Interview de M. Jean-François Copé, ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire, porte-parole du gouvernement, à France 2 le 15 février 2005, sur le projet de loi sur l'école, la mobilisation des lycéens et enseignants contre les restrictions budgétaires, et la hausse des impôts locaux. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire, porte-parole du gouvernement, à France 2 le 15 février 2005, sur le projet de loi sur l'école, la mobilisation des lycéens et enseignants contre les restrictions budgétaires, et la hausse des impôts locaux.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire, porte-parole du gouvernement

ti : Q- C'est aujourd'hui que commence à l'Assemblée le débat sur l'école, c'est aussi aujourd'hui que les lycéens et les enseignants descendent dans la rue pour demander le retrait de ce projet. F. Fillon a déjà reculé sur le bac. Si la mobilisation est forte, ne risque-t-il pas de reculer sur le reste ?

R- Non, non. Pour une raison simple : je crois que sur le bac, il y avait certainement besoin de bien expliquer les choses, d'entendre qu'il y avait des inquiétudes, qu'il y avait aussi pas mal de désinformation. Donc, l'idée de F. Fillon est assez simple : elle consiste à découpler cette partie-là de l'ensemble de la réforme, et bien entendu, de poursuivre le travail de réforme qui s'impose, parce que le constat est simple, et je crois qu'il faut que maintenant chacun en soit bien conscient : il y a aujourd'hui 80 000 enfants qui entrent en 6ème sans maîtriser parfaitement l'écriture, la lecture et le calcul ; il y a 150 000 jeunes qui, à la sortie du système éducatif n'ont pas la qualification professionnelle pour réussir leur vie. Il y a donc un immense travail à faire pour faire en sorte que notre système éducatif apporte à chaque enfant de France les moyens de réussir sa vie.

Q- Mais en reculant sur le bac, n'a-t-il pas donné un signe de faiblesse ? Parce que les lycéens peuvent se dire : si il a reculé sur un point, il peut reculer sur les autres ?

R- Non. Mais vous savez, je crois qu'il ne faut pas raisonner comme cela, et ce n'est pas la manière dont nous gouvernons depuis deux ans et demi notre pays. Ce n'est pas comme ainsi que cela se passe. Il est tout à fait légitime d'entendre que sur certains sujets lorsqu'on engage des grandes réformes, il y ait des inquiétudes, des doutes, et, je le répète, cela a bien été le cas pour le baccalauréat, il y a pas mal de désinformation qui circule.

Q- Il y a des inquiétudes aussi sur le reste du projet ?

R- Oui, enfin...Sur le reste du projet, il y a quand même aussi des choses qui devraient être par nature à rassurer aussi bien les enseignants que les lycéens et les parents. Parmi ceux-là, il y a cette idée que l'on va engager un travail très très volontariste pour assurer à chaque enfant un socle de connaissances, premièrement, et deuxièmement, parce que cela va avec un accompagnement personnalisé, scolaire, un soutien scolaire personnalisé. Et cela, je crois que c'est un élément majeur pour réduire ce que l'on appelle "l'inégalité des chances".

Q- Le socle de connaissances, c'est cette base que tous les élèves devraient avoir en fin de scolarité mais beaucoup de lycéens, beaucoup d'enseignants disent : c'est une école au rabais ?

R- Mais pas du tout ! C'est le socle de base que chaque enfant doit avoir ; c'est que ce tout le monde depuis des années dit comme étant une priorité absolue. Il faut que l'ensemble des enfants de France, où qu'ils habitent, dès lors qu'ils sont dans notre système éducatif, puisse avoir la connaissance de la lecture, de l'écriture, du calcul, de l'informatique, d'une langue étrangère, et en particulier l'anglais, et de faire en sorte qu'ils aient évidemment en plus de tout cela le socle de connaissances générales, et puis ensuite, bien sûr, à travers l'orientation qu'ils choisiront, sur laquelle ils seront conseillés, et mieux conseillés pour l'avenir, ils pourront se donner toutes les chances pour réussir dans la vie.

Q- Autre critique des opposants au projet : le manque de moyens. Ils disent que ce qu'il faut à l'école, c'est plus de moyens, il n'y a pas assez d'enseignants, pas assez d'assistants, et on manque de moyens à l'école.

R- Si c'était un problème de moyens, écoutez, franchement, tout irait mieux avec le temps qui passe. Depuis quinze ans, les moyens n'ont cessé de s'accroître dans l'Education nationale, cela représente 1/5ème du budget de l'Etat ! C'est la part consacrée au budget la plus importante en France comparée à tous les pays d'Europe. Bien sûr qu'ici ou là il faut ajouter des moyens supplémentaires quand il y en a besoin ; on le voit bien dans certaines zones d'éducation prioritaires, je peux en témoigner à Meaux : je vois bien qu'il y a un certain nombre...

Q- Vous êtes maire de Meaux, précision.

R- ... il y a besoin...- oui, de la ville dont je suis l'élu - il y a besoin dans certains quartiers d'accompagnement personnalisé parce qu'il y a des difficultés. C'est cela réduire l'inégalité des chances. Mais en même temps, il ne faut pas accroître les moyens partout et considérer qu'avec cela, on règle les problèmes. On voit bien que ce n'est pas cela la réalité aujourd'hui.

Q- Mais alors pourquoi les lycéens et les enseignants sont-ils dans la rue ?

R- Tout simplement, parce qu'il y a derrière tout cela de l'inquiétude, un doute un peu profond sur la manière dont on veut construire la société de demain. Et nous, notre rôle est de prendre des décisions et de ne pas considérer que l'immobilisme règle les problèmes. Je peux comprendre qu'ici ou là on s'inquiète, mais je veux aussi rappeler que les moyens que nous mettons en oeuvre, c'est pour apporter des réponses à ces inquiétudes. Je le dis à travers les mesures que prend F. Fillon pour le soutien scolaire des enfants, je le dis à travers ce socle de connaissances que l'on doit s'imposer comme objectif pour chaque enfant de France, où qu'il se trouve, qu'il soit dans un quartier difficile, dans une zone rurale, dans un centre ville, et puis c'est tout ce qui tourne autour de la modernisation de notre système éducatif pour nos enseignants qui ont besoin, là aussi, de voir que le Gouvernement leur donne des moyens, et puis à travers les dispositions que l'on prend, les clés pour accompagner les enfants dans la réussite de leur parcours scolaire.

Q- Autrement dit, vous dites aujourd'hui : même s'il y a des très grosses manifestations, le projet passera ?

R- Ecoutez, il va être soumis à l'examen du Parlement, il est pour le bien des enfants, pour le bien des enseignants, pour le bien des parents, il est pour la France et pour son avenir.

Q- L'autre gros dossier, ce sont les impôts locaux. Dans les régions notamment, on assiste à des hausses très importantes, parfois jusqu'à 50 %, et les socialistes qui dirigent la plupart des régions disent : c'est parce que le Gouvernement ne donne pas l'argent correspondant aux charges qu'il donne maintenant aux régions.

R- Mais là, on est dans le festival de l'hypocrisie organisée. Je trouve que les présidents de région socialistes devraient dire la vérité, c'est-à-dire tout simplement qu'ils sont à leur première année de mandat, et qu'ils vont se faire une petite cagnotte fiscale en augmentant les impôts locaux. Parce que, pour le reste, la décentralisation...

Q- Ce n'est pas leur vérité...

R- Ce n'est pas leur vérité, sauf que, moi ce que je constate, c'est que les 20 régions de gauche augmentent les impôts dans des proportions folles, et que les deux régions de droite n'augmentent pas les impôts ! Alors, je veux bien que l'on cherche l'erreur ensemble !

Q- Mais ils disent : on fait du social alors qu'à droite on n'en fait pas !

R- Oui, mais enfin, ils se font plaisir. Moi, je vois 50 % d'augmentation pour la région Bourgogne, 25 % d'augmentation des impôts pour la région Ile-de-France... Vous savez, on peut s'amuser comme cela à augmenter les impôts tant que l'on veut et puis dire que c'est de la faute des autres. Je considère que, quand on vote un impôt on l'assume. Par exemple, nous, au Gouvernement, depuis deux ans et demi, on baisse les impôts. Donc, je crois qu'il faut le dire, il faut expliquer que l'on maîtrise la dépense publique, que l'on baisse les impôts, et que si on le fait, c'est parce que l'on rend le produit de leur travail aux Français, et que l'on considère que c'est un moyen pour eux de voir une dépense publique plus efficace, et puis cela leur permet d'avoir plus d'argent pour consommer, pour épargner, pour embaucher. Moi, je regrette que les régions de gauche ne le fassent pas. C'est une tradition.

Q- Justement, ce que disent les patrons de gauche socialistes, dans les régions, c'est que le Gouvernement, c'est vrai, baisse l'impôt sur le revenu, mais du coup, il n'y a plus d'argent dans les régions, et c'est eux qui doivent augmenter !

R- Non, non. Mais cela, c'est encore pour masquer, c'est pour trouver un alibi. Parce que la vérité c'est que, quand on a fait la décentralisation, on donne les ressources qui vont avec, exactement à l'euro près. Et d'ailleurs la décentralisation ne se mettra pas en place avant deux ans. Donc, en fait, tout cela, c'est un peu de fumée. La réalité, c'est que les régions socialistes ont décidé d'augmenter les impôts pour se faire une cagnotte fiscale. Je le regrette, parce que nous, on considère que dans cette période où on va chercher la croissance, dixième après dixième, il faut rendre du pouvoir d'achat aux Français à travers les baisses d'impôts. Moi, par exemple, je vois bien cette année 2005, on va faire la charte du contribuable, c'est-à-dire que l'on va....

Q- Vous allez simplifier les impôts.

R- ...D'abord, on va simplifier les formalités d'impôts, on va faire une déclaration simplifiée, on réduit pas trois le nombre de cases dans la déclaration d'impôts pour tous ceux qui n'ont comme revenus que des salaires et des traitements, c'est le premier point. Deuxièmement : on va parler d'équité. C'est-à-dire que l'Etat, aujourd'hui, il y a des taux d'intérêt différents selon que l'Etat est créditeur ou débiteur. On va essayer de rapprocher cela progressivement. Et puis, on va essayer de faire en sorte que le rapport entre l'administration fiscale et le contribuable soit plus équilibré. Et donc, tout cela va donner lieu à une "Charte du contribuable" dans laquelle on va parler de "simplification", de "justice" et de "respect".

Q- Mais cette année, pas de baisse de l'impôt sur le revenu ?

R- Ne dites pas cela ! Il y a 2 milliards de baisses d'impôts au total pour l'année 2005, dont la moitié pour les ménages. Ce sont des baisses ciblées, cela peut concerner l'encouragement aux emplois à domicile, par exemple. Il y a des tas d'éléments sur lesquels, bien entendu, cela profite directement aux ménages. Et donc, cela vient renforcer leur pouvoir d'achat.

Q- Mais sur l'impôt sur le revenu, cela va reprendre l'année prochaine ?

R- Alors, pour ce qui concerne l'impôt sur le revenu, bien entendu, nous allons poursuivre le programme de baisses d'impôts sur le revenu, mais comme vous le savez, on ne va pas financer les baisses d'impôts sur du déficit, on va les financer sur des économies. L'objectif de toute façon est simple : veiller à ce que l'on maîtrise la dépense publique, et que parmi les dépenses, on baisse les impôts parce que cela stimule l'économie et que, on le voit bien...Vous savez, il n'y a pas de mystère : si la consommation a bien tenu en 2004, c'est parce que l'on a fait des baisses d'impôts.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 15 février 2005)

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