Tribune de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, dans "Le Figaro" le 18 février 2005, sur l'égalité des chances, l'organisation de l'islam de France et la critique de la notion de "discrimination positive", intitulée "Pour une refondation républicaine". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, dans "Le Figaro" le 18 février 2005, sur l'égalité des chances, l'organisation de l'islam de France et la critique de la notion de "discrimination positive", intitulée "Pour une refondation républicaine".

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

ti : " Il aura fallu l'anniversaire de la loi de 1905 pour mesurer à quel point les valeurs de notre République sont des valeurs modernes. Tout l'enjeu est de les refonder et de les faire vivre entre nous.

" Prenons la laïcité : elle permet aujourd'hui aux différents cultes de fonctionner sereinement sur notre territoire, dans le respect de la liberté de conscience de chacun. Alors que nous voyons de nombreux pays en Europe et ailleurs s'interroger sur la place des religions dans la sphère publique, nous avons à notre disposition un modèle qui a fait ses preuves et qui nous permet de construire l'avenir. Voyez les progrès considérables que nous avons accomplis avec le CFCM dans l'organisation du culte musulman : en quelques mois, nous avons réussi à mettre sur pied une formation pour les imams qui ne parlent pas notre langue, un cursus universitaire pour les futurs imams et une aumônerie musulmane dans les prisons. Nous sommes sur le point de créer une Fondation qui mettra fin aux difficultés de financement du culte musulman et offrira toutes les garanties de transparence sur l'utilisation des fonds. 2005 marquera un tournant dans l'organisation de l'islam de France.

" Prenons les droits de l'homme : ils offrent à chaque citoyen des droits en vertu de sa simple condition d'homme. C'est aujourd'hui le meilleur rempart contre le risque communautariste, qui n'attribue des droits à chacun qu'à raison de la couleur de sa peau, de sa religion ou de son origine sociale. Une France communautariste, ce serait une France morcelée, une France du repli. Ce serait renoncer à une double aspiration qui a toujours fait notre force : l'unité de la nation et la défense de l'intérêt général, au-delà des intérêts particuliers.

" Je vois bien les défis que nous rencontrons. Défis venus de l'intérieur, qui résultent avant tout des promesses non tenues de la République dans le domaine de l'intégration ou de l'égalité des chances. Difficultés venues de l'extérieur, quand d'autres modèles semblent pouvoir apporter des réponses toutes faites à nos inquiétudes. Mais j'en suis convaincu : nous saurons faire face, pourvu que nous soyons plus audacieux dans la défense de nos valeurs.

" Alors oui, battons-nous pour défendre une conception de l'homme qui fait notre fierté partout dans le monde. Pas seulement à la tribune des Nations unies, mais dans nos rues, dans nos villes, dans nos quartiers : lorsque des femmes sont maltraitées au nom de la religion, lorsque la mixité recule dans nos écoles ou dans les établissements sportifs publics, c'est l'esprit de la République qui est en danger. Dans quelques jours, je demanderai à tous les maires de France de recenser les difficultés qu'ils rencontrent pour que nous apportions ensemble des solutions conformes à nos valeurs.

" Oui, il faut nous battre pour faire vivre le principe d'égalité qui est au c¿ur de notre pacte social. Aujourd'hui, il butte contre trois obstacles inacceptables. Premier obstacle : un parcours scolaire qui n'offre pas de deuxième chance à ceux qui sortent sans diplôme ni qualification. Deuxième obstacle : les discriminations à l'embauche, au logement ou dans les loisirs. En France, quand on s'appelle Rachid ou Farida, on a trois fois moins de chances de trouver un travail à niveau d'études égal. Qui peut se résigner à cela ? Changeons notre regard, changeons nos mentalités. Troisième obstacle : la persistance d'actes racistes et antisémites qui gangrènent le corps de notre nation et qui sont indignes d'elle.

" Face à cette réalité, la tentation est grande d'aller au plus court et de s'engager dans la voie de la discrimination positive. Je veux le redire clairement : je crois que c'est une impasse. Les pays qui ont appliqué cette solution n'y ont pas trouvé les bénéfices escomptés et s'interrogent sur la pertinence de leur modèle. C'est vrai notamment des Etats-Unis. N'oublions pas ensuite que la France a toujours défendu l'idée de citoyens égaux : abandonner cette conception pour faire des distinctions entre des catégories d'individus, c'est renoncer à notre idéal d'un homme porteur d'universel. C'est aussi soulever des difficultés insolubles. Sur un plan humain : fera-t-on des distinctions suivant la couleur de la peau ? Suivant l'origine ? Suivant la religion ? Sur un plan éthique : quel nombre de postes réservera-t-on à telle ou telle catégorie ? Sur la base de quels critères ? Enfin ce système, loin de créer un cercle vertueux, ne ferait qu'instaurer un régime d'avantages acquis qui ne sera profitable ni à leurs bénéficiaires, ni à la société dans son ensemble.

" L'égalité des chances a toujours été notre objectif. Il doit donc le rester. Comment y parvenir ? D'abord en luttant avec la plus grande fermeté contre tous les actes de discrimination : pour cela, je m'appuierai sur des commissions départementales qui travailleront en liaison étroite avec la Haute Autorité décidée par le Président de la République et le Premier ministre. Ensuite en donnant une chance supplémentaire à tous ceux qui ne partent pas avec les mêmes atouts au départ : ceux dont les parents ne parlent pas le français, ceux qui rencontrent des difficultés dans leur scolarité dès le plus jeune âge, ceux qui sortent sans aucune qualification du système scolaire. Nos aides doivent être ciblées, précises, volontaires, à chaque grande étape de la vie scolaire et professionnelle. Enfin en allant proposer des stages, des formations et des carrières aux jeunes en difficulté partout dans notre pays. C'est ce que j'ai fait avec les cadets de la République : policiers, et bientôt gendarmes et pompiers vont proposer à des jeunes une formation spécifique en alternance qui les conduira à un métier dans le domaine de la sécurité. "

Voilà le chemin : que chacun d'entre nous soit le porteur des valeurs de laïcité, d'unité et d'égalité qui font la singularité et la force de notre pays. Plus nous donnerons corps à ces valeurs, plus nous aurons le sentiment d'être fidèles à nous-mêmes. Plus nous pourrons nous ouvrir en toute confiance à l'Europe et au monde. 2005, année de commémoration, doit surtout être une année de refondation républicaine.

(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 22 février 2005)

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