aux mesures qui intéressent l'aide au développement des pays sources ou à l'assistance technique aux pays de transit, en vue de mieux contrôler leurs frontières et de mieux maîtriser les flux migratoires, ceci dans le respect des conventions internationales.

A cet égard, il convient de rappeler l'action de la France au sein de l'Union européenne. Nous nous sommes opposés à l'idée, évoquée par certains partenaires, d'établir des centres de transit en dehors de l'UE, notamment au Maghreb, afin de filtrer les candidats à l'immigration. Une telle solution, outre les questions morales et éthiques qu'elle pose, parce qu'elle est contraire à nos traditions, aurait pour inconvénient de concentrer vers ces centres les flux d'immigration illégale et d'y favoriser l'action des filières criminelles tirant profit de ce trafic.

En revanche, la France souhaite une intégration croissante du volet migratoire au développement des relations entre l'Union européenne et les pays du Sud de la Méditerranée. Dans la perspective du 10ième anniversaire de la Déclaration de Barcelone et du partenariat euro-méditerranéen en 2005, les ministres des affaires étrangère français, italien, espagnol et portugais, réunis à Rome le 2 octobre 2004, ont invité leurs partenaires méditerranéens à contribuer à la réflexion en particulier par l'enrichissement du contenu du processus de Barcelone sur les questions migratoires dans un esprit de commune appropriation. L'idée qui me semble la meilleure est celle d'une immigration co-choisie avec les pays partenaires d'origine des flux migratoires car elle permettra d'établir, avec eux, nos besoins mais aussi les leurs.

4) Face à l'offensive des chaînes satellitaires dans les pays arabes, que fait la France pour préserver l'usage de la langue française et soutenir la Francophonie en général ?

La télévision est effectivement un formidable outil pour maintenir et développer l'usage d'une langue. Nous savons tous que les téléspectateurs arabes sont des consommateurs d'images passionnés et qu'ils ont à leur disposition par l'intermédiaire de leurs paraboles des centaines de chaînes de télévision.

Mais nous avons la chance à cet égard que la proximité géographique entre la France et le Maghreb permette aux pays du sud méditerranéen de recevoir par la voie satellitaire bon nombre des principales chaînes françaises : le satellite Atlantic Bird 3, que l'on peut capter facilement en Afrique du Nord, diffuse en clair aussi bien TF1, France 2, France 3, que M6 ou France 5 et Arte, et je sais que les mesures d'audience dont nous disposons rendent compte d'un intérêt considérable dont je me réjouis tout particulièrement.

Par ailleurs, le bouquet TPS, bien que commercialisé exclusivement en France, est de facto reçu par un très grand nombre de foyers maghrébins, à tel point qu'il est probablement encore plus populaire au Maghreb qu'en France. De son côté, TV5 apporte un regard francophone sur le monde, dont je sais qu'il est également très apprécié par de nombreux téléspectateurs maghrébins.

Enfin, dès la fin de cette année, la nouvelle chaîne Medi 1 Sat à laquelle la France est associée devrait commencer à émettre des programmes en français et en arabe. Cette grande diversité des chaînes françaises accessibles dans le sud méditerranéen permet à chacun de regarder les genres de programmes qui l'intéressent, des plus populaires aux plus intellectuels. Toutes ces raisons font donc de votre région une zone particulièrement privilégiée quant au développement de la francophonie.

Au cours de l'année 2005, nous finaliserons également notre projet de chaîne internationale d'information.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 1e février 2005)

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