Interview de M. François Fillon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, à RTL le 2 février 2005, sur les mouvements de protestations lycéens et le niveau scolaire des élèves. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, à RTL le 2 février 2005, sur les mouvements de protestations lycéens et le niveau scolaire des élèves.

Personnalité, fonction : FILLON François, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti : Q- Bonjour F. Fillon. L'école est-elle à nouveau malade ? Des lycéens manifestent un peu partout en France : Metz, Rodez, Saint-Brieuc, Rennes, Paris et sa région. Ils manifestent contre des suppressions de postes, ou bien contre certaines dispositions contenues dans le projet de loi d'orientation que vous présenterez à l'Assemblée Nationale le 15 février prochain. Hier soir, une dépêche AFP, 17 h 04, notait que pour la quatrième fois en huit jours - c'est beaucoup - plusieurs centaines de lycéens s'étaient rassemblés aux abords de votre ministère à Paris. Que veut dire pour vous cette agitation lycéenne, F. Fillon ?

R- Tout simplement qu'il y a des organisations qui essaient aujourd'hui d'utiliser les lycéens pour des objectifs qui n'ont pas grand chose à voir avec l'avenir de l'école. J'écoutais, juste en arrivant, celui qui s'exprimait sur votre antenne et qui disait quelque chose qui est totalement faux. Il disait que je veux que le contrôle continu au Baccalauréat représente 75 % de la note du Baccalauréat. Eh bien, c'est exactement le contraire ! C'est exactement le contraire, et je peux prendre dix exemples comme cela : je voudrais supprimer l'Histoire/Géographie, je voudrais supprimer le Sport, je voudrais supprimer, pourquoi pas l'école pendant qu'on y est !

Q- Manipulation politique, F. Fillon ? C'est la gauche qui est derrière ?

R- Non, je n'ai pas dit que c'était la gauche qui était derrière. Ce sont certaines organisations qui, n'ayant pas beaucoup d'arguments pour combattre une réforme qui en réalité ajoute, apporte des moyens supplémentaires à Éducation Nationale, mais n'en retire pas en réalité - et je pense qu'on va s'en expliquer - essaient d'utiliser la caricature, ce qui est toujours dangereux en démocratie. Quand on peut débattre avec des organisations syndicales dans un débat social normal sur la réalité d'une réforme, on est dans la démocratie. Quand on utilise la caricature à ce point, on n'est plus dans la démocratie.

Q- Pas plus d'inquiétudes que ça donc à propos des lycéens... Les enseignants aussi sont inquiets du projet de réforme que vous proposez. J'ai reçu par exemple un mail, Maxime Lecoq, professeur d'Éducation Physique : "la loi d'orientation de F. Fillon, écrit-il, rend l'Éducation Physique et Sportive facultative aux examens".

R- Faux. Faux !

Q- Facultative aux examens.

R- Faux. Faux !

Q- Il se trompe ? "Facultative aux examens", c'est vrai ou pas ?

R- C'est faux. c'est faux ! Jusqu'à maintenant, aucun texte ne dit que l'Éducation Physique doit être obligatoire à l'école. Eh bien dans la loi que je vais faire voter, c'est écrit pour la première fois. L'Éducation Physique aura toujours les mêmes horaires, elle sera toujours obligatoire aux examens. J'ai même ajouté quelque chose : au Brevet, ce qui n'était pas obligatoire jusqu'à maintenant, nous allons passer l'Éducation Physique d'un coefficient 1 à un coefficient 2, et l'Éducation Physique restera obligatoire au Baccalauréat. On est là dans la caricature et le mensonge, ou l'ignorance totale.

R- Mais alors d'où viennent, F. Fillon, autant d'incompréhensions ? On supprime des postes, ça râle...

Q- Ca c'est autre chose.

R- La réforme du Bac suscite des inquiétudes, tout suscite des inquiétudes et d'après vous, tout est faux.

Q- Ca c'est l'école et c'est toujours comme ça. Vous savez bien que depuis vingt ans, à chaque fois qu'on a essayé d'améliorer les performances de l'école, on s'est heurté à une résistance d'une partie de ceux qui disent la représenter. La vérité c'est que nous, nous n'avons qu'un seul objectif : c'est de faire en sorte qu'il n'y ait plus autant d'échecs à l'école, qu'il n'y ait plus un seul enfant qui entre en sixième sans savoir lire, écrire et compter. Et donc nous avons décidé de prendre les mesures nécessaires pour y parvenir. Et ce que nous voulons faire, c'est, en concentrant l'école sur son rôle fondamental, et en mettant des moyens supplémentaires de soutien individualisé pour les élèves qui sont en difficulté, et ceci très tôt, dès l'école primaire, faire en sorte - et c'est l'engagement que prend la Nation - que tous les enfants dans notre pays, à la fin de la scolarité obligatoire, sachent maîtriser leur langue, maîtrisent les bases des mathématiques, aient une culture scientifique et humaniste qui permet de faire des choix de citoyen dans la vie, maîtrisent une langue étrangère et les technologies de l'information. Tout le reste naturellement demeure ! Tout le reste, toute l'ambition de l'école demeure, mais ce noyau-là, ce socle comme on dit, nous allons nous engager par tous les moyens à le faire acquérir à tous.

Q- Et sans doute toutes ces incompréhensions conduiront beaucoup d'enseignants, beaucoup de lycéens à être dans les manifestations samedi. Ca vous inquiète, F. Fillon ?

R- Vous savez d'abord, moi je regarde le dialogue social, c'est aussi les manifestations, ce sont toutes les formes d'expression. Ceci étant, moi je suis tout à fait déterminé. Il va y avoir un débat au Parlement, qui permettra d'expliquer beaucoup d'aspects de la réforme. J'appelle simplement les organisations syndicales à rester sur la réalité de la réforme. Il y a des sujets sur lesquels les organisations syndicales sont en désaccord avec ce que je propose. Je pense par exemple au remplacement des enseignants, pendant les courtes durées, par des collègues dans l'établissement. Ils sont contre ce sujet, il faut le dire ; c'est un désaccord que nous constatons. Mais pour essayer de faire reculer le Gouvernement, les organisations syndicales, certaines, utilisent la caricature de la réforme, et ça ce n'est pas convenable !

Q- Votre réforme pourra être amendée pendant cette discussion parlementaire, F. Fillon ?

R- Bien sûr, bien sûr elle pourra être amendée. Avec les parlementaires, d'ailleurs, nous travaillons ensemble à son amélioration.

Q- L'école ne va pas bien décidément, la nouvelle était dans Le Parisien d'hier. Des professeurs de lycée ont fait faire une dictée à 2.300 élèves de Seconde, une dictée pas trop difficile, disent-ils.

R- Une dictée de Troisième.

Q- De Troisième oui ! J'ai dit de Seconde ? Oui troisième.

R- Ce sont les élèves de Seconde qui faisaient la dictée de Troisième.

Q- 56 % d'entre eux ont eu zéro. Alors les professeurs disent : eh bien oui le niveau baisse, et c'est inquiétant. Vous partagez cela ?

R- Il baisse dans ces domaines-là, c'est la raison pour laquelle je dis qu'il y a urgence à recentrer l'école et à mettre en place les moyens de lutter contre cet échec scolaire. Il y a eu des erreurs de faites dans le passé en matière de méthodes de lecture. On a accumulé trop de responsabilités sur le dos de l'école au détriment de sa mission principale et on a aujourd'hui plus de 80.000 élèves qui arrivent chaque année en Sixième, quasiment sans savoir lire, écrire et compter. Je vais lancer dans quelques instants, avec Eric Orsena, "La journée nationale de l'observatoire national de la lecture". Nous savons que nous avons aujourd'hui au moins un élève par classe qui présente de sérieuses difficultés par rapport à cette question.

Q- On n'a jamais consacré autant de moyens sans doute à Éducation Nationale, et on a l'impression que ça ne va pas mieux.

R- On est à 24 % du budget de l'Etat, et on est le premier pays, de tous les pays développés, en matière de dépenses dans le domaine de Éducation. C'est donc bien qu'il y a besoin aujourd'hui d'autre chose que simplement l'addition de moyens supplémentaires !

Q- Avec toute cette agitation, cette inquiétude, vous vous sentez sur un siège éjectable, F. Fillon ?

R- Tout siège de ministre est un siège éjectable, ça c'est vraiment le dernier de mes soucis.

Q- Et celui de Ministre de Éducation Nationale, particulièrement.

R- Non, moi, vous savez, j'ai toujours la même philosophie, ce que je veux c'est faire mon devoir pour mon pays. Le reste m'importe peu. Et vous êtes mal compris, mal entendu. Vous vous expliquez bien ? Non, non, c'est un débat... Je ne dois sûrement pas bien expliquer les choses, si je suis mal compris. Mais je crois surtout que nous sommes dans un débat, comment dirais-je... politique avec un certain nombre de gens qui usent de tous les moyens pour combattre une réforme, parce qu'ils veulent l'immobilisme.

F. Fillon, solide sur son siège - on disait "droit dans ses bottes"
aussi en d'autres temps - était l'invité d'RTL. Bonne journée.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 3 février 2005)

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