Interview de M. François Fillon, Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans "20 minutes" le 7 février 2005, sur le projet de loi d'orientation sur l'avenir de l'école, notamment les dispositions relatives à la réforme du baccalauréat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans "20 minutes" le 7 février 2005, sur le projet de loi d'orientation sur l'avenir de l'école, notamment les dispositions relatives à la réforme du baccalauréat.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti : - Les syndicats d'enseignants et de lycéens quittent un à un le groupe de travail sur la réforme du baccalauréat. Comment expliquer un tel blocage ?

Face à un projet pragmatique, je n'entends que des contrevérités et des caricatures. Les manoeuvres menées par certains relèvent plus de la politique que du débat éducatif. Il y a des conservateurs qui tentent, depuis vingt ans, quels que soient les gouvernements, d'empêcher toute évolution de l'école.

- Vous parlez de la FSU, principal syndicat enseignant...

Pour éviter la surenchère, je ne nomme personne. Mai s je n'ai pas l'intention de me laisser faire. Car il y va de l'intérêt des élèves, de leurs familles. Sur la modernisation du bac, il est faux de dire que je veux dévaloriser cet examen. J'y suis attaché, je crois au mérite, mais je ne veux plus que les élèves jouent toute leur scolarité sur la seule épreuve terminale. Les parents réclament aussi une épreuve moins stressante. Voilà pourquoi je propose que le bac soit organisé autour de six épreuves terminales et non plus douze, et que le reste des matières soit évalué sous forme de contrôle continu ou de partiels. Les six épreuves, dotées de coefficients élevés, détermineront néanmoins pour l'essentiel la note finale. Caricaturer la réforme en faisant croire que c'est la fin du bac est donc absurde !

- Ne craignez-vous pas que le bac n'ait plus la même valeur selon le lycée dans lequel il est obtenu ?

Non, puisqu'il restera un diplôme national, marqué par six épreuves déterminantes. Par ailleurs, une part de contrôle continu peut même être un facteur supplémentaire d'excellence et d'égalité sociale !

- C'est discutable. Dans les faits, il existe une hiérarchie des universités et des lycées... Une forme de hiérarchie des établissements existe malheureusement déjà.

Je constate que le bac actuel n'a pas empêché cette dérive¿ Ce qui compte, c'est d'ouvrir des perspectives à tous les élèves, d'où qu'ils viennent. L'université le fait !

- Des manifestations lycéennes se sont déroulées la semaine dernière. Cela vous inquiète ?

Je suis vigilant et à l'écoute. J'espère que les enseignants respectent leur sens critique et ne les poussent pas dans la rue. Ce serait une faut e professionnelle, car ils sont les garants de la neutralité de l'école.

- Peut-on mener une réforme à bien sans l'assentiment des enseignants ?

Cette réforme s'appliquera progressivement car aucune mesure n'est fondamentalement rejetée par le corps enseignant. En fait, l'inquiétude des enseignants porte sur les moyens d'appliquer cette réforme. J'espère que le débat parlementaire sera l'occasion de rassurer la communauté éducative sur la volonté de la nation de l'épauler dans sa mission.

- Probablement pas assez pour que les profs cessent de dénoncer leur manque de moyens¿

Notre pays détient le record des pays développés pour les dépenses d'éducation. Si le seul fait d'augmenter les moyens améliorait les résultats scolaires, alors la France aurait les meilleurs du monde ! Or, ce n'est pas le cas. Ma réforme prévoit deux milliards d'euros pour sa mise en ¿uvre et programme le recrutement de 150 000 enseignants sur cinq ans.

- Ces deux milliards constituent ils de l'argent frais ou ont- ils été simplement réaffectés ?

Ce sont des moyens en plus pour les élèves qui en ont besoin, car je propose de leur garantir, en cas de difficulté dans les matières fondamentales, trois heures hebdomadaires supplémentaires de soutien individualisé, et je veux aussi améliorer l'enseignement des langues. Mais au-delà de ces moyens, il faut faire bouger les structures, les pratiques, la pédagogie.

(Source http://www.u-m-p.org, le 14 février 2005)

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