Déclaration de M. Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, sur les priorités de la politique étrangère française en 2005, notamment la poursuite de la construction européenne et les efforts en faveur de la paix et du développement dans le monde, à Paris le 12 janvier 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, sur les priorités de la politique étrangère française en 2005, notamment la poursuite de la construction européenne et les efforts en faveur de la paix et du développement dans le monde, à Paris le 12 janvier 2005.

Personnalité, fonction : BARNIER Michel.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Voeux à la presse diplomatique, à Paris le 12 janvier 2005

ti : Monsieur le Président, Cher Joseph Limagne,
Mesdames et Messieurs,


Bienvenue à chacune et à chacun dans cette belle salle, le salon de l'Horloge, qui, pour nous, pour moi est un endroit très important puisque, à cette place que j'aime bien et je le dis également avec beaucoup d'humilité, se trouvait ici même, comme une photo qui doit se cacher derrière en témoigne, le 9 mai 1950, Robert Schuman, debout aux côtés de Jean Monnet pour appeler à la toute première étape de la construction européenne, dans ce salon de l'Horloge qui nous inspire et qui m'inspire.

Je voudrais, Joseph Limagne, vous remercier des v¿ux que vous venez de nous adresser, je dis nous, Claudie Haigneré, Xavier Darcos, Renaud Muselier qui vous entend sans doute, Hervé Ladsous, toute l'équipe de la DCI, Pierre Vimont à la tête de mon cabinet qui se cache au fond de cette salle, mon épouse Isabelle qui est ici à nos côtés. C'est l'occasion pour moi, en retour Mesdames et Messieurs, de vous souhaiter, à chacun et à chacune, une heureuse année 2005.

Au moment où cette année est adossée, ce qui explique le ton grave et juste que vous avez utilisé, adossée à des mois dramatiques qui résument, en partie, les défis que nous lance le monde d'aujourd'hui.

La guerre d'abord, avec les événements qui ensanglantent de grandes parties du monde, au Moyen-Orient, en Afrique, le terrorisme ensuite qui en est l'une des composantes avec son cortège de victimes innocentes et enfin, j'y reste attentif, et c'est un vieil engagement pour moi, les menaces de la nature dont le raz-de-marée dans l'océan Indien est une des manifestations les plus sanglantes et en grande partie imparable.

Mesdames et Messieurs, vous en avez été les témoins et les comptables, pour les opinions du monde entier, les témoins d'ailleurs, si gênant parfois qu'ici ou là, on a tenté de vous empêcher ou de vous bâillonner. Ainsi la presse a payé encore très cher cette année, sa contribution à la démocratie dont elle est l'une des pièces essentielles.

Ainsi à l'occasion de la longue détention de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot, j'ai été personnellement sensible, Monsieur le Président, comme Pierre Vimont et d'autres que je ne cite pas mais auxquels je pense, à votre témoignage de reconnaissance. Nous avons fait, je crois que nous l'avons bien fait, simplement notre travail. Cette longue détention, heureusement résolue, en est l'une des preuves, comme l'assassinat de Jean Hélène en Côte d'Ivoire, comme la disparition ici encore au même endroit de Guy-André Kieffer et celle en Irak, qui reste inexpliquée, de Fred Nérac.

Cela est aussi le résultat. Aujourd'hui encore, j'y pense comme vous, autant que vous, la disparition de Florence Aubenas et de son accompagnateur irakien témoigne des dangers que certains d'entre vous consentent à courir pour rendre compte des désordres du monde.

J'ai bien sûr déjà eu l'occasion de le dire Mesdames et Messieurs, et c'est quelque chose que j'ai, comment dirais-je, beaucoup mieux mesuré personnellement depuis les 9 mois que j'ai l'honneur d'animer le Quai d'Orsay, le temps du gouvernement n'est pas toujours, n'est pas souvent celui des médias. De la même manière, notre responsabilité n'est pas la même. Vous l'avez dit, la mienne, la nôtre, celle des pouvoirs publics, franchement, au moment où je vous parle, c'est de vous mettre en garde, de vous dire la vérité : l'Irak, puisque nous parlons de l'Irak et de Florence Aubenas, est un pays dangereux, très dangereux aujourd'hui.

Et votre responsabilité que je respecte, je le redis, c'est naturellement celle du devoir d'informer.

Mesdames et Messieurs, le ministère que nous animons ensemble, Claudie, Xavier, Renaud et toutes nos équipes, est évidemment en première ligne pour répondre à tous ces problèmes qui sont autant d'urgences. Ces derniers mois, personne ici, dans cette Maison, personne dans nos postes à l'étranger n'a compté son temps et ses efforts pour en venir à bout. Et les dangers que j'évoquais pour vous, journalistes, sont les mêmes pour les diplomates ou les agents des différentes administrations qui se trouvent dans ces pays dangereux. Chaque jour encore, chacun se mobilise, donnant ainsi une belle image de ce mot important qui est celui de fraternité et en même temps, de cette exigence qui est pour nous fondamentale, celle du service public, c'est-à-dire de l'intérêt général. Et nous nous mobilisons ainsi sur ces fronts qui sont à la fois si divers et si complexes.

Bien sûr, ce moment Mesdames et Messieurs est un moment de souhaits et de voeux que nous nous adressons mutuellement, il est aussi un moment d'information s'agissant de l'actualité et de ses tragédies ; et je voudrais saisir ce moment pour, s'agissant de la tragédie de l'océan Indien, puisque vos lecteurs, vos auditeurs sont inquiets, se posent des questions, faire un bilan.

Au moment où je vous parle, avec beaucoup de précautions lorsqu'il s'agit de chiffres, parce que, derrière les chiffres, il y a, je ne les oublie pas, des hommes, des femmes, des enfants, des familles endeuillées et qui souffrent, le bilan pour notre pays de cette tragédie de l'océan Indien s'élève à 22 morts reconnus, 74 personnes disparues pour lesquelles, plus le temps passe et avance, plus notre espoir de les revoir vivants s'amenuise, et puis un nombre de personnes dont nous restons sans nouvelles mais qui se réduit aujourd'hui à une centaine grâce au travail patient, persévérant que nous avons entrepris depuis le premier jour pour interroger, vérifier, en liaison étroite avec le ministère de l'Intérieur.

Voilà les chiffres et encore une fois, derrière ces chiffres, il y a des hommes, des femmes et des enfants. Et je n'oublie pas bien entendu, et nous en parlions hier avec le ministre indonésien des Affaires étrangères qui est venu ici, les 150.000 morts et combien de blessés, de sans-abris de ces pays touchés directement.

Au-delà de cette période de crise, notre impression, mon impression est que, sur plusieurs des théâtres où nous devons agir et que vous observez, il y a, dans l'action extérieure de la France, comment dirais-je, une nouvelle période, je n'ose pas utiliser le mot d'époque, en tout cas, une nouvelle période qui commence.

Au ministère des Affaires étrangères, nous voulons nous saisir de ces nouveaux contextes pour en faire autant de rendez-vous majeurs. Il y a, vous l'avez rappelé, le rendez-vous de la Constitution européenne qui met l'Europe réunifiée en état de marche, assumant sans état d'âme, sans complexe, sans demander la permission, sa vocation politique.

Il y a le rendez-vous de la stabilité dans les Balkans, et j'en ai visité tous les pays et je continuerai, les Balkans où le réflexe nationaliste doit être remplacé progressivement par le réflexe européen.

Il y a le rendez-vous de la paix au Proche-Orient, puis ce rendez-vous transatlantique et enfin celui de la lutte contre les risques majeurs.

Sous l'autorité du président de la République et du Premier ministre, la France doit être, veut être présente à chacun de ces grands rendez-vous. Ainsi, malgré la gravité du moment que nous vivons, cher Joseph Limagne, Mesdames et Messieurs, il y a des espérances, il y a des perspectives, il y a des raisons d'avoir foi dans l'avenir. J'ai parlé de l'Europe et son élargissement qui vient d'avoir lieu, la ratification du Traité de Kyoto, les élections en Palestine dimanche qui ont donné une belle démonstration de maturité et de responsabilité du peuple palestinien, l'immense élan de solidarité manifesté pour les peuples sinistrés d'Asie, voilà autant de signes forts de ces espérances et de ces perspectives. Je ne doute pas que l'année qui commence nous apporte les occasions de nous convaincre, tant les chantiers sont nombreux pour agir.

Pour ce qui est de l'Europe, deux points simplement. D'une part, la fin de cette très longue discussion institutionnelle à laquelle va répondre le traité constitutionnel, bien sûr à la condition que, dans chacun de nos vingt-cinq Etats, les ratifications donnent des résultats favorables. Avec Claudie Haigneré, nous entreprendrons, dans le respect des règles et du pluralisme, de donner toutes les explications, de mener tous les dialogues utiles et nécessaires.

Il y a aussi, à propos de l'Europe, ne l'oublions pas, ne l'oubliez pas, le 10ème anniversaire du Traité de Barcelone qui constitue une opportunité unique pour relancer l'idée concrète d'un destin euro-méditerranéen.

S'agissant des relations transatlantiques, je pense que 2005 doit marquer un nouveau départ dans nos relations, celles des Etats-Unis et de la France, celles des Etats-Unis et de l'Europe, au lendemain de la réélection du président Bush et bien sûr, je l'ai dit à Condi Rice à l'occasion de notre première rencontre à Washington il y a quelques jours, sur la base et dans le cadre d'une écoute mutuelle, d'un dialogue plus régulier entre nous et d'un respect réciproque.

Je pense que le sommet de l'OTAN sera l'une des occasions d'entrer dans cette nouvelle phase de rapports constructifs entre l'Europe et les Etats-Unis.

Et puis, il y a le Moyen-Orient, là encore, une espérance, des perspectives, la reprise du dialogue entre les parties en présence, au lendemain de l'élection de Mahmoud Abbas et de la formation d'un nouveau gouvernement plus ouvert en Israël. Il faut mettre en oeuvre la Feuille de route qui constitue, qui reste l'unique document, l'unique instrument reconnu par tout le monde pour aller vers la paix.

Pour l'Irak, j'en parlais hier avec une quinzaine de dirigeants de tous les partis irakiens que nous avons invités en France cette semaine - des partis qui participent aux élections et d'autres qui n'y participent pas - malgré la violence, malgré les dangers, cette année devrait être l'année celle de la transition vers une situation apaisée où le peuple irakien doit retrouver la pleine maîtrise de sa souveraineté et de son destin avec le départ des troupes étrangères.

Et puis, il y a, par-dessus tout, au milieu de tout, entre tout, la mondialisation, ses chances et ses risques. Nous voulons l'aborder encore et toujours dans le cadre des Nations unies, notamment pour ce qui est de la lutte pour le développement durable et la protection de l'environnement.

Sur tous ces chantiers, la France, l'Europe seront présentes, elles mettront au service de tous, leur expérience, le souci de la négociation, leur volonté que soit respecté le droit international, le cadre des Nations unies, notre expérience du dialogue démocratique. Nous voulons, France, Europe, être des porteurs de paix. Ce ne sera pas de trop dans un monde où, au-delà des crises auxquelles nous avons fait allusion l'un et l'autre, il y en a d'autres, notamment en Afrique, et où ce sont des millions d'enfants, de femmes, d'hommes qui meurent chaque année de malnutrition et d'épidémies. Ils ne sont pas seulement victimes de phénomènes naturels, ils souffrent de la dictature, de l'arbitraire qui appauvrissent des régions entières, qui détournent des richesses ou les tarissent. Ils subissent des guerres dont ils sont des victimes, victimes aussi d'une division internationale du travail injuste et de conditions de vie insupportables.

C'est dire, Mesdames et Messieurs, que la tâche pour le ministre des Affaires étrangères, pour le ministre des Affaires européennes, pour le ministre de la Coopération, pour le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, pour toutes nos équipes, cette tâche est formidable, difficile, exigeante, qu'elle peut paraître, parfois, insurmontable. Et pour autant, relever ces défis sera, une fois de plus, indispensable et nous allons nous y attacher avec notre énergie, nos équipes, notre enthousiasme et une part d'utopie.

Cette année encore, Mesdames et Messieurs, vous allez être les observateurs exigeants, attentifs de l'histoire du monde qui s'écrit, un monde qui a besoin, je le pense comme vous et depuis longtemps, d'une presse libre, diverse, exigeante, nombreuse.

A tous et à chacun, à vos rédactions, télévisions, radios, journaux, agences, je veux dire ou redire la disponibilité des équipes du Quai d'Orsay, celles de mon cabinet avec Pierre Vimont, Pierre-Jérôme Hénin, celle de la direction de la Communication et de l'Information animée par Hervé Ladsous, celle de tous nos collaborateurs, celle des ministres bien entendu qui forment cette équipe et nous aurons l'occasion de vous parler, de vous répondre à l'occasion d'une conférence de presse que nous voulons organiser dans quelques semaines ensemble, tous les quatre ; je vous dis cette disponibilité pour vous aider dans ce devoir, dans cette responsabilité d'informer qui est la vôtre et je voulais enfin et à nouveau vous dire à tous et à chacun, à vos familles, à ceux que vous aimez, mes voeux, nos voeux les plus chaleureux pour 2005

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 janvier 2005)

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