Interview de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, à RTL le 9 mars 2005, sur les raisons des manifestations prévues le 10 mars par les organistions syndicales, sur la réforme de l'école, sur l'influence de ces manifestaions sur la décision du Comité olympique concernant les jeux de 2012 et sur les débats à gauche concernant le vote au référendum sur le traité constitutionnel européen. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, à RTL le 9 mars 2005, sur les raisons des manifestations prévues le 10 mars par les organistions syndicales, sur la réforme de l'école, sur l'influence de ces manifestaions sur la décision du Comité olympique concernant les jeux de 2012 et sur les débats à gauche concernant le vote au référendum sur le traité constitutionnel européen.

Personnalité, fonction : BUFFET Marie-George.

FRANCE. PCF, secrétaire national

ti : Bonjour M.-G. Buffet.

Bonjour.

Q-Alors, toutes ces manifestations, cette semaine. Est-ce qu'il y a un risque de donner l'impression, en tout cas de dispersion et de confusion, dans toutes ces revendications ?

R- Non, je crois que ce sont des mouvements qui expriment une profonde souffrance sociale : les salaires, la question du pouvoir d'achat avec des salaires ouvriers très bas, la question des revendications que le Gouvernement n'écoute pas ou fait semblant d'écouter, je pense aux chercheurs qui attendent toujours la loi qui leur avait été promise, et qui manifestent aujourd'hui. Et puis, le sentiment de précarité, l'impression qu'à tout moment, la vie peut basculer parce qu'il y a le licenciement, il y a l'entreprise qui délocalise. C'est tous ces problèmes que soulèvent ces manifestations.

Q- Sur un point, le Gouvernement réagit, A. Duhamel y faisait allusion : sur le pouvoir d'achat, par exemple ? J.-L. Borloo va ouvrir des négociations salariales.

R- Oui, il appelle aux négociations par branche, mais ça ne suffit pas. Il faut vraiment que le Gouvernement prenne la main et organise, je l'avais dit il y a plusieurs mois déjà, un Grenelle des salaires. C'est-à-dire qu'il convoque les organisations syndicales, l'organisation patronale pour discuter réellement de la question des salaires dans ce pays.

Q- A propos des lycées, la réforme de l'école : là, il semble que F. Fillon n'ira pas plus loin que ce qu'il a déjà fait comme concession.

R- Il devrait écouter ce que disent les lycéens, ce que disent les enseignants : l'école a besoin de moyens, elle a besoin de beaucoup de personnels, d'adultes qualifiés. Ils ont besoin d'une école qui forme beaucoup de jeunes à des emplois extrêmement qualifiés. Ils ont l'impression, là, qu'on leur propose une sorte de RMI éducatif. C'est normal qu'ils soient dans la rue.

Q- Ça, c'était donc pour le Gouvernement. Mais comment, sur un plan politique, est ce que les partis de gauche, à votre avis, peuvent traduire ce climat social ?

R- Je pense qu'on attend de la gauche, non pas des discussions de personnes ou de dirigeants, mais qu'on attend de la gauche, qu'elle propose, qu'elle dise quelle politique, demain, rassemblée, elle sera capable de mener dans ce pays. Et je crois qu'aujourd'hui, il y a un grand débat qui traverse toute la gauche : est-ce que demain, on mènera une politique, je dirais une politique de résignation, une politique d'adaptation, un peu libérale. Ou est-ce que demain, vraiment, la gauche mènera une politique qui répondra aux attentes populaires parcequ'elle sera en rupture avec les choix libéraux d'aujourd'hui. C'est ce qui traverse, d'ailleurs, le débat sur l'Europe.

Q- On va y revenir. Simplement, au passage, vous avez été ministre des sports : c'est regrettable, à vos yeux, que la manifestation de demain ait lieu alors que la Commission d'évaluation du CIO est à Paris ?

R- Non, ce n'est pas regrettable, c'est la vie. Il y a des mouvements sociaux parce qu'il y a des revendications et parce que le Gouvernement fait la sourde oreille. Après, vous savez, je connais comment fonctionne la Commission du CIO, elle travaille sur des dossiers, elle va examiner des lieux, elle va poser des questions aux représentants de la candidature, et puis ensuite, la décision se fera en séance plénière du CIO.

Q- Donc, la manifestation et les grèves ne gênent en rien.

R- Non. Je crois que les membres de la Commission, notamment ceux qui sont présents dans cette Commission-là, connaissent bien la France et c'est une belle particularité de la France d'avoir un peuple qui ne se résigne jamais.

Q- C'est quand même pas une publicité pour Paris ?

R- Oh, je crois qu'un peuple en mouvement... Vous savez, on a montré à chaque fois qu'il y avait un évènement sportif - la Coupe du monde de football en 1998, les Championnats du monde d'athlétisme - que ces salariés qui, demain seront en manifestation, sont des salariés qui font un service formidable au service de l'évènement sportif. C'est bien les salariés des transports publics qui ont contribué à la réussite de la Coupe du monde.

Q- Bon, vous parliez des relations à l'intérieur de la gauche, des débats qu'il peut y avoir. Il y a eu quelque chose de symbolique et concret, d'ailleurs : à Guéret, dans la Creuse samedi dernier, lors d'une journée de défense des services publics, F. Hollande a été accueilli sous les sifflets, les oeufs et les boules de neige, par des militants de gauche et d'extrême gauche. Vous condamnez ?

R- Oui, c'est des pratiques inacceptables. Ce qu'il faut, c'est mener un véritable débat, un débat démocratique. C'est ça qui est intéressant.

Q- Qui est-ce qui a envoyé les boules de neige ?

R- Je n'en sais rien, je n'en sais absolument rien.

Q- En tout cas pas vous ?

R- Non, ce n'est absolument pas dans nos pratiques, et vous le savez. Non, je crois qu'on a besoin d'un véritable parti à gauche. Par exemple, on veut défendre les services publics, parce que les services publics, c'est le bien commun, c'est l'intérêt général, c'est le fait que chacun, chacune ait les mêmes droits, quel que soit son lieu d'habitation. Et c'est vrai que le projet de traité constitutionnel qui nous est soumis en référendum, quelque part je dirais, finit la casse de ces services publics. Donc, il est normal que des gens s'interrogent. Pour défendre les services publics, il faut être logique et voter non au projet de traité constitutionnel.

Q- Vous savez que le Parti socialiste, ça c'est J. Dray qui le disait, craint un schisme à l'intérieur de la gauche. Il pense que vous, le Parti communiste, vous courrez après l'extrême gauche ?

R- Non. Mais d'abord, J. Dray devrait savoir que le schisme c'est une affaire de religion, ça ne ressemble pas à la gauche. Non. Moi, je crois qu'au contraire, il s'agit aujourd'hui de mener un débat qui vise à rassembler la gauche sur une politique de transformation sociale. Menons ce débat au lieu de s'envoyer des anathèmes, menons ce débat tranquillement : est ce que le traité constitutionnel va être un atout pour la gauche demain, ou est-ce que ça va être une camisole libérale qui va empêcher la gauche de déployer une politique qui réponde vraiment ? Menons ce débat. Moi je n'ai pas envie de mener le débat sur ce qui se passe à l'intérieur du Parti socialiste, j'ai envie que la gauche mène un débat sur quelle politique elle va mettre en oeuvre, demain. C'est ça qui intéresse les Françaises et les Français, notamment ceux qui manifesteront demain.

Q- Vous comprenez que F. Hollande et la majorité du Parti socialiste soient pour le oui ou ça vous semble complètement bizarre et incongru ?

R- Pas bizarre, j'ai envie de les questionner, de leur demander comment, et c'est ce que je souhaite, lorsque la gauche sera majoritaire de nouveau, comment nous pourrons déployer une politique qui réponde aux intérêts des Françaises et des Français, si nous avons, nous mêmes, contribué à enfiler une camisole libérale, qui quelque part, nous mettra vraiment des boulets aux pieds pour mener cette politique.

Q- Vous espérez que les gens qui, à l'intérieur du PS sont pour le "non", vont se rapprocher du Parti communiste ?

R- Ce n'est pas une question de rapprochement. Ce que j'espère, c'est que nous allons mener une très belle campagne. Nous allons certainement nous croiser sur les estrades et que nous allons faire gagner le "non".

Q- A propos de campagne, le Conseil supérieur audiovisuel va donner un temps de parole global à tous les partis politiques, et ensuite, à l'intérieur de chaque parti, on pourra faire une répartition entre ceux qui sont pour le oui et ceux qui sont pour le non. Ça ne vous concerne pas, directement, je pense. Mais enfin, ça n'a pas l'air de vous plaire, comme répartition ?

R- Non mais le CSA applique des règles qui sont des règles de la représentativité des partis, notamment ceux qui sont représentés à l'Assemblée nationale. On ne peut pas reprocher ça au CSA. Ce qui est vrai, c'est qu'il ne prend pas en compte les débats qui sont à l'intérieur d'un certain nombre de partis. Mais ça, j'ai envie de dire que c'est aux partis de faire le choix de la démocratie et de donner la parole à l'ensemble de leurs sensibilités.

Q- Donc, vous n'êtes pas si critique que ça, sur cette répartition. Et sur le financement public de la campagne ? Est-ce que vous avez une demande particulière ?

R- Oui, j'ai à deux reprises, demandé au président de la République, au moins que soit assuré l'envoi à chaque électeur, à chaque électrice, d'une sorte de profession de foi de la part de l'ensemble des organisations politiques. Qu'on ait au moins ce financement là, pour que chacun ait les éléments pour se prononcer en toute connaissance de cause.

Q- Toute dernière question : quand vous étiez ministre, est-ce que vous habitiez un logement de fonction ?

R- Non, non, non. Rue Olivier de Serre, au local du ministère, il n'y en avait pas. Et comme moi, j'habite en banlieue parisienne, j'en n'avais pas besoin.

Q- Vous rentriez chez vous ?

R- Oui, tranquillement.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 mars 2005)

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