Conférence de presse de M. Patrick Devedjian, ministre délégué à l'industrie, sur l'affirmation d'une politique industrielle pour la France avec des pôles de compétitivité, des mesures pour la recherche et l'innovation, la valorisation de notre industrie à l'étranger, Paris le 8 février 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Patrick Devedjian, ministre délégué à l'industrie, sur l'affirmation d'une politique industrielle pour la France avec des pôles de compétitivité, des mesures pour la recherche et l'innovation, la valorisation de notre industrie à l'étranger, Paris le 8 février 2005.

Personnalité, fonction : DEVEDJIAN Patrick.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

Circonstances : Conférence de presse à Paris le 8 février 2005.

ti :
1. Une économie libérale a-t-elle besoin d'une politique industrielle ou bien doit-on considérer que le sacro-saint marché pourvoit naturellement à tout ?

Le concept a laissé de mauvais souvenirs dans le passé et encore aujourd'hui l'Europe du Nord ne l'aborde qu'avec suspicion. Pendant longtemps une politique industrielle, c'était des subventions et du protectionnisme. On se souvient encore des magnétoscopes que Mme Cresson faisait dédouaner à Poitiers...

La perplexité de la question s'amplifie pour ceux qui considèrent que le temps de l'industrie européenne est achevé et que notre unique vocation est le secteur des services, qui serait seul porteur de croissance. Quand on n'a plus d'industrie ou qu'on n'en veut plus, il n'est évidemment pas question d'avoir une politique industrielle !

Pourtant renoncer à l'industrie, c'est renoncer à assurer sa place dans le monde. Or je vous rappelle que la France est la 5° puissance industrielle du monde ! Notre culture européenne est indissociable de notre industrie, qui nous a fait ce que nous sommes à la suite d'une longue maturation historique.

Renoncer à l'industrie, alors que 85 % de la R D des entreprises se fait dans les entreprises industrielles, ce serait bien souvent cesser d'être des créateurs, des inventeurs. Ce serait renoncer à être les acteurs de notre destin.

Il est bien vrai qu'après la révolution industrielle, le monde connaît la révolution des services, mais les deux sont liés : ils se nourrissent l'un l'autre en terme de créativité.

Certes l'industrie est fragile, en raison en particulier des disparités des coûts de production dans le monde. C'est la raison pour laquelle il faut une politique industrielle.

Avoir une politique industrielle c'est réfléchir au meilleur emploi de nos investissements et c'est s'organiser pour gagner des places dans la compétition mondiale. L'Etat national et l'Union européenne, qui sont des ensembliers dans la mise en oeuvre de nos forces communes, doivent faire ce que fait tout entrepreneur avisé : déterminer une stratégie pour développer son industrie sans attendre qu'elle disparaisse par pan entier, faute d'avoir su analyser l'avenir.

Ce point de vue, partagé par la France et l'Allemagne, nous avons su en convaincre les instances européennes et nos politiques convergent :

- avec le sommet de Lisbonne, l'ensemble des pays européens a voulu se donner les moyens d'une économie de la connaissance ; il s'agit de fonder notre modèle de développement économique et notre croissance sur l'intelligence, l'innovation, la recherche, l'éducation, la formation ;

- désormais la Commission dispose d'un Commissaire à l'industrie ;

- la Commission s'est engagée dans une politique sectorielle en acceptant d'aborder les questions industrielles sous l'angle des filières afin d'élaborer des stratégies adaptées ; deux groupes de haut niveau se sont constitués : l'un sur le textile et l'autre sur l'automobile ;

- M. Barroso vient de rendre publique l'idée de pôles d'excellence et d'institut technologiques européens.

De son côté, le Gouvernement français a élaboré et engagé cette politique industrielle sur plusieurs axes :

1-La politique des pôles de compétitivité.

Elle mobilisera 650 M euros entre 2005 et 2007. L'appel à projets, qui a été lancé, va permettre de recueillir les propositions à la fin de ce mois de février. D'ores et déjà on constate une très forte mobilisation des territoires et un grand bouillonnement d'idées. Mais ce qui est déjà un grand succès, c'est que tout le monde travaille ensemble : la gauche avec la droite, les syndicats avec le patronat, les entrepreneurs avec les chercheurs et les enseignants.

L'exemple est celui de Crolles où s'est rendu Hervé Gaymard. Un grand industriel comme ST Microélectronics, des centres de recherche et de formation comme le CEA et l'Institut national de physique de Grenoble, des collectivités locales et un Etat qui s'engagent financièrement, un tissu de PME performantes, un actionnariat européen.

Cette dynamique, j'ai déjà constaté son enclenchement en Bretagne avec une politique innovante de l'image et dans le Nord-Pas-de-Calais autour d'un textile renouvelé et je sais que de nombreux autres projets sérieux sont en cours. Je me réjouis que nous soyons davantage menacés par le trop plein que par l'inertie. J'y vois la force et la volonté de notre pays.

Ces pôles géographiques seront renforcés par une mise en réseau fonctionnelle tant à l'échelon national qu'à l'échelon européen. Plusieurs pays européens nous ont déjà fait connaître leur intérêt.

2-La politique de Recherche et d'Innovation.

C'est par une politique forte d'innovation que l'on peut lutter efficacement contre les délocalisations. L'innovation suppose en effet un haut niveau de culture et de qualification professionnelle.

La fusion de la BDPME et de l'ANVAR est désormais achevée, sous le nom d'OSEO, et elle apparaît comme notre " small business administration ". Elle s'accompagne d'un doublement des crédits publics qui passent de 80 à 160 M euros d'ici 2008.

Le crédit d'impôt recherche est passé en 2004 de 500 M euros à 1 Md euros par an.

La taxe professionnelle a été allégée au profit des nouveaux investissements.

Le Président de la République a lancé une agence pour l'innovation industrielle qui disposera de 2 Mds euros entre 2005 et 2007. Elle s'appuiera naturellement sur les pôles de compétitivité.

L'Agence nationale de la Recherche, préparée dans le cadre du projet de loi sur la recherche, viendra rénover de son côté la recherche fondamentale.

Dans le prolongement du doublement du crédit d'impôt collection qui vient d'être annoncé, nous étudierons d'ici l'été un plan en faveur de la création industrielle.

3-Favoriser l'environnement de nos entreprises.

Cela commence par le coût de l'énergie. La France a fait depuis longtemps le choix du nucléaire et cela lui permet d'avoir 50 % de couverture de ses besoins énergétiques alors qu'elle n'était que de 24 % en 1973.

C'est dans ces conditions que notre gouvernement a lancé l'EPR, réacteur nucléaire de 3° génération trop longtemps différé. Tandis que l'arrêt de Super Phénix par la gauche handicapait notre recherche dans un domaine où la France est leader mondial, notre gouvernement réussissait à faire localiser sur le territoire national le projet ITER de réacteur nucléaire de 4° génération.

Alors que 78 % de notre électricité est d'origine nucléaire, il importait de doter EDF des moyens de devenir un champion européen avec l'ouverture des marchés, en se conformant à la directive européenne. Mais il faut conserver notre avantage compétitif en faveur des entreprises grosses consommatrices d'électricité. Des dispositions seront donc prises dans ce sens.

Les nouvelles technologies de l'information apportent une contribution décisive à la compétitivité et à la croissance. Lorsque nous sommes arrivés au Gouvernement, en 2002, la France était lanterne rouge de l'Union européenne pour l'accès à Internet : nous sommes désormais au premier rang européen et même international avec 240 % de croissance annuelle pour le nombre des abonnés. En 2 ans nous sommes passés de 500.000 à 6 millions et nous serons au-delà de 10 millions en 2007.

Nous avons les tarifs d'accès les plus bas d'Europe grâce à une politique active en faveur de la concurrence. Les opérateurs alternatifs disposent de 50 % de parts de marché. Le commerce électronique croit de 60 % par an depuis 3 ans, la télévision par Internet se déploie et nous sommes en passe de devenir leader mondial.

La TNT est lancée ; la télévision haute définition, aux nouvelles normes MPEG4, démarre, la télévision mobile aussi, de même que la téléphonie par Internet.

L'administration électronique s'accélère : les télédéclarations ont été multipliées par 10 en 2 ans (1,2 million en 2004) et nous avons accordé une ristourne de 20 euros en 2005 pour favoriser leur développement.

Notre réseau de grandes écoles, les écoles des mines et les écoles de télécommunications, qui forment des cadres de très haut niveau, sont un atout décisif pour notre industrie et jouent un rôle très important dans la création d'entreprises innovantes. Elles ont su se rassembler avec d'autres grandes écoles dans le projet Paris Tech.

Nous devons, dans le même temps, encourager les jeunes à se tourner vers les métiers de l'industrie qui a des difficultés de recrutement. C'est la raison pour laquelle j'ai lancé une campagne de valorisation des métiers de l'industrie auprès des jeunes, afin de faire apparaître la profonde modernité et l'épanouissement que l'on peut y trouver. Cette campagne sera accompagnée de la mise en valeur des succès de notre industrie par le Printemps de l'Innovation que nous allons lancer au mois de mai.

4-Protéger et valoriser notre politique industrielle.

La France est reconnue comme le pays du monde le plus avancé dans la lutte contre la contrefaçon et pourtant il nous reste beaucoup à faire. La contrefaçon représente 10 % du commerce mondial, détruit 30.000 emplois par an en France et 200.000 en Europe.

En 2004 nous avons pu augmenter de 50 % nos saisies douanières, la directive européenne sur la propriété intellectuelle va être transposée, une campagne de sensibilisation des consommateurs va être lancée par le CNAC, les sanctions pénales ont été renforcées par la loi du 9 mars 2004, un réseau d'experts couvrant 75 pays est en place pour conseiller les entreprises, un site Internet décrivant les modèles contrefaits est désormais accessible.

De la même manière, le Gouvernement a su encourager un accord entre les fournisseurs d'accès et les producteurs. De nouveaux modèles économiques s'élaborent avec les évolutions technologiques, le ministère de l'industrie s'emploie à ce que les acteurs en prennent conscience rapidement et en tirent les conséquences, comme on peut le voir avec l'offre de musique en ligne.

Après des années où certains ont pu rêver de la suppression du ministère de l'industrie, la France conduit désormais une véritable politique industrielle.

La carence des années passées a généré de nombreuses ambitions. Tout le monde fait de la politique industrielle sans le savoir, mais surtout sans perspectives. Il nous reste donc à organiser une coordination et une cohérence en installant des groupes stratégiques sectoriels, à l'instar de ce qui a été fait pour la chimie, la pharmacie, ou le textile, ce que n'hésite pas à faire de son côté la Grande-Bretagne libérale. Nous allons continuer cette politique avec un groupe sur les logiciels et un autre sur l'automobile. Nous relayerons cette politique en région avec les DRIRE pour établir des tableaux de bord de l'industrie en région.

Il faut rappeler, enfin, que l'industrie aéronautique dépend du ministre de l'équipement, que l'agro alimentaire dépend de l'agriculture, le spatial de la recherche, la pharmacie de la santé, le naval des transports, de la défense et de l'industrie, que plusieurs dizaines de structures se préoccupent d'industrie avec des intensités variables et des chevauchements de frontières constants.

Avec Hervé Gaymard, nous avons donc proposé au Premier ministre la constitution d'un comité interministériel de politique industrielle qui incarnerait, conformément à la volonté du Président de la République, la priorité donnée à notre industrie.


(Source http://www.industrie.gouv.fr, le 9 février 2005)

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