Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur la parité homme-femme en politique et l'évolution du droit des femmes, la lutte contre les violences intrafamiliales faites aux femmes, les actions en faveur de l'égalité professionnelle, Paris le 7 mars 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur la parité homme-femme en politique et l'évolution du droit des femmes, la lutte contre les violences intrafamiliales faites aux femmes, les actions en faveur de l'égalité professionnelle, Paris le 7 mars 2005.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

Circonstances : Clôture du colloque " États généraux de la démocratie locale et de la parité " au Palais des Congrès de Paris, le 7 mars 2005 (réunion des 1800 femmes élues maire de leur commune)

ti : Monsieur le président du Sénat,
Mesdames les Ministres,
Mesdames, Messieurs


C'est un grand honneur pour moi de me trouver aujourd'hui parmi vous, au terme de cette journée si riche et si animée.

Je tiens à remercier le Président du Sénat Christian Poncelet, pour avoir mis ces états généraux sous le signe de la parité, d'autant plus que nous sommes à la veille de la journée de la femme.

Je le remercie également de m'avoir convié à me joindre à vous. J'avoue avoir hésité quelques instants, car il me semblait étrange qu'il revienne à un homme de clore cette journée qui a rassemblé pas moins de 1800 femmes maires venues de France et d'Europe. Mais je me suis dit qu'au bout du compte c'était peut-être une façon de montrer que la parité n'est pas seulement un enjeu pour les femmes de notre pays. C'est un enjeu pour tous.

Aujourd'hui vous avez parlé de parité. Mais vous avez surtout parlé d'égalité :
- La France est un pays latin, où la tentation existe de cantonner les femmes dans un rôle défini par les hommes.
- Mais la France c'est aussi la patrie des droits de l'homme et des valeurs universelles forgées par la Révolution. Et au c¿ur de ces valeurs il y a la volonté de faire de l'égalité des droits entre les femmes et les hommes le principe fondamental de notre vie en commun.
- Ce principe nous avons réussi, à force de volonté et de détermination, à l'inscrire dans notre vie sociale et économique. Grâce à notre système d'allocations familiales, de garde d'enfants, grâce au droit protecteur des femmes enceintes, la France est sans doute l'un des pays où les femmes peuvent le mieux concilier leur vie de famille et leur carrière professionnelle. Des blocages subsistent, qu'il faut surmonter. Mais le mouvement est enclenché.
- Ce principe d'égalité, nous devons l'inscrire dans la vie politique et démocratique : c'est une nécessité absolue si nous voulons que les instances élues de notre République représentent véritablement la réalité du pays.

1. Vous avez un rôle essentiel à jouer dans la revitalisation de notre démocratie, à commencer par la démocratie locale.

Je voudrais d'abord saluer votre travail de maire : vous honorez une fonction et une responsabilité particulièrement chères au c¿ur des Français. Vous les accompagnez à chaque étape importante de leur vie, mais aussi dans les moments d'épreuve. Vous bâtissez pour eux un cadre de vie harmonieux. Vous êtes à leur écoute pour entendre leur inquiétude, pour les rassurer, pour les guider.

Maires, vous êtes en première ligne pour répondre aux défis nouveaux.
- Défi de la mondialisation d'abord : alors que notre horizon s'élargit, nous avons besoin de repères. Plus que jamais nous devons faire vivre nos identités et notre modèle de société. Vous êtes pour cela les meilleurs relais.
- Défi de la cohésion sociale et économique ensuite. Elle implique de défendre l'emploi dans chacune de vos communes, de combattre les discriminations et de promouvoir l'égalité des chances. La cohésion implique aussi, pour certaines d'entre vous, de lutter contre l'immigration irrégulière pour préserver la richesse de notre modèle d'intégration.
- Défi de l'action politique enfin, qui doit redonner confiance aux Français. Vous avez tous les atouts pour le faire, vous qui connaissez la réalité au plus près, vous qui recherchez chaque jour des réponses adaptées.

Ces responsabilités, vous les assumez en plus de vos obligations professionnelles et familiales. Un mot revient souvent chez certaines d'entre vous : celui de sacerdoce ; car, écartelées entre plusieurs obligations, vous êtes soumises à la dictature des horaires et des emplois du temps. Quand on termine une journée de travail et qu'il faut se rendre à une réunion du conseil municipal, lorsqu'il faut répondre à une urgence au milieu de la nuit ou en plein week-end, lorsque l'on ramène des dossiers à la maison le soir et que l'on ne peut accorder à ses enfants autant d'attention qu'on le souhaiterait, il arrive que l'on s'interroge, voire parfois que l'on se décourage.

Votre engagement a d'autant plus valeur d'exemple. Il force l'admiration et le courage. Et nous savons combien il est difficile aujourd'hui de trouver des hommes et des femmes prêts à donner autant à la collectivité.

En tant que femmes maires, vous êtes confrontées aux mêmes problèmes que vos collègues masculins. Mais aussi à la nécessité de convaincre davantage face au doute, face au scepticisme voire à l'ironie, quand vous entendez dire : " Elle est charmante et en plus elle est courageuse et compétente. "

Au-delà des obstacles surmontés, y a-t-il dans votre action municipale une empreinte particulière, une spécificité, une démarche comparable dans chacune de vos mairies, aux quatre coins de la France, par exemple à Montauban, à Canet-en-Roussillon, à Carquefou, à Vandoeuvre-Lès-Nancy ou au Guilvinec?

En vous imposant dans votre fonction de maires, vous faites chacune mentir les préjugés.
- Certaines d'entre vous ont en charge de petites communes, souvent dans le monde rural où pourtant il n'est pas facile de s'imposer. Je songe à l'une d'entre vous qui me racontait qu'elle avait été élue dans un petit village composé à 80% de viticulteurs parce qu'elle n'avait pas de terres, pas de vignes et pas d'attaches familiales anciennes : ses qualités ont pesé davantage que toutes les réticences à élire une femme. Mais on imagine combien il lui aura fallu de patience, de dialogue et de respect pour gagner la confiance d'une société souvent masculine.
- Mais il y a aussi parmi vous des maires de grandes villes. Qu'il s'agisse de Fabienne Keller à Strasbourg, de Martine Aubry à Lille, ou encore de Marie-Josée Roig à Avignon, elles ont exercé cette responsabilité avec autorité et fermeté, venant à bout de situations parfois difficiles. Et je salue aujourd'hui la présence de Beate Weber, maire d'Heidelberg, Eva Riitta Siitonen, maire d'Helsinki et Dora Bakoyannis, maire d'Athènes, que je tiens à féliciter pour le bon déroulement des Jeux Olympiques de l'été dernier. Nul doute qu'elle aura de bons conseils à nous donner si Paris, comme je veux le croire, venait à remporter la candidature pour les jeux de 2012 !

Aujourd'hui vous vous affirmez dans tous les domaines.
- Bien sûr, il y a la santé, la jeunesse ou le social, où vous êtes particulièrement attendues et entendues.
- Mais vous savez vous affirmer dans les domaines les plus techniques, les plus arides, du budget aux transports et à l'urbanisme.
- Vous vous investissez pleinement dans le domaine de la sécurité, où vous savez montrer de la rigueur, de la constance, de l'imagination, une main de fer dans un gant de velours. Grâce à la volonté de son adjointe chargée de la sécurité routière, la ville du Vésinet sera l'une des toutes premières à expérimenter les radars automatiques pour contrôle de franchissement des feux rouges !

Au-delà de la diversité des villes et des personnalités, vous imprimez votre marque et votre tempérament.
- Votre goût du concret vous permet de débloquer les situations : et souvent vous refusez les combinaisons stériles, les jeux de pouvoir, tout ce qui peut empêcher de régler les problèmes ;
- On loue votre détermination à faire bouger les choses, à tenter toutes les solutions ;
- Auprès de vous, les Français savent qu'ils trouveront une oreille attentive et que le dialogue sera toujours possible.

Surtout, vous êtes indispensables à l'équilibre municipal. Une mairie où tous, hommes et femmes, travaillent ensemble c'est une mairie susceptible de mieux répondre aux aspirations de nos compatriotes, de traiter les sujets dans leur complexité.

Ainsi, comme vient de vous le dire le Premier Ministre, je veille à ce que la réforme de l'administration territoriale de l'Etat permette de mieux vous accompagner dans vos missions. Les préfectures et les sous-préfectures vont se recentrer sur leur c¿ur de métier, et en particulier la relation avec les élus. Les Préfets peuvent désormais, en concertation avec vous, réviser les limites d'arrondissement afin de mieux s'adapter aux organisations locales que vous incarnez. Par ailleurs, l'échelon régional a été renforcé : les préfets de région seront ainsi mieux à même de prendre des décisions rapides. Cet effort sera complété cette année par la réorganisation des services de l'Etat au niveau du département. Dans le contexte nouveau de la décentralisation, cette réforme permettra de renforcer la confiance entre l'Etat et les Maires.

2. Forts de votre exemple nous devons aller plus loin pour donner toute leur place aux femmes dans la sphère politique.
Il y a soixante ans les femmes obtenaient enfin le droit de voter et celui d'être élues. C'est l'aboutissement d'un long combat :
- Le combat de Maria Vérone, Présidente de la Ligue des Femmes, qui s'exclama " Vive la République quand même ! ", lorsqu'en 1922 le Sénat se prononçait contre la reconnaissance des droits politiques des femmes, pour la sixième fois.
- C'est aussi le combat des femmes dans la Résistance, à l'image de ces 10 000 femmes chantant la Marseillaise le 14 juillet 1941 à Paris.

A la Libération, le retour en arrière semblait impossible. C'est pourquoi, dès 1944, et sous l'impulsion du Général de Gaulle, les droits politiques des femmes ont été reconnus. Depuis, elles ont peu à peu conquis du terrain, à l'instar des pionnières comme Marie-Madeleine Dienesch, Gilberte Brossolette ou Marie-Hélène Cardot. Il y avait 250 femmes maires en 1947, vous êtes près de 4000 aujourd'hui.

Ces progrès sont restés trop lents. Car les hommes n'ont pas toujours vu d'un bon ¿il l'arrivée dans l'arène politique de femmes talentueuses, capables de rivaliser avec eux. Mais surtout parce que les mentalités évoluent lentement. Et peu à peu le fossé s'est creusé entre la place des femmes dans la société qui n'a cessé de s'accroître et leur place dans les institutions de la République.

La loi du 6 juin 2000 a permis de bousculer bien des habitudes, bien des pratiques. Chacun se souvient du débat intense sur la parité. Le recours à une loi était-il absolument nécessaire ou fallait-il parier sur une évolution naturelle ? En tout état de cause reconnaissons aujourd'hui la prise de conscience qu'elle a déclenchée et les avancées qu'elle a permis :
- Avancées dans les conseils municipaux des communes de plus de 3500 habitants, où les femmes occupent près de la moitié des sièges ; (27% en 1995- 47% en 2001). Même dans les petites communes, alors que la loi ne s'appliquait pas, la proportion de femmes a augmenté de 10% par rapport à 1995.
- Avancée au Sénat qui, avec 17% de sénatrices est désormais la chambre la plus féminisée du Parlement.
- En revanche, là où la loi n'était pas contraignante, quand il est possible de s'exonérer par le paiement d'une amende, notamment aux législatives de 2002, la proportion de femmes élues reste modeste.

La loi du 11 avril 2003 a permis d'aller plus loin, en imposant la présentation de listes par alternance stricte:
- Dans les conseils régionaux qui sont, avec près de 48% de femmes, les assemblées représentatives les plus féminisées ;
- Au Parlement européen également, où notre pays est aujourd'hui, avec 43,5% de femmes, le quatrième plus respectueux de la parité, derrière la Suède, la Lituanie et les Pays-Bas.

Mais soyons lucides : la France est loin d'être exemplaire en matière de parité.
- Avec à peine plus de 10% de femmes-maires, vous êtes les mieux placées pour savoir que le combat n'est pas gagné.
- Avec 12,3% de femmes députées, notre pays est au 19ème rang de l'Union Européenne et au 68ème rang mondial ;
- Avec un peu plus de 10% de femmes siégeant dans les Conseils Généraux, la France n'occupe pas le rang qui devrait être le sien, elle qui a si souvent été aux avant-postes de l'émancipation des femmes, elle dont les grandes figures de Marie Curie à Simone de Beauvoir, de Marguerite Duras à Françoise Giroud et à Simone Veil ont inspiré tant de destins.

Alors que le projet de Constitution pour l'Europe fait de l'égalité entre les hommes et les femmes une valeur fondamentale de l'Union, notre pays doit faire mieux. Pour cela l'action s'impose mais aussi la vigilance. Les dispositifs exceptionnels peuvent être nécessaires quand il s'agit d'enclencher un cercle vertueux, mais il faut éviter qu'ils ne se retournent contre celles-là mêmes qu'ils entendaient promouvoir : car vous voulez être reconnues pour votre compétence et votre détermination. Nous devons donc trouver un équilibre entre une politique volontariste et le travail de fond indispensable pour faire évoluer les mentalités.

Pour que les femmes trouvent leur place légitime dans la représentation et donc dans l'action politique, nous devons mieux prendre en compte leurs contraintes et leurs besoins.
- Pourquoi ne pas fixer enfin des horaires plus compatibles avec la vie familiale et professionnelle ? Je sais que certaines d'entre vous ont choisi d'innover, en fixant les réunions du conseil municipal les samedis matin, afin que chacun puisse s'organiser.
- Pourquoi ne pas trouver des solutions plus efficaces pour la garde des enfants ? C'est particulièrement important si nous voulons permettre aux femmes de se lancer plus tôt dans leur carrière politique.

Ensuite, nous devons briser une fois pour toutes ce plafond de verre qui empêche les femmes d'accéder aux exécutifs locaux, notamment dans les conseils généraux et aux postes de maire. Faut-il passer à une nouvelle étape de la parité, par exemple dans la désignation des adjointes au maire, ou des membres des Commissions permanentes des Conseils Régionaux ? C'est en effet parmi les membres de l'exécutif d'aujourd'hui que seront désignés les Présidents de demain. En tout état de cause, ces questions méritent d'être débattues avec vous et les associations d'élus.

Enfin, un grand travail reste à faire au niveau des partis politiques, avec en particulier un effort dans la promotion des jeunes militantes : car aujourd'hui, quand on compare les situations des uns et des autres, il subsiste bien des inégalités.

Vous incarnez un regard neuf, le souci d'exercer vos responsabilités autrement, avec plus de lucidité, avec plus de liberté. Pour toutes ces raisons les Français vous font confiance. 85% sont aujourd'hui prêts à élire une femme au poste de président de la République. Parce qu'ils apprécient votre franc parler, votre volontarisme. Parce qu'ils savent que vous n'y pensez pas chaque matin en vous rasant.

Vous voyez combien vous avez de raisons d'avoir confiance en vous pour aller plus loin et pour assumer votre ambition. Devant la difficulté, lorsqu'il vous arrive de douter, alors que vos collègues masculins semblent absolument sûrs d'eux, dites-vous que votre décision n'en sera que plus juste et plus forte. Chacune d'entre vous ouvre une voie, constitue une référence et souvent même un exemple : combien de jeunes filles vous regardent avec fierté, avec espoir et auront à c¿ur de vous suivre !

Aujourd'hui garantir une meilleure représentation des femmes est un enjeu politique majeur :
- Un enjeu de légitimité pour que les instances élues représentent véritablement l'ensemble de la société.
- Un enjeu de démocratie : alors que le taux d'abstention progresse, alors que certains de nos concitoyens se désintéressent de la politique, nous devons définir une nouvelle conception de l'engagement politique : un engagement pour l'intérêt général, au service de principes et de valeurs et non au service d'une carrière.

Pour franchir cette nouvelle étape et faire sauter tous les verrous, la loi ne peut suffire. Il faudra la mobilisation de tous.

3. L'engagement des femmes en politique est d'autant plus important qu'elles restent victimes de violences et de discriminations inacceptables.

Il y a bien sûr les violences conjugales, qui constituent une priorité non seulement de l'action du gouvernement, mais aussi de l'Assemblée nationale et du Sénat :
- L'été dernier 29 femmes ont été tuées par leur conjoint.
- Une femme sur dix déclare avoir subi des violences au sein de son couple dans les douze derniers mois.
- Plus de 40% des victimes ont gardé des traces durables de ces violences.

Les violences conjugales existent dans tous les milieux et partout elles doivent être combattues avec la même détermination.
- Parce que battre une femme, la harceler moralement c'est manquer au premier de nos devoirs : le respect de la personne humaine.
- Parce que ces violences ont des conséquences souvent irréversibles, notamment sur les enfants ;
- Parce qu'elles poussent les femmes à se replier sur elles-mêmes, à abandonner leur travail, à couper les contacts avec leur entourage.

Nicole Ameline a présenté un plan de lutte au président de la République. Pour ma part je veux mobiliser davantage les forces de l'ordre dans la lutte contre toutes les violences intrafamiliales, en fixant un certain nombre de règles :
- Première règle, la vigilance : j'ai demandé à tous les services de sécurité d'être particulièrement attentifs lors de leurs interventions dans la sphère familiale, afin de déceler tout signe de violence de ce type.
- Deuxième règle: la fermeté, dès la première infraction. Pour permettre la prise de conscience des conjoints, même dans les cas où la victime renonce à déposer plainte, il faut leur signifier le plus tôt possible la gravité et les conséquences possibles de leurs actes. Cette démarche sera désormais obligatoirement suivie d'une prise de contact avec la victime pour consigner par écrit ses observations, qui seront adressées à l'autorité judiciaire.
- Troisième règle, l'amélioration de l'accueil des victimes de violences intrafamiliales, dont on sait qu'elles hésitent encore souvent à déposer plainte. Nous exploitons notamment l'idée d'une présence systématique de travailleurs sociaux dans tous les grands commissariats ou commandements de brigade.
- Quatrième règle de ce plan d'action, la coopération avec les autres partenaires : j'ai demandé à mes services de sensibiliser l'ensemble des acteurs concernés, services sociaux, élus locaux, magistrats et associations, notamment au sein des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance. Je leur ai également demandé d'être extrêmement rigoureux dans l'établissement des procédures afin de faciliter le travail de la justice.

Mais au-delà de ces violences, nous devons faire face aujourd'hui à de nouvelles atteintes contre les femmes, des atteintes qui menacent notre pacte républicain.

Au c¿ur de ma mission, il y a la défense de nos principes, et tout particulièrement de l'égalité. Beaucoup reste à faire en France pour que les femmes aient les mêmes chances que les hommes d'avancer dans leur carrière professionnelle :
- Leur rémunération est inférieure de 20 à 25% en moyenne à celle des hommes.
- Lorsqu'une femme revient travailler après son congé maternité, son salaire stagne environs pendant deux ans.
- 80% des plus bas salaires sont attribués à des femmes.
- Elles sont plus exposées au travail précaire et au chômage.

Cette inégalité, c'est une forme de discrimination aussi inacceptable que celles qui portent sur le nom, la couleur de la peau et la religion. Pour les combattre j'ai demandé aux préfets de département de réunir régulièrement l'ensemble des acteurs concernés : entreprises, associations, magistrats et recteur d'académie. La défense de l'égalité entre les sexes est l'une des priorités des commissions de promotion de l'égalité des chances et de la citoyenneté. Je leur ai demandé de recenser les difficultés rencontrées sur le terrain. Ce travail permettra de renforcer les dispositions de la loi sur l'égalité professionnelle demandée par le Président de la République.

Mais défendre la place de la femme, c'est aussi lui garantir le respect, dans la sphère publique, comme dans la sphère privée. Or aujourd'hui la place de la femme dans la cité semble menacée.
- Des signaux d'alerte nous parviennent, qu'il s'agisse des mariages forcés, des cas d'excision, ou plus généralement de la mise sous tutelle des femmes et des jeunes filles par leur frère ou leur mari.
- Je veux le dire très clairement : il ne s'agit en aucune façon de stigmatiser certaines populations. Il s'agit de prendre conscience d'un problème grave, devant lequel la République ne peut rester indifférente.

Contre ces dérives, nos meilleurs atouts ce sont nos principes de mérite, d'égalité, de laïcité et de liberté. Car derrière ces principes il y a des enjeux essentiels. Et je suis frappé de voir combien les jeunes sont aujourd'hui conscients de ces enjeux. Ne nous y trompons pas : pour une jeune femme opprimée par son entourage familial, l'espace public est souvent le seul espace de liberté. C'est grâce à ces valeurs qu'elle pourra conquérir son indépendance, son émancipation.

C'est pourquoi nous devons rester vigilants, qu'il s'agisse de la mixité dans les piscines et les établissements sportifs publics, qu'il s'agisse de l'école ou encore de l'hôpital. Je sais que c'est souvent difficile pour vous, qui êtes confrontées au premier chef à ces tensions. Je sais que vous manquez parfois de soutien et d'instruments efficaces. C'est pourquoi j'ai demandé à l'ensemble des préfets d'être particulièrement attentifs à ces problèmes et d'être à vos côtés pour les résoudre. J'entends par ailleurs réunir très prochainement les maires confrontés dans leurs communes à des phénomènes de repli communautaire, pour que nous puissions ensemble trouver des solutions.

Mesdames, Messieurs

Je ne voudrais pas terminer ce discours sans esquisser certaines pistes de réflexion pour renforcer la place de la femme dans notre société. Comment, en effet, faire en sorte que l'égalité des chances soit une vérité vivante dans notre pays ?
- Premièrement, en cherchant à améliorer notre dispositif de garde d'enfants, afin de surmonter l'une des difficultés majeures que rencontrent les femmes qui veulent travailler.
- Nous devons multiplier ces dispositifs pour que chacun puisse y accéder ;
- Nous devons également, en réduire le coût, notamment pour les femmes et les familles les plus modestes ;
- Nous devons enfin développer des formules plus souples et mieux adaptées à la situation de chacun ;
- Deuxièmement, un effort considérable doit être fait en matière de formation pour les femmes, et notamment de formation continue. C'est aujourd'hui la clé pour pouvoir changer plus facilement d'emploi lorsque c'est nécessaire.
- Troisièmement, nous devons réfléchir aux moyens de faciliter l'accès aux responsabilités d'élu. Comment faciliter le passage de la vie professionnelle à la vie politique de façon à assurer la continuité des expériences et la diversité du recrutement ? C'est l'un des grands chantiers qui devra nous mobiliser dans les prochains mois.

Je vous remercie.

(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 9 mars 2005)

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