Interview de M. Bernard Accoyer, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à RTL le 10 mars 2005, sur la mobilisation salariale dans la fonction publique et le secteur privé et la préparation des jeux olympiques 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à RTL le 10 mars 2005, sur la mobilisation salariale dans la fonction publique et le secteur privé et la préparation des jeux olympiques 2012.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard, ARZT Richard.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale

ti : Q- L'inquiétude pour le pouvoir d'achat est visiblement au coeur du mouvement social qui va s'affirmer aujourd'hui. Commençons, par exemple, par la fonction publique : est-ce qu'un effort doit être fait, peut être fait - selon vous - pour les salaires dans la fonction publique, ou bien c'est impossible ?

R- Vous avez raison de commencer par la fonction publique, parce que c'est essentiellement elle qui, aujourd'hui, à nouveau, manifeste. Contrairement à ce que certains disent, l'évolution du pouvoir d'achat dans la fonction publique n'a pas été nulle l'année dernière : c'est plus 1,6 %. Il y a une contestation de la part d'un certain nombre de syndicats sur ce calcul. Certes, cela n'évolue pas aussi vite que cela a pu évoluer, qu'il faudrait que ça évolue. Mais le pouvoir d'achat n'a pas stagné complètement.

Q- Maintenant, vous pensez que le Gouvernement doit faire un effort ?

R- Mais le Gouvernement a fait des efforts ! Il a fait des efforts, d'abord avec une nouvelle revalorisation de 1 %, qui va s'appliquer au cours de l'année. Et puis, il a également fait des efforts et des propositions sur les salaires les plus bas, sur les nouveaux retraités. Il y a eu des initiatives qui sont, évidemment, lorsque la charge du paiement des salaires des fonctionnaires d'état atteint 44 % du budget de la nation, nécessairement limitées dans une période comme la nôtre.

Q- Dans le secteur privé, qui manifeste également, semble-t-il - enfin, on le verra au cours de la journée, mais cela a l'air d'être le cas - les exemples ne manquent pas d'entreprises cotées en Bourse qui font de très confortables bénéfices, dont profitent les actionnaires, et pas les salariés. Et ça, au point de vue symbolique...

R- Il y a plusieurs choses à dire. D'abord, sur les très grands groupes qui font d'importants profits cette année, on oublie trop souvent que dans ces entreprises, il y a la participation et l'intéressement. En particulier, l'intéressement correspond assez souvent à plusieurs mois de salaire supplémentaire, lorsque les bénéfices le permettent. Le problème, ce sont les entreprises plus petites : les PME, les entreprises de taille modeste, où les résultats ne sont pas suffisamment partagés avec les salariés. Et justement, le Gouvernement, dans le projet de loi Jacob qui sera prochainement discuté, a l'intention d'apporter en ce domaine de nouvelles avancées, parce que c'est nécessaire.

Q- Cela veut dire quoi, par exemple ?

R- Intéresser davantage les salariés aux résultats des entreprises ; c'est évidemment une nécessité.

Q- Un "Grenelle des revenus", c'est-à-dire une vaste négociation patronat-Etat-syndicats, comme il y en avait eu en mai 68, ce serait une formule adaptée à la situation ?

R- Il n'y a strictement rien à voir dans la situation actuelle avec ce qu'elle était, alors qu'il allait y avoir une vaste période de croissance qui permettrait aux Français à l'époque, que vous évoquez, de voir leur train de vie complètement évoluer vers le haut. Aujourd'hui, au contraire, il faut expliquer aux Français que notre pays est confronté à une situation où la marge de manoeuvre fait que nous devons nous serrer les coudes. Parce que tout ce qui est fait sans la prudence, la mesure nécessaire aujourd'hui, ce sont les jeunes, ce sont les générations de demain qui les paieront. C'est la protection sociale, que ce Gouvernement a sauvé pour la maladie et les retraites, qui ne pourraient plus être assurée. Et c'est tout l'honneur, d'ailleurs, de ce Gouvernement d'avoir tout fait pour préparer l'avenir. Et quand on fait des réformes, ce n'est jamais facile.

Q- On a parlé du mécontentement des grévistes, de leurs revendications. Mais il y a aussi le mécontentement que provoquent les grèves, surtout dans les transports publics. Est-ce qu'il faut se décider à aller plus loin, selon vous, dans l'instauration d'un service minimum ?

R- On va voir aujourd'hui ce qui va se passer. Il y a un travail important qui a été fait, dans le cadre de ce qu'on appelle le "service garanti", c'est-à-dire la prévention des conflits - on voit qu'aujourd'hui il y a une grève - et l'information des usagers. Il semble que l'information des usagers ait sérieusement progressé, mais on verra, au terme de cette journée, si - comme trop souvent, hélas, et très malheureusement - un grand nombre d'usagers des transports publics n'ont pas été, une nouvelle fois, pris en otage.

Q- Et si c'était le cas ?

R- Et si c'était le cas, eh bien il faudra - parce que c'est ce que nous souhaitons - poursuivre la négociation, dans le cadre de la concertation. Et si nous n'arrivons pas - il reste encore plus de deux ans avant la fin de cette législature -, il pourrait être nécessaire de légiférer. Il n'est pas possible que nos compatriotes restent pris en otage.

Q- Les Jeux Olympiques de 2012 : la délégation du CIO est à Paris ; vous regrettez beaucoup que la manifestation ait lieu ?

R- Oui. En venant ici, j'ai rencontré un étranger, qui parlait très bien le français. Il était sidéré de cette situation, sidéré ! Il faut que nos compatriotes comprennent que lorsqu'il y a un enjeu aussi important que celui de l'accueil des Jeux Olympiques, qui créeront, au-delà de l'évènement sensationnel, des emplois, des richesses, des perspectives, des équipements. Il faut comprendre qu'il y a des questions qui sont des questions de solidarité nationale, d'intérêt général.

Q- Vous reprochez aux syndicats...

R- ...Et donc, je regrette, je regrette qu'il y ait cette coïncidence de date. Et ce que je crois, c'est qu'il faut rebondir, en faisant comme en Espagne : obtenir un accord entre les syndicats et les pouvoirs publics qui fasse que si nous avons la chance, la grande chance d'avoir les Jeux Olympiques en 2012 à Paris, eh bien qu'il y ait un accord [pour] qu'il n'y ait pas de mouvements sociaux pendant la période où les visiteurs du monde entier seront ici.

Q- Vous voyez ça comme un accord avec l'ensemble des syndicats ?

R- Je pense qu'il n'y a que des avantages, y compris pour les syndicats en France, à évoluer vers un comportement qui soit plus constructif, moins protestataire, plus de dialogue, de projets, comme c'est le cas dans tous les autres pays des grandes démocraties.

Q- Vous êtes président du groupe parlementaire UMP ; D. Julia s'est mis en congé du groupe UMP. Cela fait que vous n'aurez pas, en principe, à prendre de sanctions contre lui ?

R- C'est une décision de D. Julia lui-même. C'est lui qui a décidé de se mettre en dehors du groupe UMP ; j'en ai pris acte. Et par ce fait, le groupe n'est plus concerné par ses initiatives.

Q- N. Sarkozy devrait être réélu lors d'une élection législative partielle dont le premier tour est dimanche. Vous êtes un peu, beaucoup, pas du tout, content de le voir arriver dans le groupe que vous présidez ?

R- Je suis très content ! Je suis très content que notre groupe compte un député de plus. Et d'ailleurs, N. Sarkozy est aux réunions du groupe chaque semaine, parce que comme il est président de l'UMP...

Q- ...Il est déjà là, en fait ?

R- Il est déjà là. Donc, la seule question qui se pose, c'est de savoir si la participation lui permettra d'arriver dès dimanche prochain ou le dimanche suivant. Et dans les deux situations, de toute façon, il est bien entendu, non seulement attendu, mais le bienvenu.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 mars 2005)

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