Interview de M. Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement démocrate et citoyen, à "LCI" le 14 février 2005, sur le projet de réforme du baccalauréat et sur le référendum visant à donner une Constitution à l'Europe. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement démocrate et citoyen, à "LCI" le 14 février 2005, sur le projet de réforme du baccalauréat et sur le référendum visant à donner une Constitution à l'Europe.

Personnalité, fonction : CHEVENEMENT JEAN Pierre, SEGUILLON PIERRE Luc.

FRANCE. Mouvement républicain et citoyen, président

ti : Q- Parmi les nombreux ministères que vous avez eus, vous avez été ministre de l'Education nationale. Quels conseils seriez-vous tenté aujourd'hui de donner à F. Fillon, après qu'il a retiré ou suspendu l'un des aspects de sa réforme, la réforme du bac ? Est-ce que vous lui conseilleriez de retirer l'ensemble de sa réforme sur l'école, comme le font les socialistes ?

R- Les lycéens sont attachés à la qualité du baccalauréat, on ne peut pas le leur reprocher. Ils tiennent aux épreuves écrites anonymes ; c'est un bon principe. Le contrôle continu peut être très aléatoire et variable d'un établissement à l'autre. Mais faut-il que ces épreuves écrites anonymes portent sur douze matières plutôt que six, cela se discute. Pour le reste, le projet de loi Fillon comporte un objectif positif : c'est d'amener la moitié d'une classe d'âge à l'université. Simplement, il faut d'énormes moyens, notamment dans l'université. Puis, je dirais que le projet de loi Fillon est victime du rapport Thélot. Celui-ci a confondu deux choses : la nécessité de mettre l'accent sur les apprentissages fondamentaux - lire, écrire, compter - à l'école primaire ; et puis d'autre part, l'acquisition d'un socle de connaissances dites "indispensables" à l'issue du collège. Ce sont deux idées très différentes et elles ont fini par se recouvrir. D'où une certaine confusion dans l'inspiration. Je pense qu'autant il faut mettre l'accent sur les apprentissages fondamentaux, autant il faut conserver la notion de programmes, qui est une ambition pour l'école.

Q- Vous avez donc un regard mesuré sur cette réforme. Mais concrètement et politiquement ? Demain les lycéens seront à nouveau dans la rue : que devrait faire le Gouvernement ?

R- Négocier, pour voir ce qui peut entraîner quand même un minimum de compréhension. Je pense que l'objectif qui est le sien peut être révisé, car les lycéens, d'une certaine manière, sont pour l'élitisme républicain. Ils ne veulent pas être dévalorisés à travers des bacs dont la valeur varierait d'un département ou d'un établissement à l'autre.

Q- Pensez-vous que le Parti socialiste a raison d'être très radical sur ce sujet, comme il l'est d'ailleurs sur l'assouplissement des 35 heures, en épousant et en chevauchant tous les mouvements, que ce soit le mouvement des lycéens ou le mouvement social ?

R- Vous savez, le Parti socialiste n'a pas de projet. Et il lui est très difficile de montrer qu'il est un parti d'opposition, surtout à partir du moment où il est d'accord, en tout cas au moment où une majorité de ses militants se sont déclarés d'accord avec le projet de Constitution européenne. 448 articles, 75 annexes, donc un ensemble qui codifie le libéralisme : quand on accepte ça, il est extrêmement difficile de montrer que l'on est très différent du Gouvernement.

Q- Précisément, F. Hollande dit qu'il y a un "oui" de droite et un "oui" de gauche. Est-ce que, pour vous, seul le "non" à cette Constitution est de gauche ?

R- Pour moi, c'est clair. Des organisations syndicales, comme FO et très récemment la CGT, à une très forte majorité, se sont prononcées pour le "non". Comment pourrait-on approuver toutes ces règles contraignantes, le Pacte de stabilité budgétaire rigide, "stupide" disait M. Prodi, l'indépendance de la Banque centrale, qui fait une politique monétaire qui va à l'encontre des exigences de croissance et d'emplois ? Comment pourrait-on approuver toutes ces règles de la concurrence, dont on tire la libéralisation des services publics, le démantèlement des politiques industrielles, le refus de procéder au sauvetage d'une entreprise comme Alsthom ?

Q- Aujourd'hui, le Parti socialiste lance sa campagne officielle pour le "oui". Vous-même, votre mouvement, avez formé un comité pour le "non républicain". Quels vont être vos alliés ? Est-ce que vous prenez langue avec L. Fabius ? Etes-vous alliés avec le Parti communiste, avec l'extrême gauche ? Allez-vous faire des meetings commun avec la CGT ? Comment allez-vous mener cette campagne ? Est-ce que vous vous en sentez un petit peu le champion ?

R- Pas de sectarisme de notre part, mais la volonté de tenir un discours cohérent, argumenté sur le fond. Il faut toujours rappeler aux Français qu'on ne leur demande pas de se prononcer sur l'Europe, mais sur ce que l'on appelle la Constitution. C'est tout à fait différent. L'Europe a t- elle besoin d'une Constitution ? Il y a là une trentaine de peuples. Entre eux, ils peuvent passer un traité. Que veut dire pérenniser ces règles, dont on voit la nocivité, qui font de l'Europe un marché ouvert, offert à tous les coups sur le plan international, qui débouchent sur une crise démocratique grave ?

Q- C'est votre position de fond, mais tactiquement, comment allez-vous procéder dans cette campagne ? Est-ce que vous allez vous allier ou faire jeu commun avec un certain nombre de forces politiques ?

R- Il y a quelques jours, je faisais meeting avec M. Dupont-Aignan et M. Gremetz, à la Sorbonne. Le reste du temps, je vais dans le pays, je sillonne le pays. Nous avons 250 meetings à notre programme et, par conséquent, le "non" républicain", croyez-moi, rencontre un certain écho, parce qu'il est argumenté, il fait le lien entre la régression sociale et l'abandon de la souveraineté populaire.

Q- Pourriez-vous faire meeting commun avec P. de Villiers ?

R- Non, nous avons dit que nous défendions un "non républicain". Et nous ne sommes pas désireux de nous laisser tirer vers une expression quelque peu xénophobe et centrée sur le problème de la Turquie. Ce n'est pas que le problème de la Turquie ne pose pas beaucoup de questions : qu'est-ce que cela signifie par rapport aux questions du Moyen-Orient, du Kurdistan, des rapports que nous aurons avec la Russie dans le Caucase ? Je dirais que tout cela mérite d'être débattu...

Q- Est-ce que vous auriez envie - comme jadis au temps de Maastricht, P. Séguin avait fait débat avec F. Mitterrand - d'avoir un débat, par exemple avec J.-P. Raffarin ou avec J. Chirac ?

R- Mais j'y suis tout à fait prêt, puisque je pense que les Français ont besoin de s'intéresser au texte de la Constitution...

Q- Vous dites aujourd'hui à J.-P. Raffarin : "Chiche, débattons" ?

R- Mais j'y suis tout à fait prêt, s'il le souhaite, bien entendu...

[...]

Q- Permettez-moi une curiosité, avant de nous quitter : L. Jospin vous a beaucoup reproché votre attitude pendant la présidentielle, il vous a même attribué une partie de son échec. Est-ce que vous l'avez revu, est-ce que vous vous êtes expliqué avec lui ?

R- Non, il ne l'a pas souhaité, et je veux dire que moi non plus, je ne le souhaite pas. Car je considère qu'il y a un déni de démocratie : nous n'avons pas vraiment les mêmes opinions, nous n'avons pas le même logiciel. Par conséquent, il était parfaitement légitime que je sois candidat. D'autres l'étaient, qui étaient représentés au Gouvernement, ce qui n'était pas le cas de la formation à laquelle j'appartenais. Et par conséquent, ce sont les Français qui ont choisi. Je pense qu'il faudrait s'interroger sur les abstentionnistes, sur les gens qui ont voté aux extrêmes et éviter de ne pas avoir à rendre des comptes en cherchant un bouc émissaire. Cela n'a pas grand sens, mais les Français, aujourd'hui, voient les choses de plus haut.

(Source : premier-ministre, Servicc d'information du gouvernement, le 14 février 2005)

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