Déclaration de M. François Fillon, ministre de l'éducation nationale, de l'ensignement supérieur et de la recherche, sur le projet de loi d'orientation de l'école, les efforts consentis en faveur de l'enseignement des langues, la modernisation du baccalauréat et la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, Paris le 28 janvier 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, ministre de l'éducation nationale, de l'ensignement supérieur et de la recherche, sur le projet de loi d'orientation de l'école, les efforts consentis en faveur de l'enseignement des langues, la modernisation du baccalauréat et la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, Paris le 28 janvier 2005.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

Circonstances : Réunion du Conseil national de la vie lycéenne à Paris le 28 janvier 2005

ti : Mesdemoiselles et Messieurs,

Je suis heureux de vous accueillir.
Notre réunion marque en quelque sorte l'installation du nouveau Conseil national de la vie lycéenne. Comme il se doit en de telles circonstances : je vous adresse mes félicitations pour votre élection !

On dit parfois que la jeunesse se désintéresse de l'action publique... Ce n'est pas mon sentiment en vous voyant ici réunis !
Elus par vos camarades, d'abord dans votre lycée puis au sein de votre académie, vous vous êtes mis à leur service, mais aussi au service du système éducatif, dont le bon fonctionnement dépend du climat fraternel que vous y entretenez. Votre action est précieuse parce que vous êtes une émanation du suffrage de chaque lycéen.
Si ce lien vous donne une légitimité, il vous donne aussi des responsabilités. Et je compte m'appuyer sur elles. Face aux défis qui sont lancés à notre système éducatif, il faut un travail collectif.

L'École n'est plus -et c'est heureux- administrée d'en haut. Elle se veut à l'écoute, et notamment de la parole des lycéens sur les sujets qui les concernent, sous réserve que ceux-ci fassent preuve d'une attitude responsable, qu'ils formulent des propositions innovantes, et qu'ils n'oublient pas les contraintes de mise en oeuvre.
Je souhaite que cet état d'esprit préside aux travaux du Conseil national de la vie lycéenne durant ces deux prochaines années...

Celles-ci seront, je le crois, passionnantes car elles seront le prologue à l'École de demain.
L'éducation nationale se trouve, vous le savez, à une période charnière de son histoire.

Au terme de plusieurs mois de débats, de rencontres et de dialogue, j'ai présenté au conseil des ministres le projet de loi d'orientation sur l'avenir de l'École. Le premier depuis 15 ans ! Il sera débattu dans quelques jours au Parlement et entrera progressivement en vigueur dès la rentrée 2006.
En rédigeant ce projet, j'ai cherché à saisir le fil de l'intérêt général. Sans démagogie, sans idéologie, je veux améliorer ce qui marche, changer ce qui bloque. À vous qui êtes élus et qui savez désormais combien il est parfois complexe de satisfaire tout le monde, je puis vous avouer qu'il n'est pas aisé de convaincre tous les Français !
En chacun d'eux sommeille un ministre de l'éducation nationale, comme il sommeille en chaque supporter un entraîneur de l'équipe de France de football... Chacun a sa solution !

Autour de cette question sensible de l'éducation nationale, il y a 60 millions d'avis, mais il ne peut y avoir qu'une réforme ! Celle que je propose, j'en ai la conviction, doit permettre au système éducatif de devenir plus juste, plus efficace, plus moderne.

Oui, l'École doit être plus juste ! L'égalité des chances doit devenir une réalité et non plus un slogan...

Savez-vous qu'aujourd'hui, 150 000 jeunes sortent, chaque année, du système scolaire sans diplôme ni qualification ?

C'est face à cette réalité que j'envisage de recentrer les priorités de l'éducation nationale autour d'un socle de connaissances et de compétences fondamentales qui devra impérativement être acquis par tous les élèves. Et à ceux qui montreraient des difficultés d'acquisition, nous proposerons une pédagogie personnalisée et réactive, par le biais d'un contrat individualisé de réussite éducative, qui offrira trois heures de soutien par semaine.

Par ailleurs, afin de promouvoir une véritable égalité des chances, j'ai décidé d' un engagement exceptionnel au profit des élèves boursiers ayant manifesté par leur travail une volonté de progresser et de réussir. Ces bourses au mérite, attribuées sur critères sociaux, seront multipliées par trois et leur montant majoré de 30%.

Je vous ai également dit que je voulais une École plus efficace.
Il faut que chacun puisse mieux bâtir son parcours personnel et professionnel. Vous connaissez l'objectif des 80% d'une classe d'âge accédant au baccalauréat... Cet objectif, nous n'y sommes pas encore !
Pour l'atteindre, j'ai fixé une étape et un nouvel horizon : l'étape, c'est de faire en sorte que 100% des jeunes ait une qualification réelle (c'est le socle) ; l'horizon, c'est que 50% des élèves soient diplômés de l'enseignement supérieur, alors qu'ils ne sont aujourd'hui que 38 %.
Conduire le maximum d'entre-vous vers les études supérieurs est une nécessité si la France veut demeurer au rang des grandes puissances économiques, scientifiques et culturelles. Actuellement la proportion de bacheliers est dans la moyenne des pays de l'OCDE. Mais la croissance du nombre de bacheliers des séries technologiques et professionnelles, après avoir augmenté, stagne depuis 5 ans, sans parler de la décroissance des filières générales.

Il faut relancer le système. Pour cela, la vocation des trois voies du lycée doit être plus claire, mieux affirmée. C'est pourquoi, je propose de mieux les structurer.
La voie professionnelle continuera de permettre une insertion au niveau IV tout en encourageant l'accès aux sections de techniciens supérieurs à tout ceux qui réussissent leur baccalauréat dans de bonnes conditions.
La voie technologique doit conduire la plupart des élèves à l'enseignement supérieur : IUT, BTS, classes préparatoires et permettre une poursuite d'études en licence professionnelle voire en école d'ingénieur.
La voie générale, quant à elle, doit conduire l'ensemble de ses bacheliers à l'enseignement supérieur.

Le lycée sera naturellement concerné par l'un des points les plus importants de la réforme que je propose : l'enseignement des langues. Comme vous le savez, les jeunes Français sortent du système scolaire avec un niveau en langues insuffisant par rapport aux autres habitants de l'Europe. Ils ont en particulier une pratique et une compréhension de l'oral dans les langues étrangères qui ne sont pas satisfaisantes.
C'est pourquoi l'enseignement des langues commencera à l'école primaire dès le CE1. Au collège, la seconde langue vivante sera proposée dès la classe de cinquième et, au lycée, cette seconde langue entrera dans le tronc commun des enseignements de la classe de seconde.

Surtout, nous allons proposer une organisation différente de l'enseignement des langues au collège et au lycée : pour les cours de langues, les élèves ne seront plus réunis dans le cadre habituel de leur classe, mais dans des groupes correspondants aux niveaux de compétences du cadre commun de référence du Conseil de l'Europe, comme le font déjà plusieurs de nos voisins européens. Ainsi les élèves prépareront d'abord le niveau A1 ; dès qu'ils auront acquis ce niveau, ils passeront dans le groupe A2, et ainsi de suite... De cette façon, ils pourront acquérir les certificats de langue reconnus dans tous les pays de l'Union européenne.

J'ai proposé que nous fassions deux efforts supplémentaires pour l'enseignement des langues :
- un effort d'allégement des groupes de langue en première et en terminale afin que les élèves aient davantage l'occasion de s'exprimer pendant les cours ;
- un effort plus particulier en faveur de l'allemand qui est notre principal partenaire politique et économique. Nous avons l'objectif de proposer le baccalauréat franco-allemand (Abibac) dans les vingt académies où il n'existe pas aujourd'hui. De plus, des initiatives seront prises pour encourager la mobilité des élèves et la communication entre jeunes Européens. C'est ainsi que les lycéens français pourront suivre, dès la rentrée scolaire 2005, leur classe de seconde dans une classe équivalente d'un lycée allemand.
Par ailleurs, vous le savez, j'ai engagé une réflexion sur la modernisation du baccalauréat. J'ai à cet effet installé un groupe de travail au sein duquel les lycéens sont représentés.

Pourquoi cette adaptation du bac ?
D'abord parce que son organisation est terriblement lourde. En 2004, le bac c'est 4 300 centres d'examens, 130 000 examinateurs et correcteurs, 4 millions de copies à corriger¿ L'immensité de la tâche nous place dans une situation périlleuse pour le fonctionnement même du bac.

Le gigantisme de l'épreuve a une incidence qui n'est pas satisfaisante :le troisième trimestre est amputé de presque un mois pour tous les élèves de seconde, première et terminale (soit l'équivalent de 3 mois sur une scolarité au lycée ). Compte tenu de la mobilisation des professeurs sur le baccalauréat, les cours doivent être interrompus et toutes les autres opérations scolaires (conseils de classe, procédures d'orientation en fin seconde), sont avancées dans le calendrier. Cette année, par exemple, le troisième trimestre commence en région parisienne le lundi 9 mai et quelques jours après débuteront les premières épreuves du bac technologique.

Ce n'est pas raisonnable !

De même, je veux vous dire que j'estime excessif le nombre d'épreuves, entre 10 et 12 (d'une durée totale d'environ 24 à 30 heures!). Dans tout examen, il y a une exigence qui provoque une tension naturelle... C'est légitime et utile. Mais là, cette succession d'épreuves, concentrée sur quelques jours, génère un stress souvent contre-productif. Il peut entamer la confiance du candidat et incite plus d'un élève à un bachotage plus qu'à un travail régulier, en profondeur, tout au long de l'année. Les études montrent que 5 ou 6 épreuves dans les disciplines dominantes sont suffisantes pour évaluer l'élève.
Voilà les raisons qui me conduisent à vouloir repenser le bac. Ce nouveau bac, je propose de le mettre en vigueur pour la session 2007.

J'attends du groupe de travail, dont je vous ai parlé, des propositions qui permettent de préciser cette modernisation du baccalauréat. Une part de contrôle continu, du contrôle en cours de formation, ou d'autres modalités : toutes ces directions de travail sont ouvertes.
Le moment venu, je consulterai votre Conseil.

Mesdemoiselles et Messieurs,

Votre légitimité vous permet d'être les porte-parole des demandes de la communauté lycéenne. Elle vous oblige à être, auprès d'elle, les défenseurs des valeurs essentielles qui ne relèvent pas de la seule responsabilité des adultes.
Je les placerai sous le signe de la fraternité.
Vous vivez au lycée une vie de groupe. Ses failles et ses dissensions peuvent entraver la mission éducative ; elles peuvent nuire à l'épanouissement des élèves les plus faibles, les plus fragiles¿ Une classe sans solidarité, sans respect mutuel, est une juxtaposition d'égoïsmes qui rend le travail impossible. La qualité de votre formation dépend donc de votre capacité à dénouer les oppositions fausses, les clivages irrationnels.
Je pense, par exemple, aux discriminations raciales ou religieuses 2179 actes racistes et antisémites ont été recensés l'année dernière dans les établissements scolaires... Ce sont 2 179 actes de trop !
Dans l'École de la République, quelle que soient la couleur de peau, l'appartenance religieuse, le sexe, l'origine sociale, il ne peut y avoir de discriminations. Chacun est l'égal de l'autre.
C'est pourquoi, à travers vous, je veux rappeler à tous les lycéens que l'institution ne tolèrera aucune discrimination de quelque nature que ce soit. Elle en sanctionnera toutes les manifestations, sans négocier, ni tergiverser !

Mais, la lutte contre le racisme et l'antisémitisme ne peut aboutir par la seule force et volonté des institutions. Sans vous, sans votre conviction, sans votre engagement personnel, ces discriminations ne peuvent reculer. Dans ce combat pour une École fraternelle, j'ai besoin de vous savoir à nos côtés.
Vous le savez, l'éducation nationale offre à ceux qui veulent s'engager dans cette lutte une grande quantité de ressources et d'occasions. Il est essentiel d'entretenir la mémoire de l'histoire, pour ne pas en répéter les erreurs et les tragédies d'hier. C'est même un devoir pour tous ceux qui veulent apprendre et comprendre.
Mais ce combat contre le racisme et l'antisémitisme nous oblige à un effort sans cesse renouvelé¿ Pour mobiliser les lycéens, il faut de nouvelles idées, il faut de nouvelles initiatives¿ C'était un voeu de vos prédécesseurs, membres du Conseil national de la vie lycéenne, auquel j'ai souscrit.

Parmi leurs propositions, une a retenu mon attention : celle d'une campagne nationale faisant appel à la créativité et à l'esprit de tolérance des lycéens.
Et quel autre support mieux que l'image peut exprimer toute l'énergie de la jeunesse qui aspire à une société fraternelle et solidaire ?
Notre projet est simple : il s'agit d'inviter les lycéens à écrire un scénario contre l'intolérance, bref un clip. Les 10 meilleurs seront mis en scène, filmés avec les auteurs du scénario, par des professionnels. Puis ils seront diffusés sur grands et petits écrans...

Voilà l'esprit de ce projet qui est d'abord le vôtre... Vous serez au coeur du dispositif, du lancement de l'opération au choix des lauréats.

Je compte sur vous pour relayer cette initiative et pour l'animer... Bref pour faire de ce concours un succès et un moment privilégié d'engagement des lycéens contre l'intolérance.
Vous y avez travaillé ce matin et suis attentif à vos réflexions et suggestions.

Mesdemoiselles et messieurs,

Vous avez écouté les attentes et les espoirs que l'éducation nationale place en vous.
Je n'en méconnais pas l'ampleur.
Mais je n'ai pas d'inquiétudes non plus : ils sont -j'en suis sûr- à la hauteur de votre sérieux, de votre imagination et de votre énergie.
Sachez que vous trouverez toujours en moi un interlocuteur attentif.

Je compte sur votre engagement.

J'ai maintenant besoin de vous écouter.

(Source http://www.education.gouv.fr, le 1e février 2005)

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