Déclaration de Mme Nelly Olin, ministre déléguée à la lutte contre la précarité et l'exclusion, sur les enjeux du travail social notamment en matière de décentralisation et de formation professionnelle, au Sénat le 14 février 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nelly Olin, ministre déléguée à la lutte contre la précarité et l'exclusion, sur les enjeux du travail social notamment en matière de décentralisation et de formation professionnelle, au Sénat le 14 février 2005.

Personnalité, fonction : OLIN Nelly.

FRANCE. Ministre délégué à l'intégration, à l'égalité des chances et à la lutte contre l'exclusion

Circonstances : Colloque "Les enjeux du travail social" au Sénat le 14 février 2005

ti : Madame la Vice-présidente,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs,


Je souhaite tout d'abord remercier Madame Brigitte BOUQUET, Vice-présidente du Conseil supérieur du travail social, d'avoir bien voulu me proposer, d'organiser cette journée de réflexion sur les enjeux du travail social aujourd'hui.

Je veux aussi vous remercier Mesdames, Messieurs, d'avoir répondu aussi nombreux à notre invitation.

A ce moment introductif de mon propos, et en qualité de Ministre en charge des formations sociales, je salue la compétence, le dévouement et le professionnalisme des travailleurs sociaux qui au plus proche de nos concitoyens, s'emploient quotidiennement à ce que le lien social ne se délite pas.

Je veux aussi réparer une injustice en rappelant toute la noblesse du travail social, profession méconnue, parfois malmenée par l'opinion, mais qui remplit une oeuvre de solidarité indispensable à notre société.

Le travail social, durant ces trente dernières années, a du faire face à une double mutation : une mutation de la société dans laquelle il évolue, et une mutation des acteurs qui le composent ou qui le structurent

La mutation de la société a profondément bouleversé la demande sociale de nos concitoyens : l'allongement de la durée de la vie, les difficultés spécifiques des villes, la persistance de poches de précarité ont exercé des pressions considérables sur les réponses apportées par les métiers du social.

Le travail social doit aussi faire face à une crise démographique lourde de conséquences : l'arrivée à l'âge de la retraite de la génération du baby-boom d'une part, et l'accroissement de la demande sociale que je soulignais à l'instant vont, dans les prochaines années, imposer aux employeurs à recruter massivement.

C'est pourquoi, avec Madame BOUQUET, nous avons voulu cette journée : pour échanger avec la profession sur ce point, mais aussi pour aller à la rencontre des élus locaux et les inviter à tenir compte de cette réalité.

Etat, élus locaux, employeurs associatifs, organismes paritaires, instances représentatives de la profession : nous devons ensemble refonder le dialogue pour parvenir à un consensus sur ce que doit être le travail social aujourd'hui et quels doivent être ses enjeux.

La richesse des débats du Conseil supérieur du travail social, la qualité de ses travaux, en font l'organe naturel, sur lequel le Gouvernement s'appuie. Je tiens d'ailleurs à inviter chacun des collèges à prendre toute sa part aux travaux du CSTS.


Nous avons voulu organiser ce colloque au Sénat, maison que j'ai bien connu, parce que le Sénat c'est avant tout la maison des territoires, et, à l'heure de l'entrée en vigueur de l'acte II de la décentralisation, les collectivités territoriales sont intéressées au premier chef par la question que nous traiterons ensemble, aujourd'hui.

La première décentralisation, a bouleversé le paysage des acteurs institutionnels : l'Etat n'a plus de travailleurs sociaux, mais l'Etat souhaite légitimement conduire une politique sociale. Qui songerait d'ailleurs aujourd'hui à dénier à l'Etat une légitimité à intervenir sur ce terrain ? Personne, parce qu'il est question du pacte républicain, de l'égalité des chances entre les citoyens et entre les territoires.

Cette égalité, l'Etat en est le garant. Sa politique sociale est donc le vecteur par lequel il tendra à celle-ci. C'est dans cette perspective que le Parlement vient de légiférer sur le texte, qu'avec Jean-Louis BORLOO, nous venons de lui soumettre : la loi de programmation pour la cohésion sociale.

Cette loi démontre bien l'engagement du Gouvernement à mener une politique sociale volontariste, il entend en être un acteur essentiel, il est déterminé à insuffler une dynamique de reconquête des territoires, de retissage du lien social entre les individus.

Mais l'Etat n'interviendra pas seul.

L'ère des partenariats et celle du décloisonnement est venue. Ce doit aussi être l'ère du dialogue et de l'écoute. Il s'agit dorénavant de travailler ensemble : Etat, associations, collectivités.

Nous ne devons surtout pas, non plus, oublier les personnes en direction desquelles nous agissons, qui doivent être associées, consultées, sur les actions qui les concernent. Cela demandera à certain une véritable révolution culturelle, mais nous n'apporterons de réponse adéquate que si nous savons écouter les publics.

Pour ma part, je suis ouverte au dialogue et je resterai à l'écoute de tous.

Nous sommes, je le disais, à l'heure du décloisonnement. Décloisonnement entre le sanitaire et le social, décloisonnement entre les acteurs, décloisonnement entre les missions.

Nous avons en conséquence des questions difficiles à résoudre. Qui fait quoi ? Comment le faire ? Avec quel partenariat ? Quelle place pour l'usager ?


Je veux essayer d'apporter quelques réponses en regard de l'actualité : pourquoi avons-nous voulu une nouvelle phase de décentralisation, et spécifiquement dans le domaine social ?

Tout d'abord, je souhaite rappeler, que le mouvement de décentralisation est une volonté constante de tous les gouvernements qui se sont succédés depuis vingt ans.

La compétence d'action sociale appartient aux départements : en leur qualité d'employeurs ils sont donc concernés au premier chef par nos réflexions.

La nouvelle étape de la décentralisation a conduit à confier aux régions l'offre de formation sociale ; en lien avec les départements, les régions devront dorénavant déterminer quels sont leurs besoins en terme de travailleurs sociaux afin de mieux répondre aux demandes sociales des populations, selon les spécificités des territoires. Une région à dominante urbaine n'aura en effet pas les mêmes besoins qu'une région à dominante rurale. Cette souplesse et cette réactivité permettront d'atteindre une meilleure réponse des pouvoirs publics.

Permettez-moi d'apporter quelques précisions techniques s'agissant du transfert des formations sociales aux régions : ce transfert est prévu par la loi relative aux responsabilités locales du 13 août dernier.

Ses aspects budgétaires ont été réglés, pour leur part, par la loi de finances pour 2005. Or, la loi de finances est, je vous le rappelle, d'application immédiate.

Les régions ont ainsi reçu la première délégation de la taxe intérieure sur les produits pétroliers, destinée à compenser les transferts de charges, le 20 janvier dernier.

Le Gouvernement a pleinement assuré ses obligations : le fonctionnement des centres de formation en travail social et le versement des aides aux étudiants sont donc garantis.

Le décret en Conseil d'Etat, relatif aux compétences de l'Etat et à l'agrément préalable des centres de formation est signé par tous les Ministres concernés. C'est fin janvier, pour ma part, que j'ai visé ce texte. Il est en cours de publication.

Le décret simple relatif, notamment, aux conditions d'agréments des établissements par les régions est lui, en cours de signature.


Je souhaite encore apaiser vos inquiétudes s'agissant du plan de prévention de la délinquance.

Je travaille en parfaite collaboration avec Dominique de VILLEPIN. Je peux vous assurer que s'agissant de cette question, le Gouvernement ne travaillera ni contre la profession sociale, ni sans la profession sociale.

Le Gouvernement a déjà indiqué, son souhait d'oeuvrer dans l'interministérialité et dans la concertation. En ma qualité de ministre garante des conditions d'exercice et du respect de la déontologie des métiers du social, je vous assure de toute ma vigilance sur ce dossier.


Je souhaite enfin et pour conclure mon propos aborder ce qui m'apparaît comme le principal challenge que nous sommes, ensemble, en train de réussir : il s'agit de la professionnalisation des métiers du social.

Conformément aux engagements qui avaient été pris, l'ensemble des diplômes des métiers du social auront été ouverts à la validation des acquis de l'expérience, d'ici la fin de l'année 2005 : la construction des référentiels a été un travail considérable mené dans un esprit de concertation et je souhaite remercier chacun des intervenants. Il fallait mener ce chantier, d'abord pour restaurer la valeur des professionnels, qui souvent sur le terrain avaient acquis des compétences que nous devions reconnaître, et aussi pour garantir à nos concitoyens des réponses en adéquation avec leur besoin.

Cette nouvelle reconnaissance du travail social va dorénavant permettre aux intervenants de terrain de parfaire leur formation tout au long de leur vie, en suivant des modules de mise à niveau, en leur permettant d'acquérir de nouvelles connaissances en fonctions des évolutions des problèmes rencontres, des mutations de la demande sociale.

Chacun peut-être fier du travail accompli.

Le portefeuille qui m'a été confié par le Président de la République et le Premier Ministre recoupe l'intégration, l'égalité des chances et la lutte contre l'exclusion. Chacun de ces trois domaines est fortement marqué par une extraordinaire plus-value portée par les travailleurs sociaux. J'éprouve tout à la fois un grand plaisir à travailler avec vous, et une grande fierté parce qu'ensemble nous sommes engagés sur le terrain de la reconquête de la cohésion sociale qui fait défaut à notre pays.

Tout en vous redisant que je suis ouverte au dialogue et à l'écoute, je vous souhaite de fructueux travaux.


Je vous remercie.

(Source http://www.social.gouv.fr, le 1er mars 2005)

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