Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, président de l'UMP, notamment sur la situation économique de la région Nord-Pas-de-Calais, la politique de l'UMP en matière d'immigration, de fiscalité, de service minimum, d'investitures électorales et sur le référendum sur la constitution européenne et l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, Lille le 28 janvier 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, président de l'UMP, notamment sur la situation économique de la région Nord-Pas-de-Calais, la politique de l'UMP en matière d'immigration, de fiscalité, de service minimum, d'investitures électorales et sur le référendum sur la constitution européenne et l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, Lille le 28 janvier 2005.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. UMP, président

Circonstances : Déplacement de M. Sarkozy dans le Nord-Pas-de-Calais du 27 au 29 janvier 2005

ti : Mes chers amis,


Je voudrais que vous sachiez tous combien je suis sincèrement heureux d'être parmi vous. Vous qui êtes venus si nombreux. Vous qui avez besoin de réponses concrètes et précises aux questions que vous vous posez sur votre quotidien comme sur la France. Vous qui avez pu être déçu dans le passé et qui pourtant avez choisi de répondre à mon invitation. Peut-être pour ne pas désespérer définitivement de la politique ? Peut-être pour nous donner une nouvelle chance ? Peut-être aussi parce que vous éprouvez l'envie de participer à cette grande et passionnante aventure humaine que nous allons vous proposer à l'UMP ?

J'ai voulu cette rencontre. J'ai voulu ces trois jours passés dans votre région, le Nord Pas-de-Calais, ce condensé parfait de tous les atouts et en même temps de toutes les souffrances de notre pays. Le Nord représente à mes yeux cette France du travail, de l'énergie, de la ténacité qui a réussi à tourner la page de la mine, à maintenir envers et contre tout l'industrie textile la plus élaborée, à valoriser le savoir-faire de sa main d'¿uvre dans la sidérurgie pour trouver de nouveaux débouchés économiques aussi prometteurs que novateurs. Le Nord, ce n'est pas l'image misérabiliste qu'en donnent ceux qui n'ont pas pris le temps de venir vous voir, de vous regarder, de vous comprendre.

Le Nord s'en est sorti parce que vous avez ici des valeurs dont la France a le plus grand besoin : le travail, le mérite, la solidarité, l'ouverture. Ce n'en est que plus anachronique que vous ayez hérité, ici à Lille, de celle qui incarnera définitivement les 35 heures dans ce qu'elles ont de plus rigide, de plus pénalisant, et de moins responsabilisant. Le Nord, ce n'est pas l'aspiration à travailler moins mais celle bien naturelle de gagner plus, de gagner plus pour soi-même, et de gagner pour sa région.

Le Nord, c'est l'histoire d'hommes et de femmes qui de tout temps ont aspiré à la promotion sociale et à la constitution d'un patrimoine pour leurs enfants. Le Nord a toujours préféré l'équité à chacun selon son mérite au nivellement, à l'assistanat, à l'égalitarisme. Le Nord, c'est ce territoire qui a toujours accueilli ceux qui venaient d'ailleurs à la condition qu'ils aiment cette région, qu'ils respectent notre pays, qu'ils acceptent les devoirs qui sont la contre partie inéluctable des droits qu'ils acquièrent.

Je sais aussi que le Nord, ce sont des souffrances auxquelles il convient d'apporter sans tarder des réponses. Réponses à la ghettoïsation de certains quartiers, à la crainte des délocalisations, au chômage qui ne recule toujours pas, à l'incertitude de l'avenir pour chacun de vous comme pour vos enfants.

Je suis venu pour parler de tout cela, pour vous dire qu'il n'y a pas de fatalité, qu'il existe des solutions, que l'espoir de réussir est possible, qu'il est même à porté de main pour tous les peuples qui ont choisi la mobilisation plutôt que la démission.

Durant ces deux dernières journées, j'ai pris le temps d'écouter, j'ai beaucoup échangé, j'ai essayé de comprendre. Je veux recréer les conditions d'une véritable proximité entre l'Union pour un Mouvement Populaire et les Français. Il y a trop de distance entre ce que pensent et vivent les Français et ce que disent les responsables politiques. Je veux profiter de la liberté que me procure cette nouvelle vie dégagée des contraintes liées aux responsabilités ministérielles pour aller à votre rencontre, à celle de tous les Français sans exception. Je veux qu'ils me parlent de leur quotidien. Je veux leur faire partager mon énergie. Je veux que de nouveau la politique soit porteuse de sens, d'un message, d'un espoir. Je veux par-dessus tout que la politique soit respectée par les Français parce que chacun d'entre nous se sera engagé à la vivre de façon respectable et responsable.

Pour cela j'ai bien conscience qu'il faut bousculer des habitudes et modifier profondément des comportements qui exaspèrent les Français. Je voudrais prendre deux exemples à propos desquels j'ai bien l'intention de proposer et de conduire des changements profonds.


Ces sujets doivent être des priorités pour la formation politique que je préside. Pour moi c'est clair, il n'y a pas et il ne peut y avoir de sujets tabous dont une petite technocratie aurait décidé une fois pour toutes qu'on n'aurait pas le droit d'en parler sous prétexte que cela remettrait en cause des habitudes, des immobilismes ou des situations acquises.

A partir du moment où on le fait avec mesure, avec hauteur de vue, et avec le souci de la responsabilité, tous les sujets doivent pouvoir être débattus librement, franchement, sincèrement. Qui peut bien penser que les problèmes de la France ont la moindre chance d'être résolus si on n'en parle pas ? Qui peut imaginer que nombre de ces questions nouvelles auxquelles nous sommes confrontées trouveront des solutions si l'on se contente d'appliquer des recettes qui ont toujours échoué dans le passé ? Qui peut croire que l'innovation et l'imagination, tellement nécessaires à la recherche, à l'économie, à l'entreprise, à l'éducation, à la culture, ne seraient pas tout autant indispensables à la vie politique.

La France change. Les Français ont évolué. Et la politique loin d'avoir anticipé ces changements, peine même à les suivre. Je suis venu pour vous parler de mes convictions. Qu'il me soit permis de le faire en vous disant ma vérité, dégagé de ces petites hypocrisies au service de mille et un calculs. Je veux ainsi que chacun puisse s'approprier ce qui deviendra le projet de l'Union pour un Mouvement Populaire.

Oui, je l'affirme la France doit se doter d'une politique claire, compréhensible, dénuée de faux-semblant sur la question cruciale de l'immigration.

On peut prononcer le mot sans être accusé de racisme par ceux-là même qui n'ont aucune idée des problèmes que cela pose au quotidien pour nombre de nos compatriotes. La France ne peut demeurer la seule démocratie au monde qui n'aurait pas le droit de décider de qui peut pénétrer sur son territoire et de qui n'y est pas désiré. Les Français ne seraient pas moins généreux s'ils décidaient de faire venir en priorité ceux dont notre économie a besoin plutôt que de laisser de faux espoirs à ceux pour qui nous n'avons ni travail, ni logement.

Il est venu le temps de décider notre préférence pour une immigration choisie qui permettra de tourner la page d'une immigration subie qui a fait des ravages depuis 30 ans et pas seulement à Sangatte !

La France ne peut continuer à être prise en otage par des postures idéologiques qui ont entravé la mise en place des mesures raisonnables qu'ont adoptées tant d'autres pays et que nous nous sommes refusés à expérimenter. Ce n'est pas une politique de l'immigration cohérente que de régulariser massivement tous les dix ans ceux à qui on n'a rien d'autre à proposer que de passer de l'exclusion clandestine à l'exclusion officielle. Où nous mènera cette absence de politique si ce n'est à l'exaspération des peurs, des tensions et des amalgames ?

L'asile politique, ce droit si noble qui honore nos démocraties, ne doit plus être détourné. La France doit accueillir tous ceux qui sont persécutés à raison de leurs idées, de leur couleur ou de leurs origines. Mais il n'est pas normal que se présentent en demandant l'asile, de prétendus réfugiés politiques provenant de pays qui sont devenus des démocraties que nous nous apprêtons par ailleurs à accueillir dans l'Union européenne. Le détournement systématique de nos procédures d'asile heurte le bon sens. Il faut y mettre un terme.

J'ajoute que l'on gagnerait beaucoup à désigner un ministère vraiment responsable de l'ensemble de la problématique d'immigration au lieu d'avoir comme aujourd'hui trois ministères chefs de file dont les efforts contradictoires sont régulièrement annihilés, et en demandant que chaque année le gouvernement présente au parlement un rapport sur les objectifs de sa politique en la matière et sur ses résultats.

Puisque nous ne pouvons accueillir tout le monde, il nous faut faire des choix, et en rendre compte aux Français. Avoir une politique de l'Immigration ce n'est, ni plus ni moins, qu'avoir une vision sur ce que doit être la France dans les vingt années qui viennent.

Nous devons affirmer dans le même temps, que notre tradition c'est le droit du sang et le droit du sol pour acquérir la nationalité française. Nous n'avons rien à craindre de l'ouverture. Les civilisations qui ont disparu sont celles qui ont cru pouvoir vivre repliées sur elle-même. La France multiple est une chance, si nous pouvons l'organiser et pas la subir. D'ailleurs si on n'avait dû compter que sur " les Français de souche " comme dit M. LE PEN on aurait sans doute eu plus de mal à gagner la coupe du Monde de 1998 ! Et au moment des jeux olympiques on ne fait pas la différence entre ceux qui sont français depuis dix générations et les autres. Et dans cette salle combien y en a t-il dont les grands-parents étaient polonais ou italiens ? Ou même plus grave ¿ dont le père est hongrois ! On est Français dans son c¿ur et dans sa tête, ce n'est pas une affaire d'ancienneté, c'est une question de conviction et de reconnaissance.

A l'inverse celui qui ne se sent pas en harmonie avec nos lois, nos coutumes, nos traditions, n'est pas obligé de demeurer sur le territoire national. Si on choisit la France et que la France vous accepte, on l'aime, on la respecte, on est heureux de ses droits et comptable de ses devoirs.

De même lorsqu'on accueille des étudiants étrangers et il faut en accueillir davantage pour le rayonnement de notre culture et la diffusion de notre langue, ainsi que pour la formation des élites des pays émergents, nous devons veiller à ce qu'une fois formés ils regagnent leur pays d'origine. Faute de quoi nous priverons ces pays des cadres dont ils ont le plus grand besoin pour organiser leur développement et consolider leur croissance.

Je souhaite que nous adoptions la même liberté de ton et de proposition sur tous les sujets qui conditionnent le quotidien des Français. Ainsi je veux évoquer devant vous la fiscalité. Qu'il me soit permis de le faire de façon un peu différente de ce que j'entends parfois ! La question n'est pas tant de savoir s'il convient de baisser ou d'augmenter les impôts. La réponse est assez facile. Il faut les baisser. Il n'y a que les socialistes qui proposent le contraire ! Les régions qu'ils dirigent auront les hausses les plus massives car ils ne veulent ni ne savent faire des choix entre leurs multiples priorités. Ils ont oublié qu'il ne s'agit pas de leur argent mais du vôtre. Dans votre région les socialistes vont augmenter les impôts de 14 %. Voilà ce qu'ils font de la confiance que leur ont témoigné les gens du Nord Pas de Calais en mars dernier. Augmenter les impôts de 14 % alors que les salaires ne progressent pas, c'est injuste et c'est irresponsable.

C'est l'occasion pour moi d'avancer deux idées.

La première concerne la justification de la baisse des impôts. On parle souvent et avec raison de la compétitivité de nos entreprises, du coût dissuasif de notre travail ou encore de la nécessaire harmonisation fiscale. C'est exact mais ce n'est pas la seule raison ni même la principale à mes yeux. La fiscalité doit être la conséquence d'un système de valeurs. Si on doit baisser les impôts c'est avant tout pour permettre à celui qui a travaillé davantage d'en avoir la juste reconnaissance. Si l'Etat au passage en confisque une part trop large on prive de récompense, j'ose le mot, celui qui l'a méritée. On décourage la France du travail. On désespère ceux qui veulent créer des richesses, on confisque le fruit du labeur des Français. On construit alors une société sans perspective, sans dynamisme, sans avenir.

De la même façon si on croit en la famille comme une valeur structurante de notre société on doit reconnaître, au nom des valeurs familiales, le droit pour chacun de laisser en franchise d'impôt tout ou une partie de son patrimoine à ses enfants. L'égalité des chances cela ne consiste pas à devoir s'excuser d'avoir eu des parents qui, ayant travaillé toute leur vie, peuvent laisser du patrimoine à leurs enfants. Chacun souhaite que ses enfants connaissent une vie moins dure, commencent un peu plus haut que soi-même on a commencé. Finalement beaucoup du sens de nos vies vient de ce que l'on construit pour ses enfants.

Si l'on croit à la famille on doit donc exonérer de droits de succession tous les patrimoines, petits ou moyens, qui ont par ailleurs déjà été frappés par l'impôt à de multiples reprises du vivant des parents. C'est ce qui m'a conduit à exonérer de tout impôt les donations jusqu'à 20000 euros entre enfants et parents. Cette mesure était juste. Elle a favorisé la croissance qui comme je l'avais annoncé et contrairement à ce que l'on a dit voici quelques semaines, sera finalement de 2,4 ou 2,5 % en 2004. Elle doit prendre fin le 31 mai. Je demande sa prolongation au nom de l'idée que nous nous faisons de la famille. Ce sera par ailleurs une excellente façon de continuer à soutenir la croissance que de permettre aux générations plus âgées de donner aux plus jeunes l'argent qu'elles ont épargné. Comptez sur ces derniers pour le dépenser. Dernier avantage : cela ne coûte que très peu au budget de l'Etat puisque l'exonération des droits fiscaux sur les donations se trouve largement compensée par le surplus de recettes de TVA généré par une augmentation de la consommation.

Si l'on veut aller plus loin en France, et c'est souhaitable, vers la baisse des impôts, alors il faut avoir le courage de défendre une deuxième idée : celle de la diminution des dépenses. Ce rendez-vous est incontournable. Ne pas en parler ce serait manquer de respect à vous tous qui êtes venus nous écouter. La France doit rembourser ses dettes. Cela fait 23 ans que nous présentons des budgets avec des dépenses supérieures aux recettes. Nous consacrons chaque année 50 milliards d'euros au seul remboursement des intérêts de la dette. Qui peut penser que cela peut continuer ainsi ?

Je suis heureux d'avoir en 2004 contribué à réduire de plus de 15 milliards d'Euros le déficit du budget de l'Etat.

Réduire les dépenses publiques c'est aussi l'occasion de proposer un nouveau pacte de confiance aux fonctionnaires. Vous serez moins nombreux, car nous ne pourrons pas assurer le remplacement de tous les départs à la retraite, mais en contre partie nous vous redistribuerons sous forme d'augmentation de pouvoir d'achat une partie des gains de productivité obtenu par la réduction des effectifs.

La question du pouvoir d'achat, des salaires, des revenus, est essentielle. Je propose moins de fonctionnaires, mais des fonctionnaires mieux payés, mieux formés, mieux considérés, mieux respectés.

Le système que j'imagine est celui du gagnant gagnant. Les fonctionnaires le méritent car notre fonction publique est compétente, honnête et dans son immense majorité attachée à son travail. Pour répondre au malaise des fonctionnaires il faut leur redonner des perspectives sur l'avenir de leur métier, sur l'évolution de leur statut d'une effrayante rigidité, sur l'amélioration de leurs conditions de travail.

Ainsi il faudra poser la question des 35 heures dans la fonction publique et notamment à l'hôpital où les conséquences ont été ravageuses. Ici encore je veux poser la question : si un fonctionnaire veut travailler plus que 35 heures pour gagner davantage, y a t-il une seule raison de l'en empêcher ? A l'évidence non. Comme le gouvernement l'a justement décidé pour le privé, il faut apporter la même souplesse dans le public. C'est le seul choix cohérent. Et parce qu'il le sera, les Français le comprendront et le soutiendront. Nous n'avons pas une minute à perdre.

C'est au nom de cette même cohérence que je demande avec force l'organisation d'un service public minimum pour les jours de grève chaque fois que l'usager est face à un monopole public. Le droit de grève est inaliénable. Il ne viendrait à l'idée de personne de le mettre en cause. Mais lorsqu'il y a un monopole, lors des journées de grève, l'usager est pris en otage. Il n'a aucune autre solution, puisque la concurrence, du fait du monopole n'existe pas. J'en tire la conclusion qu'il ne peut y avoir de monopole sans service minimum. La conséquence, c'est qu'y compris les jours de grève, les usagers doivent bénéficier de transports en commun même si ce n'est que quelques heures le matin pour aller à leur travail et quelques heures le soir pour rentrer de leur travail. Je rappelle que c'est ce que nous avions promis avant les élections de 2002. Voici une raison de plus pour mettre en ¿uvre une mesure attendue des Français qui ne comprendraient pas que nous craignions d'avancer pour la seule raison que cela ne ferait pas plaisir à ceux qui prospèrent grâce à l'immobilisme.

Un autre changement profond que je veux impulser, que je veux faire émerger dans cette nouvelle Union pour un Mouvement Populaire, c'est celui d'une véritable culture démocratique. Je me suis souvent posé la question : pourquoi dans notre pays y a t-il si peu de gens qui ont envie de participer, d'adhérer, de militer dans un parti politique ou un syndicat ? Et pourquoi, à l'inverse, y en a t-il tant qui s'investissent dans le mouvement associatif ? L'explication se trouve d'abord dans la nature des sujets évoqués mais aussi dans l'impression qu'a un adhérent de pouvoir jouer un rôle au sein de son association et d'être trop souvent considéré comme un alibi dans son parti. J'ai décidé de prendre un engagement, celui de faire de chaque adhérent de l'UMP le détenteur d'une partie du pouvoir de décision à l'UMP. J'ai la conviction absolue qu'on ne peut diriger et animer une grande formation politique sans tenir compte de l'opinion de tous ceux qui la composent. Cela vaut pour le choix des hommes comme pour celui du projet.

Ainsi pour le choix des hommes, je ne nous laisserai pas paralyser lorsqu'il y aura concurrence entre plusieurs candidats à la même élection. Je consulterai les adhérents pour qu'ils donnent leur avis sur celle ou celui qu'ils considèreront comme le meilleur. Si on avait fait ce choix pour Paris on aurait évité 10 années de défaites, de règlements de compte, d'humiliation. J'ajoute qu'à mes yeux les adhérents du Nord et de ceux de Lille sont mieux à même de choisir la stratégie gagnante pour leur région ou leur ville que ceux des membres d'une commission d'investiture nationale qui n'y ont jamais mis les pieds !

Dans la nouvelle UMP chacun pourra et devra prendre ses responsabilités. Je vous aiderai. Je vous donnerai mon avis, mais au final, je ne veux pas de conseillers de l'ombre, de comité secret, d'arrangement entre trop bons amis, de combines pour faire plaisir. Je veux une règle du jeu qui soit la même pour tous, des décisions qui soient comprises et respectées par tous, une transparence dans le fonctionnement qui garantira l'unité de tous parce que chacun aura eu le sentiment de pouvoir défendre ses chances et faire valoir ses arguments.

Comprenez-moi bien. Ce n'est pas la concurrence entre les hommes qui pose problème dans une formation politique. Il ne faut pas craindre les talents, les ambitions, les énergies. Elles sont une richesse et une force, pour peu qu'on sache les fédérer en assurant à chacun la garantie qu'il sera respecté et traité à égalité de droits et de devoirs avec tous les autres. C'est d'ailleurs le plus beau message que nous pouvons adresser aux Français. Si nous savons être justes et équitables entre nous, nous saurons l'être avec les Français. Si à l'inverse nous nous laissons aller à l'esprit de clan et de chapelle, comment prétendre rassembler nos compatriotes ?

Je sais bien que beaucoup attendent de voir comment je vais m'y prendre. Ils ne seront pas déçus. Je veux rassembler toute notre famille politique. Je ferai une place à chacun. Je respecterai les convictions de tous. Mais la conception que j'ai de l'unité ce n'est pas le silence dans les rangs, ce n'est pas l'interdiction de parler des différends ou des différences. L'unité c'est laisser chacun s'exprimer librement puis d'en faire la synthèse. Et si celle-ci n'est pas possible de faire voter pour dégager une majorité. Et une fois celle-ci exprimée, chacun la respectera. J'ai été élu Président pour faire gagner. Je suis garant de l'unité de notre Famille. J'assumerai mes responsabilités de Fédérateur. Mais cela sera le débat puis l'unité, car la parole confisquée et le silence dans les rangs, cela n'a jamais permis durablement l'émergence de puissantes formations politiques.

Nous soutenons le gouvernement sans aucune ambiguïté, et parce que nous le soutenons, nous souhaitons être entendus de lui car notre parole c'est celle des Français qui nous ont demandé de parler en leur nom. En écoutant l'UMP, on respecte la voix des millions de Français.

L'Europe va nous donner une bonne occasion de réfléchir ensemble et surtout de décider ensemble. Le Président de la République a choisi de consulter les Français sur le projet de constitution européenne. J'approuve cette procédure et ce choix. L'Europe est une question trop importante, trop stratégique, trop essentielle pour que lorsqu'un tournant se présente on puisse se passer de l'avis du peuple souverain. Ce fut vrai pour la monnaie unique, cela le sera pour la constitution. L'Europe ne doit pas appartenir au seul cénacle de ceux qui prétendent savoir. On ne peut aller plus avant dans la construction de l'Union européenne sans solliciter directement votre avis.

Et puisque Jacques Chirac a décidé de solliciter notre avis, nous devons nous engager de toutes nos forces pour faire du référendum la victoire de l'idée européenne. Je vois trois raisons de voter oui et, je ferai tout pour vous les faire partager.

La première réside dans l'inscription à l'intérieur de cette constitution européenne des valeurs qui ont toujours été celles de la démocratie française. Ainsi 450 millions d'européens se reconnaîtront et feront leurs, des idées qui ont été les nôtres depuis la révolution. Vous qui êtes d'une région frontalière, vous comprenez mieux que d'autres que c'est notre intérêt que d'être entourés de pays voisins qui adoptent définitivement des règles démocratiques. Mieux vaut nous assurer une grande Europe stable et démocratique plutôt que de risquer l'émergence de dictatures. L'histoire du 20ème siècle nous a montré que ceci n'était pas superfétatoire. La constitution européenne c'est la garantie que tous nos voisins s'engagent à respecter les droits politiques des minorités, les droits sociaux des salariés, l'égalité des sexes et des identités. C'est beaucoup moins évident qu'on ne l'imagine si l'on veut bien se souvenir que 10 des 25 pays de l'Union vivaient il y a 15 ans, sous la dictature communiste. La Constitution européenne adoptée c'est pour eux et donc aussi pour nous, leurs voisins, l'assurance que le choix de la démocratie est une décision désormais sans retour. Notre continent y gagnera la paix et la stabilité. A ceux qui seraient tentés par le non, je dis réfléchissez. Quel sens cela aurait-il de dire non?

La deuxième raison de voter oui, c'est la nécessité absolue de doter l'Europe à 25, de nouvelles règles de fonctionnement plus efficientes. Chacun peut comprendre que les procédures de décision ne peuvent être les mêmes à 25 qu'à 6, à 9, à 12 ou même à 15. Ainsi, dans l'Europe des fondateurs à 6, le principe de l'unanimité était quasi intangible. Qui peut imaginer les mêmes règles à 25 ? S'il fallait attendre que les 25 soient d'accord sur tout pour avancer cela risquerait d'être long ou bien de ne jamais aboutir. Or, nous devons décider fortement et clairement sur des sujets comme l'harmonisation de nos politiques d'immigration, sur la sécurité en Europe, sur la lutte contre le terrorisme. Dans nombre de cas, grâce à la Constitution européenne, il suffira d'un vote à la majorité pour décider et pour progresser. C'est ce que nous, la France, n'avons cessé de demander. Qui comprendrait qu'aujourd'hui nous le refusions ! Il en va de même de la présidence du Conseil européen qui tourne aujourd'hui tous les six mois entre chacun des pays membres, ce qui a comme conséquence que l'Europe ne s'incarne ni dans un visage, ni dans une personne. Il s'en dégage dès lors un sentiment pas toujours injustifié d'une Europe administrative, technocratique, déshumanisée !

Désormais nous élirons pour deux ans et demi un Président du Conseil européen qui sera un responsable politique capable de donner une âme à notre Europe qui en a le plus grand besoin. Ici encore, nous les Français, nous l'avons toujours demandé. Quel sens aurait notre refus aujourd'hui ?

Enfin, chaque fois que l'Europe a fait un pas décisif celui-ci était le résultat de la volonté d'un groupe de pionniers plus décidé que les autres. Ainsi nous sommes 12 dans l'Euro. Ainsi nous sommes 5 dans l'aventure d'Airbus. Ainsi nous sommes 6 pour Ariane Espace. La nouvelle constitution non seulement autorise mais institue ces coopérations renforcées. Désormais il suffira d'être 8 pays pour décider d'aller plus loin et plus vite ensemble. Ceci encore nous l'avions réclamé depuis l'origine. Qui peut imaginer que notre refus aurait un sens ?

Alors et ce sera mon dernier argument en faveur du Oui, certains affirment que voter non cela sera la crise et que l'on remettra tout à plat. D'abord, je ne doute pas que si la France disait non nous serions à plat¿ Et pour combien de temps ? Et alors comment s'en sortir ? Qui peut croire qu'une France qui aurait dit non confierait plus de poids à ses dirigeants pour obtenir des avancées qu'ils n'auraient pas obtenues avant ? Qui peut sérieusement imaginer que nos 24 autres partenaires attendraient gentiment pour s'aligner sur nos propres propositions ? Si nous disions non, il y aurait une crise. Nous en sortirions affaiblis pour négocier un nouvel accord qui serait d'ailleurs par construction peu ou prou de la même nature que le compromis qui a été obtenu pour l'actuelle constitution. Nous aurions perdu du temps. Nous en aurions fait perdre aux autres. Le tout pour quels avantages ? Aucun.

Vous l'avez compris, je crois en l'idée européenne, je la crois juste, originale, irremplaçable. Je veux même dire ici où la terre du Nord porte tant de souvenirs des affrontements meurtriers du 20e siècle que c'est l'idée politique qui a été la plus forte, qui a été la plus utile à notre continent. L'Europe qui a connu tant de guerres, d'affrontements, de barbaries est devenue par la seule magie de l'Union politique européenne la zone du monde, non seulement la plus stable, mais excusez du peu, la plus durablement stable. Finies les guerres entre nous, finies les occupations de territoires, fini le nationalisme agressif et belliqueux, finies les haines que l'on se transmettait de génération en génération. Je ne parle pas de ce qui s'est passé au Moyen âge, je parle de ce que vous et vos parents avez connu il y a encore 60 ans.

Alors au nom de la mémoire, je dis à tous ceux qui croient à la "crise prétendument salutaire", vous jouez avec un feu dont personne ne peut dire qu'il soit définitivement éteint. Et si je plaide avec tant de convictions pour que vous répondiez oui, c'est bien parce que je mesure le poids des responsabilités de ma génération. Celle d'avant a bâti l'Europe. La nôtre doit la faire progresser.

Alors bien sur le tableau européen n'est pas qu'idyllique. Vous vous interrogez sur les délocalisations, sur les mesures trop bureaucratiques, sur l'identité même de la France. Je veux répondre à toutes ces questions, et qu'on ne compte pas sur moi pour les traiter de haut comme le font ceux dont l'emploi ne risque pas d'être touché par le risque de la délocalisation. Qui peut imaginer une seconde que l'on répondra aux peurs des Français en ignorant les questions ? Il ne faut pas fuir le débat, il faut l'affronter, le conduire, le revendiquer. Mais si demain les Français refusent la Constitution qui peut dire que les délocalisations disparaîtront ? Cela sera pire car cela voudra dire qu'il n'y aura pas de règles de comportement loyal entre les partenaires européens. L'Europe se réduira à un grand marché où seule la logique du plus fort fera la loi. Ce n'est pas et cela n'a jamais été notre vision de l'Europe.

Avec la Constitution votée, nous pourrons de l'intérieur peser sur les pratiques européennes. C'est de l'intérieur que l'on peut faire avancer nos idées pas de l'extérieur. Pour être entendu encore faut-il demeurer autour de la table. Dans le cas contraire on prêche dans le désert. Ainsi pour lutter contre les délocalisations sauvages, il faut d'une part encourager l'innovation et la modernisation de nos entreprises. C'est toute la logique des pôles de compétitivité que j'ai créés mais il faut aussi proposer à nos partenaires européens des règles de concurrence loyales et transparentes.

Ainsi je reconnais à chaque pays le droit de choisir le taux de ses impôts - s'il veut les ramener à 0 c'est son droit le plus strict - mais je n'accepte pas l'idée que l'on puisse tout à la fois être assez riche pour ramener sa fiscalité nationale à des taux particulièrement bas et dans le même temps être assez pauvre pour demander à ses partenaires de financer des fonds structurels rendus indispensables par la faiblesse de ses propres recettes fiscales.

Je propose qu'un pays dont la fiscalité serait inférieure de 50 % à la fiscalité moyenne européenne n'ait le droit qu'à 50 % des subventions européennes. La concurrence en Europe, je suis pour, mais une concurrence loyale, c'est-à-dire pas celle du dumping fiscal, social, économique.

Quant à l'identité de la France, ce n'est pas l'Europe qui la met en cause, c'est au contraire notre isolement qui nous ferait prendre un risque maximum. Isolée dans un non solitaire, qui peut penser que la France en sortirait plus forte, que son message au monde serait plus respecté, que nos jeunes auraient davantage d'opportunité dans le monde interdépendant d'aujourd'hui ? D'ailleurs, le message de la France quel est-il depuis 50 ans si ce n'est de prôner avec succès l'union des adversaires d'hier. Quelle crédibilité notre pays gagnerait-il à contribuer à déstabiliser ce que nous avons mis 5 décennies à construire ?

En définitive, je crois que rien n'est plus important pour l'Europe que de poursuivre la marche en avant vers davantage de solidarité entre les nations. Plus nous serons intégrés, plus nous serons forts. Plus nous mettrons en commun plus nous serons puissants. Plus nos liens seront intimes plus nous serons indestructibles. C'est d'ailleurs au nom de cette conviction européenne solidement ancrée que j'affirme qu'il nous faut marquer une pause quant aux élargissements futurs.

La place de la Turquie n'est pas à l'intérieur de l'Union européenne. Associons la Turquie, aidons-là, soutenons le processus démocratique. Mais l'intégrer c'est prendre le risque de tirer un trait sur l'Union européenne telle que l'ont conçue ses pères fondateurs. J'entends déjà les commentaires : pourquoi en as-tu parlé ? J'en ai parlé parce que les Français en parlent et qu'ils s'en inquiètent. Ils ont le droit d'avoir des réponses claires. Et pour l'Union pour un Mouvement Populaire, nous disons non à l'intégration de la Turquie, justement parce que de toutes nos forces, nous disons oui à la Constitution européenne.


Voici mes chers amis,

J'ai besoin de vous pour faire bouger les choses. J'ai besoin de vous pour construire un grand mouvement populaire qui portera le message de modernisation de la France. J'ai besoin de vous pour redonner espoir à tous les Français qui désespèrent. J'ai besoin de vous pour redonner du sens à la politique.

Amis du Nord et du Pas de Calais l'aventure ne fait que commencer. Je vous demande de la mener à nos côtés.

http://www.u-m-p.org

Rechercher