Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur le développement de l'esprit d'entreprise en Europe, Genève le 10 février 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur le développement de l'esprit d'entreprise en Europe, Genève le 10 février 2005.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. UMP

Circonstances : Forum sur l'entrepreneuriat dans la région de la Commission économique pour l'Europe des Nations unies, à Genève (Suisse), le 10 février 2005

ti : Mesdames, Messieurs,


C'est une immense joie, une grande fierté mais aussi un véritable défi d'être parmi vous ce matin au Palais des Nations à l'occasion de ce Forum sur l'entrepreneuriat organisé par la Commission économique pour l'Europe des Nations Unies.

Une immense joie parce qu'aujourd'hui, ici même, à l'occasion de ce forum, je me sens en famille.

Vous constituez un aréopage de personnalités issues d'horizons différents, chefs d'entreprise, hommes et femmes politiques et hauts dirigeants de l'administration.

Vous êtes venus du monde entier, mais vous avez en commun la volonté de créer aujourd'hui en Europe les conditions nécessaires à une croissance forte et durable de l'économie et de l'emploi. Vous avez, nous avons donc, un triptyque de valeurs communes, Mesdames et Messieurs : celui de refuser toute résignation, celui de vouloir aller de l'avant, celui de refuser l'aventure : aller de l'avant mais pas à n'importe quel prix.

Premier volet de ce triptyque : refuser toute résignation, tout fatalisme face aux indispensables restructurations industrielles et aux délocalisations en plein essor.

Je reviens d'une mission de quelques jours en Inde où j'ai pu mesurer l'ampleur du phénomène des délocalisations.

Tout en reconnaissant que ce mouvement économique, mais aussi et surtout social, affecte de manière irréversible la division internationale du travail que nous avons connue jusqu'au début des années 1960, tout en me battant jour après jour pour que nos territoires ne soient pas désertés, je mesure parfaitement les effets bénéfiques sur le plan économique et démocratique de l'industrialisation de ces pays. Certes ces délocalisations que les politiques ont bien du mal à contrôler, sèment souvent un grand désarroi parmi nos concitoyens. Nous sommes ainsi confrontés en France et dans bien d'autres Etats européens à des " théoriciens du déclin ", à des adeptes d'une prétendue " vieille Europe ". N'oublions surtout pas que seule la résignation nous condamnera. Nous sommes nos pires ennemis car nous détenons en nous-mêmes la force de lutter et de gagner. Comment me direz vous ?

Et bien tout simplement en ayant la volonté d'aller de l'avant, deuxième volet de ce triptyque. Certes nous connaissons depuis quelques années maintenant en Europe une croissance économique atone et un chômage bien trop élevé.

Mais cette conjoncture, parfois douloureuse au quotidien, ne doit pas nous faire oublier l'essentiel : anticiper et innover pour gagner le combat de la compétitivité.

Nous savons tous ici que l'entreprise constitue la source de richesse principale de tout Etat. Elle est essentielle pour stimuler l'avenir de la croissance en Europe. C'est d'ailleurs cette conviction qui a incité les sénateurs de la République française ainsi que des parlementaires britanniques et allemands à unir leurs forces au sein du programme " Génésis ". Cette initiative vise à créer un échange de bonnes pratiques sur le développement des politiques en faveur des petites et moyennes entreprises à travers l'Union européenne.

Cette démarche innovante qui regroupe plusieurs pays européens et à laquelle j'adhère sans réserve, doit constituer un exemple pour toutes nos actions en faveur de l'économie de marché : elles ne doivent pas s'effectuer au détriment de l'emploi.

Tout ne peut pas se faire à n'importe quel prix, surtout s'il s'agit de notre capacité à fédérer les énergies humaines sur un projet économique commun. C'est le troisième volet de ce triptyque.

Trop souvent certains cherchent à opposer les impératifs économiques d'une entreprise ou d'un grand groupe et l'indispensable prise en compte des facteurs sociaux.

Une telle dichotomie est vouée à l'échec. Rien ne peut se faire sans la participation de toutes les femmes et tous les hommes qui oeuvrent dans l'entreprise, et encore moins contre eux.

Certes notre capacité d'adaptation est indispensable au sein de ce nouvel espace économique et financier mondial, dans lequel les moyens de transport sont de plus en plus rapides et les technologies nouvelles toujours plus performantes.

Mais prenons garde à ne pas laisser au bord de la route bon nombre des nôtres, nous ne saurions réussir sans eux !

Joie d'être parmi vous vous disais-je, mais aussi fierté.

Cette fierté, c'est celle de l'ensemble des 331 sénatrices et sénateurs et du Sénat de la République française que j'ai l'honneur de présider depuis bientôt sept ans.

Notre Haute Assemblée est, comme vous le savez, une chambre parlementaire à part entière. Notre constitution lui a de plus confié une prérogative extrêmement importante de représentation des collectivités territoriales de la République.

Cette mission constitutionnelle spécifique lui impose de veiller à l'équilibre de notre territoire. Mais tous ceux qui ont assumé dans leur vie des responsabilités politiques locales savent à quel point l'équilibre politique d'un territoire est lié intrinsèquement à son développement économique.

C'est pourquoi j'ai engagé le Sénat français dans une démarche en direction du monde de l'entreprise. Mais on ne gouverne pas un pays avec des formules. Le Sénat français le sait. Et c'est pourquoi, fidèle à sa vocation de Chambre de réflexion, il a souhaité jeter le plus de passerelles possibles entre le monde politique et le monde des entreprises.

Non seulement parce qu'on ne fait pas le bonheur d'une Nation contre ses entreprises, mais parce qu'il est de la plus grande importance que les hommes politiques, -terme générique qui embrasse la femme- et les chefs d'entreprise se parlent, s'écoutent et se comprennent. Ce dialogue est fondamental.

Il ne se résume pas à signer de belles lettres pour convaincre des gouvernements amis d'acheter nos produits. Il ne se résume pas à emmener des chefs d'entreprise dans des avions pour conquérir des marchés à l'export.

Ce doit être au contraire un dialogue de tous les jours, un dialogue de qualité qui nous permette d'anticiper les évolutions d'un monde incertain et d'apporter plus de mieux être à nos concitoyens.

Pour y arriver ce ne sont pas tant les lois qu'il faut changer, que les esprits qui font les lois.

Ainsi notre Haute Assemblée va, depuis plus de six ans, à la rencontre de l'entreprise. Tout d'abord à travers les stages d'immersion en entreprise qu'effectuent chaque année les sénateurs. A ce jour, la moitié des sénateurs sont partis en moyenne trois jours dans de très petites, moyennes ou grandes entreprises.

Ces parlementaires reviennent des stages d'immersion enrichis par ce qu'ils ont vu, plus au fait des préoccupations des créateurs et des chefs d'entreprise.

L'année parlementaire est en outre ponctuée par plusieurs initiatives concrètes et utiles à l'entreprise.

Ainsi la Semaine de l'entrepreneur dont la troisième édition s'est déroulée voici quinze jours, a rassemblé plus de 100 000 personnes au Sénat et au Palais des congrès.

Tremplin Recherche, organisé le 8 février dernier, a réuni 800 chercheurs, entrepreneurs, financiers et politiques sur le thème de la valorisation de la recherche. Cette journée a été clôturée par le commissaire européen à la recherche.

Tremplin Entreprises est devenu en sept ans le premier événement en France du capital risque et se déroule dans le cadre du " Paris investors week " qui fédère un grand nombre de partenaires locaux, nationaux, européens et internationaux autour de la finance et du capital investissement.

Enfin, Club.Sénat.fr, " Think tank " des nouvelles technologies, véritable laboratoire d'idées en prise directe avec le législateur, qui a reçu la semaine dernière John Chambers, PDG de CISCO, et qui s'apprête à recevoir dans quelques semaines " Steve Balmer ", PDG de Microsoft.

Joie, fierté mais aussi défi.

Le défi, c'est celui de vous convaincre que chacun à sa place, gouvernements et parlementaires, chefs d'entreprises et citoyens, nous devons faire progresser, dans le respect de l'individu, l'esprit d'entreprise en Europe, d'une part, en mettant en place un cadre législatif, réglementaire et budgétaire favorable à l'entrepreneuriat, et, d'autre part, en menant à bien des initiatives aussi pragmatiques que possible. Vous convaincre aussi que dans ce concert des nations européennes en faveur de l'entreprise, la France n'est pas en reste.

Je sais que certains d'entre vous sont bien loin d'approuver mes propos.

Et pourtant, ma présence ici même, à vos côtés, à l'occasion de ce Forum constitue un engagement formel de la République française en faveur de l'entreprise. D'importants d'efforts ont été entrepris depuis trois ans !

Les réformes se succèdent pour moderniser notre pays qui reconnaît aujourd'hui la place légitime des entrepreneurs au sein de la République.

Tant que ces hommes et ces femmes de terrain entreprendront, nous vivrons. Ils sont les porteurs de nos rêves et de nos espérances. Ils sont le ciment de la prospérité d'une Nation.

Je vous remercie de votre attention et vous invite nombreux à constater sur place que la France est un grand peuple d'entrepreneurs au sein d'une Europe où aujourd'hui, tout est possible...

(Source http://www.senat.fr, le 28 février 2005)

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